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<title>Le patrimoine culturel de Chypre</title>
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  </tr>
</table>
<hr size="1">

<p align="justify"><b>For debate in the Standing Committee see Rule 15 of the Rules of Procedure</b></p>

<p align="justify"><b>Pour débat à la Commission permanente &#8211; Voir article 15 du Règlement</b></p>

<p align="justify"><b>Doc. 9460</b></p>

<p align="justify">7 mai 2002</p>

<p><b>Le patrimoine culturel de Chypre</b></p>

<p align="justify">Rapport d&#8217;information<sup><a href="#P25_230" name="P25_231">1</a></sup></p>

<p align="justify">Commission de la culture, de la science et de l&#8217;éducation</p>

<p align="justify">Rapporteur général pour le patrimoine culturel&nbsp;: Mme Vlasta Stepová, République tchèque, Groupe socialiste</p>

<p align="justify"><i><b>Sommaire</b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  page</i></p>

<p align="justify">&#8211;  Memorandum<b> </b>consécutif à la visite d&#8217;étude effectuée en novembre 2000</p>

<p align="justify">par Mme Vlasta Stepová &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  2</p>

<p align="justify">&#8211; Rapport rédigé à la suite d&#8217;une mission effectuée à Chypre</p>

<p align="justify">par Josef &#352;tulc, Ph.D., Directeur de l&#8217;Institut national tchèque </p>

<p align="justify">de protection des Monuments historiques&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;       9</p>

<p align="justify">&#8211; Projet de proposition pour la protection et la préservation </p>

<p align="justify">du patrimoine culturel et naturel de Chypre<b> </b>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;  16</p>

<p align="justify"><b>Memorandum consécutif à la visite d&#8217;étude effectuée en novembre 2000</b></p>

<p align="justify">par Mme Vlasta Stepová (Rapporteur général)</p>

<p><b>A. Contexte</b></p>

<p align="justify">Le présent rapport se fonde essentiellement sur la visite d&#8217;étude que j&#8217;ai effectuée à Chypre du 11 au 14 novembre 2000. Cette initiative n&#8217;est pas motivée par des raisons politiques, mais plutôt par la préoccupation de l&#8217;Assemblée quant à la place du patrimoine culturel de Chypre dans l&#8217;ensemble du patrimoine culturel européen. Le sujet a été longuement discuté lors de réunions de la commission de la culture et de l&#8217;éducation (et de la sous-commission du patrimoine culturel). D&#8217;autres visites d&#8217;étude ont déjà eu lieu. Ainsi, en juin 1989, M. van der Werff (en qualité de rapporteur général) s&#8217;était rendu dans les deux parties de l&#8217;île et avait élaboré un rapport d&#8217;information détaillé à l&#8217;intention de l&#8217;Assemblée (<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc=Doc. 6079">Doc. 6079</a>). Une discussion s&#8217;était a&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; lors engagée avec des représentants des départements des Antiquités, du nord et du sud, et la proposition avait été faite de créer une Fondation européenne pour le patrimoine culturel de Chypre. Les négociations sur ce point ont achoppé en avril 1991 sur la question de la propriété des biens religieux au nord. Bien qu&#8217;il y ait eu entre-temps une série de protestations quant aux dommages subis par les biens religieux dans le nord, l&#8217;attention de la commission de la culture et de l&#8217;éducation a de nouveau été attirée sur la question en mai 1998 à propos d&#8217;un projet d&#8217;aménagement touristique dans l&#8217;enceinte du monastère arménien de Sourp Magar. M. Staes (Rapporteur général) s&#8217;est rendu sur les lieux en juin 1998, et moi-même en septembre 2000. La commission a par la suite décidé que le temps était venu d&#8217;organiser une visite d&#8217;étude plus importante afin de rouvrir le dossier du patrimoine culturel de Chypre dans son ensemble.</p>

<p align="justify"><b>B. La visite d&#8217;étude</b></p>

<p align="justify">Ma visite d&#8217;étude s&#8217;est déroulée du 11 au 14 novembre 2000, en compagnie d&#8217;un expert consultant, M. Josef Stulc, directeur de l&#8217;Institut national tchèque des monuments historiques et d&#8217;un représentant du secrétariat, Christopher Grayson, chef de division. L&#8217;ambassadrice de la République tchèque à Nicosie, Mme Vera Jerabkova, a grandement facilité notre visite.</p>

<p align="justify">Avant d&#8217;aller plus loin, je tiens à préciser que, lorsque je parle de la partie nord de l&#8217;île et de l&#8217;administration chypriote turque qui s&#8217;y trouve actuellement, ce n&#8217;est en aucune manière pour moi une façon de reconnaître une quelconque autorité politique, autre que celle de République de Chypre.</p>

<p align="justify">Le programme de la visite fait l&#8217;objet de l&#8217;annexe à mon rapport. Le patrimoine culturel chypriote donne lieu à une documentation de plus en plus importante, notamment des dossiers photographiques consécutifs aux visites d&#8217;étude de l&#8217;Assemblée. Cependant, je ne prétends pas porter quelque jugement que ce soit à l&#8217;issue d&#8217;une visite aussi brève. Je préfère m&#8217;en tenir à une série d&#8217;observations et de propositions d&#8217;actions que l&#8217;on pourrait envisager à l&#8217;avenir.</p>

<p align="justify"><b>C. Quelques observations sur la visite d&#8217;étude en tant que telle</b></p>

<p align="justify"><b>Objectifs</b></p>

<p align="justify">L&#8217;objectif général du débat qui anime la commission de la culture et de l&#8217;éducation concerne la protection du patrimoine culturel de Chypre. Il ne s&#8217;agit pas pour nous de minimiser les destructions incontestables intervenues en 1974, mais de nous intéresser à la situation actuelle.</p>

<p align="justify">L&#8217;un des grands buts de ma visite d&#8217;étude en novembre consistait à renouer les liens que M.&nbsp;van der Werff avait établis avec les autorités politiques et techniques des deux côtés de l&#8217;île. Je crois que nous y sommes parvenus. J&#8217;admire le courage dont les uns et les autres ont fait preuve, puisque les choses sont loin d&#8217;être faciles, en particulier pour les Chypriotes concernés. J&#8217;ai regretté de n&#8217;avoir pas pu rencontrer l&#8217;actuel directeur des Antiquités, M. Hadjisavas, mais j&#8217;espère pouvoir le faire en temps utile. Un certain degré de compréhension et de confiance mutuelles est indispensable si nous voulons pouvoir accomplir le moindre progrès.</p>

<p align="justify">Sur un plan plus technique, ma visite avait pour but de prendre la mesure des principaux problèmes liés au patrimoine culturel, de constater les progrès réalisés depuis 1989 et de voir dans quels domaines une aide internationale pourrait s&#8217;imposer. Soucieuse d&#8217;avoir l&#8217;opinion d&#8217;un expert en conservation intégrée du patrimoine culturel dans des situations politiques difficiles, j&#8217;ai apprécié que M. Stulc puisse se joindre à nous. Je tenais également à protéger le patrimoine chypriote contre l&#8217;invasion du tourisme de masse dans le nord, mon intention n&#8217;étant pas, de toute évidence, de promouvoir le tourisme.</p>

<p align="justify"><b>Le programme de la visite</b></p>

<p align="justify">Le programme avait été élaboré par les autorités des deux côtés. Nous ne sommes intervenus que très peu (au nord, pour ajouter une visite au monastère arménien, à la demande en dernière minute des Chypriotes grecs, et des visites matinales à Bellapais et Kyrinia; au sud, pour reporter certaines rencontres protocolaires fixées tôt le matin). En dépit du peu de temps dont je disposais et de la brièveté des journées d&#8217;hiver (que nous n&#8217;avions pas prévue), nous avons vu beaucoup de sites. D&#8217;autres ont été évoqués oralement.</p>

<p align="justify">La préparation de la visite s&#8217;est déroulée de manière relativement simple et directe grâce à la coopération de toutes les parties concernées.</p>

<p align="justify">A l&#8217;avenir toutefois, je me demande s&#8217;il faudra conserver l&#8217;équilibre diplomatique entre le nord et le sud. Les choses seraient plus faciles si les buts des futures missions étaient plus étroitement définis. De toute évidence, les principaux problèmes concernent le patrimoine culturel du nord, et c&#8217;est sur ce point que l&#8217;échange de vues avec les responsables de la République de Chypre a surtout porté le 14 novembre. </p>

<p align="justify">Mes principales observations et propositions concernent le nord. Cependant, certaines remarquent s&#8217;appliquent au sud de façon très pertinente.</p>

<p align="justify"><b>D. Observations relatives au patrimoine culturel dans le sud : tourisme de masse, constructions nouvelles, sensibilisation du public et fonds religieux</b></p>

<p align="justify">Le sud constitue un exemple tout à fait frappant du type de menaces que la prospérité commerciale et le tourisme de masse peuvent faire planer sur la survie du patrimoine culturel et naturel.</p>

<p align="justify">La comparaison avec le nord est des plus instructives, car l&#8217;on peut mettre en opposition les «&nbsp;murs de béton&nbsp;» le long des plages du sud et les plages de sable désertes au nord, ou encore les gratte-ciel du sud de Nicosie et les constructions urbaines à deux étages au plus dans le nord de la ville, où subsistent par ailleurs des monuments de l&#8217;époque des Lusignan. Le sud du pays reçoit chaque année trois millions de touristes, le nord seulement cinquante mille. </p>

<p align="justify">Il est difficile d&#8217;échapper à la foule dans le sud. Nous avons nous-mêmes eu la chance de visiter deux monastères historiques et délicieusement tranquilles dans le massif du Troodos. Malheureusement, les deux monuments se préparaient à recevoir un grand nombre de visiteurs (avec l&#8217;ouverture d&#8217;un camp de jeunes et la construction d&#8217;une nouvelle église).</p>

<p align="justify">A Tusla, nous avons vu une route à grande circulation qui traversait le site d&#8217;une mosquée abandonnée en cours de reconstruction. On voit mal comment le site pourrait un jour retrouver toute sa tranquillité.</p>

<p align="justify">J&#8217;aimerais avoir plus d&#8217;informations sur la manière dont la République de Chypre aborde ce problème et savoir s&#8217;il existe des plans (élaborés de manière unilatérale ou en concertation avec l&#8217;ONU) concernant le développement du tourisme dans le nord le moment venu.</p>

<p align="justify">La construction de nouveaux bâtiments pose véritablement problème sur une île occupée depuis tant de millénaires. Le parlement de la République de Chypre recherche lui-même un site pour se faire construire de nouveaux locaux à Nicosie, mais M. Hadjidemetriou a donné l&#8217;exemple en refusant, pendant notre visite, de bâtir sur un site archéologique sensible. </p>

<p align="justify">Ces différents problèmes font l&#8217;objet de débats publics, au nord comme au sud. Que cette polémique soit motivée ou non par des considérations politiques (au sein des communautés et entre elles), le public n&#8217;en reste pas moins résolument sensible à la dimension patrimoniale.</p>

<p align="justify">Il semble que l&#8217;Eglise orthodoxe et des fondations associées disposent de fonds relativement importants pour les églises et monastères orthodoxes&nbsp;; il en est de même du Comité central pour la restauration des biens chypriotes turcs. Nous avons cru comprendre en outre que la communauté orthodoxe arménienne serait prête à financer la restauration de son monastère dans le nord.</p>

<p align="justify">La question se pose, par conséquent, de savoir si ces fonds pourraient être affectés au nord à la conservation de biens qui, jadis, appartenaient à ces communautés religieuses.</p>

<p align="justify"><b>E. Quelques observations concernant le nord</b></p>

<p align="justify"><b>(a) Les moyens dont dispose le Département chypriote turc des antiquités et des musées</b></p>

<p align="justify">Il est difficile de connaître les effectifs exacts de cet organisme. En 1989, M. van der Werff avait relevé les chiffres suivants (<a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc=Doc. 6079">Doc. 6079</a> para 5.7)&nbsp;:</p>

<p align="justify">Nicosie &#8211; 6 archéologues, 2 architectes, 20 ingénieurs de travaux civils, 1 conseiller technique</p>

<p align="justify">Famagouste &#8211; 4 archéologues</p>

<p align="justify">Kyrinia &#8211; 2 historiens d&#8217;art</p>

<p align="justify">Morfou &#8211; 2 archéologues</p>

<p align="justify">Gardiens &#8211; 60</p>

<p align="justify">Nous avons demandé les chiffres pour 2000. Ils n&#8217;ont pas beaucoup évolué, si ce n&#8217;est dans leur répartition. Par ailleurs, ils restent à confirmer&nbsp;:</p>

<p align="justify">Nicosie &#8211; 2 archéologues, 4 architectes, 3 ingénieurs de travaux civils, 2 historiens d&#8217;art</p>

<p align="justify">Famagouste &#8211; 2 archéologues, 1 historien d&#8217;art</p>

<p align="justify">Kyrinia &#8211; 1 archéologue, 1 historien d&#8217;art</p>

<p align="justify">Morfou &#8211; 2 historiens d&#8217;art</p>

<p align="justify">Gardiens -&nbsp;?</p>

<p align="justify">A plusieurs occasions, il nous a été fait remarquer au nord que ces effectifs étaient insuffisants. Il nous est difficile de préciser à quel point.</p>

<p align="justify">Les chiffres sont eux-mêmes incomplets (qu&#8217;en est-il du personnel technique ou du secrétariat&nbsp;?). Nous avons nous-mêmes constaté la pénurie de surveillants sur les sites comme dans les musées. La théorie de la conservation est respectée, mais les techniques utilisées ne sont peut-être pas toujours efficaces. Nous avons également noté un manque avéré de compétences dans certains domaines. C&#8217;est apparemment par manque de compétences archéologiques locales que l&#8217;on a été conduit à recruter un prétendu spécialiste allemand sur les sites de Soli et de Salamis. Les publications, les documents d&#8217;information sur les sites, les guides, les cartes postales, etc. sont rudimentaires, et la présentation manque souvent de professionnalisme. Il nous est par ailleurs clairement apparu que des travaux de conservation, pourtant bien nécessaires, tardaient à être engagés ou ne se faisaient que très lentement.</p>

<p align="justify">Il semblerait impératif&nbsp;: a) de procéder à une évaluation d&#8217;ensemble des priorités, en faisant une distinction entre les sites et édifices nécessitant une attention immédiate, ceux qui peuvent attendre, mais doivent tout de mêmes être protégés et enfin, ceux qui peuvent être confiés pendant un certain temps à d&#8217;autres instances. On pourrait ainsi&nbsp;: b) préciser les besoins professionnels du Département et c) recenser les domaines nécessitant une assistance extérieure.</p>

<p align="justify"> </p>

<p align="justify"><b>(b) Les domaines nécessitant assistance et coopération extérieures </b></p>

<p align="justify">La situation politique actuelle a notamment pour conséquence de couper les théoriciens et les professionnels chypriotes de la conservation de tout contact avec leurs collègues d&#8217;autres pays, hormis ceux de Turquie. Le manque de compétences dans certains domaines «&nbsp;non turcs&nbsp;» comme les icônes orthodoxes a entraîné la perte ou la mauvaise gestion d&#8217;une grande partie de ce patrimoine. C&#8217;est un problème auquel on remédie de manière progressive en formant une nouvelle génération de spécialistes chypriotes turcs (en Turquie mais aussi dans d&#8217;autres pays).</p>

<p align="justify">Nous aimerions par conséquent lancer à la communauté scientifique et professionnelle internationale un appel à la coopération sur les quelques points suivants&nbsp;:</p>

<p align="justify">- Cours de formation universitaire pour les étudiants chypriotes turcs</p>

<p align="justify">- Retour des écoles archéologiques étrangères sur les sites du nord de Chypre abandonnés en 1974. Dans certains cas, une telle décision pourrait constituer la dernière chance de renouer des contacts personnels sur le site et, de ce fait, d&#8217;assurer une certaine continuité.</p>

<p align="justify">- Assistance professionnelle internationale par l&#8217;intermédiaire d&#8217;Icom et d&#8217;Icomos.</p>

<p align="justify">- Invitations à des conférences internationales. Ainsi, il nous semblerait important d&#8217;associer les autorités chypriotes turques au débat international sur la réutilisation des monuments historiques à caractère religieux.</p>

<p align="justify">- Rédaction de documents d&#8217;information impartiaux.</p>

<p align="justify">On a constaté une certaine hésitation sur ce point par le passé. S&#8217;il existe des problèmes, il convient de les identifier. Si un organisme intermédiaire peut éviter l&#8217;écueil de la reconnaissance politique, telle pourrait être une autre des tâches de la Fondation européenne dont la création est proposée ci-après.</p>

<p align="justify">La possibilité d&#8217;une coopération directe entre le nord et le sud doit bien entendu être particulièrement encouragée, même s&#8217;il s&#8217;agit-là de l&#8217;aspect le plus délicat de la question.</p>

<p align="justify">Il serait intéressant d&#8217;en savoir davantage sur les initiatives prises par l&#8217;ONU&nbsp;pour le nord et le sud. Le Plan directeur pour Nicosie a permis de financer sur des fonds américains des projets comme celui d&#8217;Arabahmet à Nicosie-nord, mais les autorités locales regrettent que la plus grande partie des ressources disponibles aillent au sud, qui en a un besoin moins urgent. Au début de l&#8217;an 2000, l&#8217;ONU a annoncé un double projet, faisant intervenir la restauration du monastère de l&#8217;apôtre Andreas au nord et de la mosquée Hala Sultan Tekke au sud. On nous a affirmé en novembre que le projet avançait comme prévu (les autorités religieuses ayant donné leur accord), mais nous n&#8217;avons pas d&#8217;autres détails. Il sera symptomatique de voir si des experts des deux côtés vont être associés aux travaux.</p>

<p align="justify">Le moment est donc opportun de revenir à l&#8217;idée d&#8217;un mécanisme européen de financement des travaux de conservation au nord. Il nous a semblé sentir une réaction favorable à cette initiative, des deux côtés, pour autant qu&#8217;elle ne comporte aucune condition politique ou religieuse. Je propose que la commission de la culture et de l&#8217;éducation reprenne le débat sur ce point à partir des propositions déjà faites concernant la création d&#8217;une Fondation européenne. Cet organisme pourrait axer son effort sur les cas spécifiques relativement peu nombreux dans lesquels il y a responsabilité internationale et où un usage local n&#8217;est pas envisageable (ainsi, le monastère arménien et autres édifices religieux isolés, en particulier ceux situés à l&#8217;intérieur ou à proximité d&#8217;installations militaires turques).</p>

<p align="justify">Un autre domaine dans lequel on pourrait faire appel à l&#8217;aide internationale concerne la lutte contre la contrebande des biens culturels dans le nord. Au risque de provoquer, je poserai la question de savoir s&#8217;il est vraiment juste que des biens dérobés au nord soient restitués au sud. Tel est après tout le sort qu&#8217;ont connu les mosaïques volées à Kanakaria. Il semblerait préférable que le nord (qu&#8217;il s&#8217;agisse de ses autorités ou des particuliers) participent dans des conditions d&#8217;égalité à la lutte contre le vol d&#8217;objets d&#8217;art.</p>

<p align="justify"><b>(c) Le budget du patrimoine culturel</b></p>

<p align="justify">En principe, tous les travaux réalisés sur les sites du patrimoine culturel (archéologiques ou bâtis) le sont par le Département des antiquités et des musées. Les fonds proviennent directement du budget de l&#8217;état, de l&#8217;Evkaf (pour les biens religieux musulmans ou repris par l&#8217;état après 1974, comme au sud) et du tourisme (par législation spéciale).</p>

<p align="justify">De l&#8217;avis de la plupart des personnes que nous avons rencontrées au nord, les budgets sont insuffisants. Aucun chiffre précis ne nous a été communiqué (absolu ou relatif). Il nous est cependant clairement apparu que le Département ne fait pas grand-chose ou ne le fait que lentement.</p>

    <ul><ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Hormis le toit à Soli et la disparition des échafaudages de la mosquée de Selimye, nous avons observé peu de traces de travaux de restauration récents. Les chantiers en cours sont anciens (ainsi, Buyuk Han et Arabahmet). Les plus vieux quartiers du centre-ville de Nicosie-nord n&#8217;ont fait l&#8217;objet d&#8217;aucuns travaux, contrairement à la périphérie, où l&#8217;on a vu surgir plusieurs banlieues nouvelles constituées d&#8217;habitations modernes de 2 à 4 étages.</p>

</ul></ul><p align="justify">On nous a par ailleurs montré un certain nombre d&#8217;exemples de projets de parrainage privés portant sur des chantiers de restauration (biens religieux à Ozankoy et Bellapais). Ces initiatives ont été menées en collaboration avec le Département. Nous aimerions en savoir davantage sur le financement des travaux de restauration de biens  profanes privés importants sur le plan du patrimoine national. Existe-t-il des partenariats entre le public et le privé&nbsp;?</p>

<p align="justify"><b>(d) Contrôle</b></p>

<p align="justify">Le Département est investi de l&#8217;entier contrôle du patrimoine culturel classé qui, en principe, est efficace. Le fait qu&#8217;il ait, par exemple, limité à 18 chambres la restauration de Sourp Magar réduit fortement le développement touristique potentiel du site. Toutefois, il se pose la question de savoir si les effectifs déployés sont suffisants pour assurer la protection des sites et des musées, ou encore, pour lutter contre la construction sauvage.</p>

<p align="justify">Bien que le système de classement du patrimoine ait été hérité de l&#8217;administration précédente en 1974, un certain nombre d&#8217;éléments lui ont été ajoutés qui concerne l&#8217;architecture non religieuse. Il semblerait qu&#8217;aucune ordonnance de conservation générale n&#8217;ait été prononcée concernant les centres-villes historiques de Nicosie, Kyrinia et Famagouste. Nous aimerions en savoir davantage sur la politique adoptée et sa généralisation à l&#8217;architecture villageoise et au patrimoine naturel.</p>

<p align="justify">La question de la responsabilité éventuelle du Département s&#8217;agissant de la lutte contre la contrebande de biens culturels n&#8217;a pas été posée, alors qu&#8217;elle devrait l&#8217;être. Compte tenu de l&#8217;expérience de mon propre pays, je dirais qu&#8217;il faut engager un effort considérable sur le plan de la législation, de la formation et de la répression si l&#8217;on veut vraiment s&#8217;attaquer au problème.</p>

<p align="justify"><b>(e) L&#8217;importance relative de la politique du patrimoine culturel</b></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les autorités politiques chypriotes turques accordent apparemment beaucoup d&#8217;attention au patrimoine culturel, une réalité qui avait déjà été soulignée en 1989, mais qui est tout aussi évidente aujourd&#8217;hui. Dans une certaine mesure, je me félicite de cet intérêt politique, gage d&#8217;équité dans le traitement réservé à certains monuments controversés comme le monastère arménien.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ma principale préoccupation, toutefois, est plutôt de donner une place sûre et plus intégrée à la conservation du patrimoine dans des domaines plus généraux de l&#8217;urbanisme et de l&#8217;aménagement du territoire&nbsp;: (a) prise en compte du patrimoine non religieux et naturel&nbsp;; b) aménagement urbain des grandes villes et, surtout, c) gestion du tourisme au fur et à mesure de son expansion.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le sentiment général que nous a laissé notre récente visite dans le nord de Chypre, après quelque temps passé au sud, a surtout été une impression de contraste. J&#8217;en ai déjà parlé (voir point D ci-dessus). Pour reprendre les mots prononcés par un Chypriote turc sur une plage déserte à l&#8217;ouest de Kyrinia&nbsp;: «&nbsp;Nous habitons un paradis, mais nous le savons pas». Mais la vraie question est de savoir si le nord est préparé à ce qui arrivera une fois qu&#8217;il sera possible de franchir la «&nbsp;Ligne verte&nbsp;». L&#8217;invasion du tourisme de masse risque d&#8217;être bien plus dévastatrice que les hostilités de 1974. Elle pourrait bientôt se produire avec l&#8217;adhésion de la République de Chypre à l&#8217;UE.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Je crois qu&#8217;il est urgent d&#8217;aider les autorités chypriotes turques à se préparer à cette éventualité. Il faut pour cela considérablement accélérer le rythme actuel des travaux de conservation, et revoir les priorités.</p>

</ul><p align="justify"><b>F. La question du dédommagement</b></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Si l&#8217;invasion ottomane de 1570-1571 est trop lointaine pour préoccuper les Chypriotes aujourd&#8217;hui, les événements de 1974 et la partition de l&#8217;île restent très présents dans les esprits de ceux qui ont vécu cette période ou de ceux de leurs enfants. Il n&#8217;est pas question de minimiser l&#8217;horreur de cette période ou de refuser le droit des victimes à une forme ou une autre de dédommagement en temps et en heure. La situation s&#8217;est d&#8217;ailleurs déjà présentée dans un autre pays européen divisé, l&#8217;Allemagne, avec les survivants de l&#8217;Holocauste.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Cependant, l&#8217;incessante guerre de propagande que les deux parties en présence continuent de se livrer à coups d&#8217;allégations et de contre-allégations ne dessert pas cet objectif. Il faudrait plutôt procéder à un inventaire indépendant et impartial des pertes et des dommages subis, notamment pour pouvoir retrouver les icônes (bien que l&#8217;Eglise orthodoxe semble avoir tendance à les déplacer assez souvent en temps normal et apparemment assez librement).</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La communauté internationale devrait être invitée à se charger de cette mission. Les éléments que nous avons recueillis sont à sa disposition.</p>

</ul><p align="justify"><b>G. Conclusions préliminaires</b></p>

<p align="justify">Notre visite d&#8217;étude du mois de novembre 2000 a permis de renouer des relations de travail normales avec la communauté chypriote turque sur la question du patrimoine culturel. Une coopération est possible dans de nombreux domaines afin de protéger l&#8217;ensemble du patrimoine culturel de l&#8217;île. Je soulignerais ici&nbsp;:</p>

<p align="justify">- La nécessité de rompre l&#8217;isolement scientifique et professionnel du nord</p>

<p align="justify">- La mise sur pied d&#8217;une Fondation européenne pour le patrimoine culturel de Chypre (financement des travaux de conservation de certains monuments, contacts internationaux, inventaire des pertes subies, etc.) </p>

<p align="justify">- Une coopération dans le domaine de la lutte contre la contrebande de biens culturels.</p>

<p align="justify">Par-dessus tout, cependant, j&#8217;aimerais insister sur la nécessité de développer de toute urgence la concertation avec les autorités du nord de Chypre afin d&#8217;évoquer l&#8217;impact imminent du tourisme de masse et ses effets possibles sur le patrimoine culturel.</p>

<p align="justify">22 janvier 2001</p>

<p align="justify"><b>ANNEXE : Programme de la visite d&#8217;étude</b> </p>

<p><b>Samedi 11 Novembre 2000</b></p>

<p align="justify">03.05 Arrivée à l&#8217;aéroport de Larnaka et transfert à l&#8217;hôtel Hilton de Nicosie</p>

<p align="justify">Matin &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Visite d&#8217;étude au monastère Agios Iannis Lampadistis et au musée byzantin (village de Kalopanayiotis) en compagnie de l&#8217;évêque de Morfou Neophytos</p>

<p align="justify">Après-midi &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Visite d&#8217;étude au monastère de Machairas en compagnie du père Arsenios</p>

<p align="justify">Réunion en soirée avec l&#8217;ambassadrice tchèque, Mme Vera Jerabkova</p>

<p><b>Dimanche 12 Novembre 2000 </b></p>

<p align="justify">09.00 Franchissement du poste de contrôle de Ledra Palace</p>

<p align="justify">Visites à Nicosie (Lefkosa)</p>

  <ul><p align="justify">- Bedestan</p>

  <p align="justify">- Mosquée de Selimye (Sainte-Sophie)</p>

  <p align="justify">- Buyuk Han</p>

  <p align="justify">- Maison des Lusignan</p>

  <p align="justify">- Mosquée de Haydarpasa (Sainte-Catherine)</p>

</ul><p align="justify">Visites dans la région de Morfou (Guzelyurt)</p>

  <ul><p align="justify">- Monastère de Saint-Mamas</p>

  <p align="justify">- Ruines de Soli</p>

</ul><p align="justify">Visites sur la côté ouest de Kyrinia (Girne)</p>

  <ul><p align="justify">- Monastère d&#8217;Akhiropiitos et église de Sainte-Eulalie (Lambousa)</p>

</ul><p align="justify">Visite l&#8217;après-midi dans la région de collines à l&#8217;Est de Kyrinia</p>

  <ul><p align="justify">- Monastère arménien (Sourp Magar)</p>

</ul><p><b>Lundi 13 Novembre 2000</b></p>

<p align="justify">Visites autour de Kyrinia (Girne)</p>

  <ul><p align="justify">- Abbaye de Bellapais</p>

  <p align="justify">- Panayia Bodemidia (Ozankoy Casaphane)</p>

  <p align="justify">- Château de Kyrinia, église byzantine et épave de navire</p>

</ul><p align="justify">Retour à Nicosie pour des entretiens avec MM. Mustafa Akinci, Ertugul Hasipoglu et Mehmet Altinay</p>

<p align="justify">Nouvelles visites à Nicosie</p>

  <ul><p align="justify">- Quartier d&#8217;Arabahmet</p>

  <p align="justify">- Maison Dervis Pasa</p>

</ul><p align="justify">14.30 Franchissement du point de contrôle de Ledra Palace</p>

<p align="justify">Visites d&#8217;étude l&#8217;après-midi dans la région de Larnaka</p>

  <ul><p align="justify">- Hala Sultan Tekke</p>

  <p align="justify">- Eglise Angeloktisti</p>

  <p align="justify">- Mosquée de Tusla</p>

</ul><p align="justify">Rencontre avec le chef de la délégation de l&#8217;UE, l&#8217;ambassadeur Donato Chiarini</p>

<p align="justify"><b>Mardi 14 novembre 2000</b></p>

<p align="justify">Réunion de travail le matin avec des experts, présidée par M. Takis Hadjidemetriou (hôtel Hilton)</p>

<p align="justify">Après-midi&nbsp;: visites d&#8217;étude à Nicosie</p>

  <ul><p align="justify">- Mosquée d&#8217;Omeriye</p>

  <p align="justify">- Musée archéologique</p>

</ul><p><b>Mercredi 15 novembre 2000</b></p>

<p align="justify">04.15 Départ de l&#8217;aéroport de Larnaka</p>

<p align="justify"><b>Rapport rédigé à la suite d&#8217;une mission effectuée à Chypre</b></p>

<p align="justify">par Josef &#352;tulc, Ph.D., Directeur de l&#8217;Institut national tchèque de protection des Monuments historiques</p>

  <ul><p align="justify"><b>1. INTRODUCTION</b></p>

  <p align="justify">Du 10 au 15 novembre 2000, j&#8217;ai participé en qualité de conseiller à la visite d&#8217;étude conduite en République de Chypre (et dans les territoires du <i>nord</i> de l&#8217;île) par Mme&nbsp;Vlasta &#352;t&#283;pová, rapporteur général sur le patrimoine culturel de l&#8217;Assemblée parlementaire du Conseil de l&#8217;Europe et M. Christopher Grayson, chef de la Division de la Culture et de l&#8217;Education. Ma mission consistait à porter un jugement, autant que faire se peut, objectif sur l&#8217;état de conservation et le degré de préservation des monuments dans les deux parties du pays, mon appréciation devant par la suite servir de point de départ à d&#8217;éventuelles initiatives de l&#8217;Assemblée parlementaire.</p>

</ul><p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans un premier temps, le Département des Antiquités de la République de Chypre m&#8217;a communiqué un certain nombre de documents audio-visuels faisant état des pertes culturelles subies au nord du pays. J&#8217;ai également pu me procurer une publication, tout à fait bien documentée sur le plan du texte et des photographies et parfaite sur le plan graphique, intitulée <i>Cyprus, a Civilization Plundered</i>, due à une équipe d&#8217;auteurs chypriotes et grecques et publiée par le parlement hellénique en 1998. Les photographies que l&#8217;on peut voir dans cet ouvrage rendent tout commentaire superflu, mais le texte m&#8217;a paru quelque peu tendancieux. Par contre, je tiens à souligner l&#8217;impartialité et la qualité technique dont le professeur Robin Cormack, éminent expert britannique a fait preuve dans son rapport brillant sur l&#8217;art byzantin, élaboré à la suite de sa visite en 1989 (PACE <a href="/ASP/Doc/RefRedirectFR.asp?Doc=Doc. 6079">Doc. 6079</a>, 6 juin 1989). J&#8217;ai d&#8217;ailleurs pu vérifier moi-même la plupart de ses observations lors de ma propre mission. Aujourd&#8217;hui encore, 11 ans après sa parution, les conclusions que renferme conservent toute leur actualité et restent donc valables.</p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La sélection des sites visités dans l&#8217;une et l&#8217;autre partie du pays n&#8217;était pas la nôtre, puisqu&#8217;elle avait été faite par nos hôtes, un facteur qui limite bien sûr l&#8217;objectivité et la validité de toute généralisation ou jugement que nous pourrions être amenés à faire. Par conséquent, mon rapport et les conclusions qu&#8217;il contient ne peuvent que donner une indication de l&#8217;état du patrimoine culturel chypriote dans les quelques lieux que j&#8217;ai pu visiter et voir de mes propres yeux, compte tenu des réserves et opinions exprimées par les experts avec lesquels je me suis effectivement entretenu.</p>

<p align="justify"> </p>

  <ul><p align="justify"><b>2. DESCRIPTION ET<a name="P279_28455"></a> ETAT ACTUEL DU PATRIMOINE CULTUREL VISITE</b></p>

</ul><p align="justify">Dans les deux parties du pays, on est frappé par l&#8217;extraordinaire richesse et la diversité du patrimoine culturel chypriote. Etant donné sa position stratégique entre la mer Egée, le Levant et l&#8217;Egypte, la République de Chypre, d&#8217;abord réputée pour son cuivre, a été un véritable carrefour de cultures et de civilisations depuis les temps les plus reculés. Pendant plus de trois millénaires, les Grecs ont été présents à Chypre, qui recèle encore aujourd&#8217;hui de nombreux témoignages de leur fabuleuse créativité. En dehors de l&#8217;incroyable richesse archéologique du néolithique tardif, et des vestiges de l&#8217;ère hellénique et de la domination romaine en passant par les villes-royaumes, c&#8217;est surtout l&#8217;architecture byzantine, suivie de l&#8217;architecture religieuse orthodoxe qui marque le patrimoine bâti de l&#8217;île.  Par ailleurs, les &#339;uvres monumentales du gothique français, que Chypre doit aux rois de la famille des Lusignan, à leur clergé catholique et aux serfs francophones, ont été érigées à partir de la fin du 12<sup>e</sup> siècle. D&#8217;importants monuments d&#8217;architecture militaire ont été par ailleurs construits au 16<sup>e</sup> siècle par les Vénitiens&nbsp;; de même, la contribution architectonique de la communauté chypriote turque, installée dans l&#8217;île depuis le 17<sup>e</sup> siècle, n&#8217;est pas à négliger. Le syncrétisme de toutes ces influences, auquel il ne faut pas non plus enlever leur caractère spécifiquement chypriote, ne manque pas de fasciner.  L&#8217;héritage urbanistique de l&#8217;île, comme le montre par exemple la vieille ville de Nicosie, est lui aussi des plus originaux. Les styles architecturaux byzantins ou gothiques des églises, dont la plupart ont été transformées en mosquées, se mêlent au caractère essentiellement turc des édifices non religieux. Le paysage pittoresque de l&#8217;île, très spectaculaire dans ses régions montagneuses, est tout à fait unique en son genre.</p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je n&#8217;ai eu l&#8217;occasion de voir qu&#8217;une petite partie de cette incommensurable richesse. </p>

<p align="justify">Dans le présent rapport, mon intention n&#8217;est pas de passer en revue les différents sites dans un ordre chronologique. Je commencerai par examiner les endroits visités dans le sud de l&#8217;île, pour m&#8217;intéresser ensuite à ceux du <i>nord</i>. Je me concentrerai surtout sur l&#8217;urbanisme et le patrimoine architectural que sur les &#339;uvres d&#8217;art mobilières et les objets archéologiques. N&#8217;ayant pas la prétention d&#8217;être un expert de la peinture byzantine murale ou sur panneaux, je ne peux que reprendre (et, comme je l&#8217;ai déjà dit, confirmer) les opinions éclairées du professeur Cormack.</p>

<p align="justify"> <b>A. La partie méridionale de l&#8217;île</b></p>

<p align="justify"><u>Le monastère d&#8217;Agios Iannis Lampadistis</u> dans le village de Kalopanayiotis (massif du Troodos).</p>

<p align="justify"> Cet ensemble architectural regroupe une série de bâtiments d&#8217;une valeur exceptionnelle, véritables &#339;uvres d&#8217;art, avec notamment trois églises reliées les unes aux autres, datant de l&#8217;époque byzantine et de celle des Lusignan (11<sup>e</sup>-15<sup>e</sup> siècles). Des iconostases décorées d&#8217;importantes icônes et un ensemble unique de peintures murales de plusieurs périodes différentes (du début du 13<sup>e</sup> siècle jusqu&#8217;au 15<sup>e</sup> siècle) ont été préservés <i>in situ</i>. L&#8217;état de ce patrimoine culturel est excellent, la qualité de son entretien exemplaire et la présentation aux visiteurs est assurée. L&#8217;intérieur a été conservé de manière tout à fait authentique, puisque ni les fresques ni les peintures murales n&#8217;ont été restaurées. Elles auraient cependant besoin d&#8217;être nettoyées mais avec beaucoup de soin.</p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ouvert en 1999 dans l&#8217;enceinte même du monastère, le musée d&#8217;icônes (qui datent du 12<sup>e</sup> au 18e siècles) offre aux visiteurs une expérience exceptionnelle. Les icônes viennent d&#8217;être restaurées, sans retouches ni autres interventions inconsidérées.</p>

<p align="justify">Je n&#8217;ai regretté que l&#8217;absence de légendes indiquant la provenance de ces &#339;uvres.</p>

<p><b><u>Le monastère de Machairas</u></b></p>

<p align="justify">Notre visite a eu lieu à la tombée du jour.  Nous nous sommes essentiellement concentrés sur une collection d&#8217;icônes, de manuscrits et autres objets sacrés dans les sous-sols. S&#8217;agissant des objets comme de l&#8217;édifice, nous avons eu l&#8217;impression d&#8217;une certaine «&nbsp;sur-restauration&nbsp;», qui s&#8217;explique manifestement par la prospérité du monastère.</p>

<p align="justify"><u>L&#8217;église de Panagia Angeloktistos, à Kiti, près de Larnaca</u></p>

<p align="justify"> Il s&#8217;agit d&#8217;une église byzantine à coupole, datant du 11<sup>e</sup> siècle, avec l&#8217;abside d&#8217;une église plus ancienne détruite au 7<sup>e</sup> siècle par les Arabes. Une mosaïque unique de la Vierge Marie avec les archanges, datant du 6<sup>e</sup> siècle, a pu être préservée dans l&#8217;abside, de même qu&#8217;une peinture murale du 13<sup>e</sup> siècle dans la nef. Le narthex date de la période des Lusignan, au 14<sup>e</sup> siècle. L&#8217;état de conservation de l&#8217;église est excellent. Les peintures, la mosaïque et le mobilier ont été préservés en l&#8217;état, sans restaurations intempestives.</p>

<p align="justify"> <u>La mosquée Hala Sultan Tekke,</u> près de Larnaca, édifice monumental à coupole datant du 17<sup>e</sup> siècle, est en bon état de conservation et bien entretenue.</p>

<p align="justify"> <u>La mosquée de Tusla,</u> à Larnaca, est à l&#8217;origine une église gothique à nef unique, datant de la période des Lusignan. Elle est actuellement en réparation (la toiture est terminée&nbsp;; le nettoyage des pierres, la restauration de l&#8217;appareil de façade en pierre de taille et les fouilles archéologiques aux abords de l&#8217;église sont encore en cours). Le travail de conservation est de bonne qualité. A mon avis, le nettoyage des pierres est quelque peu excessif compte tenu des besoins.</p>

<p align="justify"> <b>Nicosie</b></p>

<p align="justify"><u>La mosquée d&#8217;Omeriye</u>&nbsp;: il s&#8217;agit d&#8217;une ancienne église gothique du début du 14<sup>e</sup> siècle, faisant partie d&#8217;un monastère augustinien. La nef de l&#8217;église a perdu ses voûtes en 1571 et possède aujourd&#8217;hui des plafonds de bois reposant sur des arcs-doubleaux en pierre. L&#8217;état de la mosquée est satisfaisant, hormis quelques petits problèmes auxquels il serait facile de remédier.</p>

<p align="justify"><u>Le musée archéologique</u> abrite également le siège du Département des Antiquités. De fascinantes collections, qui vont de l&#8217;époque préhistorique jusqu&#8217;à la période romaine, témoignent de l&#8217;extraordinaire culture et du degré de civilisation de l&#8217;île. Elles sont bien entretenues, mais leur mode de présentation aux visiteurs paraît quelque peu désuet au regard des normes actuelles.</p>

<p align="justify">Dans l&#8217;ensemble, <u>Nicosie</u> au sud de la «&nbsp;Ligne verte&nbsp;», à l&#8217;exception d&#8217;une enclave à l&#8217;arc méridional des murs d&#8217;enceinte vénitiens, est une ville «&nbsp;mondialisée&nbsp;» relativement moderne, avec un certain nombre d&#8217;immeubles de grande hauteur, en béton et de verre. Je n&#8217;ai vu aucun quartier ni même de rues avec des bâtiments préservés du 19<sup>e</sup> siècle. A l&#8217;évidence, des constructions nouvelles les ont remplacés au cours des 20 à 30 dernières années. Les conséquences d&#8217;une urbanisation excessive, se traduisant par la construction d&#8217;édifices à vocation purement commerciale et sans aucun intérêt architectural, sont également manifestes en région rurale, par exemple entre Larnaca et Nicosie.</p>

<p align="justify"><b>B. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La partie septentrionale de l&#8217;île</b></p>

<p align="justify"><b>Nicosie</b></p>

<p align="justify"><u>La mosquée de Selimiye</u> (ancienne cathédrale Sainte-Sophie).</p>

<p align="justify">Un édifice monumental (du 13-14<sup>e</sup> siècle) presque entièrement préservé avec un plan de type cathédral, des arcs-boutants massifs et un narthex ouvert à voûtes. Il s&#8217;agit de l&#8217;un des monuments les plus précieux du gothique français en Méditerranée orientale. La transformation de l&#8217;édifice en mosquée ne l&#8217;a pas endommagé, puisqu&#8217;on lui a simplement ajouté deux minarets caractéristiques. L&#8217;intérieur a été chaulé, mais certaines des piliers ont été malencontreusement repeintes à l&#8217;huile. Un ensemble de pierres tombales gothiques a été réuni dans l&#8217;ancienne sacristie. Le monument a été préservé comme à l&#8217;origine, de manière tout à fait authentique et il est régulièrement entretenu, sans interventions déplacées de la part des restaurateurs.</p>

<p align="justify"> </p>

<p align="justify"><u>Bedestan,</u> ancienne église byzantine du 6<sup>e</sup> siècle, puis église gothique Saint-Nicolas située à côté de la cathédrale, a servi de marché sous la domination turque. Cet important monument de la période des Lusignan, offrant une riche décoration sculptée en pierre, est aujourd&#8217;hui partiellement en ruines mais très authentique. Ses fondations ont légèrement souffert des conséquences d&#8217;un tremblement de terre. Les Britanniques ont été les premiers à entreprendre des travaux de consolidation (par une méthode peu adaptée sur le plan architectural de revêtement des piliers). Certaines voûtes sont aujourd&#8217;hui soutenues par une sorte d&#8217;échafaudage tubulaire de fortune. La détérioration semble avoir été enrayée et, de ce fait, il n&#8217;existe pas de danger dans l&#8217;immédiat.</p>

<p align="justify"><u>La mosquée de Haydarpasha</u>, ancienne église gothique à nef unique de Sainte-Catherine au 14<sup>e</sup> siècle, constitue un exemple remarquable d&#8217;architecture de la période des Lusignan. L&#8217;édifice a été restauré récemment et devrait bientôt servir de musée. Pendant les réparations, la pierre n&#8217;a pas été nettoyée outre mesure et l&#8217;édifice, ainsi que les ajouts ultérieurs, ont été préservés dans leur état d&#8217;origine.</p>

<p align="justify"><u>Büyük Han</u>, caravansérail ou halte en bord de route datant du début de la période de la domination turque, est un vaste édifice comportant quatre ailes construit à la fin du 16<sup>e</sup> siècle, avec une arcade à deux étages autour d&#8217;une cour carrée. L&#8217;édifice a servi de prison pendant l&#8217;administration britannique et des logements pour indigents y ont été aménagés par la suite. Dans l&#8217;ensemble, les travaux de conservation et de réhabilitation de cet édifice gravement endommagé, qui deviendra le centre culturel de la ville, sont presque terminés. Les travaux de préservation, de même que la reconstruction des parties qui se sont effondrées, sont en cours et de bonne qualité&nbsp;; autant que possible, on utilise des pierres d&#8217;origine reprises sur les parties effondrées.</p>

<p align="justify"><u>La demeure des Lusignan</u> :  des parties d&#8217;un édifice de pierre gothique du Lusignan, construit au 15<sup>e</sup> siècle et complété ultérieurement par des éléments d&#8217;architecture turque (oriel à colombages). La rénovation de la structure endommagée de l&#8217;édifice donne l&#8217;impression d&#8217;avoir été faite assez «&nbsp;durement», avec des poutres taillées à la machine&nbsp;; pour le reste, cette réhabilitation d&#8217;une construction en très mauvais état est plutôt réussie.</p>

<p align="justify"><u>Le manoir de Dervish Pasha</u>, sorte de ville-palais (construite entre le 17<sup>e</sup> et le 19<sup>e</sup> siècles), constitue un exemple, de par sa composition et ses détails caractéristiques, de l&#8217;architecture et du style de vie d&#8217;un riche éditeur turc. Il a été reconstruit, dans l&#8217;ensemble avec succès, il y a environ 15 ans et transformé en musée ethnographique.</p>

<p align="justify"> <u>Le quartier d&#8217;Arabahmet</u>, avec des immeubles d&#8217;habitation turcs construits entre le 17<sup>e</sup> et le début du 20<sup>e</sup> siècle, a été réhabilité plutôt avec succès. La conservation des habitations et leur modernisation ont été associés, dans le cadre de cette entreprise, à la préservation de la fonction de logement. La reconstruction est de bonne qualité et elle a été effectuée dans le respect de la tradition.&nbsp;</p>

<p align="justify"><u>La structure urbanistique de Nicosie.</u>  La vue que l&#8217;on peut avoir depuis la terrasse du seul et unique gratte-ciel de la ville (construit dans les années 1960 et situé au centre de cette partie de Nicosie) témoigne de l&#8217;admirable authenticité du plan de la ville tel qu&#8217;il a été préservé et de son tissu urbain historique, que l&#8217;on peut encore tout à fait sauver et ranimer en dépit d&#8217;un état avancé de décrépitude. On ne constate aucune ligne de partage artificielle par rapport aux nouveaux quartiers du nord de la ville&nbsp;; la continuité est préservée. Par contre, on voit bien la différence au sud de la «&nbsp;Ligne verte&nbsp;», où commencent à se multiplier nettement des logements très cosmopolites et beaucoup plus hauts.</p>

<p align="justify"><u>Le plan municipal de Nicosie</u>, dont nous a parlé un ancien maire du <i>nord</i> de la ville, témoigne de la collaboration entre les deux communautés (toute la ville, désormais divisée, bénéficie par exemple d&#8217;un seul et unique système commun d&#8217;adduction d&#8217;eau et d&#8217;égoûts). Ce plan ne prévoit pas de bouleversement radical du centre historique, ni de construction de gratte-ciels.</p>

<p align="justify"><b>Kyrinia</b></p>

<p align="justify">L&#8217;histoire de la construction du <u>château</u> est compliquée, l&#8217;église byzantine de Saint-Jean et les murs d&#8217;enceinte et le palais des Lusignan ayant été transformés au 16<sup>e</sup> siècle en une énorme forteresse vénitienne gardant le port. Le tissu des édifices et des fortifications sont dans un état satisfaisant, régulièrement entretenus et en partie utilisés comme musée. L&#8217;érosion irrégulière et parfois importante des pierres de parement en calcaire des édifices et des fortifications (avec des cavités qui atteignent 15 centimètres de profondeur) pose un problème, sinon dangereux, du moins récurrent. Un soin particulier est apporté à la fameuse «&nbsp;épave de Kyrinia&nbsp;» datant du 4<sup>e</sup> siècle avant J.-C., renflouée il y a 30 ans et présentée au public dans une salle climatisée du palais du château.</p>

<p align="justify"><u>Le port</u>, ensemble pittoresque d&#8217;édifices historiques, de jetées et de phares, a été conservé dans un état relativement authentique, sans être trop défiguré par l&#8217;installation de boutiques kitsch et par la publicité, même s&#8217;il constitue désormais une importante attraction touristique.</p>

<p align="justify"><u>Le monastère de Bellapais</u> est un ensemble unique d&#8217;architecture fin romane et gothique de la période des Lusignan aux 13<sup>e</sup> et 14<sup>e</sup> siècles.  Le monastère est ouvert au public et régulièrement entretenu de manière exemplaire, notamment pour ce qui est de ses abords aménagés en parcs. L&#8217;église, orthodoxe depuis 1570, a conservé son mobilier historique, avec notamment une iconostase et ses icônes. La fresque fragmentaire que l&#8217;on voit dans l&#8217;entrée de l&#8217;église aurait besoin d&#8217;une restauration urgente (des parties de la couche de plâtre se détachent de leur support).</p>

<p align="justify"><u>L&#8217;église de Panyia tou Potamou</u> dans le village d&#8217;Ozankoy, à proximité du monastère de Bellapais, offre un exemple intéressant du syncrétisme entre l&#8217;architecture gothique du 14<sup>e</sup> siècle (Lusignan) et la décoration à fresques de la fin de l&#8217;époque byzantine. L&#8217;église elle-même a été préservée et entretenue de manière exemplaire, mais les fresques ont été consolidées de manière très peu professionnelle (avant 1974, nous a-t-on dit). La partie architecturale intacte de l&#8217;iconostase a été privée de toutes ses icônes en 1974.  (Je n&#8217;ai pas réussi à savoir si les peintures avaient été emportées par des réfugiés grecs, mises en sécurité auprès de l&#8217;administration turque ou peut-être encore, volées et exportées).</p>

<p align="justify"><u>L&#8217;église d&#8217;Agios Mamas à Morfou. </u>Ce monument d&#8217;une rare valeur de l&#8217;architecture orthodoxe médiévale, avec des éléments gothiques et une coupole ajoutée au 18<sup>e</sup> siècle, a été préservé et l&#8217;intérieur est resté intact, avec notamment une iconostase très décorée du 16<sup>e</sup> siècle ainsi que la fameuse tombe du saint. L&#8217;intérieur est tellement bien conservé qu&#8217;il serait presque dommage de le restaurer. Hélas, un certain nombre de peintures et de structures en bois de l&#8217;iconostase auraient besoin d&#8217;un traitement préventif urgent (les couches de couleur, vermoulues, se détachent du fond, etc.). Dans la publication <i>Cyprus, a Civilization Plundered </i>(1988), on peut lire que l&#8217;église aurait été cambriolée et dépouillée de son mobilier (p. 91).</p>

<p align="justify"><u>Soli</u>, site archéologique. Après les importantes fouilles menées par des archéologues canadiens (1964-74), le problème le plus urgent reste la consolidation des fondations mises au jour d&#8217;une monumentale basilique à 5 nefs du 5<sup>e</sup> siècle (fin de la période romaine), avec un ensemble particulièrement précieux de sols en mosaïques. Etant donné sa détérioration rapide, le site a été recouvert en 1998 d&#8217;une toiture en acier sur piles de béton. La solution semble avoir été efficace.</p>

<p align="justify"><u>Le monastère d&#8217;Akhiropiitos à Lamboussa. </u>Un remarquable ensemble d&#8217;édifices du 13 au 17<sup>e</sup> siècles, à présent sans accès ni utilisation possibles, puisqu&#8217;ils sont situés au milieu de baraquements de l&#8217;armée turque. L&#8217;église, surmontée de deux dômes et d&#8217;un narthex gothique est un exemple concret de la fusion entre la tradition byzantine et les éléments romans et gothiques de l&#8217;architecture des Lusignan. Les fresques ont été préservées en partie dans l&#8217;abside orientale, et l&#8217;on observe dans la nef de remarquables vestiges de pavages médiévaux. L&#8217;architecture de bois et la décoration sculptée de l&#8217;iconostase ont été préservés <i>in situ</i>, mais les icônes ont disparu (depuis avant 1974, nous a-t-on dit). L&#8217;église et le monastère, édifices essentiellement médiévaux, ont conservé leur aspect authentique, mais ils auraient besoin d&#8217;urgents travaux d&#8217;entretien préventif pour ce qui est du toit, de la consolidation des peintures, de l&#8217;étude des murs et des sols, etc. Il en va de même pour ce qui est de l&#8217;intéressante architecture de l&#8217;église voisine de Sainte-Eulalie, du 15<sup>e</sup> siècle (&nbsp;?), également à l&#8217;abandon et sans mobilier intérieur.</p>

<p align="justify"><u>Le monastère de Sourp Magar</u>, magnifiquement situé au c&#339;ur des montagnes mais d&#8217;accès difficile est, sur le plan historique, l&#8217;un des plus précieux monuments de la communauté arménienne (l&#8217;un des trois monastères restants hors d&#8217;Arménie). Le monastère aurait été fondé dès le 4<sup>e</sup> siècle, mais les édifices qu&#8217;il comporte aujourd&#8217;hui datent probablement de la fin du Moyen-Age, avec un certain nombre de modifications ultérieures. Vers le milieu du 20<sup>e</sup> siècle, l&#8217;ensemble a été reconstruit et rebâti sans aucune sensibilité (trop de béton, pavés modernes, poutres métalliques, etc.), ce qui a nettement nui à son authenticité historique. À l&#8217;heure actuelle, le monastère est en ruines, librement accessible et dépourvu de toute protection contre le risque de nouvelles dégradations. On envisage actuellement d&#8217;en faire un hôtel, une solution qui paraît très peu judicieuse étant donné l&#8217;importance religieuse du lieu pour les Arméniens.</p>

<p align="justify"><b>3.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&#8217;ETAT DE PRESERVATION DU PATRIMOINE CULTUREL DANS LES REGIONS VISITEES ET PRINCIPAUX PROBLÈMES RENCONTRES</b></p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En dépit des immenses et irréparables pertes subies à la suite des violents événements de 1974 et du «&nbsp;nettoyage ethnique&nbsp;» qui s&#8217;ensuivit dans tout le pays, le patrimoine culturel de Chypre reste considérable. Malheureusement, il est constamment menacé, par des éléments diamétralement opposés au <i>nord</i> et au <i>sud</i>. Le <i>nord</i> manque de moyens pour entretenir un certain nombre de monuments et empêcher le vol et l&#8217;exportation illicites des biens culturels. Au <i>sud</i>, l&#8217;intégrité des lieux historiques et le merveilleux paysage culturel sont menacés par une urbanisation excessive qui, dans la plupart des cas, dépare l&#8217;environnement (voir la situation aux environs de Larnaca, dans le sud de Nicosie et dans les alentours de la ville).</p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les Chypriotes ont repris l&#8217;ancien système britannique en vigueur, celui d&#8217;une protection strictement sélective des biens culturels et de leur inscription sur deux listes, la liste A (188 en tout appartenant à l&#8217;Etat) et la liste B (947, tous appartenant aux Eglises ou à des particuliers).  A ces chiffres concernant la République de Chypre, il faut ajouter que, suite à des modifications apportées en 1975 et 1994 à la loi sur les Antiquités dans les territoires du <i>nord</i>, un statut de protection a été accordé à quelque 600 autres édifices non religieux de Nicosie et 250 à Famagouste. Le degré de protection accordé n&#8217;est pas cependant adapté aux normes internationales actuelles et il est loin de concerner l&#8217;ensemble des richesses culturelles des deux parties du pays (ainsi, les centres-villes historiques d&#8217;importance mondiale comme ceux de Nicosie, Famagouste ou Kyrinia, n&#8217;ont pas été déclarés «&nbsp;sites de conservation&nbsp;» et aucune zone de protection n&#8217;a été instaurée pour les sites archéologiques, pour autant que j&#8217;aie pu m&#8217;en rendre compte.)</p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En République de Chypre, les services techniques de la préservation du patrimoine culturel comptent des spécialistes qualifiés. Le pays collabore avec des organismes internationaux (ICOMOS, ICOM, le Comité du patrimoine mondial) et des universités étrangères et, surtout dans le domaine archéologique, il bénéficie d&#8217;une aide étrangère directe. Au <i>nord</i>, beaucoup plus pauvre économiquement, la situation est nettement plus complexe. Cette partie du pays est isolée sur le plan international. L&#8217;assistance technique (voire matérielle) est sporadique et elle provient uniquement de la Turquie. Les responsables locaux  des antiquités et des musées avec lesquels j&#8217;ai discuté sont indubitablement des restaurateurs dévoués, mais ils ont eux-mêmes fait état des difficultés rencontrées pour acquérir des qualifications et une expérience, ainsi que des effets néfastes de l&#8217;isolement du pays, de l&#8217;absence de coopération internationale ou, selon le cas, d&#8217;assistance à la conservation du patrimoine culturel.</p>

<p align="justify"> </p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour autant que je puisse en juger d&#8217;après les sites que j&#8217;ai visités, le degré de conservation architecturale est bon dans les deux parties du pays. Pas plus au <i>sud</i> qu&#8217;au <i>nord</i> je n&#8217;ai constaté d&#8217;infraction aux principes internationalement reconnus de la Charte de Venise et autres documents y afférents. Toutefois, on constate une nette différence d&#8217;ampleur dans les travaux de conservation effectivement engagés. Au <i>sud</i>, tous les monuments inscrits, y compris les mosquées, sont entretenus et restaurés systématiquement. Bien que les travaux de conservation et de restauration soient de bonne qualité, une certaine exagération est manifeste, en particulier s&#8217;agissant de riches monastères orthodoxes.  On constate parfois un nettoyage abusif de la pierre (et, dans le cas des icônes dans les musées, l&#8217;utilisation de vernis-lacques brillants), autant d&#8217;opérations inutiles. Il suffirait de simples préventions (ajustement de la toiture, suppression de la cause des problèmes, etc.).</p>

<p align="justify"> </p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Au <i>nord</i>, seuls quelques éléments du patrimoine culturel font l&#8217;objet d&#8217;une certaine attention mais c&#8217;est précisément pour cela que l&#8217;on éprouve ce sentiment étonnant d&#8217;authenticité. La pauvreté du pays empêche toute urbanisation précipitée et la construction en masse d&#8217;habitations modernes, en même temps que la «&nbsp;sur-restauration&nbsp;» des monuments. Un certain nombre d&#8217;édifices précieux à Nicosie, Kyrinia et ailleurs sont en très mauvais état, mais étant donné le climat relativement sec, la dégradation ne se fait pas trop rapidement. Dans la plupart des cas, le fait d&#8217;attendre pour intervenir ne présente pas de danger particulier et, par conséquent, il n&#8217;y a aucune raison de se précipiter. Il est préférable de préserver la situation actuelle  que de porter atteinte à l&#8217;authenticité des ouvrages en les restaurant de façon inconsidérée ou excessive. Seuls certains édifices historiques de Nicosie, le monastère arménien et celui de Lamboussa (compte tenu de ce que j&#8217;ai pu voir) auraient besoin de travaux urgents de prévention.</p>

</ul><p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les deux parties du pays devraient s&#8217;intéresser de plus près à la protection de leur patrimoine en matière d&#8217;urbanisme et à leur paysage culturel. Au <i>sud</i>, il est plus que temps de réglementer le développement sauvage de l&#8217;industrie du tourisme et de préserver cette île merveilleuse du sort qu&#8217;ont connu la Costa del Sol, Majorque ou Ibiza en Espagne ou la Crète, en Grèce, dont le littoral a perdu sa beauté et son génie en raison de la construction sans aucune valeur architecturale et purement commerciale d&#8217;hôtels pour touristes. Tôt ou tard, ce processus touchera le <i>nord</i> de Chypre, plus pauvre que le <i>sud</i>, dont le littoral nord reste l&#8217;un des paysages les plus beaux et encore vierges de toute la Méditerranée. Par conséquent, des mesures de prévention, de protection et de réglementation mériteraient d&#8217;y être prises également. S&#8217;il s&#8217;avérait impossible de sauver les habitations historiques authentiques de Nicosie (et sans doute aussi de Famagouste, que je n&#8217;ai pu voir), il s&#8217;agirait d&#8217;une véritable perte culturelle à l&#8217;échelle européenne.</p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La situation des biens meubles culturels est radicalement différente dans les deux parties de l&#8217;île. Au <i>sud</i>, je n&#8217;ai pas été informé de problèmes graves&nbsp;: les communautés orthodoxes luttent elles-mêmes contre les vols dans leurs églises. Toutefois, au <i>nord</i>, la situation reste tragique et alarmante. L&#8217;état de certains monastères et églises orthodoxes à l&#8217;abandon que nous avons visités corrobore les plaintes de la République de Chypre. Le mobilier a disparu, et aucun édifice n&#8217;est gardé ou protégé contre de nouvelles dégradations. A l&#8217;évidence, dans la période qui a suivi 1974, certains habitants chassés par le nettoyage ethnique ont procédé à un certain nombre de destructions, parfois par vengeance (dans les deux régions du pays). Ces destructions spontanées ont durement touché les mobiliers des églises orthodoxes, avec leurs iconostases et leurs autels et, surtout, leurs mosaïques et peintures murales précieuses, ce qui est moins vrai pour les mosquées, dont les intérieurs ascétiques sont dépourvus de tout mobilier. Après cette explosion de haine raciale, il y a eu une série de pillages dans les églises abandonnées et de fouilles illégales sur des sites archéologiques non gardés, souvent sur ordre de l&#8217;étranger. Les objets ainsi dérobés auraient ensuite été exportés illégalement et vendus sur les marchés de l&#8217;art occidentaux. Dans les documents publiés par la République de Chypre, l&#8217;administration du <i>nord</i> est accusée d&#8217;avoir intentionnellement et systématiquement entretenu ce processus. Elle est accusée aussi d&#8217;avoir l&#8217;intention de détruire la mémoire historique du pays en supprimant peu à peu toute trace de la présence et de la culture des Grecs, pourtant présents à Chypre depuis plus de 3000 ans. Cette interprétation est corroborée par les divers exemples de changements d&#8217;utilisation des églises orthodoxes, que les Chypriotes grecs considèrent comme un acte intentionnel de profanation, voire comme une violation pure et simple d&#8217;un lieu sacré.</p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais ma courte visite dans le <i>nord</i> ne m&#8217;a pas permis de vérifier cette vision des choses. D&#8217;immenses pertes culturelles ont certes eu lieu et continuent peut-être d&#8217;avoir lieu. Toutefois, il est impossible de dire que les services locaux des Antiquités et des Musées y contribue, puisqu&#8217;au contraire, il s&#8217;efforce de les empêcher. De même, la classe politique et la presse se disent sincèrement préoccupées par l&#8217;appauvrissement culturel du pays (ne serait-ce que sur le plan des conséquences pour le tourisme). Toutefois, l&#8217;administration locale du <i>nord</i> n&#8217;a pas le pouvoir effectif d&#8217;empêcher l&#8217;exportation illégale de biens culturels (cet objectif ne figure peut-être même pas au nombre de ses priorités, étant donné la relative pauvreté du pays et d&#8217;autres besoins par conséquent plus urgents).</p>

<p align="justify">A titre de comparaison, je me permettrais de citer l&#8217;expérience de mon propre pays, la République tchèque. Après les événements dits de la «&nbsp;Révolution de velours&nbsp;», qui se sont traduits par l&#8217;ouverture soudaine des frontières, plus d&#8217;un millier d&#8217;églises catholiques ont été pillées et beaucoup cambriolées plusieurs fois entre 1990 et 1994, avant que l&#8217;Etat ne puisse adopter des mesures efficaces. Les &#339;uvres d&#8217;art ainsi dérobées ont été immédiatement exportées, au même titre que les objets mis au jour grâce à des détecteurs de métaux et lors de fouilles sauvages sur des sites archéologiques. La seule façon de remédier à cette situation était d&#8217;adopter une nouvelle loi, plus sévère sur l&#8217;exportation d&#8217;antiquités et de mettre en place des mesures extrêmement coûteuses de plusieurs types : formation technique de la police et des douaniers, accélération du processus d&#8217;inventaire des églises et installation de matériel de détection et collaboration avec Interpol. Ces vols ont contraint l&#8217;Eglise catholique à mettre ses &#339;uvres les plus précieuses en lieu sûr.  Compte tenu des centaines d&#8217;icônes interceptées depuis à la frontière par des douaniers tchèques désormais formés, je dirais que le processus de pillage et de contrebande de biens culturels a pris des proportions beaucoup plus désastreuses en Russie, en Ukraine et au Belarus qu&#8217;en République tchèque. Malheureusement, pour des raisons économiques, ces pays ne peuvent pas se permettre des mesures plus efficaces contre les bandes organisées de contrebandiers d&#8217;antiquités.</p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#8217;arrêterai là mes commentaires sur l&#8217;exportation illégale.</p>

<p align="justify">S&#8217;agissant de la transformation des églises orthodoxes et de leur adaptation à de nouvelles utilisations, je dois confirmer que ce processus est souvent intervenu de manière inconsidérée et qu&#8217;il continue peut-être de se produire. Il s&#8217;agit plus d&#8217;un problème religieux et moral que d&#8217;un problème de protection des monuments. En tant que spécialiste de la restauration, je dois reconnaître qu&#8217;il est généralement préférable de donner une nouvelle utilisation quelle qu&#8217;elle soit à un édifice historique que de le laisser à l&#8217;abandon et de le voir tomber en ruines, inexorablement. Même les pays les plus riches ne peuvent pas se permettre de transformer entièrement en musées tous les monuments ayant perdu toute fonction. A cet égard,  il convient de faire preuve d&#8217;une grande souplesse en vue de respecter le plus possible les droits de l&#8217;homme et les sentiments religieux. J&#8217;ai moi-même vu non seulement des musées ou des centres culturels, mais aussi des archives, des dépôts de livres, des clubs de retraités, des salons de thé, des centres commerciaux, des appartements et autres aménagés dans d&#8217;anciennes églises désaffectées en Angleterre, aux Pays-Bas ou en Allemagne. Je ne vois aucune raison de ne pas en faire autant dans le <i>nord</i> de Chypre.</p>

<p align="justify">Compte tenu de ma propre expérience s&#8217;agissant de quelques monastères catholiques à l&#8217;abandon dans mon pays, je ne pense pas qu&#8217;il faille <i>a priori </i>s&#8217;opposer à la transformation du monastère arménien en hôtel. Toutefois, étant donné l&#8217;importance historique de ce monument (l&#8217;un des trois seuls monastères arméniens restants hors d&#8217;Arménie), à moins qu&#8217;il soit possible de lui rendre sa fonction originelle de siège d&#8217;une communauté monastique arménienne, on pourrait raisonnablement envisager sa transformation en musée, sorte de ruine protégée et entretenue, ouverte aux visiteurs.</p>

<p align="justify"><b>4.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; CONCLUSIONS</b></p>

<p align="justify"> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ma visite à Chypre fut trop brève pour me permettre de me familiariser plus avant avec la situation du très riche patrimoine culturel ou de faire des propositions bien arrêtées. J&#8217;aimerais toutefois faire une remarque générale sur le <i>nord</i> de l&#8217;île. Il semblerait que le patrimoine bâti fasse généralement l&#8217;objet d&#8217;une politique de conservation traditionnelle et bénéficie de l&#8217;absence de toutes pressions inhérentes à des projets d&#8217;aménagement commercial (et notamment touristique). Cependant, il faudrait augmenter les aides financières et renforcer les compétences disponibles dans le secteur technique et dans le domaine de l&#8217;histoire de l&#8217;art. Et la situation prendra un caractère d&#8217;urgence d&#8217;autant plus grand si le <i>nord</i> est exposé au tourisme international.</p>

<p align="justify">22 janvier 2001</p>

<p align="justify"><b>Projet de proposition pour la protection et la préservation du patrimoine culturel et naturel de Chypre</b></p>

<p align="justify"><b>1.&nbsp;Introduction</b></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La présente proposition concerne une initiative visant à faciliter la protection et la préservation du patrimoine culturel de Chypre, dans l&#8217;intérêt de l&#8217;ensemble de la population de l&#8217;île, à savoir les communautés chypriotes, grecque et turque et les groupes religieux chypriotes, arméniens, maronites et latins, mais aussi de la civilisation européenne en général. L&#8217;idée est de créer un mécanisme accepté par tous de mise en &#339;uvre de mesures concrètes pour l&#8217;entretien, la remise en état et la réhabilitation du patrimoine culturel de Chypre, qui soit conforme au droit international, à la Convention européenne des Droits de l&#8217;Homme, aux conventions internationales relatives au patrimoine culturel<sup><a href="#P393_61543" name="P393_61544">2</a></sup>, à la règle de la primauté du droit et aux principes et résolutions du Conseil de l&#8217;Europe.</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le dispositif proposé ci-dessous a été défini dans le respect de ces principes, mais aussi dans le souci d&#8217;assurer une approche apolitique des aspects pratiques de la conservation, qui permette d&#8217;opérer des interventions concrètes pour améliorer la situation sur le terrain. Il s&#8217;agit de mettre en place un mécanisme qui soit jugé acceptable par toutes les parties présentes à Chypre et qui facilite la protection et la préservation de la richesse et de la diversité du patrimoine culturel de l&#8217;île.</p>

</ul><p align="justify"><b>2.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Création d&#8217;une fondation pour la protection et la conservation du patrimoine culturel de chypre</b></p>

<p align="justify"><b>2.1.&nbsp;Conseil de l&#8217;Europe </b></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le suivi de la situation du patrimoine culturel de Chypre devrait être une des missions permanentes du Conseil de l&#8217;Europe. Il est donc proposé que le CoE crée une «Fondation pour la protection et la conservation du patrimoine culturel de Chypre», qui serait une agence du Conseil de l&#8217;Europe ou une entité juridique distincte. Quelle que soit la forme donnée à cette fondation, les membres de son conseil d&#8217;administration devraient être désignés par le Conseil de l&#8217;Europe, ou par une autre institution internationale choisie d&#8217;un commun accord.</p>

</ul><p align="justify"><b>2.2.&nbsp;Objectifs</b></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Les objectifs de la fondation seraient les suivants:</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;a.&nbsp;</i>assurer la protection et faciliter la préservation du patrimoine culturel de Chypre (y compris au travers de recherches et d&#8217;études);</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;b.&nbsp;</i>suivre la situation du patrimoine culturel de Chypre et rédiger des rapports réguliers à soumettre au Conseil de l&#8217;Europe et à sa commission de la culture et de l&#8217;éducation, à l&#8217;Unesco, aux Nations&nbsp;Unies, au comité consultatif (voir le paragraphe&nbsp;2.3.<i>c </i>et aux instances compétentes de l&#8217;île. Ces rapports contiendraient les propositions jugées nécessaires pour améliorer la situation;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c.&nbsp;</i>répondre aux demandes relatives à des cas ou questions spécifiques liés au patrimoine culturel et au besoin, formuler des suggestions d&#8217;améliorations;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d.&nbsp;</i>trouver des solutions concrètes aux problèmes touchant au patrimoine culturel, en concertation avec les propriétaires de biens, les groupes religieux, institutions et communautés locales concernés et toutes autres personnes ou instances susceptibles de concourir au règlement desdits problèmes;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;e.&nbsp;</i>recueillir des fonds aux fins de la préservation du patrimoine culturel de Chypre, y compris pour le financement de projets spécifiques;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;f.&nbsp;</i>procéder aux engagements de dépenses et assigner à des consultants, experts, entrepreneurs et ouvriers qualifiés les tâches requises pour permettre de préserver, contrôler, étudier, entretenir, remettre en état et réhabiliter le patrimoine culturel de Chypre;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;g.&nbsp;</i>fournir et publier des informations sur le patrimoine culturel de Chypre.</p>

</ul><p align="justify"><b>2.3.&nbsp;Structure</b></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La structure de la fondation pourrait être la suivante:</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;a.&nbsp;</i>un conseil de direction, composé de sept&nbsp;personnes hautement qualifiées dans le domaine de la protection et de la préservation du patrimoine culturel, désignées par le Conseil de l&#8217;Europe. Les ressortissants de Chypre, de la Grèce, et de la Turquie ne seraient pas autorisés à en être membres. Le conseil de direction aurait pour fonction de définir la politique, les méthodes de travail et le programme d&#8217;activités de la fondation, en accord avec ses statuts et son mandat, de recueillir des dons et d&#8217;établir le budget, d&#8217;engager le personnel et les consultants/experts et, de manière plus générale, de superviser les activités de la fondation;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;b.&nbsp;</i>un bureau administratif, chargé de mettre en &#339;uvre les politiques définies par le conseil de direction. Il se composerait d&#8217;un directeur et d&#8217;une petite équipe (les experts seraient généralement recrutés en fonction des besoins);</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c.&nbsp;</i>un comité consultatif, composé de sept&nbsp;personnes: deux&nbsp;membres du conseil de direction, le président de la commission de la culture, de la science et de l&#8217;éducation de l&#8217;Assemblée parlementaire du Conseil de l&#8217;Europe, le directeur et trois&nbsp;Chypriotes. Ceux-ci ne rempliraient cette fonction qu&#8217;à titre personnel et selon le ratio respecté à l&#8217;Assemblée parlementaire du CoE (deux Chypriotes grecs et un Chypriote turc). Le comité consultatif aurait mission d&#8217;examiner toutes les questions dont a été saisie la fondation et de présenter des propositions sur les études ou autres actions que celle-ci devrait entreprendre. Il pourrait également formuler des idées de solutions aux problèmes concrets rencontrés. Les avis du comité consultatif n&#8217;auraient pas force exécutoire pour la fondation. Il devrait cependant être consulté sur tous les projets et autorisé à examiner les projets de rapport avant leur finalisation.</p>

</ul><p align="justify"><b>2.4.&nbsp;Mandat</b></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le projet de mandat de la fondation est ainsi libellé:</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;a.&nbsp;</i>la fondation pilote ou engage des actions, sur tout le territoire de l&#8217;île, en vue de protéger et de préserver le patrimoine culturel de Chypre;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;b.&nbsp;</i>le patrimoine culturel relevant de la fondation comprend des biens meubles et immeubles et des objets d&#8217;art. La fondation &#339;uvre pour assurer à la population de Chypre la jouissance de ce patrimoine culturel. Conformément à la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel de&nbsp;1972, les définitions adoptées sont les suivantes:</p>

</ul><p align="justify"><i>Article 1</i></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aux fins de la présente convention, sont considérés comme «patrimoine culturel»:</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;&nbsp;les monuments: &#339;uvres architecturales, de sculpture ou de peinture monumentales, éléments ou structures de caractère archéologique, inscriptions, grottes et groupes d&#8217;éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l&#8217;histoire, de l&#8217;art ou de la science;&#8211;</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;&nbsp;les ensembles: groupes de constructions isolées ou réunies qui, en raison de leur architecture, de leur unité ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l&#8217;histoire, de l&#8217;art ou de la science; &#8211;</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;&nbsp;les sites: &#339;uvres de l&#8217;homme ou &#339;uvres conjuguées de l&#8217;homme et de la nature, ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique.Ar</p>

</ul><p align="justify"><i>Article 2</i></p>

  <ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Aux fins de la présente convention sont considérés comme «patrimoine culturel»:</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;&nbsp;les monuments naturels constitués par des formations physiques et biologiques ou par des groupes de telles formations qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue esthétique ou scientifique;&#8211;</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;&nbsp;les formations géologiques et physiographiques et les zones strictement délimitées constituant l&#8217;habitat d&#8217;espèces animales et végétales menacées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation;&#8211;</p>

  <p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&#8211;&nbsp;les sites naturels ou les zones naturelles strictement délimitées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science, de la conservation ou de la beauté naturelle;c.</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;c.&nbsp;</i>la fondation s&#8217;appuie aussi, selon qu&#8217;il convient, sur les définitions des conventions du Conseil de l&#8217;Europe ou d&#8217;autres instruments internationaux. Elle agit en tout état de cause dans le cadre de ses statuts, de la législation du pays de son siège, du droit international, de la Convention européenne des Droits de l&#8217;Homme, ainsi que des conventions internationales relatives au patrimoine culturel et des résolutions et principes du Conseil de l&#8217;Europe;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d.&nbsp;</i>la fondation consulte toujours les propriétaires de biens et les groupes religieux et autres organes concernés, afin d&#8217;obtenir leur accord sur les travaux de réfection à entreprendre ou l&#8217;utilisation des biens. Les aménagements inappropriés ou susceptibles de constituer une offense à une religion doivent être évités;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;e.&nbsp;</i>la fondation consulte toute personne ou institution de son choix aux fins de la réalisation de ses objectifs, sans que cela implique la reconnaissance d&#8217;un statut juridique ou politique;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;f.&nbsp;</i>les droits de propriété des biens, meubles ou immeubles, ne peuvent en aucun cas être transférés à la fondation;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;g.&nbsp;</i>la fondation est habilitée à entreprendre toute recherche, étude ou expertise qui lui permette d&#8217;évaluer la situation générale et apprécier l&#8217;état et les besoins de tous sites, monuments ou objets particuliers;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;h.&nbsp;</i>la fondation est autorisée à engager des consultants, des entrepreneurs, des ouvriers ou toute autre personne qualifiée pour mener à bien les tâches correspondant à ses objectifs et à son mandat;</p>

  <p align="justify"><i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;i.&nbsp;</i>la fondation peut diffuser des informations sur le patrimoine culturel de Chypre, publier des livres et des brochures sur le sujet et organiser des expositions sur le patrimoine culturel.</p>

</ul><p align="justify"><b>3. Ressources financières</b></p>

<ul><p align="justify">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La fondation pourrait être financée au moyen de fonds ou de dons du Conseil de l&#8217;Europe, de l&#8217;Union européenne et d&#8217;autres institutions internationales ainsi que d&#8217;Etats, et grâce à des dons privés. Les dons pourraient servir à couvrir les frais de fonctionnement ou aller à des projets spécifiques.</p></ul>
<hr align="left" size="1" width="200" noshade>

<p align="justify"><sup><a name="P25_230" href="#P25_231">1</a> </sup> Approuvé par la commission le 25 avril 2002</p>

<p align="justify"><sup><a name="P393_61543" href="#P393_61544">2</a> </sup>.&nbsp;Dans la présente proposition, le sens donné à «patrimoine culturel» est celui défini par l&#8217;article&nbsp;1 de la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, qui se réfère à la fois au patrimoine culturel et au patrimoine naturel (voir le paragraphe&nbsp;2.4 ci-dessous).</p><!-- TRANSIT - INFOAFTER -->
</body>
</html>
