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European Conference of Presidents of Parliaments May 30-31, 2006 Tallinn, Estonia |
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Conférence européenne des Présidents de Parlement
Tallinn, Estonie
30-31 mai 2006
Thème 1 - « La diplomatie parlementaire – trait d'union entre les pays
Allocution du Dr Björn von Sydow,
Président du Parlement suédois
Mesdames les Présidentes, Messieurs les Présidents, Chers collègues,
J’ai le grand plaisir de vous présenter le premier thème de notre conférence : La diplomatie parlementaire – trait d’union entre les pays. Le sujet est des plus vastes, mais il n’en est pas moins stimulant et vient à point nommé. Notre assemblée de ce jour, constituée de présidents de parlement du Conseil de l’Europe, est un forum idéal pour débattre de ce sujet. Il y a plus d’un demi-siècle que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe travaille à soutenir les démocraties nouvelles et en transition et les résultats auxquels est parvenu le Conseil de l’Europe en matière de respect des droits de l’homme ne sauraient être minimisés. Dans le cadre des travaux de l’Assemblée, nos parlementaires ont oeuvré au renforcement de la position des parlements nationaux dans le monde entier. Mais, ils se sont aussi mobilisés pour faire avancer la cause de la démocratie au-delà des limites institutionnelles, ce qui amène aujourd’hui la diplomatie parlementaire à jouer un rôle de plus en plus important.
Nous savons tous que nos parlements nationaux sont de plus en plus actifs sur la scène internationale. Outre les conférences et réunions régulières, nos assemblées interparlementaires donnent à nos députés l’occasion de participer à des missions de natures très diverses. Au fil des années, ces assemblées ont canalisé leurs efforts inlassables pour constituer des réseaux et bâtir la démocratie. Nos parlementaires font régulièrement office d’observateurs lors d’élections et assument les fonctions de représentants spéciaux pour différents pays et régions ou dans le cas de divers conflits. Nous connaissons tous personnellement des députés chargés de missions spéciales.
La diplomatie parlementaire ouvre une voie plus souple pour traiter ces problèmes. Dans le même temps, nos parlementaires sont souvent en position d’exprimer des demandes plus fermes par l’intermédiaire de leurs contacts internationaux que les représentants de nos gouvernements. Au niveau des partis politiques, notamment, les questions prennent souvent une dimension supranationale, ce qui implique parfois une coopération avec des partis frères d’autres pays. En même temps, les contributions des parlementaires sont souvent considérées comme un complément bienvenu à l’action des représentants gouvernementaux. Sur la scène internationale, nous assistons donc souvent à une sorte de coopération dynamique entre les responsables politiques d’opposition et les représentants gouvernementaux. Les différences de sensibilité politique s’effacent devant la question à traiter ou le problème à résoudre. J’évoquerai tout particulièrement à ce propos – et ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres – le rôle des parlements nationaux dans l’évolution des États baltes vers la démocratie. Les parlements nationaux y sont pour beaucoup, de même que l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Assemblée parlementaire de l’OTAN et le Conseil nordique, qui ont, pendant des années, exercé une influence stimulante.
A l’initiative des différents parlements, un vaste effort est entrepris pour développer la démocratie, souvent en synergie avec d’autres parlements. Nous soutenons les démocraties balbutiantes dans des pays qui sont encore loin de notre continent dans leurs efforts pour créer des systèmes multipartites capables de fonctionner sans trop de heurts. Nous venons en aide à nos nouveaux voisins dans leur cheminement vers un développement démocratique et économique stable. Tout cela est très positif. Nous devons continuer sur cette voie. Pour cela, il faut toutefois que l’échange d’informations soit plus intense et que nos actions soient mieux coordonnées. C’est pourquoi je me félicite de l’attention portée à ce point par les présidents de l’UE.
Nous ne fixons pas nos priorités au hasard : elles dépendent largement de ce qui se passe dans le monde. Au printemps, dans le cadre du débat en cours sur nos relations avec le monde musulman, la Commission des affaires étrangères du Riksdag – le parlement suédois – a consacré un rapport aux relations entre le monde occidental et les pays musulmans voisins de l’UE. Ce rapport souligne l’importance du respect mutuel, de la tolérance et d’une meilleure compréhension, qui passent par un dialogue religieux et culturel constructif. Selon la Commission, il est important que les pays occidentaux poursuivent une politique étrangère active, capable de contribuer à l’évolution démocratique et à un meilleur respect des droits de l’homme dans la région concernée. Le renforcement de la démocratie réduit les risques de terrorisme et de conflits armés en sapant leurs fondements et conduit ainsi à une plus grande sécurité internationale. La Commission a indiqué clairement que le gouvernement suédois doit s’engager davantage pour promouvoir le dialogue avec les pays musulmans. Elle a aussi souligné que le Parlement devrait aussi contribuer au dialogue démocratique, complétant ainsi l’action du gouvernement. Dans ce contexte, le travail démocratique des partis est mis en avant. La voie est donc ouverte à une diplomatie parlementaire plus énergique et proactive. Pour nous, cet ancrage ferme dans la structure parlementaire est une force à l’heure où nous devons aller de l’avant et nouer des liens plus étroits avec le monde musulman. C’est aussi une responsabilité majeure qui nous échoit, car le rôle de trait d’union dévolu au Parlement nous place au centre de ce qui est, à mon avis, l’une des plus importantes questions de politique étrangère de notre temps.
La mission de surveillance de nos gouvernements concerne aussi bien la politique internationale que nationale. Il est de notre devoir de superviser les négociations internationales, de veiller à ce que les accords conclus soient incorporés à la législation nationale et appliqués. Nous devons trouver les moyens d’être plus actifs et plus efficaces, notamment pour ce qui est des contacts parlementaires avec les Nations Unies. Les conclusions de notre deuxième conférence mondiale des présidents de parlements, qui a eu lieu à New York en septembre, constituent un pas dans la bonne direction. Nous n’avons, en effet, vraiment pas besoin de nouvelles structures pour coopérer plus étroitement avec les Nations Unies. Il ne serait pas réaliste de créer une nouvelle organisation, une sorte d’assemblée parlementaire des Nations Unies. Au contraire, ce qu’il nous faut, c’est un moyen efficace d’assurer les remontées directes de New York vers nos parlements nationaux. Nos efforts pour renforcer la participation de députés siégeant dans les commissions permanentes aux réunions interparlementaires relevant de leur domaine de compétence sont, à cet égard, une avancée positive. Je voudrais d’ailleurs profiter de l’occasion pour saluer le rôle fort utile joué par l’UIP dans la diffusion de l’information et l’organisation de grandes conférences parlementaires en parallèle aux réunions de l’ONU. Une autre étape naturelle serait de veiller à ce que des parlementaires soient invités à se joindre aux délégations gouvernementales pour les réunions les plus importantes de l’ONU.
Si nous voulons renforcer le rôle des parlements nationaux dans la coopération internationale, encore faut-il que le jeu en vaille la chandelle pour ceux d’entre nous qui mènent une action internationale. Nous allons bientôt avoir des élections législatives en Suède et, une fois de plus, nous ne pouvons que constater que certains députés extrêmement compétents et très impliqués dans les questions internationales n’ont pas été désignés par leurs partis. Cette situation n’est pas propre à mon pays. Vous connaissez tous le problème. L’action internationale doit être plus étroitement liée aux affaires nationales, et même régionales et locales. L’importance du travail réalisé par des députés à l’extérieur des frontières du pays doit être aussi être reconnue au niveau national. Je pense que c’est un des grands défis qui nous attendent et je suis profondément convaincu que nous pouvons, aujourd’hui, faire avancer les choses.
La situation a déjà évolué, puisque la diplomatie parlementaire commence à être considérée comme l’un des piliers de la coopération internationale. Et tout porte à croire que cette tendance devrait se renforcer.
En conclusion, permettez-moi de remercier notre hôte et nouveau collègue, Toomas Varek, pour son hospitalité, ainsi que tout le personnel de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui a accompli un travail considérable pour préparer notre conférence.
Je suis convaincu que les points de vue et expériences que nous échangerons lors des discussions de cet après-midi seront source d’enrichissement et je me réjouis déjà d’y participer.