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Recommandation 1443 (2000)1
Pour un respect des droits de lenfant dans ladoption internationale
1. LAssemblée rappelle que tout enfant a des droits, tels que consacrés par la Convention de lOnu sur les droits de lenfant, et a notamment le droit, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et dêtre élevé par eux; ladoption internationale doit permettre à un enfant de trouver une mère et un père dans le respect de ses droits, et non à des parents étrangers de satisfaire à tout prix un désir denfant; il ne saurait y avoir un droit à lenfant.
2. Aussi lAssemblée sinsurge-t-elle contre la transformation actuelle de ladoption internationale en un véritable marché régi par les lois capitalistes de loffre et de la demande, et caractérisé par le flux à sens unique des enfants qui viennent des pays pauvres ou en transition vers les pays développés. Elle condamne fermement tous les actes criminels commis aux fins de ladoption ainsi que les dérives et pratiques mercantiles telles que les pressions psychologiques ou dordre économique sur des familles vulnérables, ladoption directe auprès des familles, la conception denfants aux fins dadoption, les fausses déclarations de paternité, ainsi que ladoption denfants via lInternet.
3. Elle souhaite que les opinions publiques européennes prennent conscience que ladoption internationale peut malheureusement donner lieu au non-respect des droits de lenfant et quelle ne correspond pas forcément à lintérêt supérieur de lenfant. Les pays daccueil véhiculent une vision souvent déformée de la situation des enfants dans les pays dorigine et des préjugés tenaces sur les bienfaits pour un enfant étranger dêtre adopté et de vivre dans un pays riche. Les dérives actuelles de ladoption internationale vont à lencontre de la Convention de lOnu sur les droits de lenfant, qui préconise, en cas de privation du milieu familial de lenfant, des solutions de remplacement qui doivent dûment tenir compte de la nécessaire continuité dans son éducation, ainsi que de son origine ethnique, religieuse, culturelle et linguistique.
4. La communauté internationale sest donné, en 1993, une éthique et des règles en élaborant la Convention de la Haye sur ladoption, qui privilégie le principe de subsidiarité, selon lequel ladoption internationale ne doit être envisagée quà défaut de solutions nationales. LAssemblée doit constater que la portée des engagements de cette convention est insuffisamment connue et quelle reste peu ratifiée par les Etats membres.
5. LAssemblée demande donc au Comité des Ministres du Conseil de lEurope dafficher clairement sa volonté politique de faire respecter les droits de lenfant en invitant instamment les Etats membres:
i. à ratifier, si ce nest pas déjà fait, la Convention de la Haye sur ladoption et à prendre lengagement den respecter les principes et les règles même dans leurs relations avec des Etats qui ne lont pas eux-mêmes ratifiée;
ii. à mener des campagnes dinformation auprès des professionnels et des candidats à ladoption internationale pour une pleine compréhension des engagements nés de la Convention de la Haye et de leurs implications;
iii. à développer la coopération bilatérale ou multilatérale indispensable à une application effective de cette convention;
iv. à assister les pays dorigine des enfants étrangers dans lélaboration de leur législation sur ladoption ainsi que dans la formation dun personnel compétent de lEtat, des agences dûment homologuées concernées et de tout autre professionnel impliqué dans ladoption;
v. à sassurer de la capacité adoptive des candidats à ladoption internationale, à leur offrir une préparation approfondie et obligatoire comme étape préalable à cette démarche et à assurer un suivi - notamment psychologique - des enfants étrangers adoptés;
vi. à assurer à lenfant étranger en cas, par exemple, de divorce des parents adoptifs ou dabandon ou de difficultés dans la procédure dadoption, etc., le respect de ses droits fondamentaux, comme le droit à un nom, à une nationalité, etc.;
vii. à assurer le droit de lenfant adopté de connaître ses origines au plus tard à sa majorité et à éliminer de leurs législations nationales toute disposition contraire.
6. LAssemblée demande également au Comité des Ministres dinviter les Etats membres à renforcer leur coopération par tous les moyens, notamment via Europol, dans la lutte contre le trafic denfants et pour léradication des réseaux mafieux ou illicites, et de ne pas laisser sans sanction le moindre abus commis dans le domaine de ladoption internationale.
7. Par ailleurs, lAssemblée invite le Comité des Ministres:
i. à affirmer davantage le rôle que Conseil de lEurope, garant des droits de lhomme, doit jouer dans la défense et la promotion des droits de lenfant;
ii. à traduire ce rôle dans le secteur de la coopération intergouvernementale en direction en particulier des nouveaux Etats membres par lélaboration de politiques sociales et familiales favorables à lenfant, qui visent à la prévention de labandon denfants et au maintien des enfants dans leur famille dorigine, et, à défaut, au développement des alternatives familiales et à la promotion de ladoption nationale de préférence au placement en institutions;
iii. à réviser la Convention européenne sur la nationalité du 6 novembre 1997 afin de faciliter lacquisition de la nationalité du pays daccueil pour un enfant étranger en cas de faillite de ladoption ou de rupture de la procédure dadoption.
1. Discussion par l'Assemblée le 26 janvier 2000 (5e séance) (voir Doc. 8592, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteur: M. About; Doc. 8626, avis de la commission des questions juridiques et des droits de l'homme, rapporteur: Mme Wohlwend; et Doc. 8600, avis de la commission des migrations, des réfugiés et de la démographie, rapporteuse: Mme Vermot-Mangold).
Texte adopté par l'Assemblée le 26 janvier 2000 (5e séance).