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Recommandation 1592 (2003)[1]
Vers la pleine intégration sociale des personnes handicapées
1. On a estimé quen Europe les personnes handicapées représentaient 10 à 15 % de la population totale. En dautres termes, 80 à 120 millions de citoyens européens souffrent dune forme de handicap, soit un nombre supérieur à celui des habitants de la plupart des Etats européens.
2. Certains des droits fondamentaux figurant dans la Convention européenne des Droits de lHomme et ses protocoles, et dans la Charte sociale européenne révisée sont encore inaccessibles à de nombreuses personnes handicapées: le droit à linstruction; le droit au travail; le droit au respect de la vie privée et familiale; le droit à la protection de la santé et à la sécurité sociale; le droit à la protection contre la pauvreté et lexclusion sociale; le droit à un logement décent, etc.
3. Il ne suffit pas dapporter aux personnes handicapées un soutien et une assistance, même si ces prestations sont indispensables à lamélioration de la qualité de la vie. Il conviendrait de se fixer pour objectif politique commun, pour la prochaine décennie, de faire en sorte quelles puissent exercer les mêmes droits politiques, sociaux, économiques et culturels que les autres citoyens. En outre, il est nécessaire de continuer à promouvoir légalité de statut, lintégration, la citoyenneté pleine et entière, et le droit de choisir, afin que ces droits deviennent une réalité.
4. Octroyer des droits est une chose nécessaire mais insuffisante. Qui peut mieux que la famille offrir lamour et la tendresse que demande, comme tout un chacun, la personne handicapée? Des mesures et une assistance spécifiques sont donc essentielles pour aider les familles à surmonter les risques multiples de privation et offrir un foyer aimant, alternative de loin préférable et plus normale que la vie dans des institutions démesurées.
5. LAssemblée parlementaire constate avec satisfaction que, en matière de politique en faveur des personnes handicapées, certains Etats membres sont progressivement passés, ces dix dernières années, dune approche institutionnelle, selon laquelle les personnes handicapées étaient considérées comme des «patients», à une approche plus globale, selon laquelle elles sont considérées comme des «citoyens» qui ont droit à une aide et à lautodétermination.
6. Lannée 2003, déclarée «Année européenne des personnes handicapées» par le Conseil de lUnion européenne, sera loccasion de provoquer un véritable changement des attitudes à légard des personnes handicapées et de leurs droits, en sensibilisant davantage les décideurs, les professionnels et le grand public, au moyen dune participation plus active des organisations européennes, des gouvernements nationaux, des partenaires sociaux, des médias, et de diverses organisations non gouvernementales et dassociations de défense partout en Europe.
7. LAssemblée se réjouit tout particulièrement de la «nouvelle vision» décrite dans la déclaration adoptée par les participants au Congrès européen sur les personnes handicapées, qui sest tenu à Madrid, en mars 2002, dans le cadre de la préparation de lAnnée européenne des personnes handicapées 2003.
8. LAssemblée salue linitiative, prise par le Conseil de lEurope et le Gouvernement espagnol, dorganiser à Málaga, les 7 et 8 mai 2003, la 2e Conférence européenne des ministres responsables des politiques dintégration des personnes handicapées. La conférence visera à établir le programme européen en faveur des personnes handicapées pour la prochaine décennie, en recensant les grands domaines daction dans lesquels des progrès doivent encore être faits.
9. Il y a dix ans, à la suite de la 1re Conférence européenne des ministres responsables des politiques dintégration des personnes handicapées, tenue en 1991, lAssemblée a adopté la Recommandation 1185 (1992) relative aux politiques de réadaptation pour les personnes ayant un handicap, et le Comité des Ministres a adopté la Recommandation no R (92) 6 relative à une politique cohérente pour les personnes handicapées. Les questions soulevées et les recommandations formulées restent très pertinentes, en particulier si lon veut dresser le bilan des résultats obtenus et recenser les obstacles qui sopposent encore à lintégration sociale des personnes handicapées en Europe.
10. Lélargissement du Conseil de lEurope et la perspective de lélargissement de lUnion européenne aux pays dEurope centrale et orientale créent un contexte politique favorable pour faire progresser les droits de lhomme et les politiques sociales, y compris les politiques visant à lintégration des personnes handicapées, par le biais dun échange dexpériences et de ladoption des critères normatifs du Conseil de lEurope et de lacquis communautaire de lUnion européenne.
11. LAssemblée recommande que, au cours lAnnée européenne des personnes handicapées 2003, le Comité des Ministres:
i. invite tous les Etats membres à participer à la 2e Conférence européenne des ministres responsables des politiques dintégration des personnes handicapées et à respecter les engagements auxquels ils souscriront à cette occasion;
ii. invite tous les Etats membres à rendre compte régulièrement des progrès réalisés dans la mise en uvre de sa Recommandation no R (92) 6 relative à une politique cohérente pour les personnes handicapées;
iii. invite tous les Etats membres qui ne lont pas encore fait à envisager dadhérer à lAccord partiel du Conseil de lEurope dans le domaine social et de la santé publique, et de participer pleinement aux activités de ce dernier;
iv. charge les organes pertinents du Conseil de lEurope:
a. denvisager dinclure une référence explicite à la discrimination fondée sur le handicap dans les deux principaux instruments juridiques du Conseil de lEurope: la Convention européenne des Droits de lHomme (article 14); et la Charte sociale européenne (révisée) (partie V, article E);
b. de prendre une part active dans linitiative des Nations Unies de rédaction de propositions dune convention internationale globale visant à promouvoir et à protéger les droits et la dignité des personnes handicapées;
c. de mettre en chantier immédiatement une convention:
fixant un quota minimal demploi de personnes porteuses dun handicap dans les entreprises employant plus de cinquante personnes, comportant lobligation pour les entreprises dans limpossibilité constatée datteindre ce quota de contribuer à un fonds spécifique au profit de toutes les personnes handicapées;
réservant les postes correspondant aux formations dispensées aux personnes handicapées, dans les administrations et services publics, nationaux et locaux;
prévoyant des avantages, notamment fiscaux, pour les entreprises et les employeurs qui recrutent des personnes porteuses dun handicap, ces avantages compensant en tout cas les frais daménagement des locaux et/ou du poste de travail;
d. dadopter un programme daction en faveur de la pleine intégration sociale des personnes handicapées en Europe, dans le prolongement de la 2e Conférence européenne des ministres responsables des politiques dintégration des personnes handicapées;
e. de recenser toutes les formations professionnelles dispensées, dans les établissements spécialisés, aux personnes porteuses dun handicap, et détablir une coordination étroite entre ces formations et les emplois effectivement disponibles, afin dassurer aux personnes handicapées, dans toute la mesure du possible, laccès à des métiers valorisants, garantie dautonomie et de dignité;
f. de créer un label de qualité, sous le contrôle des autorités compétentes, pour les produits et les services satisfaisant aux obligations légales ou réglementaires demploi de personnes porteuses dun handicap;
g. denvisager daccorder aux organisations non gouvernementales le statut dobservateur auprès du Comité pour la réadaptation et lintégration des personnes handicapées (CD-P-RR);
h. de constituer un groupe interservice sur le handicap, chargé de veiller à ce que les problèmes touchant aux personnes handicapées soient pris en compte dans lensemble des activités et secteurs dintervention du Conseil, et de renforcer la sensibilisation sur ces questions au sein de lOrganisation;
i. délaborer un code interne de bonnes pratiques visant à garantir:
laccessibilité des locaux du Conseil de lEurope;
laccessibilité de tous les sites Internet du Conseil de lEurope aux personnes handicapées, en particulier à celles qui souffrent de déficiences visuelles ou de troubles de lapprentissage, en appliquant les lignes directrices de lInitiative daccessibilité à Internet (Web Accessibility Initiative, WAI);
laccessibilité des documents imprimés du Conseil de lEurope grâce à dautres formes de présentation (caractères de grande taille, braille, cassettes audio);
lintégration des besoins des handicapés dans la politique dachat du Conseil;
le recrutement dun pourcentage supérieur de personnes handicapées;
v. invite la Banque de développement du Conseil de lEurope à insister sur le respect des exigences daccessibilité lorsquelle accorde des prêts à la construction.
[1]. Discussion par lAssemblée le 29 janvier 2003 (5e séance) (voir Doc. 9632, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteur: M. Surján).
Texte adopté par lAssemblée le 29 janvier 2003 (5e séance).