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Recommandation 1618 (2003)1
Migrants occupant un emploi irrégulier dans le secteur agricole des pays du sud de lEurope
1. LAssemblée parlementaire prend note que le recours à une main-duvre étrangère est désormais une caractéristique de lagriculture méditerranéenne, surtout dans les activités saisonnières où il peut y avoir une demande de nombreux travailleurs à bref délai et souvent pour de courtes périodes. Beaucoup de ces migrants travaillent sans être déclarés. Par conséquent, ils ne peuvent prétendre à un salaire minimal, ni cotiser à la sécurité sociale et sont souvent soumis à de nombreuses formes dabus et dexploitation. Dans certains cas, la concentration dans des zones rurales de migrants sans domicile ni travail, qui attendent dêtre recrutés, suscite de linquiétude parmi la population locale, voire des réactions racistes ou violentes.
2. Lemploi irrégulier nimplique pas nécessairement un séjour illégal. Les migrants titulaires dun permis de séjour peuvent se voir refuser un permis de travail ou peuvent être incités à se tourner vers léconomie souterraine en raison des difficultés quils rencontrent pour trouver un emploi légal. Beaucoup de demandeurs dasile authentiques qui nont pas lautorisation de travailler pendant la durée de la procédure les concernant laquelle peut prendre des mois, voire des années recourent également au travail clandestin, seul moyen pour eux de subvenir décemment à leurs besoins ou aux besoins de leur famille. Dautres migrants nont légalement pas le droit de séjourner dans le pays daccueil et sont prêts, pour cette raison, à accepter nimporte quel emploi, quelles que soient les conditions de travail. Certains émigrent même dans un pays en vue dy occuper un emploi irrégulier, sachant que le secteur agricole offre dexcellentes possibilités et que le recrutement de bouche à oreille y fonctionne parfaitement.
3. LAssemblée est préoccupée par les conditions de vie et de travail des migrants employés illégalement dans le secteur agricole, et par lampleur que prend lemploi illégal des migrants dans les Etats membres du Conseil de lEurope, et plus particulièrement dans les pays dEurope du Sud.
4. LAssemblée regrette que, bien quun certain nombre dactivités agricoles nécessitent une main-duvre saisonnière et que de nombreux migrants soient prêts à accepter un emploi saisonnier dans lagriculture, alors que la main-duvre saisonnière nationale nest bien souvent pas disponible, les Etats membres du Conseil de lEurope naient souvent pas de politiques précises, transparentes et cohérentes relatives au recrutement de travailleurs migrants saisonniers et à laccès de ces travailleurs aux droits sociaux et syndicaux fondamentaux, ni même une approche harmonisée de cette question.
5. LAssemblée regrette aussi que la Convention internationale des Nations Unies sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille entrée en vigueur le 1er juillet 2003 na été ratifiée que par deux Etats membres du Conseil de lEurope et signée par un autre.
6. LAssemblée recommande, par conséquent, au Comité des Ministres:
i. de charger ses comités compétents de mener des recherches sur la question de la main-duvre étrangère employée dans le secteur agricole des Etats membres du Conseil de lEurope, notamment en ce qui concerne le statut juridique et les droits des travailleurs étrangers temporaires et saisonniers, leurs conditions de vie et de travail, les procédures de recrutement et les sanctions infligées aux employeurs faisant travailler clandestinement des immigrés;
ii. de formuler, sur la base de ces recherches, des recommandations appropriées à lintention des Etats membres;
iii. de demander aux Etats membres:
a. de mettre en place un système efficace de gestion des migrations en réponse à la demande de travail dans lagriculture, avec une attention particulière aux activités saisonnières, grâce à des procédures transparentes engageant les employeurs, les administrations locales et les représentants des travailleurs;
b. dinstaurer des réseaux de recrutement viables et équitables pour les travailleurs migrants temporaires ou saisonniers, si nécessaire grâce à la conclusion daccords bilatéraux avec les pays dorigine potentiels, et de les faire largement connaître à la fois dans le pays nécessitant une main-duvre saisonnière et dans les pays susceptibles de la fournir;
c. doctroyer aux travailleurs migrants temporaires ou saisonniers acceptés en vertu des procédures susmentionnées un permis de travail leur donnant, parmi dautres droits, pleinement accès à la sécurité sociale dans le pays daccueil. Les permis de séjour pourraient être renouvelables ou à entrées multiples et ne devraient pas être liés à un seul employeur. La délivrance répétée de permis de travail saisonniers ou temporaires devrait conduire à lacquisition progressive de droits pour le bénéficiaire, dont le droit à la résidence de longue durée, le droit au regroupement familial et le droit de vote et déligibilité aux élections locales;
d. de prévoir une formation professionnelle et des cours de langue pour les travailleurs migrants à la fois dans les pays dorigine et dans ceux de destination, avec la participation active des administrations locales des deux pays, des employeurs et des représentants des travailleurs;
e. dencourager les autorités locales et les employeurs à fournir un logement décent et des services sociaux adaptés aux travailleurs étrangers, notamment aux travailleurs saisonniers;
f. de définir et dappliquer un cadre juridique approprié pour sanctionner les employeurs qui embauchent des travailleurs clandestins dans lagriculture, ainsi que les pourvoyeurs de travailleurs migrants illégaux, par des peines proportionnelles à leurs actes, suffisamment sévères pour avoir un effet dissuasif, et qui augmentent en cas de récidive;
g. de créer un groupe de travail interinstitutions, composé de représentants des services gouvernementaux compétents et dassociations demployeurs ainsi que de représentants des travailleurs y compris des travailleurs immigrés , en vue de suivre la mise en uvre effective du système de sanctions. Ce groupe de travail devrait également assurer la formation et la sensibilisation des divers services chargés de faire appliquer ces sanctions ainsi que des tribunaux compétents;
h. dintroduire dans leur législation et leur réglementation la possibilité doctroyer un permis de séjour aux travailleurs migrants qui coopèrent lors denquêtes ou de poursuites judiciaires en vue darrêter ou de juger les employeurs qui embauchent illégalement des travailleurs immigrés ou les fournisseurs de main-duvre étrangère clandestine;
i. dintroduire dans leur législation et leur réglementation la possibilité doctroyer un permis de séjour pour raisons humanitaires aux travailleurs migrants qui ont été victimes de travail forcé;
j. de signer et de ratifier la Convention internationale des Nations Unies sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille.
1 Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de lAssemblée, le 8 septembre 2003 (voir Doc. 9883, rapport de la commission des migrations, des réfugiés et de la démographie, rapporteur: Mme de Zulueta).