![]() |
Recommandation 1625 (2003)1
Les politiques dintégration des immigrés dans les Etats membres du Conseil de lEurope
1. Dès sa création, lAssemblée parlementaire a porté une attention soutenue à lintégration des immigrés. Elle a notamment adopté dans ce domaine la Recommandation 712 (1973) relative à lintégration des travailleurs migrants dans la société des pays daccueil, la Résolution 631 (1976) relative à lintégration des migrants dans la société en ce qui concerne léducation et le développement culturel, la Recommandation 1206 (1993) relative à lintégration des migrants et aux relations intercommunautaires, la Recommandation 1500 (2001) relative à la participation des immigrés et des résidents étrangers à la vie politique dans les Etats membres du Conseil de lEurope et la Recommandation 1596 (2003) relative à la situation des jeunes migrants en Europe.
2. LAssemblée rappelle en outre limportance accordée à lintégration des immigrés dans lensemble des activités du Conseil de lEurope, spécialement par la Direction de la cohésion sociale, à travers les travaux du Comité européen sur les migrations (CDMG) et de son Comité dexperts sur lintégration et les relations intercommunautaires, ainsi que les nombreuses activités dans le domaine de la lutte contre le racisme et la discrimination, en particulier la campagne «Tous différents, tous égaux».
3. LAssemblée regrette que le débat sur limmigration soit dominé, depuis le 11 septembre 2001, par les questions de sécurité et de contrôle aux frontières, au détriment des politiques dintégration, et quune rhétorique stigmatisant souvent les immigrés se soit développée dans les médias et lopinion publique.
4. Ces attitudes et ces choix politiques occultent le fait que des millions dimmigrés résident légalement dans les Etats membres du Conseil de lEurope et quils souhaitent participer pleinement à la vie de leur pays daccueil, dans le respect de leurs règles et valeurs démocratiques. Si le terrorisme représente une menace pour la démocratie, les gouvernements et lopinion publique devraient également être conscients que, à défaut de politiques dintégration effectives des immigrés, les valeurs essentielles de la société européenne, à savoir légalité, la cohésion sociale et la démocratie, seront exposées à une menace tout aussi grave.
5. Cest pourquoi lAssemblée réaffirme sa vision de lEurope comme société multinationale et multiculturelle, société à laquelle les immigrés participent à part entière, sur la base du principe de légalité des droits et des chances, contrepartie de légalité des devoirs, dans le respect des règles de la démocratie, de la diversité culturelle et de la primauté du droit.
6. Légalité des droits et des chances, en contrepartie de légalité des devoirs, ne peut être atteinte que par une stratégie globale visant à instituer un cadre juridique adapté, qui garantisse lapplication effective de la loi et lexistence de voies de recours en cas datteintes présumées à ces droits. Lélaboration et la mise en uvre de cette stratégie doivent impliquer les immigrés, et ses principes et objectifs doivent être exposés à lensemble de la population.
7. Les politiques dintégration devraient répondre au double objectif dapporter aux immigrés les instruments qui leur permettent dévoluer dans la société dans laquelle ils vivent et de développer leur potentiel, tout en préservant leur identité culturelle et ethnique, et de familiariser la population autochtone aux droits des immigrés, à leur culture, à leurs traditions et à leurs besoins. Les Etats membres du Conseil de lEurope devraient mettre en valeur les différences culturelles, sociales et religieuses, mais, en aucun cas, admettre de justifier des violations des droits de lhomme sur la base de la tradition culturelle ou de la religion. Le respect des différences culturelles et religieuses doit reposer sur le respect des droits de lhomme par tous ceux qui vivent dans un pays, immigrés et non-immigrés.
8. En conséquence, lAssemblée recommande au Comité des Ministres:
i. de charger ses comités compétents, en particulier le Comité européen sur les migrations, deffectuer des recherches en vue de lélaboration dune stratégie du Conseil de lEurope pour lintégration et de proposer des recommandations à cette fin;
ii. de continuer à encourager, par lintermédiaire de sa Direction générale de léducation, de la culture et du patrimoine, de la jeunesse et du sport, les activités propices au dialogue interculturel entre communautés immigrées et autochtones;
iii. dencourager la Banque de développement du Conseil de lEurope à considérer favorablement les demandes portant sur des projets dintégration;
iv. dappeler les Etats membres:
a. à créer des groupes de travail interministériels sur lintégration, pour guider et superviser lintégration des immigrés, en concertation avec le secteur associatif, les organisations communautaires et les immigrés;
b. à mettre en place des programmes dinsertion pour les immigrés arrivés récemment. Ces programmes devraient:
être accessibles sur la base du volontariat;
être ouverts aux immigrés en possession dun permis de résidence dune durée dau moins un an;
être conçus en fonction des besoins particuliers de chaque bénéficiaire;
inclure des cours de langue, des informations sur la vie et les coutumes de la société daccueil, notamment sur laccès aux services de base tels que la santé, le logement et lassistance juridique;
fournir une orientation professionnelle et une assistance pour lentrée sur le marché du travail du pays daccueil ainsi que des informations sur les droits des immigrés;
prévoir une incitation financière pour encourager la participation;
c. à accorder aux immigrés qui vivent légalement dans le pays depuis au moins trois ans le droit de vote et le droit de se présenter aux élections locales, et à encourager les activités favorisant leur participation active à la vie politique;
d. à adapter leur législation de manière à permettre la nationalité double ou multiple;
e. à faciliter le regroupement familial;
f. à encourager la participation active des femmes immigrées dans tous les aspects de la société du pays daccueil, y compris la vie politique, ainsi que leur accès à léducation, à la formation professionnelle et au marché du travail;
g. à instituer et appliquer un cadre juridique clair et transparent, pour lutter contre la discrimination fondée sur lorigine raciale ou ethnique et garantir laccès à des voies de recours effectives en cas datteintes présumées à ces principes;
h. à assurer une large diffusion de linformation sur les voies légales dembauche et les offres demploi, tout particulièrement auprès des organisations communautaires et dimmigrés, et dans les autres lieux habituellement fréquentés par ces derniers;
i. à favoriser des activités interculturelles et dautres manifestations visant à améliorer la connaissance de la culture des communautés immigrées, et à veiller à en assurer le financement correct.
1.
Discussion par lAssemblée
le 30 septembre 2003 (29e séance) (voir
Doc. 9888,
rapport de la commission des migrations, des réfugiés et de la population,
rapporteuse: Mme Zwerver).
Texte adopté par lAssemblée le 30 septembre 2003 (29e
séance).