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Résolution 1335 (2003)1
Traitement préférentiel des minorités nationales par lEtat-parent: le cas de la loi hongroise concernant les Hongrois vivant dans les pays voisins («Magyars»2) du 19 juin 2001
1. LAssemblée parlementaire, en principe, accueille favorablement laide apportée par les Etats-parents à leurs minorités vivant dans dautres Etats pour quelles préservent leur identité culturelle, linguistique et ethnique. LAssemblée souhaite toutefois souligner que les Etats-parents doivent veiller à ce que tant la forme que le contenu de laide apportée soient aussi acceptés par les Etats auxquels les minorités appartiennent, et auxquelles sappliquent les règles fondamentales contenues dans la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (STE no 157).
2. LAssemblée estime que la responsabilité de la protection des minorités incombe principalement aux Etats de résidence. Elle précise que les cadres multilatéral et bilatéral existant en matière de protection des minorités, y compris les normes européennes, doivent être considérés comme une priorité. Les Etats-parents peuvent aussi jouer un rôle reconnu et important dans la protection et la préservation de leurs minorités, en veillant à entretenir de véritables liens linguistiques et culturels. Lémergence de formes nouvelles et originales de protection des minorités, notamment par leur Etat-parent, est une tendance positive dans la mesure où elle peut contribuer à la réalisation de cet objectif dans le cadre de la coopération internationale.
3. Le 19 juin 2001, le Parlement hongrois a adopté une loi, concernant les Hongrois vivant dans les pays voisins, qui avait pour but dapporter cette assistance, dans le cas présent aux personnes didentité hongroise qui sont citoyennes dEtats voisins et qui se considèrent comme appartenant à la communauté culturelle et linguistique «nationale» hongroise.
4. Cette loi accorde des traitements préférentiels à des citoyens de «nationalité» magyare vivant sur le territoire des pays voisins suivants: en Croatie, dans lunion détat de Serbie-Monténégro, en Roumanie, en Slovénie, en Slovaquie et en Ukraine. Les Magyars vivant en Autriche en sont exclus.
5. Plusieurs de ces Etats membres du Conseil de lEurope ont déjà adopté une législation fondée sur le principe du traitement préférentiel des minorités nationales par lEtat-parent.
6. Le 22 décembre 2001, à la lumière du rapport de la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise) sur le traitement préférentiel des minorités nationales par lEtat-parent, un «mémorandum daccord» a bien été signé entre le Gouvernement de Hongrie et celui de Roumanie, qui entre autres étend à tous les citoyens roumains, quelle que soit leur identité «nationale», les conditions et le traitement en matière demploi applicables en Hongrie.
7. Les traitements préférentiels sont accordés sur la base de la possession dune attestation qui peut être délivrée uniquement par un organe de ladministration publique hongroise, comme a conclu lavis de la Commission de Venise.
8. Daprès le rapport susmentionné de la Commission de Venise, la possibilité pour les Etats dadopter des mesures unilatérales concernant la protection de leurs minorités, quelles résident dans un pays voisin ou dans dautres pays, doit reposer sur le respect des principes suivants: la souveraineté territoriale, la règle pacta sunt servanda, les relations amicales entre les Etats et le respect des droits de lhomme et des libertés fondamentales en particulier linterdiction de la discrimination. Les Etats doivent sabstenir dadopter des mesures unilatérales, qui risqueraient de compromettre le climat de coopération avec dautres Etats.
9. LAssemblée constate que cette loi hongroise a suscité des critiques dans quelques pays voisins concernant le non-respect de ces principes. Le grief principal concerne la procédure unilatérale qui a été suivie.
10. Par ailleurs, il existe le sentiment que, dans ces pays voisins, la définition du concept de «nation» qui est employé dans le préambule de la loi pourrait dans certaines circonstances être interprétée bien que cette interprétation soit incorrecte comme une non-acceptation des frontières des Etats qui partagent les membres de la «nation», nonobstant le fait que la Hongrie ait ratifié plusieurs instruments bilatéraux et multilatéraux reconnaissant le principe du respect de lintégrité territoriale des Etats, et notamment les traités fondamentaux entrés en vigueur entre la Hongrie, la Roumanie et la Slovaquie. LAssemblée constate que jusquici il ny a pas de définition juridique commune européenne du concept de «nation».
11. LAssemblée est persuadée que les autres points qui posent problème, à savoir linclusion des membres de la famille qui ne sont pas didentité magyare au bénéfice de la loi, lexclusion des autres citoyens des Etats voisins des avantages de natures économique et sociale, et lintervention dorganisations de minorités dans lapplication de la loi, auraient peut-être pu être acceptés ou modifiés sils avaient fait lobjet de discussions et daccords bilatéraux préalables, comme le Mémorandum daccord entre la Hongrie et la Roumanie.
12. LAssemblée se réfère aussi à la déclaration du 26 octobre 2001 du haut-commissaire pour les minorités nationales de lOrganisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dans laquelle il fait part des préoccupations que lui inspirent des lois comme la loi hongroise, qui remettent en cause les acquis en matière de protection des minorités et qui introduisent un traitement discriminatoire à lencontre de la majorité dans cet Etat une situation qui pourrait avoir un effet désastreux pour la situation de la minorité elle-même ainsi que pour les relations interétatiques en Europe. LAssemblée se félicite des consultations répétées entre le Gouvernement hongrois et le haut-commissaire pour les minorités nationales de lOSCE.
13. LAssemblée note avec satisfaction que, le 23 juin 2003, le Parlement de la Hongrie a amendé la loi en question sur plusieurs points, répondant ainsi en partie aux commentaires critiques qui ont été faits; cependant ces amendements ne sont pas basés sur des accords bilatéraux avec les pays voisins concernés.
14. En conséquence, lAssemblée demande instamment au Gouvernement et au Parlement de la Hongrie dapporter de nouveaux amendements à la loi hongroise concernant les Hongrois vivant dans les pays voisins du 19 juin 2001 de manière à ce quelle se fonde sur des discussions et des accords bilatéraux avec les Etats voisins, et réponde aux propositions de la Commission de Venise et aux critiques à lencontre de la loi actuellement en vigueur exprimées par le haut-commissaire pour les minorités nationales de lOSCE et par lAssemblée parlementaire elle-même. En outre, lAssemblée appelle tous les gouvernements concernés à entamer ou à poursuivre des négociations de fond.
1. Discussion par lAssemblée le 25 juin 2003 (20e séance) (voir Doc. 9744 rév, rapport de la commission des questions juridiques et des droits de lhomme, rapporteur: M. Jurgens; et Doc. 9813, avis de la commission des questions politiques, rapporteur: M. Toshev).
Texte adopté par lAssemblée le 25 juin 2003 (20e séance).
2. Les personnes didentité hongroise (cest-à-dire des citoyens des pays concernés qui se considèrent comme des personnes appartenant à la communauté culturelle et linguistique «nationale» hongroise).