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Recommandation 1654 (2004)1
Droits de la nationalité et égalité des chances
1. Traditionnellement, chaque Etat détermine par sa législation qui sont ses ressortissants, même si de nombreux Etats ont accepté dêtre liés par des instruments internationaux concernant la nationalité, la nationalité multiple et lapatridie.
2. Dans les questions de nationalité, il faut tenir compte à la fois des intérêts légitimes des Etats et de ceux des individus. Lun des principaux «intérêts légitimes» des individus est de ne pas subir de discrimination notamment, en raison de leur sexe. Mais, tandis que ce principe est, aujourdhui, reconnu théoriquement par la plupart des Etats, en pratique, il y a eu discrimination par le passé et ce phénomène peut encore se produire dans certains cas.
3. Malheureusement, aucune étude comparative approfondie de la législation sur la nationalité dans les Etats membres et observateurs du Conseil de lEurope mettant laccent sur légalité des chances entre les femmes et les hommes na été effectuée. LAssemblée parlementaire doit donc fonder son évaluation de la situation sur une étude qui a été menée par sa commission sur légalité des chances pour les femmes et les hommes, à laquelle trente-deux Etats membres et trois Etats observateurs ont répondu.
4. LAssemblée félicite les pays qui ont supprimé de leur législation la discrimination fondée sur le sexe. Elle se réjouit notamment de lélimination de la discrimination à légard des femmes dans plusieurs Etats membres du Conseil de lEurope (où la nationalité se transmettait de père en fils ou bien où les femmes perdaient leur nationalité en épousant un étranger), ainsi que de lélimination de la discrimination à légard des hommes (qui nétaient pas toujours autorisés à transmettre leur nationalité à des enfants naturels, en particulier les enfants nés à létranger). Presque toutes les lois en question ont un effet pleinement rétroactif, ce qui est dune importance capitale dans le domaine des droits de la nationalité.
5. Il reste encore, cependant, des efforts à faire. Ainsi les hommes ont-ils toujours du mal à transmettre leur nationalité à des enfants de mère étrangère, nés hors mariage, au Danemark, en Islande, à Malte et en Suisse. Il subsiste aussi une certaine discrimination à légard des femmes en Suisse et en Turquie, pays qui sont en passe de réviser leur législation pour y remédier. Certaines dispositions applicables aux personnes à charge de citoyens du Vatican pourraient être révisées afin dassurer légalité de traitement des hommes et des femmes.
6. LAssemblée souligne également que la situation dans les treize Etats membres et les deux Etats observateurs quelle na pu étudier pourrait susciter une inquiétude légitime. Les dispositions de certains Etats sur les conditions de naturalisation peuvent aussi conduire à une discrimination non intentionnelle à légard des femmes étrangères, concernant, par exemple, les revenus, lintégration sociale ou les connaissances linguistiques, bien que certains pays aient pris des mesures pour neutraliser cet effet.
7. LAssemblée recommande donc au Comité des Ministres:
i. deffectuer, dans tous les Etats membres et observateurs du Conseil de lEurope, une étude comparative approfondie concernant la législation sur la nationalité, qui, axée sur légalité des chances entre les femmes et les hommes, mettrait au jour toute distinction fondée sur le sexe (quelle soit intentionnelle ou non, ou due à labsence de rétroactivité de la législation visant à éliminer la discrimination), soulignerait les meilleures pratiques et formulerait des propositions concrètes pour remédier à toute lacune;
ii. dappeler les gouvernements et les parlements des Etats membres et observateurs à éliminer de leur législation sur la nationalité toute possibilité de discrimination fondée sur le sexe, sils ne lont pas encore fait, et de sassurer que cette législation a un effet pleinement rétroactif et est appliquée de manière neutre quant à légalité des sexes.
1. Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de lAssemblée, le 2 mars 2004 (voir Doc. 10070, rapport de la commission sur légalité des chances pour les femmes et les hommes, rapporteuse: Mme Aguiar).