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Recommandation 1687 (2004)1
Combattre le terrorisme par la culture
1. Face à la menace croissante du terrorisme dans le monde, lAssemblée parlementaire insiste sur la nécessité dune approche globale de lutte contre le terrorisme, alliant les méthodes culturelles aux méthodes politiques, économiques, juridiques et sociales. Il ne sagit pas ici de confondre le terrorisme aveugle dont sont victimes des innocents avec ce qui nest parfois quun acte de résistance à loppression et à la violation des droits de lhomme.
2. La culture sous tous ses aspects art, patrimoine, religion, médias, science, enseignement, jeunesse et sport peut jouer un grand rôle pour prévenir le développement dune mentalité terroriste, pour dissuader les terroristes éventuels et pour les couper de tout soutien plus vaste. Son importance à cet égard est néanmoins fréquemment sous-estimée.
3. Toute action culturelle contre le terrorisme repose sur la compréhension des relations complexes et délicates entre le terrorisme et son contexte culturel.
4. LAssemblée est résolument opposée à toute tentative de qualifier de terroriste telle culture mondiale, nationale, régionale ou locale. En même temps, dans certaines conditions, nimporte quelle société est capable de secréter du terrorisme. Linterprétation extrémiste de certains éléments dune culture ou dune religion particulière, tels le martyre héroïque, le sacrifice, lapocalypse ou la guerre sainte, ainsi que les idéologies laïques (nationalistes et révolutionnaires) peuvent aussi être invoquées pour justifier des actes terroristes.
5. De plus en plus, toutefois, la culture devient aussi une cible du terrorisme. Au-delà des dégâts matériels et de la destruction des monuments, temples ou symboles dune culture et dun mode de vie donnés, les actes terroristes visent lidentité culturelle dun peuple ou dune population et endommagent un patrimoine culturel commun à tous les peuples du monde.
6. La mondialisation et la société de linformation permettent des contacts et une interaction sans précédent entre les peuples, les idées et les cultures. Certains de leurs aspects sont cependant de nature à favoriser le terrorisme et les idéologies qui le prônent de plusieurs manières:
i. le fossé sélargit entre pays riches et pays pauvres, peuples riches et peuples pauvres. La pauvreté, loppression, le non-respect des droits de lhomme, le sentiment dinjustice et labsence de perspectives meilleures offrent un terreau fertile à toutes sortes de violences;
ii. la domination planétaire de la culture occidentale dans ses formes les plus commerciales, fondées sur la violence, largent et le sexe, est perçue par les sociétés traditionnelles comme profondément offensante et en contradiction totale avec les normes démocratiques élevées que cette culture est censée refléter;
iii. le village mondial créé par les médias modernes et lInternet assure aux actes terroristes une publicité quils nont jamais eue dans le passé. Ces actes apparaissent donc, aux yeux des extrémistes, comme le moyen le plus efficace et le plus «rentable» de faire passer leur message;
iv. les technologies modernes de linformation ont également permis de bien meilleures communication et connexion entre les groupes terroristes, qui conduisent à une nouvelle forme de terrorisme international ayant une dimension «a-territoriale» et «a-culturelle», même si ces groupes revendiquent une affiliation à un territoire ou à une culture donnés;
v. la dépendance vis-à-vis des technologies de linformation a entraîné lapparition du cyberterrorisme, qui menace le fonctionnement de la société moderne par la manipulation des systèmes informatiques.
7. LAssemblée apprécie une couverture médiatique des actes terroristes et un traitement du débat public sur le terrorisme responsables, et encourage les professionnels des médias à poursuivre les discussions sur la déontologie à respecter.
8. Une plus grande acceptation du terrorisme dépend du seuil de tolérance à la violence comme mode de résolution des conflits dans la société en général, ce que déplore lAssemblée.
9. Il devient vital de considérer lenseignement sous langle non seulement quantitatif, mais aussi qualitatif, comme mode de transmission non seulement du savoir mais également des valeurs, et comme moyen de développer un esprit critique. Lenseignement devrait aussi offrir la possibilité aux individus de participer pleinement au développement dune société démocratique juste et équitable, dans laquelle le terrorisme na aucune place.
10. Il incombe également à lenseignement daméliorer la compréhension mutuelle entre les différents groupes et cultures. Toute action culturelle ayant pour but de combattre le terrorisme doit viser principalement à créer une culture de tolérance, de dialogue, de compréhension, de respect et de pluralisme. Cela permettra de réduire laura héroïque des terroristes et contribuera à éradiquer lacceptation de leurs actes dans lopinion.
11. LAssemblée note que plusieurs projets du Conseil de lEurope sont allés dans ce sens, par exemple ceux sur léducation à la citoyenneté démocratique, sur lenseignement de lhistoire, sur la lutte contre la violence, sur le dialogue interculturel et sur la prévention des conflits. Elle se félicite aussi de la Déclaration sur le dialogue interculturel et la prévention des conflits, adoptée par les ministres européens de la Culture à Opatija, le 22 octobre 2003, de la Déclaration sur léducation interculturelle dans le nouveau contexte européen, adoptée par les ministres européens de lEducation à Athènes, le 12 novembre 2003, et des travaux en cours relatifs à une déclaration sur la liberté dexpression et dinformation dans le contexte de la lutte contre le terrorisme. Il faut cependant que les différents secteurs de lOrganisation mènent à cet égard une action approfondie et mieux concertée.
12. LAssemblée recommande donc au Comité des Ministres:
i. dinclure les dispositions pertinentes sur le rôle de la culture dans une future convention générale du Conseil de lEurope contre le terrorisme, comme cela a déjà été recommandé par lAssemblée;
ii. de coordonner laction des organes du Conseil de lEurope soccupant de lutte contre le terrorisme et de culture;
iii. dorganiser une conférence européenne sur la lutte contre le terrorisme par la culture, avec la participation dautres organismes européens et internationaux;
iv. de faire figurer le dialogue interculturel et interreligieux et la prévention des conflits parmi les principaux domaines dactivité du Conseil de lEurope, et de prendre des dispositions à cette fin dans le plan daction ainsi que dans la déclaration finale à adopter par le 3e Sommet des chefs dEtat et de gouvernement du Conseil de lEurope;
v. de mettre en uvre ou de renforcer des projets visant:
a. à encourager la réflexion et la recherche sur le terrorisme et la culture, afin de mieux comprendre et étudier les causes et lévolution du terrorisme;
b. à élaborer des programmes denseignement ayant pour but de mieux faire connaître les différentes cultures et religions, et à veiller à ce quils dépassent la dimension européenne;
c. à poursuivre ses travaux sur lenseignement de lhistoire et la révision des manuels scolaires, et à les étendre aux pays voisins de lEurope, afin de réduire les préjugés et les stéréotypes, et déliminer les incitations au terrorisme;
d. à favoriser le débat sur le terrorisme au sein de la jeune génération; à soutenir le travail international de jeunesse comme un moyen de concrétiser le dialogue interculturel; à développer davantage les projets des jeunes sur la prévention des conflits et la promotion dune culture de paix;
e. à développer léducation aux droits de lhomme et léducation à la citoyenneté, créant ainsi une meilleure compréhension des droits de lhomme et des moyens de les protéger;
f. à faire en sorte que, dans leur politique relative aux médias et à lInternet, les Etats trouvent un juste équilibre entre la protection des droits de lhomme et la lutte contre le terrorisme;
g. à garantir dans tous les Etats membres un cadre juridique et politique approprié pour la libre expression et la véritable représentation de toutes les opinions, de tous les points de vue politiques, de toutes les croyances religieuses et de toutes les minorités culturelles;
h. à développer les activités culturelles intercommunautaires afin datténuer les tensions entre communautés;
i. à favoriser la compréhension et la tolérance en encourageant la diffusion duvres culturelles et audiovisuelles dautres régions du monde, et en soutenant la mobilité et les échanges dartistes, d«auteurs de performances», duniversitaires et de scientifiques;
vi. de concevoir des projets culturels ciblés sur certaines régions critiques dEurope où il existe des tensions et un danger de terrorisme;
vii. de soutenir et de favoriser lélaboration dinstruments internationaux relatifs à la diversité culturelle, à la coopération et au dialogue;
viii. dintensifier le dialogue et la coopération culturelle entre les pays européens et leurs voisins, conformément à la Résolution 1313 (2003) et à la Recommandation 1590 (2003) de lAssemblée sur la coopération culturelle entre lEurope et les pays du sud de la Méditerranée.
1. Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de lAssemblée, le 23 novembre 2004 (voir Doc. 10341, rapport de la commission de la culture, de la science et de léducation, rapporteur: M. Sudarenkov).