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Personnes disparues au Bélarus
1. Depuis plus de deux ans, lAssemblée parlementaire est préoccupée par les disparitions de Youri Zakharenko, ancien ministre de lIntérieur (disparu le 7 mai 1999), de Victor Gontchar, ancien vice-président du Parlement du Bélarus (disparu le 16 septembre 1999), dAnatoly Krassovski, homme daffaires (disparu en même temps que M. Gontchar), et de Dmitri Zavadski, caméraman de la chaîne de télévision russe ORT (disparu le 7 juillet 2000).
2. Les allégations faites publiquement selon lesquelles ces disparitions sinscriraient dans un contexte politique ont conduit à la création, en septembre 2002, dune sous-commission ad hoc de la commission des questions juridiques et des droits de lhomme et à la présentation, en avril 2003, dune proposition de résolution. LAssemblée remercie la sous-commission ad hoc et le rapporteur pour le travail minutieux quils ont accompli dans des circonstances difficiles.
3. Les autorités du Bélarus ont refusé que la sous-commission ad hoc se rende à Minsk pour rencontrer des personnes qui ne pouvaient ou ne voulaient pas venir à Strasbourg et ont annulé la deuxième série dentretiens demandée par le rapporteur lorsquelles ont eu connaissance de ses observations préliminaires après avoir intercepté des communications confidentielles entre le Secrétariat et ses contacts à Minsk. LAssemblée proteste vigoureusement, notamment contre le refus des autorités bélarussiennes dinviter à Minsk M. S. Kovalev et la sous-commission ad hoc présidée par lui.
4. LAssemblée exprime son respect pour les responsables et les défenseurs des droits de lhomme du Bélarus qui ont sacrifié leur carrière et ont pris des risques, mettant en jeu jusquà leur sécurité personnelle, pour faire avancer la cause de la vérité.
5. Elle remercie les pays qui ont accordé asile et protection à plusieurs de ces responsables, notamment la Fédération de Russie, les Etats-Unis, lAllemagne et la Norvège, et saisit cette occasion pour rappeler limportance de lexistence de possibilités concrètes dasile politique comme dernier recours pour protéger les défenseurs des droits de lhomme et de la démocratie.
6. LAssemblée rappelle larticle 1, paragraphe 1, de la Déclaration des Nations Unies de 1992 sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, selon lequel «Tout acte conduisant à une disparition forcée constitue un outrage à la dignité humaine. Il est condamné comme étant contraire aux buts de la Charte des Nations Unies et comme constituant une violation grave et flagrante des droits de lhomme et des libertés fondamentales proclamés dans la Déclaration universelle des droits de lhomme», ainsi que son article 13, paragraphe 6, qui appelle à la poursuite de lenquête «tant quon ne connaît pas le sort réservé à la victime dune disparition forcée».
7. Elle note que la Commission des droits de lhomme des Nations Unies prie instamment, au point 2 de sa Résolution 2003/14, adoptée le 17 avril 2003, le Gouvernement du Bélarus:
«a. de révoquer ou de suspendre les fonctionnaires chargés de lapplication des lois impliqués dans des cas de disparition forcée ou dexécution sommaire dans lattente dune enquête impartiale, crédible et approfondie sur ces cas;
b. de veiller à ce que toutes les mesures nécessaires soient prises pour que tous les cas de disparition forcée, dexécution sommaire et de torture fassent lobjet dune enquête approfondie et impartiale pour que les auteurs soient déférés devant un tribunal indépendant, et pour que, sils sont reconnus coupables, ils soient punis dune manière conforme aux obligations internationales du Bélarus en matière de droits de lhomme.»
8. LAssemblée considère que le fait quune personne qui a été accusée dêtre à lorigine de crimes graves soit, par la suite, chargée, en tant que procureur général, denquêter officiellement sur ces mêmes crimes constitue un conflit dintérêts inadmissible. Dans ces circonstances, lAssemblée condamne fermement cette nomination.
9. Sur la base des solides résultats des travaux du rapporteur, qui font la part entre les simples rumeurs et les faits établis par des preuves ou des conclusions fondées, lAssemblée conclut que les autorités compétentes du Bélarus nont pas réellement enquêté sur les disparitions. Au contraire, les éléments réunis par le rapporteur conduisent à penser que des mesures ont été prises au plus haut niveau de lEtat pour dissimuler les véritables circonstances de ces disparitions et à soupçonner que des hauts responsables de lEtat pourraient être personnellement impliqués dans celles-ci.
10. En conséquence, lAssemblée demande aux autorités exécutives du Bélarus:
i. dordonner aux autorités nationales compétentes douvrir une enquête véritablement indépendante au sujet des disparitions mentionnées ci-dessus, après la démission de lactuel procureur général, M. Cheïman, qui est accusé davoir orchestré lui-même ces disparitions dans ses fonctions précédentes, et de tenir les familles des disparus pleinement informées des progrès et des résultats de cette enquête, pour laquelle le Conseil de lEurope est disposé à apporter toute lassistance possible;
ii. douvrir une enquête criminelle afin de clarifier et, le cas échéant, de sanctionner:
a. la participation alléguée de lactuel procureur général, M. Cheïman, de lactuel ministre des Sports et du Tourisme (auparavant ministre de lIntérieur), M. Sivakov, et dun haut fonctionnaire des forces spéciales, M. Pavlitchenko, dans ces disparitions;
b. le crime dentrave à la justice qui pourrait avoir été commis par certains hauts fonctionnaires impliqués dans les enquêtes menées jusque-là et qui ont falsifié, dissimulé ou détruit des preuves en leur possession pour protéger les véritables auteurs de ces crimes.
11. LAssemblée invite en outre le Parlement du Bélarus:
i. à nommer une commission denquête parlementaire dotée des moyens dinvestigation nécessaires;
ii. à prendre les mesures qui simposent à légard du pouvoir exécutif afin de sassurer que les actions requises au paragraphe 10 ci-dessus soient exécutées, y compris pour ce qui est de la démission de certains hauts responsables accusés dêtre impliqués dans les disparitions, de manière à permettre une enquête véritablement indépendante.
12. LAssemblée nestime pas opportun de réexaminer la suspension du statut dinvité spécial du Parlement du Bélarus, décidée par le Bureau de lAssemblée le 13 janvier 1997, tant que des progrès substantiels nauront pas été réalisés en ce qui concerne ses demandes formulées aux paragraphes 10 et 11 ci-dessus. Aussi longtemps quaucun progrès véritable naura été accompli au regard du paragraphe 11 ci-dessus, lAssemblée estime inopportune la présence, même informelle, de parlementaires bélarussiens à ses sessions.
1.
Discussion par lAssemblée
le 28 avril 2004 (12e séance) (voir
Doc.10062, rapport
de la commission des questions juridiques et des droits de lhomme,
rapporteur: M. Pourgourides).
Texte adopté par lAssemblée le 28 avril 2004 (12e
séance).