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Défi du terrorisme dans les Etats membres du Conseil de lEurope
1. LAssemblée parlementaire est outragée par la récente vague dactes terroristes qui ont endeuillé plusieurs Etats membres du Conseil de lEurope, tuant et blessant des centaines de victimes innocentes. Elle exprime ses condoléances aux proches des victimes et à ceux qui ont souffert de ces crimes odieux.
2. En dépit des efforts de la communauté internationale, le fléau du terrorisme ne cesse de se propager à travers le monde, prenant des formes de plus en plus atroces et sanglantes. La recrudescence des actes terroristes dextrême brutalité signifie que la communauté internationale, y compris les Etats européens, na pas suffisamment pris conscience de la gravité du danger, et na pas réussi à mettre en place des mesures adéquates capables de faire face à un terrorisme dun genre nouveau qui ne sarrête devant rien.
3. Par ses méthodes barbares, le terrorisme sattaque aux valeurs fondamentales de la société et défie lexistence même de la démocratie.
4. La protection des droits de lhomme joue un rôle clé dans la lutte contre le terrorisme. Notre crédibilité dépend dabord de ces droits. Toute violation de ces droits affaiblit la coalition internationale en lutte contre le terrorisme et fait gagner de nouveaux adeptes aux terroristes.
5. LAssemblée se réfère en particulier à la Recommandation 1426 (1999), sur les démocraties européennes face au terrorisme, dans laquelle elle a considéré comme un acte de terrorisme «tout délit commis par des individus ou des groupes recourant à la violence ou menaçant de lutiliser contre un pays, ses institutions, sa population en général ou des individus concrets, qui, motivé par des aspirations séparatistes, par des conceptions idéologiques extrémistes ou par le fanatisme, ou inspiré par des mobiles irrationnels et subjectifs, vise à soumettre les pouvoirs publics, certains individus ou groupes de la société, ou, dune façon générale, lopinion publique à un climat de terreur».
6. Il convient de condamner avec détermination toute tentative dapporter aux terroristes un soutien politique, matériel, financier ou autre.
7. Le terrorisme ignore la loi et la morale, et ne doit pas pouvoir exploiter les libertés et les avantages quoffrent les sociétés démocratiques modernes.
8. LAssemblée estime que le terrorisme ne peut être justifié par aucune cause. Les manifestations publiques de soutien aux actions terroristes peuvent être assimilées à des incitations à la violence et faire, en tant que telles, lobjet de mesures restrictives, conformément à la Convention européenne des Droits de lHomme.
9. LAssemblée réitère fermement la condamnation et le rejet absolu de la terreur comme moyen de parvenir à des fins politiques. Tout acte terroriste, quelles que soient les raisons invoquées, les cibles visées, les méthodes ou les exigences des terroristes, constitue un défi à la démocratie et doit être considéré comme un crime contre lhumanité. Il est inadmissible et dangereux dappliquer deux poids deux mesures aux terroristes en se fondant sur leurs prétendues motivations. Il ny a pas de «bons» ou de «mauvais» terroristes.
10. Il ne peut y avoir de compromis entre la démocratie et le terrorisme. La vie humaine, valeur suprême de la société démocratique, nest quune monnaie déchange pour les terroristes.
11. LAssemblée est préoccupée par le fait que la menace ou les conséquences des actes terroristes sont capables de créer une atmosphère de psychose dans la société et de perturber le fonctionnement des institutions et des mécanismes démocratiques. Elle estime quil faut exclure que la terreur puisse exercer une influence directe sur les choix démocratiques.
12. Conformément aux principes rappelés au paragraphe 5, lAssemblée réaffirme sa position de principe selon laquelle la lutte contre le terrorisme doit toujours être compatible avec les libertés fondamentales et le respect des droits de lhomme, quelle a vocation à protéger, partant du principe de la primauté absolue du droit fondamental et inaliénable à la vie qui sous-entend le droit à la protection contre le terrorisme et toute autre atteinte à la vie et à la santé humaines. Il ne doit pas y avoir dexception aux normes du Conseil de lEurope en matière de droits de lhomme, ainsi quau droit légitime de résister à loppression. De même, les obligations au titre de la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés doivent être pleinement respectées. Tous les Etats membres du Conseil de lEurope doivent éviter toute érosion de ces normes et mener leur action contre le terrorisme en conformité avec les principes fondateurs des pays démocratiques, leurs obligations internationales et les normes de leur législation. LAssemblée se félicite à ce sujet de ladoption des Lignes directrices sur les droits de lhomme et la lutte contre le terrorisme du Comité des Ministres du Conseil de lEurope.
13. LAssemblée réaffirme que la lutte contre le terrorisme ne justifie pas dapporter des restrictions nouvelles et/ou supplémentaires à la liberté dexpression, qui est lun des principaux piliers de la démocratie que les terroristes veulent détruire. Elle se réjouit de lélaboration dune déclaration sur la liberté dexpression et dinformation dans les médias dans le contexte de la lutte contre le terrorisme dici à la fin de lannée.
14. LAssemblée reste convaincue quil faut analyser sérieusement les racines profondes pauvreté, exclusion, disparités, désespoir, désordre généralisé, impunité pour graves délits et violations des droits de lhomme, et mépris flagrant pour les droits des minorités nationales qui assurent au terrorisme un terreau favorable et mener une action systématique pour les éradiquer. Cependant, ce travail doit être entrepris en parallèle avec les mesures durgence légales nécessaires pour prévenir de nouveaux actes terroristes.
15. LAssemblée invite donc les parlements nationaux:
i. à adopter une approche intégrée et coordonnée pour contrer le terrorisme à tous les stades, y compris lélaboration du cadre législatif visant:
a. à éliminer les facteurs contribuant au développement dun milieu propice au terrorisme;
b. à supprimer les sources et les canaux du financement, du recrutement et de la propagande;
c. à organiser une coopération opérationnelle entre les services spéciaux, la police et la justice dans la mise en uvre de laction antiterroriste et préventive;
d. à assurer la protection, la réhabilitation et le dédommagement de victimes des actes terroristes;
e. à développer les mécanismes et la base juridique de la protection des témoins, des collaborateurs de la justice et des repentis;
ii. à adopter des lois visant à renforcer la sécurité publique en conformité avec les droits de lhomme et les libertés fondamentales, et les obligations découlant du droit et des conventions internationaux;
iii. à exercer pleinement leurs pouvoirs afin de favoriser une coopération internationale accrue en matière de lutte contre le terrorisme, avant tout en matière dharmonisation des législations antiterroristes des Etats membres du Conseil de lEurope en vue de la création dun espace juridique européen commun dans le domaine antiterroriste;
iv. à ratifier selon la procédure accélérée le Protocole portant amendement à la Convention européenne pour la répression du terrorisme (STE no 190), pour quil puisse prendre effet aussitôt que possible;
v. à veiller à la signature et à la ratification, si leurs Etats ne lont pas encore fait, et à la mise en uvre efficace des instruments juridiques du Conseil de lEurope en matière de lutte contre le terrorisme, notamment:
la Convention européenne pour la répression du terrorisme (1977),
la Convention européenne dextradition (1957) et ses protocoles additionnels (1975 et 1978),
la Convention européenne dentraide judiciaire en matière pénale (1959) et ses protocoles additionnels (1978 et 2001),
la Convention européenne sur la transmission des procédures répressives (1972),
la Convention européenne relative au dédommagement des victimes dinfractions violentes (1983),
la Convention relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime (1990),
la Convention sur la cybercriminalité (2001) et son protocole additionnel (2003).
16. LAssemblée appelle toutes les forces politiques des Etats membres:
i. à condamner résolument toute action terroriste, quel que soit lEtat où elle a lieu, ainsi que toute activité ayant pour objet dorganiser, de financer des actes terroristes ou dinciter à ceux-ci, ou de donner refuge aux terroristes;
ii. à faire barrage aux manifestations de la haine interethnique, du racisme et de la xénophobie, ainsi quà lapologie du terrorisme;
iii. à renforcer les institutions démocratiques et linteraction avec la société civile afin dassurer le soutien maximal aux mesures antiterroristes nationales et internationales;
iv. à consolider la société autour des principes du rejet général de la terreur et de la résistance à celle-ci, de linacceptabilité de toute forme de pression psychologique sur la population;
v. à soutenir les mesures visant à empêcher les personnes impliquées dans le terrorisme de se servir abusivement de tout type dinstitution ou dorganisation, gouvernementale ou non gouvernementale, pour planifier ou pour préparer des actions terroristes;
vi. à promouvoir la cohésion sociale et le dialogue interculturel et interconfessionnel pour éliminer les facteurs contribuant au développement dun terreau fertile pour le terrorisme et pour prévenir la propagation de théories extrémistes cherchant à justifier les actes de terrorisme.
17. En outre, lAssemblée estime quil est nécessaire:
i. délaborer une convention générale du Conseil de lEurope contre le terrorisme;
ii. danalyser lefficacité des conventions du Conseil de lEurope et dautres instruments internationaux en matière de lutte contre le terrorisme, et délaborer sur la base de cette analyse des protocoles additionnels qui rendraient ces instruments capables de répondre aux nouvelles menaces terroristes;
iii. dinitier lextension de la liste de délits contenue dans le Statut de Rome (1998) de la Cour pénale internationale pour y inscrire certains délits à caractère terroriste, étendant ainsi la juridiction de cette cour à de tels délits;
iv. détudier lexpérience de lUnion européenne en ce qui concerne le mandat darrêt européen, et la possibilité de créer les bases légales pour étendre son applicabilité aux Etats membres du Conseil de lEurope;
v. dintensifier les travaux portant sur lélaboration dune convention du Conseil de lEurope sur le renforcement de la protection des témoins et des repentis en relation avec les actes de terrorisme, du protocole additionnel à la Convention relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime (1990), et dune recommandation sur les techniques spéciales dinvestigation en relation avec des actes de terrorisme;
vi. dentamer le travail pratique visant la création dun registre européen des normes nationales et internationales en tant que système daccès informatique aux actes normatifs des Etats membres du Conseil de lEurope et des autres organisations européennes, et système déchange des informations juridiques;
vii. de mettre en place un partenariat entre le Conseil de lEurope et lUnion européenne, et délaborer, en plus du travail de coordination de lUnion européenne elle-même dans la lutte contre le terrorisme, un cadre commun pour une coopération concrète et un échange dinformations qui englobe tous les Etats membres du Conseil de lEurope, et de développer une meilleure coopération avec les Nations Unies, lOrganisation pour la sécurité et la coopération en Europe et dautres organisations internationales;
viii. de lancer un programme spécial permettant les échanges dexpériences et de bonnes pratiques, et destiné aux personnes ayant des responsabilités opérationnelles dans les Etats membres en matière de gestion des situations concrètes de crise, afin de garantir que ces personnes sont hautement professionnelles et bien formées afin de minimiser les risques pour les vies humaines;
ix. de finaliser dès que possible lélaboration de lignes directrices sur les droits des victimes et les obligations correspondantes des Etats membres de fournir toute laide nécessaire et de créer un forum déchange de bonnes pratiques et dexpériences de formation entre les Etats membres.
18. Une étude sérieuse devrait être menée par le Conseil de lEurope sur les limites acceptables de la liberté dexpression et les abus éventuels de cette liberté par les terroristes.
19. LAssemblée décide de suivre avec attention, par lintermédiaire de ses commissions compétentes, les développements internationaux liés au terrorisme, laction des gouvernements et des parlements nationaux des Etats membres et les activités du Comité des Ministres du Conseil de lEurope dans ce domaine.
1.
Discussion par lAssemblée
le 6 octobre 2004 (28e séance) (voir
Doc. 10312,
rapport de la commission des questions politiques, rapporteur: M. Kosachev).
Texte adopté par lAssemblée
le 6 octobre 2004 (29e
séance).