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Recommandation 1700 (2005)1
Discrimination à lencontre des femmes parmi les demandeurs demploi et sur le lieu de travail
1. Un des droits fondamentaux des femmes est de ne pas subir de discrimination parmi les demandeurs demploi et sur leur lieu de travail. Ce droit est consacré par le droit international, notamment par des conventions des Nations Unies, de lOrganisation internationale du travail (OIT) et par la Charte sociale européenne révisée, ainsi que par le droit national de tous les Etats membres du Conseil de lEurope et par le droit communautaire. Malheureusement, la réalité nest pas toujours conforme au droit et, même en Europe, les femmes continuent dêtre victimes de multiples discriminations, tant parmi les demandeurs demploi que sur leur lieu de travail.
2. Le premier problème que rencontrent les femmes est la difficulté daccès au marché de lemploi. Dans la plupart des Etats membres du Conseil de lEurope, le taux dactivité professionnelle des femmes est inférieur et leur taux de chômage supérieur à ceux des hommes même sil existe de fortes variations dune région à lautre. En général, les femmes sont bien plus nombreuses que les hommes à occuper des emplois à temps partiel (ce qui ne découle pas toujours dun choix personnel) et beaucoup sont surqualifiées pour le poste quelles occupent. De plus, nombre de femmes sont ce que lOIT appelle des «travailleurs découragés», à savoir des travailleurs qui nentrent pas dans les statistiques du chômage de leur pays car ils ne recherchent pas activement un emploi, alors même quils ont une réelle volonté de travailler, soit parce quils pensent quils nen trouveront pas, soit parce quils se heurtent à la discrimination ou à des barrières structurelles, sociales ou culturelles.
3. Le deuxième problème est celui de la disparité salariale. Les femmes sont souvent moins bien rémunérées que les hommes pour le même travail ou un travail de valeur égale au moins 15 % de moins en moyenne (jusquà 25 à 30 % de moins). Le fait davoir un haut niveau détudes nest aucunement une garantie. Dans bien des pays, le différentiel des salaires se creuse dautant plus que les femmes ont un degré dinstruction élevé. Par ailleurs, en règle générale, les femmes gagnent moins dargent que les hommes au cours de leur carrière et se voient donc accorder des conditions dassurance-vieillesse moins avantageuses, et elles perçoivent également des retraites plus faibles le moment venu, alors quelles vivent plus longtemps que les hommes.
4. Le troisième problème concerne ce que lon appelle le «plafond de verre». En matière de promotions, les hommes sont habituellement préférés aux femmes. Plus un poste est élevé, moins une femme même aussi qualifiée, voire plus qualifiée, quun collègue masculin a de chances de lobtenir. Les femmes qui parviennent à franchir ce plafond de verre et à obtenir des fonctions décisionnelles restent lexception, puisque, même dans les secteurs qui emploient majoritairement des femmes et où celles-ci occupent davantage de postes à responsabilité, un nombre disproportionné dhommes sélèvent aux plus hautes fonctions.
5. La principale raison qui explique ces trois problèmes difficulté daccès au marché du travail, écart des rémunérations et plafond de verre est la discrimination dont sont victimes les femmes. Dans la plupart des cas, celles-ci sont pénalisées parce quelles sont ou pourraient devenir mères. Bien des employeurs redoutent à tort le coût et les complications que la maternité est susceptible dentraîner. En réalité, selon de récentes études de lOIT, le coût supplémentaire engendré par lembauche dune femme représente moins de 1 % de sa rémunération brute mensuelle. Mais les raisons financières ne suffisent pas à expliquer les discriminations que subissent les femmes; celles-ci sont dues principalement à des stéréotypes et à des préjugés erronés sur leurs rôles et leurs compétences, leur investissement personnel et leur façon de diriger.
6. A cause de ces stéréotypes, les femmes se voient souvent proposer des emplois précaires, mal rémunérés, noffrant aucune perspective de carrière et non gratifiants car ne leur permettant pas dexploiter au maximum leurs compétences. Elles sont souvent exclues des réseaux informels de relations (le «réseau des anciens», majoritairement masculin). En outre, certaines dentre elles pâtissent dune culture dentreprise hostile et peuvent être victimes de harcèlement moral et sexuel, dintimidations ou voir leurs collègues se liguer contre elles. Enfin, dans bien des Etats membres du Conseil de lEurope, les responsabilités familiales (tâches ménagères, éducation des enfants, prise en charge des personnes âgées) ne sont pas réparties équitablement entre les femmes et les hommes, et érigent de nouvelles barrières qui sopposent à ce que les femmes accèdent au marché du travail, restent actives et fassent carrière.
7. Au bout du compte, le taux dactivité plus faible et le taux de chômage plus élevé des femmes alimentent la perte et linégalité économiques qui sont à la source dune inégalité plus générale entre les femmes et les hommes, et peuvent être une cause de dépendance économique et de pauvreté (notamment chez les femmes âgées) pour les femmes touchées par ces phénomènes. Cependant, les femmes ne sont pas les seules à être lésées par les discriminations quelles subissent. Les discriminations à lencontre des femmes parmi les demandeurs demploi et sur leur lieu de travail sont en partie responsables dun affaiblissement de la croissance économique, dune réduction des recettes fiscales et dune augmentation des dépenses en termes de prestations de chômage et de prestations sociales. Toute politique économique avisée et soucieuse de cohésion sociale doit donc chercher à éliminer ces discriminations.
8. Il faudrait également résoudre le problème de la situation particulière des femmes handicapées et de celles appartenant à des minorités, qui souvent sont victimes dune double discrimination.
9. Il est nécessaire de souligner que la discrimination qui sexerce dans le monde du travail ne disparaîtra pas delle-même; il ne faut pas non plus compter sur le marché, laissé à lui-même, pour y mettre un terme. Son élimination exige que toutes les parties intéressées sengagent dans une politique avisée, ciblée et cohérente pendant une période de temps suffisante.
10. LAssemblée parlementaire recommande donc au Comité des Ministres:
i. de charger le comité intergouvernemental compétent de mettre en place un projet pour combattre la discrimination à lencontre des femmes parmi les demandeurs demploi et sur le lieu de travail en invitant les gouvernements:
a. à réviser et à élaborer des lois et traités qui non seulement interdisent la discrimination en droit, mais qui prévoient aussi explicitement lobligation de prévenir les discriminations et de promouvoir légalité;
b. à garantir une meilleure application et exécution des lois et règlements en vigueur au niveau national, visant à lutter contre la discrimination à légard des femmes parmi les demandeurs demploi et sur le lieu de travail;
c. à mettre en place des mécanismes de contrôle efficaces aux niveaux international et national, à garantir leur bon fonctionnement et à obtenir ladhésion de tous les acteurs du marché, notamment les associations demployeurs et les syndicats;
d. à fixer des objectifs concrets au niveau national tant pour les taux dactivité et de chômage des femmes que pour la réduction de lécart des rémunérations entre les femmes et les hommes, et à prendre les mesures nécessaires à leur réalisation;
e. à créer et à encourager la mise en uvre, au niveau national, de programmes daccès à légalité pour lutter contre les préjugés à légard des femmes aux postes à responsabilité, afin que, à mérite égal, les candidates féminines soient embauchées ou promues;
f. à initier et à soutenir des campagnes, à tous les niveaux, contre les stéréotypes défavorables aux femmes existant dans la société (répartition traditionnelle des rôles au sein de la société, de la famille et sur le lieu de travail), et à promouvoir une meilleure répartition entre les femmes et les hommes pour les tâches ménagères et la garde des personnes vivant au foyer;
g. à faciliter la conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée pour les femmes et les hommes, et à investir dans des structures de garde pour les enfants et les personnes âgées avec des horaires douverture adaptés;
h. à soutenir des projets visant à aider les femmes qui ont subi des discriminations à saisir les autorités compétentes et à veiller à ce que la charge de la preuve dans les cas de discrimination fondée sur le sexe soit reportée sur les employeurs;
ii. de mener une campagne de sensibilisation en vue déradiquer les stéréotypes et les idées préconçues défavorables aux femmes en ce qui concerne tant le coût économique de lembauche et du travail des femmes que leur rôle et leurs compétences, leur engagement personnel et leur façon de diriger sur leur lieu de travail.
1. Discussion
par lAssemblée le 27 avril 2005 (13e séance)
(voir Doc.
10484, rapport de
la commission sur légalité des chances pour les femmes et les
hommes, rapporteuse: Mme Curdová).
Texte adopté par lAssemblée le 27 avril 2005 (13e séance).