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Recommandation 1706 (2005)1
Médias et terrorisme
1. LAssemblée parlementaire du Conseil de lEurope considère que le terrorisme ne doit pas affecter la liberté dexpression et dinformation dans les médias en tant quun des fondements essentiels de toute société démocratique. Cette liberté comprend le droit du public à être informé des questions dintérêt général, notamment des actes et des menaces terroristes, et des réponses qui y sont données par lEtat et les organisations internationales.
2. Les actes terroristes sont des actes qui visent à faire naître la terreur, la peur ou le chaos dans le public. La propagation de tels sentiments dépend largement des images et des messages véhiculés par les reportages réalisés sur les actes et les menaces terroristes. Lomniprésence des médias à léchelle mondiale accentue fréquemment ces effets de manière disproportionnée.
3. LAssemblée rappelle sa Résolution 1271 (2002) et sa Recommandation 1550 (2002) sur la lutte contre le terrorisme et le respect des droits de lhomme, et réaffirme que le fait de combattre le terrorisme ne doit pas servir de prétexte à une restriction des libertés et des droits fondamentaux garantis par la Convention européenne des Droits de lHomme et par les textes juridiques du Conseil de lEurope qui en découlent. A cet égard, elle soutient les Lignes directrices sur les droits de lhomme et la lutte contre le terrorisme adoptées le 11 juillet 2002 par le Comité des Ministres.
4. En sappuyant sur la Déclaration du Comité des Ministres faite le 2 mars 2005 sur la liberté dexpression et dinformation dans les médias dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, lAssemblée insiste sur le fait que lon ne peut invoquer larticle 15 de la Convention européenne des Droits de lHomme dans les affaires de terrorisme pour restreindre cette liberté au-delà des limitations prévues à larticle 10, paragraphe 2, de la Convention, étant donné que laction terroriste ne peut ni être considérée comme relevant de la guerre au sens juridique, ni mettre en danger la vie dune nation démocratique.
5. LAssemblée juge nécessaire que le public et les médias aient conscience du fait que les terroristes, à travers leur action, sadressent au public et utilisent par conséquent les médias de manière à avoir le plus fort impact possible. Cela est dautant plus important que les terroristes ont appris à se servir des technologies de linformation dans le but de disséminer leurs propres enregistrements audiovisuels, messages électroniques ou sites web sur lInternet, ce qui oblige les Etats et les médias à réagir en conséquence.
6. Afin de respecter la vie privée et la dignité humaine des victimes dactes terroristes et de leur famille, lAssemblée souligne limportance dune information complète du public au sujet de tels actes, notamment en ce qui concerne la souffrance quils infligent et le contexte socioculturel et politique dans lequel ils sinscrivent. Un débat public approfondi, ayant pour objet des actes de terrorisme concrets, peut aboutir à lélaboration de réponses adaptées au problème et décourager des gens qui envisageraient de rejoindre un groupe terroriste.
7. LAssemblée fait confiance à la capacité de la culture et du système politique de lEurope, de même quà celle de ses citoyens, hommes et femmes politiques, et journalistes, pour éviter les reportages traitant du terrorisme de manière sensationnaliste.
8. LAssemblée invite les professionnels des médias:
i. à élaborer, dans le cadre de leurs organisations professionnelles, un code de conduite à lattention des journalistes, photographes et rédacteurs en chef travaillant sur des actes ou menaces terroristes, afin de tenir le public informé sans contribuer de manière indue à limpact du terrorisme;
ii. à mettre en place des formations destinées aux professionnels des médias, de façon à ce quils aient davantage conscience du caractère sensible des reportages sur le terrorisme;
iii. à coopérer, par lintermédiaire par exemple de leurs organisations professionnelles, pour éviter de se lancer dans une course à linformation et aux images sensationnalistes, qui revient à jouer le jeu des terroristes;
iv. à éviter de servir les intérêts des terroristes en exacerbant le sentiment de peur généralisée que peuvent créer leurs actions ou bien en leur offrant une tribune de choix;
v. à sinterdire de publier des photos choquantes ou de diffuser des images dactes terroristes qui violent la vie privée et la dignité humaine des victimes ou qui contribuent à accentuer la terreur quinspirent de tels actes au public ainsi quaux victimes et à leur famille;
vi. à ne pas aggraver, par les nouvelles et les commentaires quils rendent publics, les tensions sociales qui sous-tendent le terrorisme, et en particulier à ne pas répercuter un discours de haine, quel quil soit.
9. LAssemblée demande à tous ses membres ainsi quà ses délégations dobservateurs de tenir compte de cette recommandation dans le travail mené à léchelon national et dorganiser un débat sur la question au niveau de leurs parlements nationaux respectifs.
10. LAssemblée recommande au Comité des Ministres de demander aux Etats membres et observateurs:
i. dinformer régulièrement le public et les médias de laction du gouvernement et des stratégies adoptées pour combattre le terrorisme et ses causes;
ii. de sabstenir dinterdire ou même de restreindre indûment la diffusion dans les médias dinformations et dopinions traitant du terrorisme ou de la réaction des autorités à des actes ou menaces terroristes, sous le prétexte de lutter contre le terrorisme;
iii. dinformer, à leur demande, les médias traitant du terrorisme de la situation sécuritaire spécifique à chaque contexte, afin déviter que des journalistes enquêtant sur le terrorisme soient exposés, sans raison, aux dangers que représentent des terroristes ou une action antiterroriste menée par des autorités dEtat;
iv. dinclure dans leurs programmes scolaires des cours déducation aux médias, de manière à encourager une approche critique et approfondie de leur contenu, tout en sensibilisant suffisamment tôt les citoyens à lhorreur que constituent les actes terroristes;
v. détablir une coopération entre leurs autorités judiciaires et de police pour empêcher la diffusion par des terroristes dimages et de messages illégaux sur Internet;
vi. dappliquer aux messages à contenu terroriste le Protocole additionnel à la Convention sur la cybercriminalité, relatif à lincrimination dactes de nature raciste et xénophobe commis par le biais de systèmes informatiques, dès lors que ceux-ci préconisent ou encouragent la haine ou la violence à lencontre dune personne ou dun groupe de personnes en raison de la race, de la couleur, de lascendance ou de lorigine nationale ou ethnique, ou de la religion, dans la mesure où cette dernière sert de prétexte à lun ou lautre de ces éléments.
11. LAssemblée demande au Comité des Ministres:
i. de surveiller la façon dont est traité le terrorisme dans les médias européens, notamment à la lumière de sa Déclaration sur la liberté dexpression et dinformation dans les médias dans le contexte de la lutte contre le terrorisme;
ii. de préparer, conseillé en cela par les professionnels des médias et leurs organisations professionnelles, et en coopération avec eux ainsi quavec lUNESCO et dautres organisations travaillant dans le même domaine, un manuel à lattention des journalistes qui effectuent des reportages sur des actions terroristes et la violence;
iii. de commencer à élaborer un protocole additionnel à la Convention sur la cybercriminalité, qui fixe un cadre à la coopération en matière de sécurité entre Etats membres et observateurs en matière de lutte contre le cyberterrorisme, lequel pourrait prendre la forme dattaques à grande échelle sur et par des systèmes informatiques, et menacerait alors la sécurité nationale dun Etat, la sûreté publique ou le bien-être économique du pays.
1. Discussion
par lAssemblée le
20 juin 2005 (17e séance) (voir Doc.
10557, rapport de
la commission de la culture, de la science et de léducation,
rapporteur: M. Jarab).
Texte adopté par lAssemblée le
20 juin 2005 (17e séance).