Doc. 9301

18 décembre 2001

Aspects culturels du projet relatif au barrage d’Ilisu, Turquie

Rapport d’information1

Commission de la culture, de la science et de l’éducation

Rapporteur général pour le patrimoine culturel : Mme Vlasta Stepová, République tchèque, Groupe socialiste

1. Introduction

1.1        Le plan de construction d’un barrage à Ilisu, sur le Tigre, fait partie d’un projet de grande ampleur ayant pour but le développement socio-économique du sud-est de l’Anatolie. On envisage d’édifier un certain nombre de barrages dans cette région qui faisait partie de la Mésopotamie ancienne, mais une attention particulière a été accordée à deux d’entre eux en raison de leur impact sur le patrimoine culturel: le premier est le barrage de Birecik, sur l’Euphrate, qui a entraîné en 2000 l’inondation de Zeugma, où des mosaïques spectaculaires ont été découvertes; le second, celui d’Ilisu, sur le Tigre, met en cause de manière cruciale le site impressionnant de Hasankeyf, étape importante de la route de la soie entre le XIe et le XIIIsiècles.

1.2       Le sujet du présent rapport se limite à l’impact possible du barrage d’Ilisu sur le patrimoine culturel de la région affectée par son réservoir. Cet examen se fonde sur une mission d’étude à Ankara et dans la région du barrage, que j’ai faite au début du mois de novembre avec Christopher Grayson, chef du secrétariat de la culture, de la science et de l’éducation de l’Assemblée (annexe 2). Nous avons pu tirer parti également de contacts plus larges et de l’importante documentation générée par la controverse qui a entouré le projet (annexe 1).

 

1.3       J’aimerais adresser mes remerciements au Parlement turc, et en premier lieu à mon collègue Mehmet Sağlam, pour avoir préparé la mission d’observation, ainsi qu’à la Société de travaux hydrauliques d’Etat (Devlet Su Isleri, DSI) pour avoir facilité nos déplacements. Ma gratitude va également aux nombreux fonctionnaires et autres personnes qui ont bien voulu nous aider à recueillir des informations.

1.4       Juste au moment où nous mettions la dernière main au rapport, nous avons été informés que l’entreprise principale du consortium international établi pour construire le barrage, la société britannique Balfour Beatty, avait décidé de renoncer à sa participation. Ce changement n’affecte pas les conclusions que nous formulons ci-après. Cependant, il rend plus urgente encore la nécessité d’examiner comme elle le mérite la place du patrimoine culturel dans tout projet susceptible d’être mené à bien pour le développement socio-économique indispensable de la région.

 

2. Contexte d’ensemble

 

2.1       Le Gouvernement turc s’est rendu compte dès 1954, date du lancement de la modernisation de la région, qu’une action s’imposait pour développer le sud-est de l’Anatolie. Berceau de la civilisation, cette partie de la Mésopotamie également dénommée «croissant fertile», entre les eaux du Tigre et de l’Euphrate, est devenue à l’époque moderne un territoire retiré du monde. Les traditions culturelles locales sont principalement kurdes et la province a été, il y a peu, le centre du nationalisme kurde. La situation s’est nettement améliorée, mais la sécurité reste une préoccupation dans certaines localités (une escorte militaire nous a d’ailleurs accompagnés quand nous nous sommes rendus au village d’Ilisu).

 

2.2       Il est impossible de ne pas considérer le développement de la région comme une priorité, tant sous l’angle social et économique que comme moyen de renforcer la paix et la sécurité.

 

2.3       Ce point de vue est aujourd’hui partagé par la population locale, à tous les niveaux, depuis les gouverneurs régionaux que nous avons rencontrés (à Diyarbakir, Mardin et Batman) jusqu’aux maires (d’Ilisu et Hasankeyf). Le dilemme, pour les habitants qui se trouvent à l’emplacement de la retenue du barrage d’Ilisu, tient au fait que rien n’est entrepris tant que l’avenir du barrage est en question. Il n’y a pas eu d’investissement dans cette zone depuis 1985.

 

2.4       Sur le plan national, la région est importante pour l’ensemble de la Turquie, eu égard à ses apports potentiels dans les domaines de l’irrigation des terres et de l’énergie. Le barrage d’Ilisu permettra la construction d’une centrale hydroélectrique exclusivement consacrée à la production d’énergie (d’autres barrages ont déjà été construits en amont à des fins d’irrigation ou pour contrôler le cours du Tigre). Les spécialistes semblent d’accord pour estimer que l’énergie hydraulique est la plus satisfaisante en l’occurrence (renouvelable, plus propre que le combustible fossile turc, sans doute plus sûre que l’énergie nucléaire car les secousses sismiques sont fréquentes dans la zone, et plus économique que le gaz et le pétrole importés).

2.5       Le barrage aura également des incidences plus larges que la dimension culturelle, sur laquelle se concentre le présent rapport. Les problèmes posés par l’indemnisation relative aux terrains perdus, par le relogement des familles ou la reconstitution des communautés doivent également être pris en compte dans un projet de cette ampleur. Les missions d’enquête du parlement britannique et les rapports les concernant ont porté sur ces éléments d’ensemble (annexe 1). La question kurde a été évoquée en particulier dans le Doc. 8975 de l’Assemblée et par certaines ONG internationales (parmi lesquelles le Congrès archéologique mondial (WAC), voir également annexe 1). Il importe de noter que la commission des migrations, des réfugiés et de la démographie de l’Assemblée étudie en ce moment même ces éléments, ainsi que d’autres aspects sociaux. Une mission d’observation de cette commission, conduite par mon collègue irlandais John Connor, sur la population kurde déplacée de Turquie, a d’ailleurs eu lieu quelques jours avant notre propre visite dans la même région du sud-est de l’Anatolie.

2.6        Le sigle GAP (Guneydogu Anadolu Projesi) désigne le projet de développement socio-économique plus large de cette région. L’administration de développement régional du GAP (dont le conseil de direction est géré par le ministre d’Etat responsable du GAP) a été mise en place en 1989 pour assurer une coordination générale. L’organisation de planification d’Etat s’occupe du rétablissement et des arbitrages qui y sont liés. L’entière responsabilité des questions techniques relatives à la gestion des eaux incombe à la Société de travaux hydrauliques d’Etat (DSI), créée en 1954.

 

2.7        A l’origine, le projet d’Ilisu devait être mis en œuvre par deux consortiums et une coentreprise, à savoir, pour l’électromécanique: Sulzer Hydro (Suisse - vendue à la société autrichienne VA Tech en 1999) et ABB Alstom Power (Suisse - vendue à Alstom France en mars 2000); pour l’ingénierie et le conseil: Binnie Black et Veatch (RU) et Dolsar (TR); s’agissant des travaux publics, la coentreprise Balfour Beatty (RU, qui s’est retirée du projet en novembre 2001), Impregilo (Italie, qui s’est également retiré du projet en novembre 2001), Skanska (Suède, qui s’est retiré du projet en septembre 2000), Kiska (TR), Nurol (TR) et Tekfen (TR).

 

3. L’importance culturelle de la région

 

3.1        La zone située entre le Tigre et l’Euphrate a été l’une des vallées dans lesquelles sont apparues les premières civilisations humaines. Dénommée par les Grecs «Mésopotamie» (terre située entre les fleuves), elle a été le centre des empires assyrien et babylonien. Les cultures du Proche-Orient et d’Anatolie s’y sont rencontrées et influencées. Elle a été le lieu de passage des armées d’Alexandre le Grand, la voie de pénétration de la civilisation grecque en Orient et celle du commerce de la soie et des épices à destination de l’Europe.

 

3.2       Le patrimoine archéologique des vallées supérieures du Tigre et de l’Euphrate et de leurs affluents n’a été que peu exploré. Des recherches préliminaires ont été menées mais des études restent nécessaires dans la plupart des sites (fouilles, inventaires, publications). Au cours des dernières années, toutefois, les projets de barrage ont orienté davantage l’attention vers cette zone et cette attention, à son tour, a créé des possibilités de recherches qui sont naturellement les bienvenues.

 

3.3       En ce qui concerne la vallée de l’Euphrate, le public s’est intéressé surtout à la splendeur inattendue du site gréco-romain de Zeugma lorsque la montée des eaux de retenue du barrage de Birecik a menacé ses mosaïques. Nous ne savons pas quels autres trésors ont été perdus et nous ne pouvons les retrouver désormais. Une grande partie de la vallée supérieure du Tigre que le barrage d’Ilisu risque de faire disparaître représente, pour l’instant, un mystère aussi grand, mais explorable. Les recherches y sont restées très superficielles jusqu’ici. Toutefois, le site de Hasankeyf est déjà suffisamment connu, au niveau national et international, pour être devenu le point central de l’opposition à la construction du barrage.

3.4       L’intérêt scientifique des parties de Hasankeyf qui n’ont pas encore fait l’objet de fouilles, tout comme celui des 200 autres sites répertoriés dans la région affectée, pourrair être énorme, étant donné l’importance historique de cette région de la Mésopotamie supérieure. Le dernier rapport de la Chambre des Communes du Royaume-Uni signale un certain nombre de sites inexplorés, comme ceux de Gre Dimse ( premier vaisseau peint connu, datant du début de l’âge du fer) et Zirayet Tepe ( ville frontière de la période assyrienne) Néanmoins, la valeur réelle de ces sites ne peut encore être quantifiée.

 

3.5       On ne sait pas non plus grand-chose, et on n’a guère de documents, sur la culture traditionnelle de la population locale. Les zones d’implantation kurde remontent à des migrations en provenance de la Perse occidentale, il y a environ 2 500 ans. Il serait nécessaire de documenter le tissage des tapis (il existe apparemment un style local propre à Hasankeyf) et les traditions de la minorité arabe (présente depuis le Moyen Age). Le transfert des populations signifierait une disparition de ses savoir-faire traditionnels tout aussi irrévocable que la perte du patrimoine archéologique souterrain sous les eaux de retenue du barrage. Toutefois, des travaux sont en cours dans la région. Un archéologue faisant office de coordinateur nous a parlé d’un projet intéressant de recherche sur les origines des techniques architecturales locales de briques de terre.

 

3.6       Il n’y a pas eu de réponses claires aux questions, que nous avons posées à Ilisu et à Hasankeyf, sur le patrimoine récent que les habitants des lieux pourraient souhaiter préserver.

 

4. Importance de Hasankeyf

 

4.1       On a pu retracer l’histoire de Hasankeyf (terme qui signifie «rocher fortifié» en araméen et en arabe) jusqu’au VIIe siècle av. J.-C. Au début du Moyen Age (du IVe au VIe siècle), la ville a été l’une des communautés chrétiennes les plus anciennes du monde oriental, puis elle a été la première ville d’Anatolie affectée par l’islam (VIIIsiècle). Elle a été, en alternance avec Diyarbakir, la capitale du Sultanat Artukid (XIe-XIIe siècles). Son âge d’or s’est situé entre 1100 et 1236. Sa situation a commencé à se détériorer à partir de la fin du XVIsiècle. Le village actuel compte environ 5 000 habitants.

 

4.2       Les principaux monuments sont les piliers en ruine de l’ancien pont situé sur la route de la soie (édifié au VIIsiècle), les mosquées bâties du XII au XVsiècle dont deux seulement conservent leurs minarets et leurs mihrabs, la citadelle (porte du XIIe siècle), le mausolée de Zeyn el-Abdin (qui possède des mosaïques du XIIIe siècle), le mausolée d’Abdullah (XIVe siècle) et les habitations troglodytiques que l’on rencontre partout. La survie n’est garantie qu’à la partie supérieure de la citadelle et on peut craindre que même celle-ci ne s’effondre par la suite (voir annexe 5 – la hauteur du bassin de retenue est d’environ 500 m).

 

4.3       Toutefois, comme tout visiteur peut le confirmer, l’intérêt principal de Hasankeyf est son emplacement imposant. Nous avons visité la ville et sommes montés au sommet de la citadelle d’où nous avons pu voir le lit du Tigre en contrebas. Le site représente bien davantage que la somme de ses parties. Pourtant, comme l’a déclaré dans sa conclusion, en mai 2001, la Commission restreinte du commerce et de l’industrie du Royaume-Uni, «le barrage d’Ilisu serait la fin de Hasankeyf et la perte de ce joyau du patrimoine national turc».

 

5. Protection, archéologie et conservation

 

5.1       En 1978 Hasankeyf a été déclaré site protégé de première catégorie par la Haute Commission turque pour la préservation des entités et monuments culturels. Vingt-deux monuments ont été inscrits à l’inventaire culturel turc en 1985 (voir annexe 5). Dès lors que le ministère de la Culture a eu connaissance du projet de barrage d’Ilisu, en 1985, des fouilles archéologiques de sauvetage ont été décidées et ont commencé en 1986 à Hasankeyf sous la direction du professeur Olus Arik.

 

5.2       De 1987 à 1990, le professeur Algaze (université de Californie) a procédé au premier relevé sérieux des zones qui devaient être inondées par les barrages sur le Tigre et l’Euphrate. Plus de 200 sites ont été répertoriés dans la région d’Ilisu.

 

5.3       Toutes les opérations archéologiques ont été interrompues par des «problèmes de sécurité» de 1991 à 1998.

 

5.4       En 1998, un protocole a été signé entre le ministère turc de la Culture, la Société de travaux hydrauliques d’Etat (DSI) et l’université technique du Proche-Orient (Metu), qui se trouve à Ankara, pour lancer un projet de sauvetage du patrimoine archéologique menacé par les eaux de retenue des barrages d’Ilisu et Carchemish. Ce projet, dit projet Taçdam, est géré par un comité directeur que préside actuellement M. Numan Tuna.

 

5.5       La priorité a d’abord été donnée à des travaux archéologiques sur le site du barrage de Carchemish (qui devait être achevé le premier), mais l’attention se concentre désormais sur la région d’Ilisu. Les résultats obtenus sont impressionnants. Sous les auspices du projet Taçdam, des fouilles et des publications en turc et en anglais (367 pages) ont concerné 10 sites à Carchemish et 4 à Ilisu en 1998, et 14 à Carchemish et 9 à Ilisu (854 pages) en 1999. Des archéologues venant d’universités américaines, allemandes, italiennes, japonaises et espagnoles ont rejoint leurs collègues turcs et coopèrent avec les institutions scientifiques américaines, allemandes et françaises qui exercent des activités en Turquie.Toutefois, ces spécialistes étrangers sont relativement peu nombreux dans la zone d’Ilisu et il n’est pas facile d’obtenir les permis de fouilles délivrés par les autorités.

5.6       Un plan d’ensemble a été élaboré dans le cadre de Taçdam pour sauver les éléments archéologiques de ces sites.

5.7       Toutefois, les fouilles concernant le site de Hasankeyf proprement dit sont restées sous la responsabilité exclusive du professeur Olus Arik. Les travaux ont repris en 1998 et les fouilles de 1998 et 1999 sont résumées dans le rapport d’activités Taçdam de 1999, aux pages  797-803. Les rapports de 2000 et 2001 ne sont pas encore disponibles. Nous avons vu des murs de pierre impressionnants construits autour des sites de fouilles, mais pas d’activité, et aucun sentiment d’urgence n’était ressenti, bien que la zone doive en principe être inondée dans un délai de sept ans. Apparemment, «les fouilles ont concerné jusqu’ici moins de 5 % du site».

 

5.8       L’une des conditions fixées en décembre 1999 par le Gouvernement britannique pour que l’ECGD soutienne le projet de barrage était l’élaboration d’«un plan détaillé pour préserver dans toute la mesure du possible le patrimoine archéologique de Hasankeyf». Aucun plan d’ensemble pour le sauvetage du site de Hasankeyf ne semble avoir encore été établi. Le Prof. Olus Arik, contacté après notre mission d’observation, continue à espérer que le site ne sera pas inondé. Il prépare une publication générale sur ses fouilles, qui devrait paraître en juin 2002. Il estime qu’il faudrait environ 20 ans, au rythme actuel, pour procéder à des fouilles complètes, ou 5 ans si les travaux se poursuivent toute l’année. En sa qualité de responsable du site, il tient au respect de procédures archéologiques professionnelles.

6. Observations

 

6.1 Archéologie

 

      L’approche archéologique turque comporte une préparation appropriée et les travaux sont en général menés avec une grande compétence. Nous devons relever, cependant:

 

 

6.2 Importance relative du patrimoine

 

      Concernant l’évaluation de l’importance relative du patrimoine, les points suivants méritent d’être signalés:

 

6.3 Questions techniques relatives au barrage l’Ilisu et au patrimoine culturel

 

6.3.1       Des solutions de remplacement seraient-elles possibles pour éviter d’inonder Hasankeyf ou, du moins, réduire le niveau du bassin de retenue? Ilisu est apparemment le meilleur site disponible et le niveau ne peut être réduit, car une hauteur minimale est nécessaire à la production d’énergie requise. Nous n’avons pas encore pu vérifier ces affirmations.

 

6.3.2       Une critique sérieuse porte sur la brièveté de la durée de fonctionnement prévue du barrage du fait de son ensablement. Ce phénomène a causé de graves difficultés dans le cas du barrage d’Assouan, en Egypte. S’agissant d’Ilisu, les estimations sont de trente à quarante ans. Un autre handicap est le degré élevé de déperdition d’énergie dans le présent réseau d’électricité turc (30 %). Les fonctionnaires de la DSI que nous avons rencontrés étaient conscients de ces problèmes et de la nécessité de trouver des solutions appropriées.

 

6.4 Administration et financement

 

      Une série d’institutions responsables de la coordination du projet relatif au barrage d’Ilisu nous a été présentée, à savoir la Société des travaux hydrauliques d’Etat (DSI), le projet concernant le sud-est de l’Anatolie (GAP), le ministère de la Culture et le Comité directeur du Taçdam Metu. Il ne s’en est dégagé aucune image cohérente de coordination ou de contrôle global. En particulier, il semble ne pas y avoir de budget établi à des fins archéologiques et aucun financement n’est prévu pour la conservation et l’exposition. La Société des travaux hydrauliques d’Etat (DSI) finance elle-même ses activités présentes (de manière indépendante, selon la Metu et le professeur Arik) et a vaguement promis de débloquer les fonds nécessaires à l’avenir dès lors qu’un protocole aurait pu être adopté avec le ministère des Affaires étrangères et le consortium extérieur. D’autres crédits semblent provenir de sources étrangères ou non gouvernementales (comme le musée de Mardin), pour être attribués directement à des fouilles spécifiques.

 

6.5 Sensibilisation internationale

 

      La question du barrage d’Ilisu est désormais publique. L’intérêt pour la région a été stimulé par des émissions de télévision et des campagnes tant favorables (GAP) que défavorables (KHRP, etc.) aux projets. Le tourisme culturel commence et, tout récemment, la couverture de la prestigieuse revue d’art turc Cornucopia annonçait un article de trente-deux pages intitulé: «L’Est inconnu: voyage à la frontière arabe de l’Anatolie». La BBC et CNN ont annoncé immédiatement, parmi leurs informations principales, la décision de la société Balfour Beatty de se retirer du projet (13 novembre).

 

      Il faudrait tirer parti de cet intérêt du public tant qu’il se manifeste.

 

7. Conclusions

 

7.1       Tout bien pesé, nous parvenons à la conclusion que la construction du barrage d’Ilisu dans les conditions fixées en décembre 1999 par le Gouvernement britannique offre plus d’avantages que d’inconvénients pour les défenseurs du patrimoine culturel et archéologique.

 En effet:

 

 

7.2       Nous recommanderions, en outre,sur un plan plus technique:

 

7.3       La société Balfour Beatty ayant décidé de se retirer du consortium commercial international établi pour mettre en œuvre le projet de barrage d’Ilisu, nous recommandons de manière urgente au Gouvernement turc d’avoir les présentes observations à l’esprit dans ses futures négociations relatives au projet. Parmi les raisons du retrait qui ont été fournies, figurent les «travaux et investissements supplémentaires importants» qui seraient indispensables pour remplir les conditions fixées par les organes de crédit à l’exportation (annexe 4). Il est essentiel de ne pas signer de contrat avec des parties qui ignoreraient ces conditions et ne respecteraient pas la protection du patrimoine culturel. Dans nos contacts avec la DSI, il a été affirmé très nettement que le projet de barrage serait poursuivi.

 

7.4       Toutefois, une décision doit être prise rapidement, car l’incertitude entraîne la ruine de la région, dont le patrimoine est exposé à tous les risques.

Annexes

1.       Bibliographie

2.       Programme de la mission d’étude

3.       Conditions de crédit fixées par le Gouvernement du Royaume-Uni en décembre 1999

4.       Déclaration de la société Balfour Beatty sur son retrait du projet de barrage d’Ilisu (13 novembre 2001)

5.       Inventaire du patrimoine culturel de Hasankeyf (EIAR 3-49)

6.       Carte et photographies

Annexe 1 - Bibliographie

      EIAR (Rapport d’évaluation de l’impact environnemental sur Ilisu) et HEPP, par le Groupe d’ingénierie d’Ilisu, avril 2001.

      Résumé, 20 pages, et rapport complet (au sujet du patrimoine, voir la partie 3, pages 37-51 et les photos) – accès par le site ECGD:

http://www.ecgd.gov.uk/graphic/pubreports/ilisu.asp?sid=25&hdr=Published%20Reports.

      ETH Zurich. Etude de cas de l’Institut fédéral suisse de technologie, février 2001: http://www.rivernet.org/turquie/welcome.htm.

      Linda Grant, article intitulé «Before the deluge» (avant le déluge), dans Le Guardian du 19 février 2000.

      Icomos: Patrimoine en péril: Turquie,

www.international.icomos.org/risk/turkey_2000.htm.

      Campagne sur le barrage d’Ilisu (www.ilisu.org.uk). Analyse du patrimoine culturel de l’EIAR, septembre 2001, 22 pages.

      KHRP (Projet kurde de défense des droits de l’homme) – Rapports de missions «Une catastrophe en préparation dans le domaine des droits de l’homme» (novembre 1999) et «Si le fleuve était un stylo» (octobre 2000), www.khrp.org.

      W. Kitchen et M. Ronayne, «Evaluation de l’EIAR du barrage d’Ilisu», 7 septembre 2001.

      Prof. Dr. Numan Tuna, Activités Taçdam en 1998 et 1999.

      Chambre des communes du Royaume-Uni:

      – Débat du 15 février 2000 (voir Intervention de Macnamara, Tonge et Hewitt), stationeryoffice.co.uk/cgibin/htm_hl?DB=ukparl&STEMMER=en&WORDS=ilisu+Jomcnamara+&COULOUR=Red&STYLE=&URL=/pa/cm199900/cmhansrd/vo000215/halltext/00215h01.htmhttp://www.parliament.thestationeryoffice.co.uk/cgibin/htm_hl?DB=ukparl&STEMMER=en&WORDS=ilisu+Jomcnamara+&COULOUR=Red&STYLE=&URL=/pa/cm199900/cmhansrd/vo000215/halltext/00215h01.htm00215h01_spnew0http://www.parliament.the-stationery-office.co.uk/cgi-bin/htm_hl?DB=ukparl&STEMMER=en&WORDS=ilisu+Jomcnamara+&COULOUR=Red&STYLE=&URL=/pa/cm199900/cmhansrd/vo000215/halltext/00215h01.htm#00215h01_spnew0stationeryoffice.co.uk/cgibin/htm_hl?DB=ukparl&STEMMER=en&WORDS=ilisu+Jomcnamara+&COULOUR=Red&STYLE=&URL=/pa/cm199900/cmhansrd/vo000215/halltext/00215h01.htm;–

      – 12e rapport de la Commission restreinte du commerce et de l’industrie, 9 mai 2001, http://www.publications.parliament.uk/pa/cm200001/cmselect/cmtrdind/512/51209.htm.WAC

      WAC (Congrès archéologique mondial, correspondance du président Martin Hall, mai 2001, etc.), http://www.wac.uct.ac.za/whd/Ilsu.htm.

Annexe 2Programme de la mission d’étude de Mme štepová (1-4 novembre 2001)

Mercredi 31 octobre 2001

Soirée       Arrivée à Ankara et transfert à l’hôtel Hilton

      Entretien avec le directeur général du Hilton, Martin Voskamp

      Rencontre avec l’ambassadeur de la République tchèque, Josef Braun

Jeudi 1er novembre 2001

Matinée

      Rencontre au siège de la Société des travaux hydrauliques d’Etat (DSI) avec Dogan Yemisen, directeur général adjoint et Cansen Akkaya, chef de service adjoint

      Rencontre avec le professeur Numan Tuna, faculté d’architecture, Université technique du Proche-Orient (Metu), et président de Taçdam

      Rencontre avec Kaya Yasinok, vice-président du GAP

      Déjeuner de travail à l’Assemblée nationale avec Cevdet Akçali, Huseyin Kalkan et Mehmet Sağlam, parlementaires

Après-midi

      Rencontre, à l’Institut britannique d’archéologie, avec son directeur, Hugh Elton

      Rencontre au ministère de la Culture avec Aykut Ozet, directeur général adjoint des monuments et musées

      Entretien avec Mumtaz Turfan, directeur général du GAP

Soirée       Départ en avion d’Ankara pour Diyarbakir et transfert à l’hôtel Dedeman

Vendredi 2 novembre 2001

Matinée

      Visite de la Direction régionale de la DSI et rencontre avec Baki Mete, directeur régional, et d’autres agents

      Départ en minibus pour Mardin

      Rencontre avec Temel Koçaklar, gouverneur de Mardin

      Visite du monastère de Dayr-ül Zafaran

      Visite de Mardin

Après-midi Départ en minibus pour le village d’Ilisu

      Rencontre avec le muchtar et d’autres habitants du village

Soirée       Retour à Diyarbakir

Samedi 3 novembre 2001

Matinée

      Visite de Diyarbakir

      Rencontre avec Huseyin Nailatay, gouverneur adjoint de Diyarbakir

      Départ en minibus pour Batman

      Rencontre avec Isa Parlak, gouverneur de Batman, et déjeuner

Après-midi       Départ en minibus pour Hasankeyf

      Visite du village, de l’ancienne citadelle et des sites archéologiques en compagnie de Vahop Kusen, maire de Hasankeyf, et du préfet de la région

Soirée       Retour à Diyarbakir

Dimanche 4 novembre 2001

      Départ via Istanbul

Mme štĕpová était accompagnée de M. Christopher Grasyon, chef du secrétariat de la commission de la culture, de la science et de l’éducation de l’Assemblée et de MM. Eda Dizdar et Ahmet Ezicioglu, secrétaires de la délégation de la Turquie.

M. Belgin Dolay a exercé les fonctions d’interprète pour les rencontres des 2 et 3 novembre.

Annexe 3 – Conditions de crédits établies par le Gouvernement du Royaume-Uni en décembre 1999

Stephen Byers, Secrétaire d’Etat britannique au Commerce et à l’Industrie, a publié le 21 décembre 1999 deux rapports commandités par le gouvernement sur les questions que soulève la proposition de construction d’un barrage hydro-électrique à Ilisu, en Turquie.

En communiquant les rapports, M. Byers a déclaré:

«J’ai examiné de près les deux rapports et je suis favorable à l’attribution de crédits à l’exportation, à condition que les autorités turques acceptent de prendre en compte nos préoccupations quant à l’impact environnemental et social du projet.

Copie des rapports a été adressée aux représentants du Gouvernement turc et aux autres instances gouvernementales qui attribuent des crédits à l’exportation et envisagent de soutenir le projet. Nous étudions en détail avec elles les domaines dans lesquels des changements seraient nécessaires pour que le Gouvernement britannique puisse soutenir les crédits à l’exportation.

Ces conditions comprennent:

Annexe 4 - Déclaration publiée par la société Balfour Beatty lors de sa décision

de se retirer du projet concernant le barrage d’Ilisu (13 novembre 2001)

«Aucune perspective claire de solution des problèmes complexes qui se posent dans les domaines environnemental, commercial et social»

Le Groupe international d’ingénierie, de construction et de services Balfour Beatty annonce aujourd’hui qu’il a décidé de ne plus s’intéresser au projet d’édification du barrage d’Ilisu, en Turquie. Cette décision fait suite à une évaluation approfondie et complète des questions commerciales, environnementales et sociales soulevées par le projet. Des solutions appropriées de ces problèmes n’ayant pas encore été définies et en l’absence de probabilité d’un règlement rapide, la société Balfour Beatty estime qu’il n’est pas dans l’intérêt de ses actionnaires de maintenir sa participation au projet.

Commentant cette décision, le directeur général, Mike Welton, a fait la déclaration suivante:

«Notre détermination de procéder à un examen approfondi et professionnel du projet est demeurée constante depuis que nous avons été invités à y contribuer. Nous sommes passés par toutes les étapes appropriées pour en apprécier la viabilité et ne nous sommes en aucun cas écartés des processus professionnels adéquats.

La nécessité d’accroître la capacité de production d’énergie de la Turquie pour répondre à ses besoins, notamment en ce qui concerne le développement économique et social de la région, reste urgente. Toutefois, nous sommes manifestement parvenus au point où aucun effort ou investissement supplémentaire de la société Balfour Beatty en vue de mener à bien ce projet n’est susceptible de résoudre les questions en instance dans un délai raisonnable.»

Les questions environnementales et sociales complexes que met en jeu le projet ont donné lieu à une étude extrêmement poussée. Un rapport d’ensemble sur l’impact environnemental des travaux, financé par les entrepreneurs et qui a demandé des mois de recherches intensives, a été achevé et publié cette année. Une équipe d’experts internationaux a procédé à cette étude en observant les normes internationales les plus élevées, définies par la banque Ex-Im des Etats-Unis et l’OCDE.

Le rapport expose en détail les principales questions sociales et environnementales liées à la construction du barrage et soumet des recommandations à l’auteur de la proposition, la Direction générale turque de travaux hydrauliques d’Etat (DSI). Les recommandations fixent des références précises qui demandent des mesures importantes de la part du client et d’autres ministères et organes gouvernementaux turcs.

Les discussions commerciales entre la DSI et le consortium auquel la société Balfour Beatty était associée se sont poursuivies pendant une période considérable. Néanmoins, les parties n’ont pu se mettre d’accord sur certains éléments et nombre de questions commerciales n’ont toujours pas été résolues.

Etant donné les importantes difficultés à surmonter, notamment le respect des quatre conditions fixées par les agences de crédit à l’exportation, la société Balfour Beatty estime que la mise en œuvre du projet ne pourrait continuer qu’avec des travaux et des investissements supplémentaires importants qui impliqueraient de très longs délais. En conséquence, de concert avec son partenaire international de la coentreprise d’ingénierie civile, la société italienne Impregilo, elle a décidé de se retirer du projet.»

Annexe 5 - Inventaire culturel de Hasankeyf

Inventaire culturel du Ministère de la culture turque : source EIAR 3-49

La hauteur de l’eau du réservoir peut atteindre 500 m.

Dénomination

Catégorie

Siècle

Rive du fleuve

Altitude [m]

Hauteur [m]

Pont

Pont et route

12e

Gauche et droite

460

45

Mosquée El-Rizk

Mosquée avec minaret

13e

Droite

480

40

Edifice

?

?

Droite

   

Mosquée du sultan Soliman

Mosquée avec minaret

14e

Droite

500

40

Mosquée Koç

Mosquée

15e

Droite

502

7

Ecole religieuse

Ecole

15e

Droite

502

?

Mosquée Kizlar (aujourd’hui Mosquée Eyyubi)

Mosquée

13e

Droite

499

3

Cimetière

Cimetière

?

Droite

490

1

Zeynel Abidin Turbesi

Mausolée

13e

Gauche

470

8

Türbe

Mausolée

?

?

 

?

Imam Abdullah Türbesi

Mausolée

14e

Gauche

480

20

Edifice

Bains?

16e

Gauche

465

8

Cimetière

Cimetière

14e

Gauche

490

1

Boutiques (grottes)

 

12e

Droite

490

3

Porte n° 1 du château

Entrée du fort

12e

Droite

490

?

Porte n° 2 du château

Entrée du fort

12e

Droite

510

7

Porte n° 3 du château

Entrée du fort

12e

Droite

550

6

Petit palais

 

13e

Droite

540

15

Grottes excavées

Maisons

12e

Droite

510

3

Grand palais

Résidence royale

12e

Droite

550

5

Türbe

Mausolée

13e

Droite

500

?

Mosquée Büyük

Mosquée

avec minaret

12e

Droite

550

5

Annexe 6 – Cartes et photographies

UK House of Commons Select Committee on Trade and Industry Sixth Report (9 March 2000)

Ilisu Dam reservoir area and archaeological sites investigated in 2000 (source: METU)

 

 

Hasankeyf

 

Hasankeyf

 

Hasankeyf

 

Hasankeyf

 

Ilisu

 

Ilisu


1 Approuvé par la commission le 11 décembre 2001