Doc. 9626 Addendum II

23 janvier 2003

Coopération culturelle entre l’Europe et les pays du sud de la Méditerranée

Addendum II au Rapport

Commission de la culture, de la science et de l’éducation

Rapporteur : M. Lluís Maria de Puig, Espagne, Groupe socialiste

Lien vers le doc. 9626


Compte-rendu du Colloque sur la coopération culturelle entre l’Europe et les pays du sud de la Méditerranée

Rabat, 8 et 9 avril 2002

« La culture : points de rencontre »

–       Résumé des débats

–       Programme

–       Liste des participants

–       Contribution écrite

Résumé des débats

Séance d’ouverture

      En ouvrant la session M. de Puig, Président de la Commission et rapporteur, député, Espagne, insiste sur la nécessité que le colloque, qui est une continuation du colloque « La Méditerranée : complicité culturelle ? », organisé par la Commission à Palma de Majorque entre les 22 et 24 octobre 2000, aboutisse à des propositions d’initiatives concrètes pour la coopération dans les domaines de la culture, de la science, de l’éducation, des médias, de la jeunesse et du sport. Contrairement à l’Union Européenne, le Conseil de l’Europe compte des pays islamiques parmi ses membres. Il se déclare pour la paix et pour la création d’un Etat palestinien. Il refuse le conflit des civilisations et est convaincu de la possibilité pour la culture de jouer un rôle important dans l’apaisement des tensions.

      M. Radi, Président de la Chambre des représentants du Maroc, dans son discours de bienvenue, rappelle qu’il s’agit d’une première réunion d’une commission de l’Assemblée député du Conseil de l’Europe dans un pays du sud de la Méditerranée. Il met en évidence l’importance de la coopération culturelle au niveau des parlementaires, ainsi qu’au niveau gouvernemental et des ONG. Il souligne que la région de la Méditerranée se veut un espace de coopération et de dialogue pour la diffusion des valeurs de la paix. Il constate l’augmentation du gouffre économique entre les pays du Nord et du Sud de la Méditerranée. Les conflits les plus violents du XXème siècle y ont surgi, suite à la persistance à ignorer les résolutions internationales visant à créer un Etat palestinien. Le refus d’Israël de se retirer de tous les territoires occupés a créé des frictions. Le climat général n’est pas propice à la coopération et au dialogue entre les civilisations. Malgré cela, on travaille intensément pour appeler à la paix. La synthèse de l’Europe après la deuxième guerre mondiale pourrait servir d’exemple à une réorganisation de la région euro-méditerranéenne. Le colloque organisé par le Conseil de l’Europe à Rabat, au Maroc - havre de paix, de coopération et de tolérance - est une étape importante dans le travail de propagation des valeurs communes.

      M. Guessous, professeur à l’Université Mohamed V (Rabat) considère que tout programme de coopération culturelle doit reposer sur la réflexion « qu’est-ce qui peut être changé et dans quel ordre de priorité ». Il rappelle de nombreuses propositions qui ont été faites par le Conseil de l’Europe mais qui n’ont pas été mises en pratique. Les changements intervenus en Europe centrale et orientale y sont pour quelque chose, mais il faut aussi tenir compte des difficultés propres à la coopération culturelle, à la persistance de conceptions archaïques (colonialistes, orientalistes, fondamentalistes) pour qu’à l’avenir la coopération puisse porter des fruits.

Des secteurs stratégiques doivent être identifiés, tout en tenant compte de la situation au Nord et au Sud de la Méditerranée, notamment en ce qui concerne les migrations, la sécurité, la globalisation. Dans le cadre d’une stratégie nationale d’éducation, l’accent doit être mis sur l’enseignement des langues vivantes (avec des méthodes nouvelles), sur l’analyse comparative des systèmes d’éducation et d’orientation des jeunes, sur la généralisation d’une culture scientifique et technologique et sur le développement de l’enseignement préscolaire. Il souligne l’importance de l’éducation pour le développement démocratique de la société.

Il soutient la création d’une Université Euro-Arabe et insiste sur le besoin qu’elle ait des branches tant en Europe que dans le Maghreb. Il informe que des nombreux débats ont eu lieu dans le Maghreb sur les rôles respectifs des médias et des nouvelles technologies d’information et de communication dans la coopération culturelle, et souligne le besoin d’établir des programmes de coopération à court, moyen et long terme dans ce domaine. Les rôles des ONG et de la société civile dans la transition démocratique représentent un important potentiel qui devrait être exploité.

M. Guessous souligne l’importance de l’héritage culturel commun. Le Maroc est un point de convergence des civilisations européenne, africaine, arabo-musulmane, méditerranéenne et amazigh. La coopération culturelle doit être réciproque, multidimensionnelle et développée dans un cadre d’échange et d’égalité – et non pas d’aide. L’Université Euro-Arabe dont on préconise la création doit avoir une structure souple, avec des branches en Europe et au Maghreb, sans favoriser la création de nouvelles structures administratives lourdes. L’échange des étudiants doit être amélioré entre le Nord et le Sud. Une chaîne de télévision pourrait être créée selon le modèle de la chaîne franco-allemande ARTE. La coopération culturelle doit en effet être développée à tous les niveaux de la société, et pas seulement pour l’élite. La tenue des discussions jointes Nord–Sud sur des sujets très sensibles comme le génome humain doit être encouragée. Il regrette que certains pays comme l’Espagne ou le Portugal aient en quelque sorte tourné le dos aux pays du sud de la Méditerranée, en faveur des échanges avec les pays du nord.

Theme I :  instruments de cooperation : bilan 

M. Pokrovsky, directeur du bureau de l’Unesco au Maroc, dit que le travail de son organisation consiste à faciliter le dialogue entre les parlementaires de toutes les régions, pour faire en sorte que la mondialisation puisse être favorable à tous. Entre autres, l’Unesco a organisé, conjointement avec l’Union interparlementaire, le 2 novembre 2001, une Table ronde sur « le dialogue entre l’Unesco et le monde parlementaire » à laquelle l’Assemblée parlementaire avait participé . Le programme, conçu en 1994 par le Secrétariat de l’Unesco avec et pour les parlementaires, compte à l’heure actuelle 32 ligues des amis parlementaires de l’Unesco auprès des parlements nationaux. Deux de ces ligues sont actives au sein de la région arabe : en Jordanie et au Soudan. L’Unesco souhaite s’impliquer davantage en tant qu’instrument de coopération au service des parlementaires dans la promotion du savoir, des valeurs éthiques universelles et du pluralisme et de la diversité culturelle.

M. Ould Bah, Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO), présente le rôle de son Organisation dans la promotion du partenariat et de la coopération pour la consolidation du dialogue entre les cultures. Il passe en revue les conditions et les tendances du dialogue, les activités concrètes liées au dialogue, organisées par elle, ou auxquelles elle a pris part, et les mécanismes de partenariat et de coopération avec les instituts spécialisés. Selon l’optique de l’ISESCO, le dialogue trouve ses racines dans des fondements constants, obéit à des critères rigoureux et est fondé sur trois principes fondamentaux : le respect mutuel, l’équité et la justice, et la réprobation du fanatisme et de la haine. Aujourd’hui, l’Islam n’est plus une notion étrangère à l’Europe, l’Islam fait partie de l’Europe. En conséquence, l’ISESCO développe des action culturelles avec les communautés islamiques émigrés, afin que celles-ci puissent mieux s’intégrer dans les pays d’accueil.

Il rappelle que la ville de Rabat joue déjà un rôle remarquable dans ce domaine : le colloque sur la coopération culturelle a été précédé, en décembre 1999, par un séminaire sur le thème de l’autonomie locale et régionale en Méditerranée, organisé par le CPLRE, avec la Région de Rabat-Salé. Il sera suivi, en novembre 2002, par un colloque sur le thème de la « Méditerranée, terre de libre échange », organisé par le Comité permanent pour le partéeeriat euro-méditerranéen.

Le Centre Nord Sud, créé en 1989 et à ce jour constitué de 20 Etats membres, a orienté ses actions autour de quelques grands thèmes : le dialogue interculturel, la communication et l’information, les migrations, la jeunesse et les droits de l’homme. Le Centre devrait accueillir très prochainement le Maroc, dont la demande d’adhésion est en cours d’examn, et qui sera le premier pays du sud de la Méditerranée à y adhérer.

M. Leray, Division des Relations Extérieures, Commission, Union Européenne, mentionne les préparatifs pour la 5ème Conférence ministérielle euro-méditerrranéenne qui aura lieu fin avril à Valence. La présidence espagnole souhaite donner une nouvelle implusion au Processus de Barcelone. Les réflexions engagées par la Commission européenne portent sur l’évaluation du parteneriat euro-méditerrannéen et surtout sur la nécessité de le restructurer. Un parteneriat efficace suppose un bon équilibre entre ses acteurs et non une relation donneur-receveur. Cette approche est valable tant pour le financement que pour les conseils. La culture est un champ certainement moins facilement évaluable que d’autres domaines de coopération, mais qui gagne chaque jour en importance. La culture est le troisième volet du parteneriat euro-méditerrannéen, à côté de l’économique et du politique, et celui qui soulève encore un problème méthodologique.

M. Saglam, présente les conclusions du Forum « Civilisation et harmonie : la dimension politique » , organisé à Istanbul les 12 et 13 février 2002, par l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et l’Union européenne. Au Forum ont participé 46 des 61 Etats membres ou observateurs de l’OCI et tous les 28 Etats membres et candidats à l’Union européenne. La participation a dépassé les 600 personnes, auxquelles se sont ajoutés plus de 700 journalistes. Les participants se sont mis d’accord sur le fait que l’ignorance est l’ennemi tant des chrétiens que des musulmans. Elle est à la base des incompréhensions qui mènent à la guerre. Les guerres se passent à l’intérieur des civilisations et pas entre elles. Rien ne peut justifier le terrorisme. La culture et l’éducation ont un rôle capital à jouer pour changer la situation. Ce Forum a donné l’espoir que les problèmes largement exacerbés après le 11 septembre 2001 peuvent être étudiés d’une manière calme et rationnelle.

Theme II :  coopération et dialogue sur les valeurs, l’identité, la religion, la pensée et la vision de l’individu et de la société 

M. Walter observe que l’immigration vers le Nord signifie également un exode de cerveaux pour le Sud. Ce sont souvent les mieux qualifiés qui quittent leurs pays d’origine pour des raisons économiques. Ils se présentent parfois comme demandeurs d’asile politique dans les pays du nord.

Mme Isohookana-Asunmaa, député, Finlande, considère que le respect de l’identité culturelle pour les immigrants doit connaître certaines limites dans les pays d’accueil. Elle évoque l’exemple d’une fille de 26 ans tuée par son père émigré en Suède qui a exercé son droit au nom de sa culture propre.

M. Sassi informe sur les efforts de la Tunisie pour convaincre l’Union européenne de reprendre le projet de création d’une institution financière euro-maghrebine de vant contribuer à l’intégration économique du Maghreb et au développement des partenariats économiques euro-maghrebin et euro-méditerranéen. Il propose la création d’un Observatoire méditerranéen de la culture et de la paix et demande au Conseil de l’Europe de peser de tout son poids pour que l’ouverture de l’Europe vers l’est (et notamment l’élargissement de l’Union Européenne) ne se fasse pas au détriment des pays du sud.

M. Ould Bah juge le projet de l’uiniversité euro-arabe important, mais considère que l’ensemble de la coopération interculturelle doit également susciter d’autres initiatives. Les mécanismes qui sont déjà en place doivent être activés. Il propose d’encourager la coopération entre la Commission de la culture, de la science et de l’éducation et l’ISESCO. Il pense que les communautés islamiques des pays du nord doivent être considérées non pas comme des foyers de tensions, mais comme des ponts entre les cultures. Il faut aussi établir des filières de communication entre l’élite scientifique et culturelle ayant quitté les pays du sud et le reste de la communauté maghrebine immigrée au Nord.

M. Moya souligne la différence nécessaire entre « intégration » et « assimilation ». Il constate qu’en France, ou les immigrés de deuxième et de troisième génération sont nombreux, les choses se passent plutôt mal et d’autres pays, comme l’Espagne, doivent en tirer le conséquences. Il n’existe pas encore de modèle vérifié efficace dans ce domaine.

Theme III : coopération dans les domaines de l’éducation et de la science : de l’enseignement primaire et secondaire à l’université et à la recherche scientifique. histoire, archéologie, langues, mobilité des enseignants et des étudiants 

(a) Education

(b) Médias

Depuis le début du Processus de Barcelone, en 1985, plusieurs rencontres internationales ont été organisées sur le thème des médias et plusieurs initiatives ont été prises. Des cours de formation pour journalistes ont eu lieu et des programmes d’échanges pour professionnels ont été mis en place. Une chaîne de télévision arabe sur le modèle d’Euronews a été proposée, mais les modalités de son financement ne sont pas encore décidées. Les parlementaires doivent encourager les échanges d’information entre l’Europe et le sud de la Méditerranée sur l’utilisation des nouvelles technologies de communication et d’information et sur les normes de qualité et de sûreté. La fuite des cerveaux doit être stopée et inversée par des moyens législaltifs et autres. Dans la plupart des chaînes de télévision il n’y a plus de place pour les idées ni pour la culture. Il élève sa voix contre la présentation superficielle, voire tendancieuse, du monde musulman par les médias d’Europe, en particulier par certaines télévisions.

Mme Ben Atia présente la situation de l’éducation en Tunisie et souligne l’ouverture du pays pour la coopération culturelle euro-méditerranéenne. Elle pense qu’il est important d’utiliser les intellectuels arabes, surtout ceux formés au sud de la Médditerranée. Quant à la fracture numérique, elle propose que la Commission européenne fasse des efforts pour la combler, en fournissant des équipements informatiques aux écoles et aux universités du Sud de la Méditerranée.

Theme IV :  cooperation dans les domaines de la culture et de la creativite : le patrimoine culturel de l’architecture a la litterature, musees, tourisme, gastronomie 

SEANCE DE CLOTURE

Programme

Lundi 8 avril

11:30 – 13:00       Session d’ouverture

13:00       Déjeuner offert par la Chambre des Représentants au Parlement

 

15:00 – 16:30       Thème I : « Instruments de coopération : bilan»

17:00 - 18:30       Thème II: « Coopération et dialogue sur les valeurs, l’identité, la religion, la pensée et la vision de l’individu et de la société »

 20:30       Dîner offert part M. Abdelwahad Radi, Président de la Chambre des représentants du Maroc à Dar Mrini

Mardi 9 avril

 

09:30 – 11:00       Thème III: : « Coopération dans les domaines de l’éducation et de la science: de l’enseignement primaire et secondaire à l’université et à la recherche scientifique. Histoire, archéologie, langues, mobilité des enseignants et des étudiants »

11:30 – 13:00       Thème III : (continuation) plus centré sur les médias, formation des journalistes, échanges, etc. 

13:00       Déjeuner offert par M. Mohamed Bouzouba, Ministre des Relations avec le Parlement

15:00 – 16:30       Thème IV « Coopération dans les domaines de la culture et de la créativité : le patrimoine culturel de l’architecture à la littérature, musées, tourisme, gastronomie »

17:00 – 18:30       Session de clôture

Conférence de presse

Liste des participants

1.       Parlementaires 

 

Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe – Commission de la culture, de la science et de l’éducation

 

MM.       Lluis Maria de Puig       (Président)       Espagne

Baronne Gloria Hooper       (Vice-Présidente)       Royaume-Uni

MM.       Ghiorghi Prisácaru       (Vice-Président)       Roumanie

 

Mme       Cristina Agudo       Espagne

MM.       Emerenzio Barbieri       Italie

Mme       Tytti Isohookana-Asunmaa       Finlande

M       Hüseyin Kalkan       Turquie

Mme       Eleonora Katseli       Grèce

MM       Rory Kiely       Irlande

Mme       Christine Lucyga       Allemagne

Mme       Lili Nabholz-Haidegger       Suisse

Mr       Edward O’Hara       Royaume-Uni

Mme       Patrizia Paoletti Tangheroni       Italie

MM.       Bogdan Podgórski       Pologne

Mme       Johanna Schicker       Autriche

Mme       Vlasta Stepová       République tchèque

MM.       Robert Walter       Royaume-Uni

 

Chambre des Représentants du Maroc

MM.       Abdelwahad Radi, Président de la Chambre des Représentants

Hamid Said, Membre du Bureau de la Chambre des Représentants

Moulay Omar Essoussi Sbai, Membre du Bureau de la Chambre des Représentants

Rachid Medouare, Membre du Bureau de la Chambre des Représentants

Zahoud Abd Elkbir, Député

Taher Chakir, Député

Khalla Essaidi, Député

Mohamed Larbi, Député

Bouaza Lemrani, Député

Ayachi Masoudi, Député

Haj Naanani, Député

Mohamed Oulbaze, Député

Parlement de la Tunisie

M. Kamal Haj Sassi

Mme        Salwa Tarzi Ben Atia

 

2. Experts

 

MM       Moreno Bucci, membre de la commission de la culture et de l’éducation du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l’Europe du Conseil de l’Europe

       Abdelkébir Khatibi, Directeur de l’Institut universitaire de la Recherche Scientifique, Rabat

       André Kirchberger, ancien Chef de Division à la Commission de l’Union Européenne

       Mohamed Larbi Messari, ancien Ministre de la Communication du Maroc.

       Pedro Moya, Directeur des politiques migratoires en Andalousie, Madrid

Mme       Judit Neurink, journaliste, Trouw, Amsterdam

M.        Alexis Pokrovsky, Directeur du Bureau de l’Unesco au Maroc

Dr       Ahmed Said Ould Bah, Organisation Islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture (ISESCO), Rabat

Dr        Ronald Sultana, Director, Programme d’études euro-méditerrannéennes comparées, Faculté d’enseignement, Université de Malte

 

3. Autres participants

 

– Gouvernement du Maroc

MM.       Mohamed Achaari, Ministre de la culture et de la communication

Abdellah Saaf, Ministre de l’Education nationale

 

MM.       Murat Ersavci, Ambassadeur de Turquie

Mme       Holli Semetko, Media and Public opinion research

Mme       Lenka Výletová, Czech Republic

4. Secrétariats 

Chambre des Représentants du Maroc

 

M.        Najib El Khadi

Conseiller au Cabinet du Président de la Chambre des Représentants

Tel.: +212 37 76 12 14 – Fax +212 37 76 77 26 –

e-mai: Elkhadi@majliss-annouwab.ma

 

Mlle        Hafida Idbelhaj - Tel.: +212 61 63 02 71

 

MM        Said Satraoui – Tel.: +212 63 66 85 98

Fax +212 37 76 77 26 – e-mai: Elkhadi@majliss-annouwab.ma

 

       Intissar Loukili Hassani, Relations extérieures

       Najib Aoulad Embarek, Relations extérieures

       Raji Sifeddine, Relations extérieures

       Jamal Snoussi, Service du matériel

Mlle        Bouchra Assoudi, Secrétariat des vice-présidents

 

Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

MM        Christopher Grayson, Chef du Secrétariat pour la culture, la science et l’éducation

       João Ary, Secrétaire de la commission de la culture, de la science et de l’éducation

tél . : + 33 3 88 41 21 12 ; e-mail : joao.ary@coe.int

 

 

Mme       Anne-Marie Nothis, Assistante administrative

tél : +33 3 88 41 30 81 ; Fax : +33 3 88 41 27 97 ; e-mail anne-marie.nothis@coe.int

contribution ecrite

Rôle de l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture – ISESCO – dans la promotion du partenariat et de la coopération pour la consolidation du dialogue entre les cultures

Memorandum

présenté par Dr Ahmed Said Ould Bah

Introduction

L'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture a très tôt focalisé son intérêt autour de la question du dialogue des cultures et des civilisations, convaincue qu'elle est que le dialogue des civilisations est le moyen le plus adéquat pour instaurer la coexistence entre les peuples, dissiper les causes des malentendus et la distorsion de l'image de leurs cultures et civilisations. De fait, l'Organisation avait à jouer un rôle dans ce sens. Un rôle qui lui est dicté par sa vocation et sa mission et qui a consisté à concevoir une notion globale et réfléchie du dialogue dans ses différentes dimensions, que ce soit le dialogue des civilisations ou le dialogue des cultures ou le dialogue des religions.

Selon l'optique de l’ISESCO, le dialogue trouve ses racines dans des fondements constants, obéit à des critères rigoureux et est fondé sur trois principes fondamentaux, à savoir, le respect mutuel, l'équité et la justice et la réprobation du fanatisme et de la haine.

PREMIEREMENT : Conditions et tendances du dialogue

Compte tenu de la conception que l’ISESCO se fait du dialogue, et de la notion civilisationnelle du dialogue que l'Organisation a contribué à consacrer, le dialogue qui va de pair avec les nobles objectifs humains d'ordre général et qui peut susciter l'intérêt du Monde islamique, doit indubitablement suivre les conditions suivantes:

A. Les objectifs du dialogue doivent être étroitement liés aux intérêts suprêmes de la Oumma islamique, dans le sens où aucune antinomie ne doit exister entre, d'une part, les objectifs tracés pour le dialogue entre les civilisations et les cultures auquel prend part le Monde islamique et, d'autre part, les questions fondamentales constituant l'expression de la volonté de la Oumma islamique et traduites par les résolutions de l'Organisation de la Conférence islamique, qu'il s'agisse de celles prises au niveau du sommet ou à l'échelle ministérielle.

B. Le dialogue doit revêtir une dimension humaine et non pas se focaliser autour des questions d'ordre intellectuel et confessionnel qui ne peuvent servir les intérêts d'aucune des parties. Cela revient à se fixer, sur la base d'une foi inébranlable, une position vis-à-vis des droits humains et de la lutte contre l'oppression, la répression, la sujétion, et la perversion sous toutes ses formes et à rendre des communiqués communs à l'issue de chaque session de dialogue. Ces communiqués doivent refléter les prises de position des hommes de foi vis-à-vis des violations perpétrées contre les droits humains dans le monde entier et des actes commis par les forces à tendance tyrannique, oppressive et perverse. Ces positions doivent être fondées sur les principes de droit et d'équité et les valeurs religieuses communes, et non seulement perçues sous un angle politique et de droit positif et dans le seul souci de préserver les intérêts des forces hégémonistes dans le monde.

C. Un impératif catégorique doit prévaloir, celui de réaliser une coordination entre les différentes composantes du monde islamique en ce qui concerne le dialogue entre les civilisations et les cultures, dans le sens où il incombe à l'autorité islamique officielle ou représentative qui conduit le dialogue de veiller à ce que les autres parties ou du moins les plus importantes, les plus actives et celles dont la présence est affirmée dans l'action islamique scientifique, intellectuelle et culturelle,

soient tenues informées de l'objet, du moment et des objectifs du dialogue ainsi que de l'autorité qui en assure la coordination, et ce en vue de permettre à ceux qui en expriment la volonté et la prédisposition à y adhérer et à y prendre part.

Si le dialogue entre les civilisations vient à suivre ces tendances, les résultats positifs, qui ne manqueront pas de s'ensuivre consolideraient et enrichiraient les relations internationales, contribueraient à instaurer la paix, la sécurité et la stabilité dans le monde et consacreraient davantage la foi en Dieu Tout-Puissant et les principes prônant la coexistence entre tous les êtres humains.

DEUXIEMEMENT       : Activités liées au dialogue, exécutées par l’ISESCO ou auxquelles l’Organisation a pris part

L'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture a mis en oeuvre plusieurs activités dans le cadre de ses plans et programmes de coopération menés avec les organisations et instances arabes, islamiques et internationales. Ces activités ont consisté à tenir des réunions et des colloques, à élaborer plusieurs stratégies spécifiques au dialogue inter-islamique, à promouvoir le rôle des musulmans dans l'édification de la culture humaine et à publier des ouvrages scientifiques de valeur traitant du dialogue. L'ISESCO a également pris part à plusieurs conférences et colloques spécialisés tenus avec d'autres parties et a éminemment participé à l'Année des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations, laquelle participation a recueilli des échos favorables dans les forums internationaux.

1 - Conférences, colloques et réunions :

Les conférences, réunions et colloques les plus importants ayant eu pour objet la question du dialogue entre les civilisations et les cultures tenus à l'intérieur et en dehors du monde islamique organisés par l'Organisation ou auxquels celle-ci a participé (ou participera) au cours de l'année 2002, sont les suivantes :

- 8ème Conférence générale du conseil supérieur des affaires islamiques, Le Caire (Egypte) : 24-27 juillet 1996, à laquelle a pris part le Directeur Général. Il y a présenté une étude sur "L'Islam et l'avenir du dialogue civilisationnel" qui a été publiée dans un ouvrage dans les trois langues : l'arabe, le français et l'anglais.

- Réunion internationale sur le dialogue des religions et des civilisations : le Caire (Egypte) : 810 novembre 1998, tenue à l'initiative du Conseil supérieur islamique pour l'appel et le secours.

- Réunion du comité de coordination sur le dialogue islamo-chrétien, Amman, (Jordanie) : 22-23 avril 1998.

- 10ème Conférence générale du conseil supérieur des affaires islamiques, le Caire (Egypte) : 2-5 juillet 1998, à laquelle a pris part le Directeur général. Il y a présenté une étude sur "L'Islam et la coexistence des religions à l'aube du 2lème siècle", qui a été publiée dans un ouvrage dans les trois langues : l'arabe, le français et l'anglais.

- Réunion du comité de rédaction des deux documents internationaux sur le dialogue des civilisations, Jeddah (Arabie saoudite) : 5-7 février 2000, tenue au siège du secrétariat général de l'Organisation de la Conférence Islamique.

- Colloque international sur le dialogue et la coexistence entre les civilisations et les cultures, Berlin (Allemagne) : 5 juillet 2000, tenu en collaboration entre l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture, la Ligue du Monde islamique et la Fondation Caritative AI-Imam AI-Khoei.

- Colloque international sur l'apport des civilisations humaines dans la promotion des valeurs et principes des droits humains, Rabat : 25-27 novembre 2000, tenue par Amnesty international.

- Colloque international sur le dialogue des civilisations dans un monde en mutation, Rabat (Maroc) : 10-12 juillet 2001, tenu par l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture sous le haut patronage du souverain marocain Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

- Colloque international sur le dialogue des civilisations, Kyoto-Tokyo (Japon) : 3-6 août 2001, tenu par l'Université des Nations Unies et l'UNESCO et auquel a pris part le Directeur de l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture. Il y a présenté une étude sur « Les aspects politiques du dialogue entre les civilisations selon l'optique de l'Islam »

- Colloque international sur le dialogue des civilisations entre théorie et pratique, Tunis : 12-13 novembre 2001, tenu par l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture sous le haut patronage de Son Excellence le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali.

- Colloque international sur l'image du monde islamique dans les médias occidentaux entre partialité et impartialité, Rabat : 9-10 janvier 2002, tenu par l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohamed VI.

- Publication du Livre blanc sur le Dialogue entre les Civilisations, l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture a publié le Livre blanc en coopération avec l'Organisation de la Conférence islamique, à l'occasion de la déclaration de l'année 2001 année des Nations Unies pour le Dialogue des Civilisations. Ce livre blanc contient toutes les résolutions, recommandations, communiqués, déclarations et programmes exécutoires issus des Organisations internationales ou islamiques au sujet du dialogue des civilisations.

- Colloque international sur le Dialogue entre les Civilisations pour la coexistence: il sera tenu par l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture à Damas, dans la période du 18 au 20 mai 2002, sous le haut patronage de Son Excellence le Président syrien le Dr. Bachar AI-Assad.

- Colloque international sur l'Occident et l'Islam dans les médias, il sera tenu par l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture à Londres, dans la période du 20 au 21 juin 2002.

- Colloque international sur le Dialogue entre les Cultures: il sera tenu par l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture en Allemagne, dans la période du 27 au 29 juin 2002.

- Colloque international sur le Dialogue entre les Cultures, il sera tenu par l'Organisation islamique pour l'Education, les Sciences et la Culture à Singapour, au mois d'octobre 2002.

2. Stratégies spécialisées et publications académiques

A ce sujet, l'Organisation a mis au point trois stratégies portant sur le dialogue inter-islamique, les voies de rapprochement entre les madhahib islamiques et le rôle qui incombe aux musulmans en vue de corriger l'image de l'islam en Occident. Elle a également élaboré une stratégie visant à profiter des cerveaux immigrés et à promouvoir la contribution de ces compétences dans la réduction du fossé culturel et scientifique entre les civilisations.

L'on cite parmi ces stratégies et publications :

- Stratégie de rapprochement entre les madhahib islamiques;

- Stratégie de mise à profit des cerveaux immigrés ;

- Stratégie de l'action culturelle islamique en Occident et mécanismes d'exécution.

Publications de l'ISESCO sur le dialogue:

- Dialogue et interaction culturelle selon l'optique islamique (Dr Abdulaziz Othman Altwaijri). Cette étude a été publiée en trois éditions dans les trois langues : l'arabe, le français et l'anglais.

- L'Islam et la coexistence entre les religions (Dr Abdulaziz Othman Altwaijri). Cette étude a été publiée en trois éditions dans les trois langues : l'arabe, l'anglais et le français.

- Perspectives du dialogue entre les Musulmans et l'Occident (Dr Abdulaziz Othman Altwaijri). Cette étude a été publiée en trois éditions et dans les trois langues : l'arabe, l'anglais et le français.

- Le dialogue selon l'optique islamique (Dr Abbas El Jirari). L'ouvrage a été publié en trois éditions et dans les trois langues : l'arabe, le français et l'anglais.

- L'éthique de la différence en islam (actes du colloque tenu par l'Organisation islamique en Tunisie, en collaboration avec l'Université Ezeituna). L'ouvrage est d'expression arabe.

- L'islam entre vérité et contrevérité : réactions aux principales fausses allégations invoquées contre l'Islam (un groupe de chercheurs). Cet ouvrage a été publié en trois éditions et dans les trois langues : l'arabe, le français et l'anglais.

- La notion de coexistence en islam (Dr Abbas El Jirari), ouvrage publié en une seule édition dans les trois langues : l'arabe l'anglais et le français.

- Trois ouvrages en arabe, français et anglais visant la rectification des fausses interprétations et des erreurs concernant l'Islam contenues dans l'Encyclopédie islamique publiée par la maison d'édition Brill, à Leiden, en Hollande sur:

a- Le Saint Coran;

b- La biographie du prophète

c- La foi islamique.

3. Programmes futurs :

Sur la base de la Charte de l'Organisation islamique qui appelle à la consolidation du dialogue fructueux avec les autres cultures à l'effet d'asseoir une coexistence civilisationnelle qui, elle, garantit le respect des spécificités culturelles de tous les peuples, et compte tenu du Plan à moyen terme pour les années 2001-2009, qui accorde un intérêt particulier aux programmes relatifs au dialogue et à l'interaction entre la culture islamique et les autres cultures, l'Organisation islamique a consacré à ce volet dans son Plan d'action triennal pour les années 2001-2003 un champ d'action complet qu'elle a intitulé : "La culture islamique active et interactive" et qu'elle a conçu dans le cadre d'une vision globale qui s'articule autour des fondements, mécanismes et objectifs du dialogue.

En outre, ce champ d'action s'est attaché à faire ressortir les caractéristiques majeures qui ont fait de la culture islamique, à travers les âges, une culture éminente qui se démarque par son interaction et son ouverture sur les autres cultures, ainsi que son esprit favorable aux échanges culturels. En effet, la culture islamique a toujours su évoluer en symbiose avec les autres cultures et tirer le meilleur parti des différentes cultures de l'humanité, sans pour autant sacrifier les valeurs qui lui sont inhérentes et ses composantes fondamentales. En retour, elle a acquis une dimension active à forte charge humanitaire et a pu, de fait, marquer de son empreinte les autres cultures et civilisations. Il n'en demeure pas moins que cette même culture a été victime de crises et de déficiences dont l'ampleur variaient suivant les époques et les zones géographiques. Elle devait en outre, faire face à des défis majeures dont essentiellement l'expansion coloniale qui n'a pas hésité à user de tous les moyens pour faire ombre au rayonnement de la culture islamique et oblitérer l'identité islamique. En revanche, le Monde islamique a aussitôt su recouvrer graduellement son leadership à la faveur des mouvements de libération et de réformes qui ont oeuvré à l'affranchissement des sociétés islamiques du joug de l'occidentalisation et de l'obscurantisme. Ainsi, la culture islamique a-t-elle pu connaître de nouveau la renaissance et retrouver sa juste voie balisée par les préceptes de l'Islam qui

s'opposent à l'affrontement et appellent à l'engagement sur la voie de la coopération, de la coexistence et du dialogue et où l'islam est perçu sous son vrai visage, celui d'une religion qui s'adresse à l'humanité entière, en conformité avec le message divin : "Et Nous ne t'avons envoyé qu'en tant que messager pour tous les êtres humains" (Sourate Sabae, verset 28).

Par ailleurs, n'y a-t-il pas lieu de rappeler que la Stratégie culturelle du Monde islamique a bien insisté sur le fait que nulle culture ne peut, à l'époque actuelle, évoluer isolément de l'environnement mondial sachant bien que la diversité culturelle et l'interdépendance entre les cultures sont devenues une réalité incontestable. A cela s'ajoute le fait que les recommandations contenues dans cette même Stratégie appellent le Monde islamique à la nécessité de battre en brèche les discordes entre les madahibs et de veiller à ce que ces discordes ne l'emportent sur la volonté d'agir dans le cadre de la coopération et de promouvoir l'action commune, alors même que les fondements et les constantes font l'objet d'un accord explicite et immuable de toutes les parties. La Stratégie a également tenu à affirmer que l'essence même de la religion islamique consiste à consacrer l'esprit d'ouverture conduisant à la coexistence pacifique avec les autres religions et cultures, laquelle ouverture conjuguée à la prédisposition au dialogue n'ont jamais manqué, à travers les âges, d'avoir des incidences positives sur le culture islamique. D'autre part, la culture islamique a toujours su reconnaître les mérites de nombreuses civilisations humaines et cultures qui lui ont servi de sources d'inspiration. Pour toutes ces considérations, l'Organisation islamique est déterminée a poursuivre son action en matière du dialogue culturel entre les musulmans, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du monde islamique. Cette action sera couronnée par la mise sur pied d'une stratégie visant le rapprochement entre les madhahib, la consolidation de la culture islamique des minorités et communautés islamiques, - dans le cadre d'une stratégie qui s'articule autour de l'action culturelle islamique en Occident élaborée par l'organisation islamique - ainsi que le développement du dialogue entre la culture islamique et les autres cultures. A cet égard, l'Organisation a déjà amorcé la mise en application de sa conception du dialogue à travers la mise au point d'études de référence et leur diffusion sur Internet dans ses langues de travail.

Par ailleurs, le thème du dialogue entre les civilisations s'articule autour de deux axes majeurs. Le premier est celui relatif à l'interaction entre les cultures, les mécanismes de communication entre la culture islamique et les autres cultures et les défis d'ordre culturel à relever par le monde islamique. Le second est celui qui s'articule essentiellement autour des domaines d'échange culturel entre les musulmans, les moyens de renforcement et de développement de cet échange, notamment l'encouragement des échanges concernant les produits culturels entre les musulmans, la propagation des différentes oeuvres intellectuelles au niveau de la Oumma, la promotion du rôle des minorités islamiques à l'étranger et des cerveaux expatriés dans le but de redresser l'image de l'Islam ainsi que le transfert du savoir scientifique et technologique au Monde islamique.

Axe premier : L'interaction des cultures :

Le dialogue entre la culture islamique et les autres cultures fait l'objet d'un programme récurrent dans tous les Plans d'action de l'Organisation. En effet, l'Organisation concentre ses efforts sur les études et publications ayant pour objet la rectification des erreurs fréquemment colportées sur l'islam et les musulmans et qui sont contenues dans les ouvrages publiés en Occident ainsi que sur le dialogue des cultures selon l'optique islamique et sur l'orientalisme en général. Dans le même ordre d'idée, l'Organisation a veillé à tenir des tables rondes en Europe à l'effet de sensibiliser les responsables en occident aux valeurs de l'islam et de mettre en valeur l'image rayonnante de cette religion, en partant du principe qui veut que l'islam soit une religion prônant le dialogue et la coexistence pacifique entre les peuples et en adéquation avec la parole du Tout Puissant : « Appelle les hommes dans le chemin de ton Seigneur, par la sagesse et une belle exhortation, discute avec eux de la meilleure manière. Oui, ton Seigneur connaît parfaitement celui qui s’égare hors de son chemin, comme il connaît ceux qui sont bien dirigés » (Les abeilles, verset 124) ou encore : « Dieu ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas expulsés de vos maison ; Dieu aime ceux qui sont équitables » (L'Epreuve, verset 7).

Ainsi, l'Organisation s'attachera-t-elle à consentir davantage d'efforts dans le cadre de cet axe en vue d'initier les enfants et les jeunes à la culture du dialogue et d'étendre le champ de la culture islamique pour inclure les défis contemporains d'ordre culturel, la fin ultime étant de contribuer à endiguer les incidences négatives de la mondialisation culturelle et de promouvoir la qualification des ressources humaines oeuvrant dans le domaine des études liées aux stratégies culturelles.

1) Le dialogue entre la culture islamique et les autres cultures

A l'occasion de ses précédents Plans d'action, l'Organisation a consacré au dialogue plusieurs rencontres tenues dans le cadre d'actions de coopération. On en cite à titre particulier le colloque sur le dialogue et la coexistence entre les cultures et les civilisations qui s'est tenu au mois de juillet 2000 à Berlin en Allemagne. Sur ce même thème, plusieurs publications ont vu le jour et se sont attachées à examiner les moyens à même de favoriser le dialogue entre les civilisations et les religions. Dans le même ordre d'idée, le Plan d'action en cours pour les années 2001-2003 est axé sur le développement du dialogue entre la culture islamique et les autres cultures, et s'est attaché à mettre l'accent sur la complémentarité et la solidarité, ces deux éléments que l'on ne peut contourner si l'on veut faire face aux défis communs que pose la mondialisation. Les rencontres qui seront tenues à cet effet ouvriront la voie devant les représentants de la Oumma islamique pour mettre en valeur l'apport de l'islam en tant que civilisation prônant la tolérance, la paix et la coexistence pacifique. Cela revient à dire que le programme exigera un partenariat efficient entre les instances relevant des organisations des Nations Unies et de l'Organisation de la Conférence islamique ainsi qu'entre les organisations internationales actives dans le domaine de la culture. Les compétences des ressources humaines se trouveront renforcées et permettront de garantir que les générations futures soient initiées aux valeurs de dialogue entre les cultures. Cette action sera menée en coopération avec l’UNESCO et les instances relevant de l'organisation de la Conférence islamique.

2) La culture islamique et les défis culturels :

Avant de procéder à l'exécution de ce programme, il est impératif d'appréhender tout d'abord la nature et les dimensions des défis culturels contemporains, en vue d'éviter la déperdition des énergies dans le traitement de problèmes culturels secondaires. Cette étape revêt une importance capitale, notamment si l'on relève qu'il s'agit de défis communs auxquels se trouvent confrontés tous les Etats islamiques et qui exigent un effort de concertation et de coordination. En conséquence, la nature des défis à relever et leur ordre de priorité feront l'objet de concertation à mener dans le cadre de partenariat avec les instances relevant de l'Organisation de la conférence islamique et autres établissements et instances, et à travers des rencontres organisées à l'échelle régionale dans les trois zones géographiques linguistiques. Les recommandations formulées à l'issue de ces rencontres seront adressées aux Etats membres à l'effet de les prendre en considération dans leurs politiques culturelles respectives. Et compte tenu de l'importance de l'élément humain dans la planification culturelle et de son rôle incontournable en matière d'études prospectives, l'Organisation islamique tiendra des stages de formation destinés à la qualification des ressources humaines oeuvrant dans ce domaine.

Axe deuxième : L'échange culturel entre musulmans :

Depuis l'apparition des premières lueurs de l'islam, l'échange culturel entre musulmans a connu un dynamisme incessant, bien que les rapports de force entre les parties n'aient pas été toujours équilibrés comme on le note assez souvent. Convaincue que cet équilibre représente un impératif catégorique, et considérant qu'aucune partie ne peut prétendre à la Prééminence par rapport à l'autre dans ce domaine, en particulier lorsqu'il s'agit de rapports d'échange entre composantes d'une même culture, tel le cas de l'Islam, l’Organisation islamique a consacré, à l'occasion de ses Plans d'action précédents, plusieurs activités à l'échange culturel entre musulmans ainsi qu'à l'éthique de la différence en islam. Elle a également placé au centre de ses intérêts le rapprochement entre les madhahib qui a constitué l'objet d'une stratégie de rapprochement ainsi que la réhabilitation des langues des populations islamiques à travers la publication de lexiques de langues africaines telles que le Fulani, le Swahli ou autres. D'autres activités ont été organisées par l'ISESCO au profit des minorités islamiques en Europe. A cet égard, il convient de souligner qu'il a été procédé à la mise au point d'une Stratégie relative à l'action culturelle islamique en occident qui a été adoptée en Croatie en 1998, en sus de la stratégie visant à profiter des cerveaux expatriés.

Par ailleurs, l'Organisation est foncièrement consciente de la nécessité d’œuvrer continûment au renforcement de l'unité et de la complémentarité entre les musulmans, à l'intérieur comme à l'extérieur des pays islamiques. Elle veille sans cesse au développement du dialogue culturel entre les musulmans, à la promotion des échanges culturels entre les pays islamiques et à la mise à profit des cerveaux expatriés. Dans cette perspective, l’ISESCO procédera à la mise en oeuvre de programmes ayant trait au "dialogue culturel entre les musulmans", au "renforcement de la culture islamique des minorités et communautés islamiques", à "la promotion de l'échange portant sur les produits de la culture islamique", à "la mise en oeuvre de la Stratégie de mise à profit des cerveaux expatriés". L'exécution de ces programmes doit entrer dans le cadre d'une action de coopération à mener conjointement avec les instances relevant de l'Organisation de la Conférence Islamique et autres établissements islamiques et centres culturels des communautés islamiques.

1) Le dialogue culturel entre les musulmans :

Le dialogue culturel est la plus ancienne forme d'échange culturel entre les musulmans. Et en vue de promouvoir cet échange, l'ISESCO se penchera, à l'occasion des rencontres internationales et régionales, sur l'évaluation des dimensions tant culturelle qu'intellectuelle et religieuses de ce dialogue qui, sans la reconnaissance expresse du droit à la différence entre musulmans, ne peut servir lui-même comme support de communication. A cet effet, les représentants des Etats membres et des communautés islamiques seront appelés à approfondir la réflexion initiée par le Plan d'action précédent autour de la question de l'éthique de la différence en islam et de ses incidences sur le dialogue culturel. Dans ce même ordre d'idée, la mise en exécution de la stratégie de rapprochement entre les madhahib sera au cœur d'un colloque dédié à ce thème. D'autre part, la coopération en vue de l'exécution de cette stratégie qui revêt, quant à elle, une importance primordiale en matière de dialogue, sera relancée conjointement avec les partenaires classiques relevant de l'Organisation de la Conférence islamique et autres instances spécialisées.

2) La promotion de la culture islamique des minorités et des communautés islamiques :

Dans ses Plans d'action précédents, l'Organisation a accordé une place de choix aux questions intéressant les minorités et les communautés islamiques, à travers la tenue de plusieurs rencontres à l'échelle nationale et locale en collaboration avec l'Association Mondiale de l'Appel Islamique en particulier, et l'octroi d'assistance aux établissements culturels relevant de cette dernière. A l'effet d'enrichir davantage le dialogue culturel, ces actions seront poursuivies et bénéficieront du soutien de l'Organisation, en coopération avec les partenaires classiques relevant de l'Organisation de la Conférence Islamique et autres instances islamiques spécialisées. A cet effet, les activités dédiées à cet objectif seront inspirées du Plan d'action élaborée sur la base de la stratégie d'action culturelle islamique en occident. Dans un premier temps, il sera procédé à la tenue de deux réunions de coordination concernant les activités spécifiques aux minorités et communautés et à la formulation de recommandations qui seront adressées à tous les établissements culturels des minorités et communautés islamiques. A cet égard, une attention particulière sera accordée aux femmes et aux enfants qui bénéficieront de stages dans le cadre d'ateliers organisés en matière d'arts et métiers islamiques ainsi que de colonies de vacances pour la découverte de certains pays islamiques. En outre, la formation destinée aux femmes sera l'occasion pour celles-ci d'acquérir des compétences techniques ou artisanales qui contribueront indubitablement au rayonnement de la civilisation islamique.

3) L'activation de l'échange des produits culturels islamiques :

Le programme spécifique aux industries culturelles étant axé seulement sur l'échange des produits de l'industrie culturelle, le présent programme se focalise, par contre, sur tous les produits culturels, notamment ceux liés aux arts plastiques, à la calligraphie, aux métiers de l'artisanat et de la photographie. Mais en vue de promouvoir les échanges à ce niveau, il est impératif d'aplanir nombre de difficultés qui entravent l'essor de ce volet culturel. A cet effet, des experts relevant des Etats membres vont s'atteler dans un premier temps à la réflexion sur les moyens susceptibles de faciliter la circulation des produits culturels, et ce en coopération avec nos partenaires concernés tels que l'UNESCO, l'agence internationale de la francophonie et l'Organisation arabe pour l'éducation, la culture et les sciences.

Par ailleurs, l'accent sera particulièrement mis sur l'encouragement de la créativité car la promotion des échanges est tributaire d'une production de qualité supérieure. D'où la nécessité d'intégrer et de renforcer l'enseignement de certaines disciplines de l'art islamique, en particulier la calligraphie et l'enluminure, dans les Etats membres où ces arts n'ont pas connu un développement notable ou n'ont jamais existé, tels que les pays de l'Afrique subsaharienne. L'échange en lui-même sera relancé par la tenue d'une exposition des produits culturels par l'Organisation, en coopération avec les pays choisis et les partenaires au sein de l'Organisation de la Conférence islamique ainsi que les instances islamiques spécialisées.

4) La Stratégie de traitement de la fuite des cerveaux et de mise à contribution des compétences émigrées :

La fuite des cerveaux vers l'extérieur du monde islamique est un phénomène lié à des facteurs tant sociaux et économiques que politiques et scientifiques qui dépassent les attributions de l'Organisation islamique. Il n'en demeure pas moins que celle-ci est déterminée à apporter sa contribution en vue de faire face à ce phénomène à travers la mise au point d'une stratégie dont l'objectif est de tirer profit des compétences expatriées, suite aux orientations issues du Conseil exécutif dans sa 20ème session et dans la mesure où la question de la fuite des cerveaux touche au rayonnement culturel et intellectuel de la Oumma islamique. Ainsi, l'Organisation poursuivra-t-elle son action visant à examiner ce phénomène et à rechercher des moyens en vue de mettre à profit les compétences immigrées, sachant que cette question a déjà fait l'objet de discussions au cours de la réunion d'experts tenue à Potsdam en Allemagne en juin 2000; laquelle réunion a constitué, en fait, une plate-forme pour cette Stratégie. En outre, il a été procédé à l'examen et à l'adoption du projet de ladite Stratégie au cours de la réunion des présidents des centres islamiques basées en Occident, tenue à Grenade les 5 et 6 juillet 2001. Dans le cadre de ce processus, l'Organisation tiendra des rencontres internationales en coopération avec l'Organisation de la Conférence Islamique et autres instances islamiques à l'effet de compléter et de fixer les mécanismes d'exécution de la Stratégie relative à la fuite des cerveaux et à la mise à profit des compétences expatriées, en vue de la soumettre ultérieurement à la prochaine Conférence générale de l'Organisation puis à la Conférence islamique des ministres des affaires étrangères avant de la soumettre pour approbation au prochain Sommet islamique, l'objectif étant de l'ériger un document de travail pour l'action islamique commune à l'instar des stratégies élaborées précédemment.

TROISIEMEMENT : Mécanismes de partenariat et de coopération avec les instituts

Le Plan d'action de l’ISESCO 2001-2003 comporte de nombreux nouveaux projets et programmes inspirés du contenu des stratégies de l’ISESCO en matière d'éducation, de sciences et de culture, ainsi que des orientations générales du Plan à moyen terme 2001-2009, et visant à se mettre au diapason du progrès mondial survenu en matière d'éducation, à asseoir les principes de tolérance, de dialogue, de démocratie et de respect des droits de l'Homme, ainsi qu'à diffuser la culture de la paix, et promouvoir les sciences, la technologie, la communication et l'information.

Dans la perspective de réaliser les objectifs de ce projet, les efforts seront axés sur le renforcement de la coopération avec les institutions internationales, islamiques, arabes et nationales, animées d'intérêts similaires, dans le cadre de relations de coopération égales, équilibrées et garantissant le renouveau intellectuel de la Oumma islamique, qui doit s'opérer, à l'évidence, dans le total respect des commandements et valeurs de notre religion et de notre patrimoine civilisationnel.

Dans le cadre de l'action islamique commune au niveau de l'Organisation de la Conférence islamique, l’ISESCO oeuvrera pour l'intensification de sa participation aux réunions des plus hautes instances décisionnelles islamiques, telles les conférences au Sommet, les conférences des Ministres des Affaires étrangères, de l'Education, de la Culture, de l'Information et de la planification, ainsi qu'aux réunions mixtes avec le Secrétariat général de l'Organisation de la Conférence islamique, qui s'organisent pour la coordination des politiques et des programmes.

L'ISESCO poursuivra sa coopération avec les institutions et organisations internationales similaires en vue d'assurer le suivi de la mise en oeuvre des résolutions des conférences internationales tenues pendant la dernière décennie du XXe siècle, telles la Conférence de Toronto sur le savoir mondial, la conférence sur les politiques culturelles pour le développement, la conférence mondiale sur la science, la conférence mondiale sur l'enseignement supérieur, et la conférence mondiale sur l'enseignement technique et professionnel. A cet égard, l’ISESCO manifestera un intérêt encore plus important au renforcement et à l'extension des mécanismes et programmes de coopération actuels dans les domaines prioritaires inscrits dans son Plan d'action, en l'occurrence avec le Fonds des Nations Unies pour la Population et le Programme des Nations Unies pour l'Environnement, en matière d'éducation et d'environnement, avec l’organisation internationale du Travail en matière de promotion des conditions des enseignants, et avec le Haut Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés, l'UNICEF et l'Organisation mondiale de la Santé en matière d'aide à l'enfance et d'éducation des réfugiés. En outre, l'ISESCO oeuvrera à nouer de nouvelles relations de coopération avec d'autres institutions, en vue d'optimiser les apports des activités de la coopération commune.

D'un autre côté, l’œuvre de concertation va se poursuivre avec les organisations internationales, régionales et gouvernementales, et les banques de développement, telles la Banque mondiale, le Fonds des Nations Unies pour l'Environnement, la Banque islamique de Développement, la Banque Arabe pour le Développement en Afrique, ainsi qu'avec d'autres organismes de financement islamiques et internationaux. De plus, l'Organisation islamique renforcera son action à travers les comptes spéciaux qui ont été ouverts aux fins de mise en oeuvre des activités de coopération commune avec certaines parties coopérantes, telles l'Association mondiale de la Da'wa islamique, le Fonds des Nations Unies pour la Population, le Fonds koweitien du Waqf pour les Etudes de Développement.

Ce champ d'action vise, par conséquent, à dynamiser les accords de coopération conclus par l’ISESCO avec les organisations islamiques, arabes et internationales opérant dans des domaines d'intérêt commun, et à nouer des liens avec de nouveaux partenaires en vue de mettre en oeuvre les programmes et activités communs et drainer de la sorte des ressources financières supplémentaires.

L'Organisation islamique amorcera une nouvelle phase dans le processus de développement du partenariat et de diversification des moyens de coopération. Sa démarche consistera essentiellement à contacter les organismes de financement et les bailleurs de fonds capables de soutenir des projets d'envergure et même de proposer des solutions à la hauteur des problèmes et difficultés qui bloquent le développement des Etats membres. Cette nouvelle approche aidant, l’ISESCO pourra souligner la nécessité de canaliser l'action des organismes de financement et de réorganiser la hiérarchie de leurs priorités à la lumière des besoins pressants que les Etats membres expriment, notamment en matière d'éducation, de sciences, de culture et de communication, considérés désormais comme les secteurs clés de toute oeuvre de développement global. Il convient de signaler que l'Organisation islamique avait envisagé la possibilité de mettre en pratique dans son Plan d'action antérieur des nouvelles formes de financement et de partenariat qui se caractérisent par leur aspect novateur. Elle avait ainsi mis en oeuvre un certain nombre de programmes régionaux et nationaux en collaboration avec des établissements de financement arabo-islamiques et internationaux. Ces programmes recouvraient les secteurs de l'éducation, des sciences et de la culture.

Vu les résultats concluants de cette nouvelle approches et les perspectives avantageuses que présente la reconduction de cette politique, l’ISESCO oeuvrera à équilibrer les deux aspects de son activité consistant, d'une part, à réaliser les activités de son Plan et d'autre part, à mettre en oeuvre un partenariat au moyen duquel il sera possible d'allouer des ressources extrabudgétaires à d'autres projets. A la faveur de cette nouvelle approche de partenariat, l’ISESCO visera en priorité à développer le partenariat et à rehausser le niveau de la coopération qui la lie aux organismes de financement dans les secteurs de l'éducation, des sciences et de la culture. Elle s'attachera aussi à définir des politiques de terrain et des Plans de développement en y associant les organismes de financement qui partagent des préoccupations similaires aux siennes.

Les organismes de financement et les bailleurs de fonds apportent un soutien décisif au processus de développement global, forts en cela de leur capacité à initier des projets de développement intégrés à la portée considérable et justifiant d'un savoir-faire théorique et d'une expérience pratique en matière de planification d'exécution et de suivi de ce type de projets. Dans ses Plans passés, l'Organisation islamique avait convenu, avec un certain nombre d'organismes de financement islamiques et internationaux, de la mise en oeuvre d'une série de programmes et projets de développement nationaux et régionaux intéressant les secteurs de l'éducation, des sciences et de la culture. A cet égard, l’ISESCO a l'intention de reconduire ces projets et programmes en renforçant ses partenariats avec les établissements financiers qui investissent dans les projets de développement initiés dans les pays du Monde islamique. Les deux parties travailleront de concert dans les domaines d'intérêt commun.