[Documents/Docheader.htm]Le conflit du Haut-Karabakh traité par la Conférence de Minsk de lOSCE
Doc. 10364
29 novembre 2004Rapport
Commission des questions politiques
Rapporteur : M. David Atkinson, Royaume-Uni, Groupe Démocrate Européen
Résumé
Plus de dix ans après le début des hostilités armées, le conflit qui affecte la région du Haut-Karabakh reste encore non résolu. Des centaines de milliers de personnes sont encore déplacées et vivent dans des conditions misérables. Des parties importantes du territoire azerbaïdjanais demeurent occupées par les forces arméniennes. Les opérations militaires, et les affrontements ethniques généralisés qui les ont précédées, ont abouti à des expulsions massives et à la création de zones mono-ethniques qui sont réminiscents du terrible concept de purification ethnique. Des forces séparatistes conservent le contrôle de la région du Haut-Karabakh.
LAssemblée parlementaire rappelle que loccupation dun territoire étranger par un Etat membre constitue une grave violation des obligations qui incombent à cet Etat en sa qualité de membre du Conseil de l'Europe et réaffirme le droit des personnes déplacées de la zone du conflit de retourner à leurs foyers dans la sécurité et la dignité. LAssemblée soutient également le processus de Minsk de lOSCE pour une résolution pacifique du conflit et invite lArménie et lAzerbaïdjan à poursuivre leur chemin vers la réconciliation.
I. Projet de résolution [Lien vers le texte adopté]
1. LAssemblée parlementaire regrette que, plus de dix ans après le début des hostilités, le conflit qui affecte la région du Haut-Karabakh soit encore non résolu. Cest le statu quo pour des centaines de milliers de personnes déplacées, qui vivent dans des conditions misérables. Des portions considérables du territoire azerbaïdjanais demeurent occupées par les forces arméniennes et des forces séparatistes conservent le contrôle de la région du Haut-Karabakh.
2. LAssemblée redoute que les opérations militaires, et les affrontements ethniques généralisés qui les ont précédées, naboutissent à des expulsions massives et à la création de zones mono-ethniques qui remettent à lordre du jour le terrible concept de purification ethnique. LAssemblée réaffirme que lindépendance et la sécession dun territoire qui fait partie dun Etat ne peuvent être que laboutissement dun processus légal et pacifique, fondé sur le soutien exprimé démocratiquement par les habitants du territoire en question ; elles ne sauraient être la conséquence dun conflit armé débouchant sur des expulsions ethniques et sur lannexion de fait du territoire concerné par un autre Etat. LAssemblée rappelle que loccupation dun territoire étranger par un Etat membre constitue une grave violation des obligations qui incombent à cet Etat en sa qualité de membre du Conseil de l'Europe et réaffirme le droit des personnes déplacées de la zone du conflit de retourner à leurs foyers dans la sécurité et la dignité.
3. LAssemblée rappelle les Résolutions 822 (1993), 853 (1993), 874 (1993) et 884 (1993) du Conseil de sécurité des Nations Unies ; elle invite instamment les parties concernées à se conformer à ces résolutions, notamment en renonçant aux hostilités armées et en retirant leurs forces des territoires occupés. Dans le même temps, lAssemblée fait sienne lexigence exprimée dans la Résolution 853 (1993) du Conseil de sécurité des Nations Unies ; elle invite donc instamment tous les Etats membres à sabstenir de toute fourniture darmes et de munitions qui pourrait conduire à une intensification du conflit ou à la poursuite de loccupation de territoires.
4. LAssemblée rappelle que lArménie et lAzerbaïdjan ont, lune et lautre, pris lengagement, lors de leur adhésion au Conseil de l'Europe en janvier 2001, de nutiliser que des moyens pacifiques pour régler le conflit qui les oppose dans la région du Haut-Karabakh. En conséquence, lAssemblée invite instamment les deux gouvernements à sabstenir de faire usage de la force armée lun contre lautre et de développer les actions militaires.
5. LAssemblée rappelle que le Conseil des Ministres de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) était convenu à Helsinki, en mars 1992, de tenir une conférence à Minsk afin de fournir un cadre aux négociations en vue dun règlement pacifique du conflit. Les Etats suivants avaient accepté, à lépoque, de participer à cette conférence : lArménie, lAzerbaïdjan, le Bélarus, lex-République fédérative tchèque et slovaque, la France, lAllemagne, lItalie, la Fédération de Russie, la Suède, la Turquie et les Etats-Unis. LAssemblée invite ces Etats à redoubler defforts pour obtenir un règlement pacifique du conflit et elle invite leurs délégations nationales à lAssemblée à lui rendre compte chaque année de laction de leurs gouvernements sur ce terrain. A cette fin, lAssemblée demande à son Bureau de créer une Commission ad hoc où siègeraient, entre autres, les chefs de ces délégations nationales.
6. LAssemblée rend hommage aux efforts inlassables des coprésidents du Groupe de Minsk et du représentant personnel du président en exercice de lOSCE ; elle leur sait gré, en particulier, davoir obtenu un cessez-le-feu en mai 1994 et davoir constamment surveillé le respect de ce cessez-le-feu depuis lors. LAssemblée invite les coprésidents du Groupe de Minsk de lOSCE à prendre des mesures immédiates pour mener des négociations rapides pour la conclusion dun accord politique sur la cessation du conflit armé, la mise en uvre de cet accord éliminera les conséquences majeures de ce conflit pour toutes les parties et permettra la tenue de la Conférence de Minsk.LAssemblée invite lArménie et lAzerbaïdjan à mettre à profit le processus de Minsk de lOSCE et à se soumettre mutuellement, par lintermédiaire du Groupe de Minsk, des propositions constructives pour le règlement pacifique du conflit conformément aux normes appropriées et aux principes du droit international.
7. LAssemblée rappelle que lArménie et lAzerbaïdjan sont signataires de la Charte des Nations Unies et quils sont ipso facto, conformément à larticle 93 paragraphe 1 de la Charte, parties au Statut de la Cour internationale de Justice. Par conséquent, lAssemblée propose que, si les négociations sous les auspices des coprésidents du Groupe de Minsk devaient ne pas aboutir, lArménie et lAzerbaïdjan envisagent de saisir la Cour internationale de Justice conformément à larticle 36, paragraphe 1 des statuts de la Cour.
8. LAssemblée invite lArménie et lAzerbaïdjan à se réconcilier politiquement en accélérant une coopération bilatérale interparlementaire, au sein de lAssemblée comme au sein dautres instances, telles que les réunions des présidents des parlements des quatre pays du Caucase. Elle recommande que les deux délégations se réunissent lors de chaque partie de session de lAssemblée pour réexaminer les progrès dune telle réconciliation.
9. LAssemblée invite le Gouvernement dAzerbaïdjan à établir des contacts avec les représentants des forces politiques des deux communautés de la région du Haut-Karabakh concernant le statut futur de la région. Elle est disposée à faciliter la tenue de tels contacts à Strasbourg, rappelant quelle la déjà fait sous la forme daudition en dautres occasions, avec une participation arménienne.
10. Rappelant sa Recommandation 1570 (2002) sur la situation des réfugiés et des personnes déplacées en Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie, lAssemblée invite tous les Etats membres et les Etats observateurs à fournir une aide et une assistance humanitaires aux centaines de milliers de personnes qui ont été déplacées à la suite des hostilités armées et de lexpulsion des Arméniens dAzerbaïdjan et des Azerbaïdjanais dArménie.
11. LAssemblée condamne toute expression de haine véhiculées dans les médias arméniens et azerbaïdjanais. Elle exhorte lArménie et lAzerbaïdjan à prendre le chemin de la réconciliation et à restaurer la confiance et lentente mutuelle entre les deux peuples à travers les écoles, les universités et les médias. A défaut dune telle réconciliation, la haine et la méfiance empêcheront la stabilité dans la région et risquent dentraîner de nouvelles violences. Le processus de réconciliation est le préalable à tout règlement durable et doit en être le socle.
12. LAssemblée invite le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe a élaborer un plan daction et dassistance à lArménie et à lAzerbaïdjan, ciblé sur des processus de réconciliation ; et elle lui demande de prendre en compte la présente résolution pour décider des actions à entreprendre au sujet de lArménie et de lAzerbaïdjan.
13. LAssemblée invite le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe à aider les élus locaux dArménie et dAzerbaïdjan à établir entre eux des contacts et à instituer une coopération interrégionale.
14. LAssemblée se propose danalyser les mécanismes de règlement des conflits existants au sein du Conseil de l'Europe, et notamment la Convention européenne pour le règlement pacifique des différends, afin de mettre à la disposition des Etats membres des mécanismes mieux adaptés pour le règlement pacifique des conflits bilatéraux, ainsi que des différends internes qui opposent des collectivités ou des autorités locales ou régionales et qui peuvent représenter une menace pour les droits de l'homme, la stabilité et la paix.
15. LAssemblée décide de continuer de suivre régulièrement lévolution de ce conflit vers un règlement pacifique et décide de revenir sur ce sujet lors de sa première partie de session de 2006.
II. Projet de recommandation [Lien vers le texte adopté]
1. LAssemblée parlementaire renvoie à sa Résolution... (2005) sur le conflit examiné par la Conférence de Minsk de lOSCE et recommande au Comité des Ministres :
i. dinviter instamment les parties concernées à se conformer aux Résolutions 822 (1993), 853 (1993), 874 (1993) et 884 (1993) du Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment en sabstenant de toutes actions hostiles armées et en retirant leurs forces de tous les territoires occupés dAzerbaïdjan;
ii. de surveiller lobservation, par lArménie et lAzerbaïdjan, des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et des décisions du Conseil des Ministres de lOSCE relatives à ce conflit ;
iii. de rendre compte à lAssemblée des efforts entrepris par les Etats membres pour favoriser le règlement pacifique du conflit, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et dinformer lAssemblée, notamment, de lattitude des Etats membres : sabstiennent-ils de fournir toutes armes et munitions susceptibles dentraîner une intensification du conflit ou la poursuite de loccupation de territoires, en violation de la Résolution 853 (1993) du Conseil de sécurité des Nations Unies ;
iv. rappelant sa Recommandation 1251 (1994) relative au conflit du Haut-Karabakh, de mettre à disposition de lArménie et de lAzerbaïdjan, sils le souhaitent, des experts qui pourraient contribuer à lélaboration dun statut politique du Haut-Karabakh ;
v. de dégager des ressources pour un plan daction de mesures de confiance spécifiques pour lArménie et lAzerbaïdjan ;
vi. daffecter des ressources à des programmes de formation spécialisés, destinés à des enseignants et des journalistes des deux pays et visant à améliorer lentente mutuelle et à promouvoir la tolérance et la réconciliation ;
vii. daffecter des ressources à une initiative concrète de la Commission européenne contre le racisme et lintolérance concernant les deux pays, axées plus particulièrement sur les établissements denseignement et les médias publics ;
viii. de charger son comité directeur compétent dexaminer dans quelle mesure la Convention européenne pour le règlement pacifique des différends correspond aux exigences actuelles en matière de règlement des conflits dans les Etats membres du Conseil de l'Europe et de déterminer sur quels points elle devrait être révisée pour constituer un instrument adéquat de règlement pacifique des différends entre les Etats membres du Conseil de l'Europe ;
ix. de prendre en compte la Résolution (2005) lors de toute décision sur les actions à entreprendre au sujet des deux pays ;
x. de transmettre la Résolution . (2005) et la présente Recommandation aux gouvernements des Etats membres, afin de soutenir ces instruments aux plans national, bilatéral et international.
Exposé des motifs par le rapporteur
- Histoire
- Les efforts du Groupe de Minsk de lOSCE
- Autres efforts pour résoudre le conflit
- Différend juridique international
- Principales conditions dun règlement durable
- Une action possible du Conseil de l'Europe et de ses Etats membres
Annexe I Cartes de la zone du conflit utilisées par les Nations Unies
Annexe II Programmes des visites dans le cadre de la préparation du rapport
Annexe III Résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies
* * *
III. Exposé des motifs par le rapporteur
M. Terry Davis a été rapporteur sur ce dossier jusquau 31 août 2004. Le 1er septembre 2004, M. Davis a pris ses fonctions de Secrétaire Général du Conseil de lEurope et a quitté lAssemblée parlementaire. Après plusieurs réunions avec les parties concernées et plusieurs visites dans la région, il a soumis un projet de rapport à la Commission avant cette date, document qui a été discuté lors de la réunion de la Commission des questions politiques du 14 septembre 2004 à Paris. Jai été désigné pour succéder à M. Davis en tant que rapporteur le 14 septembre 2004. Ce document reprend le projet de rapport ainsi que mes changements.
Le présent rapport a pour titre « Le conflit examiné par la Conférence de Minsk de lOSCE » ; il sagit du conflit armé qui oppose les Arméniens et lAzerbaïdjanais au sujet de la région du Haut-Karabakh (Nagorno-Karabakh)[1] et des districts avoisinants occupés par les forces arméniennes.
La zone du conflit comprend le territoire de lex-région autonome du Haut-Karabakh, ainsi que le territoire ou une partie du territoire de huit districts azerbaïdjanais avoisinants. Lex-région autonome du Haut-Karabakh nest pas limitrophe du territoire arménien ; elle est séparée de lArménie par dautres districts (cf. Annexe I carte utilisée par les Nations Unies).
Pendant la majeure partie des 15 dernières années, les Etats européens ont eu les yeux fixés sur des affrontements sévissant dans dautres régions ; et les conflits du Sud-Caucase nont pas recueilli suffisamment dattention et de compréhension. Cette situation a changé pendant lélaboration du présent rapport. Plusieurs gouvernements extérieurs à la région ont lancé des programmes dont on peut dire quils sont autant de mesures de confiance. Cependant, des voix se sont élevées, dans la région concernée, en faveur dune coordination de ces efforts par une organisation internationale telle que le Conseil de l'Europe.
Le conflit du Haut-Karabakh est en réalité un conflit entre deux principes : lintégrité territoriale et lautodétermination. Dune part, les frontières de lAzerbaïdjan ont été internationalement reconnues au moment ou le pays lui-même était reconnu en tant quEtat indépendant, en 1991. Le territoire azerbaïdjanais incluait la région du Haut-Karabakh. Dautre part, la population arménienne du Haut-Karabakh (majoritaire dès avant la « purification ethnique » de 1992-1994) revendique le droit à lautodétermination. Elle est soutenue par lArménie.
Selon les informations qui me sont parvenues, les Arméniens dArménie ont participé à des luttes armées dans la région du Haut-Karabakh aux côtés dArméniens locaux dAzerbaïdjan. Aujourdhui, lArménie a des soldats stationnés dans la région du Haut-Karabakh et les districts environnants, les personnes de cette région ont des passeports arméniens et le gouvernement arménien transfère dimportantes ressources budgétaires à cette zone
Le conflit ne date pas dhier ; il plonge ses racines dans lhistoire. Il est devenu un conflit armé en 1992 ; et les affrontements entre les Arméniens et les Azerbaïdjanais nont cessé quen 1994.
Pendant le conflit et les événements qui lont précédé, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées. Plus de dix ans se sont écoulés, et elles nont pu rentrer chez elles. Ces gens vivent souvent dans des conditions misérables. Au-delà de cette urgence humanitaire, il y a aussi le risque latent dune reprise des hostilités armées. Ce rapport, le projet de résolution et le projet de recommandation entendent faire prendre conscience du conflit et seconder les efforts déployés pour tenter dobtenir un règlement pacifique.
LOSCE[2] a commencé à soccuper de ce conflit en 1992, et elle a décidé dorganiser une Conférence à Minsk pour traiter des conditions dun règlement définitif du conflit. En mai 1994, lOSCE a réussi à obtenir un accord de cessez-le-feu qui a été suivi deffet. Bien que les négociations qui ont été entamées par le suite naient pas, à ce jour, débouché sur un règlement, je rends hommage aux co-présidents[3] du Groupe de Minsk de lOSCE pour leurs efforts inlassables. Jai le plus grand respect pour leur travail.
Dans le cadre de la préparation de ce rapport, le rapporteur sest rendu deux fois en Arménie et en Azerbaïdjan ; il a rencontré à quatre reprises les coprésidents du Groupe de Minsk de lOSCE et le représentant personnel du Président en exercice de lOSCE. Je remercie toutes les autorités qui ont participé à ces visites et à ces rencontres pour la bonne volonté et lesprit de coopération dont elles ont fait preuve. On trouvera ci-joint (Annexe II) les programmes de ces visites.
Pour comprendre ce conflit, il est bon de jeter un coup dil sur lhistoire de la région et sur la situation qui existait avant que les affrontements néclatent. En fait, lhistoire est un facteur important ; elle a souvent été douloureuse, pour les Arméniens comme pour les Azerbaïdjanais ; et lon a abondamment évoqué les événements historiques pour justifier la haine ethnique, la violence et les revendications territoriales dans la région. Toutefois, le présent rapport nentend pas brosser un tableau historique exhaustif, mais simplement attirer lattention sur quelques faits essentiels.
A partir de 1987 la violence ethnique a augmenté ; en même temps, on observait des tensions bilatérales entre lArménie et lAzerbaïdjan au sein de lURSS. Avec la dissolution de lURSS, les hostilités ont pris la forme dactions militaires de grande ampleur, qui se sont traduites par des milliers de morts et par le déplacement de centaines de milliers de personnes. A la suite de ces événements, le Comité des Ministres du Conseil de l'Europe a publié, le 11 mars 1992, une Déclaration condamnant la violence et les attaques visant la population civile. Lorsque lArménie et lAzerbaïdjan devinrent membres de lOSCE en 1992, lOSCE commença à sintéresser à ce conflit.
Entre-temps, des Arméniens de souche avaient mis en place un « gouvernement » dans la région du Haut-Karabkah, avec pour « capitale » Stepanakert (ou Khankendi, en azéri). Ce « gouvernement » nest reconnu par aucun des Etats membres du Conseil de l'Europe, par plus que par lOSCE, lUnion européenne ou les Nations Unies. LArménie entretient avec lui détroites relations politiques, économiques et militaires, mais elle ne reconnaît pas la région comme un Etat indépendant et na donc pas établi de relations diplomatiques avec ce « gouvernement ».
LAnnexe IV (document séparé anglais seulement) expose plus en détail larrière-plan historique de cette région. Cette annexe comprend un document de synthèse qui a été élaboré par la Direction générale de Affaires politiques du Conseil de l'Europe et a été utilisé lors dun séminaire du Conseil de l'Europe sur « Les jeunes et la résolution des conflits », organisé à Strasbourg en avril 2003. On trouvera également ci-joint, pour information, la réponse écrite du Représentant permanent de la République dAzerbaïdjan auprès du Conseil de l'Europe.
Les efforts du Groupe de Minsk de lOSCE
Malheureusement encore que ce soit compréhensible - le processus de Minsk de lOSCE a été extrêmement restreint et sest limité aux gouvernements arménien et azerbaïdjanais. Par conséquent, la population, dans les deux pays, ne dispose que de très peu dinformations. Toutefois, certains points de vue qui ont été exprimés lors des rencontres bilatérales organisées sous légide du Groupe de Minsk de lOSCE ont donné lieu à des rumeurs et des spéculations. Ainsi, beaucoup de gens sont persuadés que les négociations entre les deux gouvernements ont été tout près de déboucher sur un accord, à la suite des initiatives prises par les coprésidents en 1997, 1998 et 2001, avec les rencontres des présidents arménien et azerbaïdjanais à Paris et à Key West (Etats-Unis). Les propositions de règlement nétaient pas identiques ; mais elles englobaient le statut de la région du Haut-Karabakh, le retrait des forces militaires et les garanties ultérieures en matière de sécurité, ainsi que le retour des réfugiés et des personnes déplacées.
En 2003, les négociations bilatérales sous légide du Groupe de Minsk nont pratiquement pas progressé; il faut voir là la conséquence des élections législatives et présidentielles en Arménie et en Azerbaïdjan - avec, en dernier lieu, les élections présidentielles azerbaïdjanaises doctobre 2003.
En février 2004, lors de la visite du rapporteur dans la région, la situation était dans limpasse. Une réunion entre le Président Kocharyan et le Président Aliyev en novembre 2003 navait même pas permis de convenir dune date pour une nouvelle rencontre. Toutefois, on enregistre une grande activité depuis février, avec une nouvelle rencontre des présidents à Varsovie le 28 avril 2004 et plusieurs rencontres des ministres des Affaires étrangères à Bratislava le 18/19 mars, à Prague le 16 avril, à Strasbourg les 12/13 mai, à Prague le 21 juin et à Istanbul le 28/29 juin 2004. Le 13 mai, le rapporteur rencontra à Strasbourg, dune part, les ministres des Affaires étrangères et, dautre part, les coprésidents du Groupe de Minsk; ces entretiens lui donnèrent le sentiment que, certes, on ne pouvait pas parler dun accord imminent, mais que les négociations avaient acquis une nouvelle dynamique.
18. La population actuelle du Haut-Karabakh nest pas partie prenante dans le processus de négociation sous les auspices du Groupe de Minsk. Le Président de lArménie, M. Kocharyan, a été le premier « président » de la « République du Haut-Karabakh », autoproclamée mais non reconnue internationalement ; par conséquent, il se peut quil jouisse de la confiance de la population de souche arménienne dans cette région. Toutefois, son successeur et les autres représentants des forces politiques de la région se considèrent comme les représentants de la population de ce territoire ; et ainsi, ils veulent être impliqués dans tout accord concernant un règlement. Pendant les visites du rapporteur à Bakou, il est apparu clairement que les autorités azerbaïdjanaises naccepteraient dinclure des représentants des forces politiques de la région du Haut-Karabakh que si celles-ci renonçaient à toute aspiration à la sécession. Lexclusion de ces forces politiques est une faiblesse du processus actuel ; en effet, en fin de compte, on ne peut leur imposer une solution contre leur gré.
Autres efforts pour résoudre le conflit
19. Pendant le conflit armé, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté les Résolutions 822 (1993), 853 (1993), 874 (1993) et 884 (1993) (cf. Annexe III). Ces Résolutions invitaient lArménie et lAzerbaïdjan à restaurer la paix, à protéger les civils et à libérer les territoires occupés. Ce dernier point sadressait plus particulièrement à lArménie. Malheureusement, des parties importantes de ces résolutions nont pas encore été mises en uvre.
Certains estiment que les Nations Unies devraient faire preuve dun plus grand activisme dans le traitement de cette question, parce quil est dommageable pour lautorité du Conseil de sécurité que ses résolutions soient ignorées. Toutefois, le Conseil de sécurité a toujours rejeté lidée de simpliquer davantage, et il sest contenté de soutenir lactivité de médiation de lOSCE.
Différend juridique international
Il existe une autre voie onusienne que les Parties au conflit pourraient utiliser si les négociations parrainées par le Groupe de Minsk naboutissent pas à un règlement concerté. Larticle 36 de la Charte des Nations Unies stipule clairement que les différends dordre juridique doivent, dune manière générale, être soumis (par les parties) à la Cour internationale de Justice. En tant quEtats membres des Nations Unies, lArménie et lAzerbaïdjan sont ipso facto parties au Statut de la Cour internationale de Justice, en vertu de larticle 9, paragraphe 1 de la Charte de lOnu. Ainsi, porter leur différend devant la Cour internationale de Justice serait, pour les deux Etats, un autre moyen de parvenir à un règlement pacifique du conflit.
Il existe une autre option. Comme on la déjà dit, le conflit a entraîné lexpulsion dAzerbaïdjanais de souche des territoires occupés ; en outre, des Arméniens et des Azerbaïdjanais de souche ont été expulsés, respectivement, dAzerbaïdjan et dArménie ; ainsi, de nombreux réfugiés et personnes déplacées vivent loin de chez eux. Ces gens ont droit au respect de leurs biens, comme le stipule larticle 1 du Protocole additionnel à la Convention européenne des Droits de l'Homme; ou, à défaut, ils ont droit à un dédommagement. Dans laffaire Loïzidou c. Turquie, la Cour européenne des Droits de l'Homme a accordé une satisfaction équitable à une requérante quelle a estimé avoir été illégalement éloignée de son domicile pendant un conflit armé. Le parallèle simpose avec les personnes déplacées du Haut-Karabakh et des territoires limitrophes.
Principales conditions dun règlement durable
Un règlement durable du conflit devra, bien entendu, aller au-delà dun arrangement juridique. Il faut souligner que ce différend a une seconde dimension : celle dun conflit entre la légalité et la réalité. Le Haut-Karabakh est peuplé majoritairement dArméniens de souche ; cétait déjà le cas avant le conflit. Les Azerbaïdjanais sont en minorité dans cette région, et il est probable quune population azerbaïdjanaise future resterait minoritaire. Ajoutons quil existe entre Arméniens et Azerbaïdjanais une méfiance généralisée, profondément enracinée, et qui est propagée et développée avec zèle. Ce nest pas une décision de justice ou un règlement juridique qui permettront, à eux seuls, de surmonter cette défiance.
En tout état de cause, il faudra aussi résoudre le dilemme démocratique, qui oblige les dirigeants politiques des deux pays à tenir compte de lopinion publique. Actuellement, lopinion publique dans les deux pays nest pas nécessairement prête à accepter un règlement fondé sur le compromis.
On ne peut pas non plus ignorer la situation humanitaire, souvent terrible, des réfugiés et des personnes déplacées. Ces gens ont le droit de regagner leurs foyers ; mais beaucoup dentre eux ne souhaitent pas revenir (cest le cas, notamment, des Azerbaïdjanais de souche qui vivaient naguère en Arménie et des Arméniens de souche qui vivaient naguère en Azerbaïdjan). Quant à lancienne population du Haut-Karabakh et des districts adjacents, on peut penser quelle est plus encline à rentrer chez elle, car ces territoires nétaient peuplés que dAzerbaïdjanais de souche, et ils sont actuellement presque dépeuplés. Ceux des réfugiés qui ne souhaitent pas effectuer le voyage de retour doivent pouvoir disposer des moyens de sintégrer dans la communauté où ils vivent en exil. Lorsque des personnes déplacées souhaitent rentrer chez elles, il est nécessaire de consentir des efforts importants pour la reconstruction de leur maison. La reconstruction des habitations devra aller de pair avec la reconstruction économique et le développement. A cet égard, la communauté internationale sera invitée à prêter son concours.
26. Si le règlement, à terme, de ce différend ne prévoit pas la sécession immédiate du Haut-Karabakh de lAzerbaïdjan, tout le monde admet que le Haut-Karabakh devra jouir dun haut degré dautonomie. Dans ce contexte, le rapporteur attire l'attention sur la Résolution 1334 (2003) et la Recommandation 1609 (2003) de l'Assemblée sur les expériences positives des régions autonomes comme source d'inspiration dans la résolution de conflits en Europe. Dans un rapport détaillé consacré à cette question, M. Andreas Gross parvient à la conclusion qu'une autonomie régionale très marquée est peut-être une meilleure solution que la sécession et l'indépendance.
Ce conflit a exacerbé une haine ethnique profondément enracinée ; il s'agit non seulement de haine, mais de peur. Ces sentiments historiques de peur et de méfiance ont été aggravés par les nombreuses expériences personnelles vécues de part et d'autre pendant le conflit armé et les événements qui l'ont précédé. Pour les Arméniens et les Azerbaïdjanais, vivre pacifiquement ensemble, ou du moins coexister, suppose un certain degré de réconciliation. Le Conseil de l'Europe a mis au point des programmes visant à instaurer la confiance, et il a élaboré des lignes directrices pour combattre le racisme, l'intolérance et la haine ethnique par l'intermédiaire de sa Commission européenne contre le racisme et l'intolérance, et aussi dans les secteurs des médias et de l'éducation. Il a lancé avec succès, dans d'autres régions, des initiatives contre le discours de haine dans les médias. Des actions de ce genre s'imposent d'urgence dans la région qui nous occupe ici.
Une cohabitation pacifique des deux groupes ethniques passe également par une forte présence, dans un premier temps, des forces de sécurité et de police. De l'avis du rapporteur, cela implique une présence internationale qui tienne compte des enseignements livrés par les efforts de ce genre déployés dans d'autres parties de l'Europe.
Une action possible du Conseil de l'Europe et de ses Etats membres
Pour l'Assemblée, la question clé est celle de savoir comment le Conseil de l'Europe et ses Etats membres pourront contribuer à la solution du conflit et de ses conséquences au plan humanitaire.
Le Conseil de l'Europe a une grande expérience lorsqu'il s'agit de promouvoir et de mettre en uvre des mesures de confiance. La confiance de chacun, en Arménie et en Azerbaïdjan, est essentielle pour le progrès politique futur. Par conséquent, les mesures de confiance doivent devenir une priorité pour le Conseil de l'Europe.
LArménie et lAzerbaïdjan entrent dans le champ de lanalyse pays par pays menée par la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI). En outre, divers secteurs du Conseil de l'Europe ont mis au point des lignes directrices et des programmes d'action visant à développer la tolérance et la compréhension mutuelle. Les travaux de l'Ecri et les programmes d'assistance et de coopération du Conseil de l'Europe devraient être renforcés et coordonnés.
Le Conseil de l'Europe n'est pas une organisation d'aide humanitaire. Toutefois, la Banque de développement du Conseil de l'Europe peut octroyer des prêts à des projets uvrant pour le règlement pacifique du conflit et à des projets en faveur de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan. En outre, les Etats membres du Conseil de l'Europe pourraient coordonner leur aide bilatérale par l'intermédiaire du Comité des Ministres de l'Organisation.
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Commission chargée du rapport : Commission des questions politiques
Renvoi en commission : Doc. 9239, Renvoi 2659 du 8 novembre 2001 et Doc. 9257, Renvoi 2674 du 8 novembre 2001
Projet de Résolution adopté par la Commission le 17 novembre 2004 à lunanimité
Projet de Recommandation adopté par la Commission le 17 novembre 2004 à lunanimité
Membres de la Commission : MM. Roman Jakic (Président), Mikhail Margelov (Vice-Président), Michael Spindelegger (Vice-Président), Abdülkadir Ates (Vice-Président), Mme Manuela Aguiar, MM. Giuseppe Arzilli, David Atkinson, Claudio Azzolini, Miroslav Bene, Rady-Mircea Berceanu, Gerardo Bianco (remplaçant : Mme Tana de Zulueta), Haakon Blankenborg, Giorgi Bokeria, Luc Van den Brande, Mrs Beáta Brestenská, Jonas Cekuolis, Enrique Curiel Alonso, Noel Davern, Michel Dreyfus-Schmidt, Mme Ina Druviete, M. Adri Duivesteijn, Mme Josette Durrieu, MM. Mikko Elo, Charles Goerens, Daniel Goulet, Andreas Gross, Klaus-Jürgen Hedrich, Jean-Pol Henry, Joachim Hörster, Tadeusz Iwinski, Elmir Jahic, Ljubia Jovaevic, Lord Judd, Ivan Kalezic, Oleksandr Karpov, Petro Koçi, Konstantin Kosachev, Yuriy Kostenko, Göran Lindblad, René van der Linden, Tony Lloyd, Younal Loutfi, Göran Magnusson, Dick Marty (remplaçant : Maximilian Reimann), Frano Matuic, Jose Medeiros Ferreira, Evagelos Meimarakis (remplaçant : Mme Elsa Papadimitriou), Murat Mercan, Jean-Claude Mignon, Marko Mihkelson, Mme Natalia Narochnitskaya (remplaçant : Victor Kolesnikov), Mme Miroslava Nemcová, MM. Zsolt Németh, Boris Oliynyk, Theordoros Pangalos, Mme Eleonora Petrova-Mitevska, Mme Sólveig Pétursdóttir, Mme Clara Pintat Rossell, MM. Christos Pourgourides, Gordon Prentice, Dumitru Prijmireanu, Ghiroghi Prisacaru, Gabino Puche, Lluis Maria de Puig, Jeffrey Pullicino Orlando (remplaçant : Leo Brincat), Umberto Ranieri, Michael Roth, Jan Rzymelka, Adrian Severin, Mme Hanne Severinsen, MM. Samad Seyidov, Leonid Slutsky, Zoltán Szabó, Mehmet Tekelioglu, Tigran Torosyan, Latzechar Toshev, Mme Marianne Tritz, MM. Vagif Vakilov (remplaçant : Azim Mollazade), Andrzej Wielowieyski, Mme Renate Wohlwend, Mme Gisela Wurm, M. Marco Zacchera.
Ex-officio: MM. Mátyás Eörsi, Mats Einarsson, Lord Russell-Johnston
N.B. : Les noms des membres qui ont pris part à la réunion sont imprimés en caractères gras
Chef du Secrétariat : M. Perin
Secrétaires de la Commission : Mme Nachilo, M. Chevtchenko, M. Dossow.
[1] Le mot « nagorno » signifie « montagne » en russe
[2] A cette époque lOSCE était connue sous le nom de CSCE (Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe). Cest lors du Sommet de Budapest, en 1994 , que la CSCE est devenue lOSCE.
[3] La France, la Fédération de Russie et les Etats-Unis exercent actuellement la coprésidence du Groupe de Minsk de lOSCE.