Résolution 1372
(2004)1
Persécution de la presse
dans la République du Bélarus
1. LAssemblée
parlementaire du Conseil de lEurope rappelle que lappartenance à lOrganisation
est subordonnée à lengagement dun Etat duvrer à une unité européenne
plus grande, fondée sur les valeurs communes de la famille des nations
démocratiques dEurope, énoncées dans la Convention européenne des Droits de
lHomme (STE no 5) et dans les autres conventions et
recommandations du Conseil de lEurope. Par conséquent, il incombe aux
autorités de chaque Etat candidat de démontrer leur volonté et leur capacité
dadhérer à ces valeurs et à ces normes. Lun des droits démocratiques
fondamentaux garantis par la Convention européenne des Droits de lHomme est
celui qui a trait à la liberté dexpression et à la liberté des médias.
2. LAssemblée se félicite
du souhait, exprimé par le Parlement du Bélarus, de recouvrer le statut
dinvité spécial auprès de lAssemblée parlementaire, ainsi que du désir de
ce pays dadhérer au Conseil de lEurope. Toutefois, elle ne peut que
constater à regret que ni le Parlement ni les autres autorités dEtat du
Bélarus nont progressé daucune manière vers une évolution démocratique
depuis la suspension du statut dinvité spécial du Parlement du Bélarus, en
janvier 1997, en raison de la dissolution du parlement à la suite du
référendum organisé par le Président Loukachenko et de la constitution non
démocratique du nouveau parlement qui en est résultée. Cest pourquoi le
Bureau de lAssemblée a rejeté la demande de réattribution du statut
dinvité spécial au Parlement du Bélarus, en janvier 2004.
3. LAssemblée rappelle que
la liberté dexpression et la liberté des médias sont lun des fondements
essentiels de toute société démocratique et parmi les premières conditions
de ses progrès et de lépanouissement de tout être humain, comme la
réaffirmé à maintes reprises la Cour européenne des Droits de lHomme. Dès
lors quune population est privée dinformation par la censure et que la
propagande dEtat règne, une démocratie authentique est impossible.
4. LAssemblée relève avec
consternation que la disparition du journaliste M. Dmitri Zavadski, il y a
plus de trois ans, et sa prétendue exécution extrajudiciaire par des agents
de lEtat nont pas réellement donné lieu à une enquête adéquate. La
condamnation de quatre hommes pour lenlèvement de M. Zavadski ne peut être
considérée comme laboutissement dune enquête appropriée pour plusieurs
raisons. Nous nen citerons que quelques-unes: tout dabord, le corps de M.
Zavadski na pas été retrouvé et il na pas été établi quil ait été
assassiné; deuxièmement, le procureur général de la République du Bélarus
est responsable de toutes les enquêtes criminelles; or, le présent titulaire
du poste de procureur général, M.Victor Cheïman, est considéré par beaucoup
de Bélarussiens comme le maître duvre de cet enlèvement et dautres
disparitions forcées.
5. LAssemblée déplore le
harcèlement et les intimidations systématiques auxquels se livrent des
agents de lEtat, notamment le ministère de lInformation, à lencontre de
journalistes, déditeurs et distributeurs de médias qui critiquent le
Président de la République ou le Gouvernement du Bélarus. La base juridique
de tels actes est très souvent lobligation pour la presse dobtenir une
licence dEtat auprès du ministère de lInformation. Larticle 10 de la
Convention européenne des Droits de lhomme nautorise pas lattribution de
telles licences à la presse écrite.
6. LEtat permet en outre
que se maintienne une situation dans laquelle le fonctionnement des médias
dépend du bon vouloir des administrations locales, des imprimeurs et des
agences de distribution. Les médias indépendants sont contraints de
travailler dans des conditions économiques discriminatoires.
7. LAssemblée juge
totalement inacceptable dans une société démocratique lemprisonnement de
journalistes, en particulier les travaux forcés, pour sanctionner la
critique du Président et des représentants de lEtat, peines actuellement
prévues par les dispositions des articles 367, 368 et 369 du Code pénal.
8. LAssemblée se préoccupe
vivement du niveau de contrôle exercé par lEtat sur les médias
électroniques, en particulier lorganisme de radiotélévision public du
Bélarus, dont le fonctionnement est soumis à un décret présidentiel, mais
aussi les sociétés privées par actions, dans lesquelles lEtat est
généralement majoritaire. Le contrôle de lEtat sur les sociétés
dimprimerie et de distribution de la presse écrite est tout aussi
inquiétant. Dans une démocratie réelle, les médias publics ne doivent pas
être les porte-voix du Président et du pouvoir exécutif, mais offrir un
service impartial au grand public en diffusant des informations et des
commentaires de manière libre, objective et exacte.
9. LAssemblée considère
que le paysage médiatique, tel que soumis au contrôle actuel, ne permet pas
lexercice de la liberté de linformation par les médias nécessaire à la
préparation et à la conduite délections parlementaires démocratiques, à
lautomne 2004. Tous les candidats politiques, partis et organisations
politiques de la société civile doivent bénéficier de légalité daccès aux
médias, sans contrôle de lEtat. Si tel nétait pas le cas, les électeurs du
Bélarus ne disposeraient pas des informations nécessaires pour se faire une
opinion sur la situation dans leur propre pays.
10. LAssemblée regrette,
par conséquent, que la réforme de la loi sur la presse et les autres moyens
de communication de masse ainsi que dautres lois pertinentes, annoncée et
attendue depuis longtemps, nait pas été finalisée par le Président de la
République, les ministres responsables et le parlement dans les délais
requis avant les prochaines élections parlementaires, et que les autorités
du Bélarus naient pas respecté leur engagement de communiquer le projet de
loi au Conseil de lEurope, pour examen. LAssemblée décide de continuer à
suivre la situation relative aux médias dans la République du Bélarus
jusquà ce que la nouvelle loi sur la presse et les autres moyens de
communication de masse soit adoptée.
11. LAssemblée note à
regret que le Parlement du Bélarus a refusé de coopérer avec lOSCE pour
organiser dans le pays un séminaire sur les médias, le 27 février 2004. LAssemblée
déplore, en outre, que le vice-président de la Chambre des députés, M.
Vladimir Konoplev, ait refusé de recevoir une délégation commune de lAssemblée
parlementaire du Conseil de lEurope, de lAssemblée parlementaire de lOSCE
et du Parlement européen, qui sest rendue dans le pays du 22 au 24 janvier
2004, ce qui aurait permis aux députés du Bélarus de dialoguer avec les
parlementaires européens sur diverses questions, parmi lesquelles celle de
la liberté des médias.
12. LAssemblée appelle
tous les Etats membres du Conseil de lEurope et les observateurs auprès de
lOrganisation à ne plus tolérer létat actuel des choses au Bélarus. Des
droits essentiels et des libertés fondamentales y sont systématiquement
violés dans le seul but de maintenir au pouvoir un gouvernement non
démocratique. Le régime du Président Lukashenko fonde son existence sur la
répression, lintimidation et la peur. Ces mesures de répression et
dintimidation touchent non seulement les médias, mais aussi toutes les
autres institutions démocratiques, les militants des droits de lhomme et la
population dans son ensemble. Le Bélarus reste en 2004 un Etat policier, où
la situation est analogue à celle qui prévalait à lépoque soviétique. Il
est impératif de tout mettre en uvre pour rétablir la démocratie dans le
pays. Des millions de Bélarussiens ont été tués pendant la seconde guerre
mondiale après avoir courageusement combattu les forces hitlériennes.
Pourtant, la liberté nexiste pas encore dans leur patrie. Tous les Etats
membres du Conseil et les observateurs auprès de lOrganisation ont le
devoir de faire en sorte que le Bélarus cesse dêtre le dernier Etat
dictatorial en Europe.
13. LAssemblée appelle le
Secrétaire Général du Conseil de lEurope:
i. à avoir constamment à
lesprit le peuple du Bélarus et à accorder une importance accrue à une
action ciblée en faveur des droits de lhomme, de la démocratie et de la
primauté du droit dans ce pays; et
ii. à affecter, en
coopération avec le Comité des Ministres, des ressources suffisantes aux
projets concernant le renforcement de la démocratie et de la liberté des
médias au Bélarus, en vue de la préparation des élections parlementaires
de lautomne 2004 et visant, plus généralement, à renforcer la
compréhension des normes démocratiques dans le domaine des médias et
lopposition du public à légard de toute atteinte à la liberté
dexpression.
14. LAssemblée invite le
Président de la République du Bélarus, le gouvernement de ce pays et son
Assemblée nationale:
i. à entreprendre une
enquête véritablement indépendante sur la disparition et la prétendue
exécution extrajudiciaire du journaliste Dmitri Zavadski, intervenue il y
a plus de trois ans, et à rendre publics les résultats de ladite enquête,
une condition préalable à cette dernière étant la révocation de M. Victor
Cheîman;
ii. à envisager la
révision des lois pénales et de larticle 5 de la loi sur la presse et les
autres moyens de communication de masse, pour permettre la critique
politique du Président de la République et des membres de lAssemblée
nationale, lhonneur et la dignité du Président et des dirigeants des
organes dEtat ne devant pas être protégés de manière inconditionnelle;
iii. à prendre dûment en
compte larticle 19 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques des Nations Unies, ainsi que les articles 3 et 4 de la loi sur
la presse et les autres moyens de communication de masse, de telle sorte
que les tribunaux du Bélarus ninfligent pas de sanctions pénales
disproportionnées aux médias et aux journalistes qui critiquent le
Président de la République;
iv. à réviser larticle 9
de la loi sur la presse et les autres moyens de communication de masse
afin dabolir lobligation de licence imposée à la presse écrite, qui est
contraire à la liberté de la presse, telle que garantie par larticle 10
de la Convention européenne des Droits de lHomme;
v. à abolir les sanctions
administratives et les réprimandes orales que fait subir aux médias le
ministère de lInformation, lesquelles violent le principe fondamental de
la séparation des pouvoirs entre lexécutif et le judiciaire, et sont
contraires à larticle 10 de la Convention européenne des Droits de lHomme,
la loi sur la presse et les autres moyens de communication de masse devant
être revue en conséquence;
vi. à mettre en
place une législation appliquant pleinement la troisième phrase de
larticle 33 de la Constitution du Bélarus, interdisant tout monopole dEtat
sur les médias, objectif qui doit être atteint par le biais dune moindre
concentration des intérêts dEtat dans les sociétés par actions de médias,
les sociétés dimprimerie et de distribution, la société nationale de
radiodiffusion devant devenir un organe de service public indépendant du
contrôle direct du Président de la République ou dautres institutions dEtat,
conformément à la
Recommendation 1641
(2004) sur le service public de radiodiffusion;
vii. à faire en sorte que
les imprimeurs et les distributeurs de la presse écrite nétablissent
aucune discrimination contre les médias privés indépendants du soutien de
lEtat, ni contre la presse étrangère;
viii. à veiller à
ce que la Commission électorale centrale et la société nationale de
radiodiffusion assurent un accès libre, égal et équitable à lantenne aux
partis politiques ainsi quaux candidats indépendants avant les élections
au Bélarus, les autorités pouvant sinspirer de la
Recommandation N° R(99)15
du Comité des Ministres relative à des mesures concernant la couverture
des campagnes électorales par les médias, ce qui revêt une importance
particulière pour la préparation des élections parlementaires prévues pour
lautomne 2004;
ix. à réviser tous les
décrets présidentiels qui restreignent excessivement le droit de recevoir
et de communiquer des informations sur lEtat, en application de larticle
34 de la Constitution du Bélarus;
x. à faire en sorte que
lAssemblée nationale puisse jouer son rôle de législateur et soit à
lorigine de textes et damendements législatifs dans le domaine des
médias; à cet égard, lAssemblée nationale devrait sefforcer dintroduire
dans la Constitution du Bélarus une disposition analogue aux articles 3 et
4 de la loi sur la presse et les autres moyens de communication de masse,
concernant la liberté de ces derniers et le caractère inadmissible de la
censure;
xi. à sabstenir de
restreindre le droit à la liberté dassociation des journalistes et les
éditeurs, garanti par larticle 22 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques des Nations Unies, et par larticle 11 de la
Convention européenne des Droits de lHomme: les autorités dEtat du
Bélarus ne doivent pas entraver laction de lassociation bélarussienne
des journalistes en intimidant ou harcelant son personnel et ses membres.
15. LAssemblée appelle le
Parlement européen, le Conseil de lUnion européenne et la Commission
européenne à ne plus tolérer la violation systématique par les autorités du
Bélarus des libertés fondamentales garanties aux articles 10 (liberté
dexpression) et 11 (liberté de réunion et dassociation) de la Convention
européenne des Droits de lHomme, ainsi que des articles 11 (liberté
dexpression) et 12 (liberté dassociation) de la Charte des droits
fondamentaux de lUnion européenne, et à prendre les mesures appropriées
dans leurs relations avec le Bélarus.
16. LAssemblée appelle lAssemblée
parlementaire de lOSCE, le Président en exercice de lOSCE et le
représentant de lOSCE sur la liberté des médias à ne plus tolérer la
violation systématique par les autorités du Bélarus des libertés
fondamentales garanties par les articles 10 et 11 de la Convention
européenne des Droits de lHomme et des articles 19 (liberté dexpression)
et 22 (liberté dassociation) du Pacte international relatif aux droits
civils et politiques des Nations Unies, en relation avec les obligations du
Bélarus selon les termes de lActe final dHelsinki et du paragraphe 22 de
la Déclaration au Sommet de lOSCE adoptée à Istanbul, et à prendre les
mesures appropriées contre le Bélarus.
17. LAssemblée appelle les
Nations Unies et, en particulier, leur Commission des droits de lhomme, à
ne jamais tolérer la violation systématique par les autorités du Bélarus des
articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques des Nations Unies, et à prendre les mesures appropriées contre ce
pays.
1.
Discussion par lAssemblée
le 28 avril 2004 (12e séance) (voir
Doc. 10107, rapport de la
commission des questions politiques, rapporteur: M. Pourgourides; et
Doc. 10165, avis de la
commission de la culture, de la science et de léducation, rapporteur: Mme
Muttonen).
Texte adopté par lAssemblée le 28 avril 2004 (12e
séance).