Résolution 1438 (2005)1
Liberté de la presse et conditions de
travail des journalistes dans les zones de conflit
1. LAssemblée parlementaire du Conseil de
lEurope rappelle limportance de la liberté dexpression et dinformation
dans les médias pour les sociétés démocratiques et pour toute personne.
Cette liberté constitue une valeur fondamentale, garantie partout en Europe
par la Convention européenne des Droits de lHomme. Une situation de guerre
ou de conflit ne supprime pas la nécessité de la diffusion dinformations
adéquates par les médias; bien au contraire, elle la rend plus impérieuse
encore.
2. Les journalistes en reportage dans des
zones à risque, telles que des zones de guerre ou de conflit, ou des zones
de non-droit, sont souvent confrontés à des conditions de travail difficiles
et dangereuses, et sont même parfois largement et systématiquement pris pour
cibles par des groupes terroristes cherchant à attirer lattention des
médias, comme actuellement en Irak. Dans certaines circonstances, il
convient donc de mettre en balance, dune part, la liberté dexpression et
dinformation, et, dautre part, dautres considérations fondamentales,
notamment les droits à la vie, à la liberté et à la sécurité, pour les
journalistes. Il ne faut pas transiger sur la protection de ces droits sous
prétexte que la loi du marché exigerait davantage de reportages en
provenance des zones à risque et que le public serait de plus en plus avide
de reportages à sensation.
3. LAssemblée déplore la multiplication
des assassinats, enlèvements et disparitions de journalistes travaillant
dans des zones de conflit ou sur des sujets sensibles, et considère ceux-là
comme des atteintes particulièrement graves à la liberté dexpression et
dinformation dans les médias. La large publicité offerte aux enlèvements de
journalistes et lacceptation des demandes des ravisseurs, tel le versement
de sommes importantes, augmentent considérablement les risques pour les
reporters travaillant dans des zones dangereuses et limitent ainsi la
possibilité, pour le public, dêtre informé correctement.
4. Préoccupée par la situation de la
liberté dexpression et dinformation dans les médias en Irak, lAssemblée
déplore le grand nombre de décès et de disparitions de journalistes survenus
dans ce pays, et le maintien en détention de Florence Aubenas, Hussein Hanoun al-Saadi,
Sorin Dumitru Miscoci,
Marie-Jeanne Ion et
Eduard Ovidiu Ohanesian. Elle demande la libération immédiate des
otages.
5. LAssemblée
rend hommage aux organisations non gouvernementales comme lInternational
News Safety Institute, lInternational Press
Institute, Reporters sans frontières, la Fédération internationale des
journalistes, Article 19 et lInstitute for War & Peace Reporting,
qui apportent une aide et des conseils aux journalistes travaillant dans des
situations dangereuses et des zones de conflit.
6. Se
félicitant de lélaboration, à linitiative de Reporters sans frontières, de
la Charte sur la sécurité des journalistes en zones de conflit ou de
tension, lAssemblée rappelle limportance de nenvoyer dans ces régions que
des journalistes expérimentés et bien préparés, qui partent de leur plein
gré, de leur fournir le matériel de sécurité, de communication et de
premiers secours dont ils ont besoin, de leur apporter une aide
psychologique à leur retour, et de les faire bénéficier dune assurance
couvrant la maladie, les blessures, le rapatriement, linvalidité et le
décès.
7. LAssemblée
rappelle et réaffirme que les journalistes doivent être considérés comme des
civils, en vertu de larticle 79 du Protocole additionnel (I) aux
Conventions de Genève de 1949, à condition quils nentreprennent aucune
action qui porte atteinte à leur statut de personnes civiles et sans
préjudice du droit, pour les correspondants de guerre accrédités auprès des
forces armées, de bénéficier du statut prévu par larticle 4.A.4 de la
Convention (III) de Genève, une fois tombés sous le pouvoir de lennemi.
8. Rappelant la Déclaration du Comité des
Ministres et sa Recommandation no R (96) 4 sur la protection des
journalistes en situation de conflit et de tension, lAssemblée invite tous
les Etats membres et observateurs à se conformer pleinement à ces
dispositions et notamment:
i. à respecter le droit à la liberté
dexpression et dinformation;
ii. à ne pas restreindre lutilisation
des dispositifs de communication, tels que les téléphones fixes ou
mobiles, les téléphones satellites et les appareils de radiocommunication;
iii. à donner des instructions à leurs
forces armées et à leurs forces de police pour quelles apportent une
assistance et une protection aux journalistes;
iv. à faciliter laccès des journalistes
au territoire de leur destination en leur délivrant les visas et les
autres documents de voyage nécessaires;
v. à respecter la confidentialité des
sources utilisées par les journalistes.
9. Tous les Etats membres et observateurs
du Conseil de lEurope sont appelés:
i. à faire en sorte que les journalistes
puissent travailler en toute sécurité sur leur territoire;
ii. à enquêter sur tous les actes de
violence ou les incidents mortels dont sont victimes des journalistes,
survenus sur leur territoire, ainsi quà létranger lorsque leurs forces
armées ou de sécurité peuvent y avoir été impliquées, y compris en cas
dincidents dus à des tirs amis.
10. En outre, lAssemblée appelle les
Etats membres et observateurs du Conseil de lEurope à mettre en place des
programmes obligatoires de formation et dinformation pour les
correspondants de guerre intégrés dans les forces armées, ces programmes
devant se dérouler avant le départ.
11. Les médias devraient indiquer
clairement au public quels reportages ont été réalisés par des
correspondants de guerre intégrés dans les forces armées ou de sécurité.
12. LAssemblée
souligne que, si, pour leur propre sécurité, les journalistes qui sont
intégrés dans les forces armées ou de sécurité ne peuvent travailler que
dans certaines zones, les restrictions
à leurs reportages doivent être réduites au strict minimum
requis pour éviter la divulgation dinformations confidentielles
susceptibles de compromettre les opérations militaires en cours.
13. Les employeurs et les organisations
professionnelles de journalistes devraient organiser des cours pour préparer
les journalistes aux risques dans les zones de conflit. Les médias devraient
déclarer publiquement quaucune rançon ne sera versée aux ravisseurs,
quaucune concession politique ne leur sera accordée et que les déclarations
politiques de journalistes pris en otage sont faites sous la contrainte et
nont donc aucune valeur.
14. Tous les
journalistes et leurs employeurs sont encouragés à adhérer à la Charte sur
la sécurité des journalistes en zones de conflit ou de tension, élaborée par
Reporters sans frontières.
15. Se référant à la Déclaration du Comité
des Ministres sur la protection des journalistes en situation de conflit et
de tension du 3 mai 1996, lAssemblée demande au Secrétaire Général du
Conseil de lEurope daccorder une attention particulière au sort des
journalistes en situation de conflit et de tension, et à suivre
régulièrement les cas des journalistes disparus, détenus, blessés ou tués
dans lexercice de leur profession dans des Etats membres ou observateurs,
ou dans le cadre dopérations militaires ou de maintien de la paix menées à
létranger par des Etats membres ou observateurs du Conseil de lEurope.
1.
Discussion par lAssemblée le 28 avril 2005 (14e séance)
(voir
Doc. 10521, rapport
de la commission de la culture, de la science et de léducation, rapporteur:
M. Jarab).
Texte adopté par lAssemblée le 28 avril 2005 (14e
séance).