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RECOMMANDATION 1276 (1995)[1]
relative au pouvoir
de l'image
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Nous sommes de plus en plus entourés et influencés par l'image: photographie et
cinéma, mais aussi télévision, vidéo et ordinateur. L'image acquiert toujours plus de
force. Cette lame de fond de l'image est si puissante que nous sommes désormais
confrontés à la notion de «réalité virtuelle» entraînant des risques accrus de
manipulation par les images qui illustrent les actualités et les
documentaires.
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La technologie évolue rapidement et l'image franchit les frontières sans rencontrer
d'obstacle. La prolifération des satellites, du câble et des jeux vidéo, ainsi que les
progrès de la télévision numérique ou interactive, de l'image virtuelle, des nouvelles
techniques de publicité télévisuelle et des autoroutes électroniques de la
communication sont tels que les règles du jeu doivent être corrigées. Même si les
responsabilités restent les mêmes, il devient de plus en plus problématique de
s'assurer que celles-ci sont réellement assumées.
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L'image rend compte de la réalité mais transmet également des stéréotypes. Dans
certains cas, elle peut ruiner le message écrit et sert à contourner les règles
applicables à la publicité. La plupart des gens ne savent pas «lire» l'image, ce qui
peut conduire à de nombreuses interprétations erronées et à des manipulations. Pour
réelle qu'elle puisse paraître, l'image ne doit pas être confondue avec la
réalité.
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En Europe centrale et orientale, la population a une longue expérience du lavage de
cerveau et de la manipulation par l'image. Aujourd'hui l'idée simpliste que tout ce qui
était censuré sous le régime communiste, y compris la violence et la pornographie,
venait de l'Occident (et, par conséquent, était bon), est encore très
vivante.
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La disponibilité immédiate des images venant du monde entier joue un rôle
important, car elle modifie la manière dont on regarde la télévision. D'une part, on
nous conduit à penser qu'on assiste à «l'histoire-en-train-de-se-faire» et, d'autre
part, l'importance relative des événements nous est imposée. Cette disponibilité
influe sur les décisions des responsables d'émissions quant au contenu des bulletins
d'actualités et détermine l'ordre de priorité.
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Un des facteurs qui ont le plus influé sur la nature des programmes de télévision
est l'augmentation substantielle du nombre de chaînes apparues à la suite de certaines
dispositions législatives prises au cours des années 80 et ultérieurement.
L'augmentation des chaînes en concurrence pour les mêmes sources de financement ne
pouvait qu'entraîner une baisse du niveau des émissions jusqu'au plus petit
dénominateur commun.
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La société a beaucoup fait pour apprendre aux enfants à lire et à écrire, et
pour lutter contre l'analphabétisme; mais l'interprétation des images, qui fait aussi
partie de l'éducation de base, continue d'être largement négligée. La plupart d'entre
nous sommes toujours convaincus par l'image que nous voyons, par exemple dans les
bulletins d'information. Par ailleurs, les écrans de télévision sont devenus les gardes
d'enfants électroniques d'aujourd'hui et beaucoup trop d'enfants passent beaucoup trop de
temps devant ceux-ci.
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Des problèmes de société, tels que l'absence d'environnement familial et
l'augmentation de la violence, combinés aux indices croissants de l'existence d'un lien
direct entre le fait de regarder la violence et celui d'agir violemment, tous ces
éléments incitent à demander un contrôle plus étroit de celle-ci à la télévision
et une meilleure protection des enfants contre cette violence.
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Douze ans après l'adoption de la Recommandation 963 (1983) relative aux moyens
culturels et éducatifs de réduire la violence, l'Assemblée se déclare à nouveau
préoccupée par la place croissante faite à la violence dans les médias et, en
particulier, à sa représentation dans les médias visuels: télévision, vidéo,
cinéma, publicité, photographie et programmes informatiques. Les problèmes identifiés
à l'époque ont gagné en acuité et la plupart des recommandations formulées sont
encore d'actualité, mais d'une plus grande urgence encore.
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La liberté d'expression - droit de l'homme fondamental - énoncée par l'article 10
de la Convention européenne des Droits de l'Homme devrait être garantie, tout comme la
responsabilité qui est sa contrepartie. Dans certains cas, la restriction de la liberté
d'expression peut se justifier afin de la concilier avec la nécessité de protéger
d'autres droits et libertés, notamment ceux des enfants.
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En
conséquence, l'Assemblée propose la série suivante de principes de base et
recommande au Comité des Ministres de les prendre en considération lorsqu'il établira
une politique dans ce domaine ou lorsqu'il conseillera les gouvernements des États
membres
sur ces mêmes politiques:
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l'autocontrôle et l'adoption de codes de déontologie par les réalisateurs de
programmes télévisuels, les rédacteurs, les réalisateurs de films ainsi que les
réalisateurs et les distributeurs de films vidéo, de jeux vidéo et de programmes
informatiques devraient être fortement accentués, à la seule condition que la
législation nationale sur la vie privée soit respectée;
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une éducation de base au visuel et une sensibilisation aux médias devraient être
inclues dès les premiers stades de l'éducation scolaire;
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la formation des enseignants à l'éducation de base au visuel et à la
sensibilisation aux médias devrait être promue à tous les niveaux de l'enseignement;
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la responsabilité des familles et des parents quant aux programmes de télévision
que regardent leurs enfants devrait être soulignée, la télévision ne doit pas
remplacer les parents ni réduire le temps qu'ils devraient consacrer au développement de
leurs enfants;
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la recherche sur les liens possibles entre la violence à l'écran et le comportement
violent devrait être développée;
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l'attention des professionnels devrait être attirée davantage sur l'influence de
leurs travaux sur les téléspectateurs et le public en général, compte tenu du
développement des nouvelles technologies (de la publicité subliminale à la réalité
virtuelle);
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la création d'associations de téléspectateurs, de lecteurs et de consommateurs
en général devrait être encouragée et des systèmes de doléances devraient être mis
en place là où ils n'existent pas encore;
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le financement du service public de la télévision devrait être garanti dans un
cadre sûr et approprié afin qu'il soit en mesure d'offrir un choix de programmes de
grande qualité sans recourir à la publicité;
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une heure limite avant laquelle des scènes de pornographie ou de violence ne
pourraient être transmises devrait être fixée soit par autocontrôle et par des codes
déontologiques, soit par des cahiers de charges;
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des moyens devraient être trouvés pour encourager la production de programmes de
télévision de grande qualité en Europe;
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les mesures susmentionnées doivent être coordonnées à l'échelon européen le
plus large possible.
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L'Assemblée demande aussi au Comité des Ministres de suivre la mise en uvre,
d'une part, des mesures pour combattre la violence à la télévision (en étroite
collaboration avec les radiodiffuseurs) et, d'autre part, des mesures éducatives de
sensibilisation aux médias.
[1] Discussion par l'Assemblée le 30 juin 1995 (24e séance)
(voir Doc. 7314, rapport de la commission de la culture et de l'éducation, rapporteur: M. Berg).
Texte adopté par l'Assemblée le 30 juin 1995 (24e séance).
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