RÉSOLUTION 1142 (1997)1 relative
aux parlements et médias
1. L'Assemblée est consciente des difficultés auxquelles doit
faire face l'institution parlementaire pour demeurer la pierre angulaire de la
démocratie. Les citoyens de la plupart des pays européens ne se sentent pas
suffisamment, ou pas du tout, associés au débat en cours au sein de leur parlement et ne
connaissent ni son ordre du jour ni ses activités.
2. La communication est de la plus haute importance pour combler le
fossé entre les élus et les citoyens. Les parlements devraient donc encourager une
meilleure coopération avec les médias afin de promouvoir un dialogue public avec les
citoyens.
3. Cependant, pour des raisons de rentabilité, les moyens de
communication de masse obéissent pour la plupart à des critères - par exemple la
nécessité de divertir ou de choisir des faits de caractère événementiel - qui rendent
difficile la couverture médiatique des activités parlementaires.
4. En outre, dans de nombreux pays européens, le désavantage des
parlements en ce qui concerne l'initiative et la prise de décision politique par rapport
aux gouvernements amène les médias à négliger les premiers au profit des seconds. Il
en résulte une perte de crédibilité pour ces parlements.
5. Par la nature même de leurs activités, les parlements ne
peuvent pas réagir aux événements avec la même rapidité que les gouvernements. Par
ailleurs, les longues procédures parlementaires, qui sont essentielles pour un examen
minutieux des textes de loi, ne sont pas en phase avec la diffusion de plus en plus rapide
des informations par les technologies modernes de communication.
6. Le rôle des parlements en tant que forums de débat politique
central s'est amoindri au cours de ces dernières années. La raison réside dans le fait
que les médias lancent des débats et des commentaires minutés et d'un style non
conventionnel.
7. Le paysage médiatique est extrêmement complexe. A côté des
médias voués au sensationnel, qui compromettent l'instauration d'un dialogue constructif
avec le public, les journaux et les revues de qualité, et un service public sérieux de
radiotélévision continuent à couvrir de manière objective un large éventail
d'informations, y compris l'actualité parlementaire. Ils assurent le maintien de normes
élevées en répondant au mieux aux objectifs fondamentaux des médias: informer,
commenter, assurer la communication entre différents groupes sociaux, offrir à l'opinion
publique les moyens de développer un jugement critique.
8. Cependant, leurs exigences de qualité peuvent être mises à mal
par les lois du marché. Ainsi se trouve mise en cause la diversité des médias, si
nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie. Les parlements devraient donc
étudier des mesures visant à préserver le rôle des médias de qualité.
9. Faute de s'adapter aux méthodes de communication modernes, les
parlements pourraient facilement voir leur activité reprise par d'autres médiateurs
utilisant de nouveaux moyens pour exprimer la volonté du peuple. C'est pourquoi les
parlements doivent rester en phase avec les réalités d'une société de communication à
l'échelle mondiale.
10. Un large recours aux nouvelles technologies de l'information
devrait donc être considéré comme un élément important d'une politique des services
de communication des parlements pour assurer le débat public. Mais cela demande des
investissements importants, qui ne peuvent pas être immédiatement supportés par tous
les parlements.
11. L'Assemblée invite les parlements nationaux à étudier
d'urgence des mesures destinées:
i. à assurer une plus grande ouverture du travail parlementaire, y
compris aux réunions des commissions, et à considérer que cette question ne relève pas
simplement de la politique de communication, mais qu'elle constitue une priorité
politique ayant une incidence directe sur le fonctionnement de la démocratie;
ii. à mieux utiliser les méthodes classiques de communication et
les nouvelles technologies de l'information, notamment:
a. en offrant aux médias et tout particulièrement aux journalistes
couvrant l'actualité parlementaire les meilleures conditions de travail possibles;
b. en assurant la diffusion rapide d'informations sur les débats, y
compris par la diffusion rapide
des procès-verbaux et des comptes rendus de séance;
c. en créant des services en ligne permettant une communication
électronique directe avec le public et les journalistes;
d. en fournissant l'accès sans restriction aux documents
parlementaires, de manière à pouvoir encourager le débat public avant le vote d'un
texte de loi;
iii. à faire appel aux conseils de spécialistes de la
communication;
iv. à rendre plus accessibles les textes juridiques aux lecteurs
non spécialisés;
v. à prendre les mesures nécessaires pour mieux se situer dans le
débat politique, en recherchant, par exemple, les cas où la procédure peut être
allégée pour accélérer la prise de décisions;
vi. à promouvoir au sein des services d'information et de
communication l'élaboration de dossiers de présentation des lois qui tiennent compte de
leurs spécificités pour les milieux journalistiques et professionnels particulièrement
concernés;
vii. à organiser des séminaires pour les journalistes concernés
par l'activité parlementaire afin de les familiariser avec les procédures législatives
et les travaux parlementaires, et pour améliorer leurs connaissances des relations entre
les parlements et les institutions internationales. Les journalistes travaillant pour des
journaux locaux ou régionaux ainsi que pour des magazines devraient bénéficier d'une
attention particulière;
viii. à créer sur Internet des réseaux de communication qui
permettent aux citoyens de communiquer de manière interactive, aussi bien avec les élus
qu'avec les services d'information des parlements;
ix. à étudier les moyens d'encourager la création de chaînes
télévisées indépendantes consacrées à l'activité parlementaire, comme c'est le cas
dans un certain nombre de pays européens, aux Etats-Unis et au Canada;
x. à aider, par des mesures fiscales ou autres, les médias
soucieux d'assurer, en toute indépendance, une information de qualité, qui sont menacés
de disparition par les lois du marché.
__________
1. Texte adopté par la Commission Permanente,
agissant au nom de l'Assemblée, le 7 novembre 1997.
Voir Doc. 7905, rapport de la commission des relations
parlementaires et publiques, rapporteur: M. Lekberg.
|