(Extrait de la Gazette officielle du Conseil de lEurope
janvier 1999)
1. Le Conseil de lEurope, de par son Statut, est une organisation essentiellement
humaniste. En même temps, en tant que gardien des droits de lhomme, il doit assurer
la liberté de pensée, de conscience et de religion, proclamée par larticle 9 de
sa Convention européenne des Droits de lHomme. Il doit aussi veiller à ce que la
manifestation de la religion se fasse conformément aux limitations prévues par le même
article.
2. LAssemblée sest déjà intéressée à la diversité des cultures et
des religions en Europe. Leurs coexistence et interaction ont énormément enrichi le
patrimoine européen. LAssemblée rappelle, en particulier, sa Résolution 885
(1987) relative à la contribution juive à la culture européenne, sa Résolution 916
(1989) relative aux édifices religieux désaffectés, ses Recommandation 1162 (1991) et
Directive no 465 relatives à la contribution de la civilisation islamique à la culture
européenne ainsi que sa Recommandation 1291 (1996) relative à la culture yiddish.
3. LAssemblée est également consciente du fait que, même en démocratie,
certaines tensions subsistent entre lexpression religieuse et le pouvoir politique.
Plusieurs problèmes de la société moderne ont aussi une composante religieuse, tels que
les mouvements fondamentalistes intolérants et les actes terroristes, le racisme et la
xénophobie, les conflits ethniques; il faudrait également tenir compte de
linégalité des sexes dans la religion. LAssemblée a déjà examiné
certains de ces problèmes dans sa Recommandation 1202 (1993) relative à la tolérance
religieuse dans une société démocratique et dans sa Recommandation 1222 (1993) relative
à la lutte contre le racisme, la xénophobie et lintolérance. Lextrémisme
nest pas la religion elle-même, mais sa déformation, sa perversion. Aucune des
grandes religions ne prêche la violence. Lextrémisme est une invention humaine,
qui dévie la religion de sa voie humaniste pour en faire un instrument de pouvoir.
4. Il nappartient pas aux hommes politiques de se prononcer sur des questions
dordre religieux. Quant aux religions, elles ne doivent pas chercher à se
substituer à la démocratie et ne doivent pas viser la prise de pouvoir politique; elles
doivent respecter la définition des droits de lhomme contenue dans la Convention
européenne des Droits de lHomme et la prééminence du droit.
5. La démocratie et la religion ne sont pas incompatibles, au contraire. La
démocratie fournit le meilleur cadre à la liberté de conscience, à lexercice de
la foi et au pluralisme de religions. De son côté, la religion, de par son engagement
moral et éthique, les valeurs quelle défend, son sens critique et son expression
culturelle, peut être une partenaire valable de la société démocratique.
6. LEtat démocratique, quil soit laïc ou lié à une religion, doit
offrir à toutes les religions qui respectent les conditions énoncées dans la Convention
européenne des Droits de lHomme des conditions équivalentes pour leur
développement, et leur permettre de trouver leur juste place dans la société.
7. Des problèmes surgissent là où le pouvoir essaie de se servir de la religion à
ses propres fins, ou lorsque les religions essaient dabuser de lEtat afin
datteindre leurs objectifs.
8. Beaucoup de conflits résultent aussi de la méconnaissance réciproque, des
stéréotypes qui en découlent et, en fin de compte, du rejet. Dans un système
démocratique, les hommes politiques ont le devoir déviter que des religions tout
entières soient associées aux actions menées par exemple par des minorités religieuses
fanatiques.
9. Lextrémisme religieux qui encourage lintolérance, les préjugés et/ou
la violence est aussi le symptôme dune société malade et constitue une menace
pour la démocratie. En tant quatteinte à lordre public, il doit être
combattu par les moyens conformes à lEtat de droit et, en tant quexpression
dun malaise social, il ne peut être combattu que si les autorités sattaquent
aux problèmes réels de la société.
10. Léducation est lélément clé pour combattre lignorance et les
stéréotypes. Il est urgent que les cursus scolaires et universitaires soient révisés
afin de promouvoir une meilleure connaissance des différentes religions, et que
léducation religieuse ne se fasse pas au détriment de lenseignement des
religions en tant que partie intégrante de lhistoire, de la culture et de la
philosophie de lhumanité.
11. Les chefs religieux pourraient contribuer à leffort pour combattre les
préjugés, par leurs propos tenus en public et par leur influence sur les croyants.
12. Combattre les préjugés suppose aussi de développer lcuménisme et le
dialogue entre les religions.
13. Par conséquent, lAssemblée recommande au Comité des Ministres
dinviter les gouvernements des Etats membres:
i. à garantir la liberté de conscience et dexpression religieuse dans le cadre
des conditions énoncées dans la Convention européenne des Droits de lHomme, pour
tous les citoyens, et, en particulier:
a. protéger le pluralisme religieux, en offrant des conditions de développement
identiques à toutes les religions;
b. faciliter, dans les limites prévues par larticle 9 de la Convention
européenne des Droits de lHomme, lobservation des rites et coutumes
religieux, par exemple en ce qui concerne le mariage, les vêtements, les jours saints
(avec des possibilités dajustement des jours de congé) et le service militaire;
c. condamner toute tentative de fomenter des conflits intra- et interreligieux à des
fins partisanes;
d. assurer à tous les citoyens la liberté et légalité du droit à
linstruction, sans distinction de leurs croyances et coutumes;
e. assurer à toutes les religions un accès juste et équitable aux médias publics;
ii. à promouvoir léducation en matière religieuse, et notamment:
a. renforcer lapprentissage des religions en tant quensembles de valeurs
envers lesquelles les jeunes doivent développer un sens critique, dans le cadre de
lenseignement de léthique et de la citoyenneté démocratique;
b. promouvoir lenseignement à lécole de lhistoire comparée des
différentes religions, en insistant sur lorigine, sur la similitude de certaines de
leurs valeurs et sur la diversité des coutumes, traditions, fêtes, etc.;
c. stimuler létude de lhistoire et de la philosophie des religions et la
recherche sur les mêmes sujets à luniversité, parallèlement aux études
théologiques;
d. coopérer avec les institutions éducatives religieuses afin dintroduire ou de
renforcer, dans leurs cursus, les aspects portant sur les droits de lhomme,
lhistoire, la philosophie et la science;
e. éviter dans le cas des enfants tout conflit entre léducation
sur les religions promue par lEtat et la foi religieuse des familles, afin de
respecter la libre décision des familles dans ce domaine très délicat;
iii. promouvoir de meilleures relations avec et entre les religions, et surtout:
a. entretenir un dialogue plus régulier avec les chefs religieux et humanistes sur les
grands problèmes de société, qui permettrait de tenir compte des opinions culturelles
et religieuses de la population avant de prendre des décisions politiques, et
dimpliquer les communautés et les organisations religieuses dans la défense de
valeurs démocratiques et dans la promotion didées novatrices;
b. encourager le dialogue interreligieux en donnant la possibilité aux représentants
des différentes organisations religieuses de se réunir pour sinformer et discuter;
c. promouvoir un dialogue régulier entre les théologiens, les philosophes et les
historiens, ainsi quavec des représentants dautres branches de la science;
d. élargir et renforcer la coopération avec des communautés et organisations
religieuses, et plus particulièrement avec celles ayant de profondes traditions
culturelles et éthiques parmi les populations locales en ce qui concerne les activités
sociales, caritatives, missionnaires, culturelles et éducatives;
iv. favoriser lexpression culturelle et sociale des religions, et surtout:
a. assurer des conditions égales pour le maintien et la préservation du patrimoine
mobilier et immobilier de toutes les religions, comme partie intégrante du patrimoine
national et européen;
b. veiller à ce que les édifices religieux désaffectés soient réutilisés dans des
conditions compatibles autant que possible avec lintention qui a
présidé à leur construction;
c. protéger les traditions culturelles et les différentes fêtes religieuses;
d. encourager les uvres sociales et caritatives des communautés et organisations
religieuses;
14. En outre, lAssemblée recommande au Comité des Ministres:
i. de prévoir, dans le cadre de ses projets sur léducation pour une
citoyenneté démocratique et sur lenseignement de lhistoire, des lignes
directrices sur la mise en place de programmes éducatifs relatifs aux points 13. ii. a, b
et c de la présente recommandation;
ii. de continuer de servir de cadre pour des rencontres paneuropéennes entre des
représentants de différentes religions.
______
1. Discussion par lAssemblée le 27 janvier 1999 (5e séance)
(voir Doc. 8270, rapport de la commission de la culture et de léducation,
rapporteur: M. de Puig).
Texte adopté par lAssemblée le 27 janvier 1999 (5e séance).