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Recommandation 1467 (2000)1
Immigration
clandestine et lutte contre les trafiquants
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L'Assemblée parlementaire exprime
l'horreur qu'elle ressent à la suite de la mort tragique dans des
circonstances horribles de cinquante-huit immigrants illégaux d'origine
chinoise découverts dans la remorque d'un camion lors d'une vérification
douanière au port de Douvres. Leur décès met un terme à ce qui a sans
aucun doute été pour eux plusieurs mois d'épreuves pénibles, à suivre les
itinéraires du trafic d'êtres humains en traversant un certain nombre de
pays européens.
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L'Assemblée
parlementaire est profondément préoccupée par le nombre croissant
d'immigrants qui perdent la vie en tentant d'entrer illégalement sur le
territoire d'un Etat membre ou qui vivent fréquemment dans des conditions très
dangereuses ou inhumaines avant, pendant et après leur entrée illégale en
Europe.
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La tragédie
de Douvres ne constitue que la partie visible de l'iceberg du trafic d'êtres
humains. On estime à 30 millions le nombre de personnes qui, chaque année,
traversent illégalement les frontières internationales et entre 400 000
et 500 000 celui des migrants illégaux qui, annuellement, entrent dans
l'Union européenne. On considère que quelque 3 millions de personnes résident
actuellement de façon illégale en Europe, en particulier en Europe du
Sud (Italie, Grèce, Portugal, Espagne) et en Allemagne.
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L'Assemblée
parlementaire condamne fermement le trafic d'êtres humains, qui constitue une
violation des droits fondamentaux de l'homme.
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L'Assemblée
parlementaire rappelle et réaffirme sa Recommandation 1211 (1993)
relative aux migrations clandestines: «passeurs» et employeurs de migrants
clandestins, sa Recommandation 1325 (1997) relative à la
traite des femmes et à la prostitution forcée dans les Etats membres du
Conseil de l'Europe, et sa Recommandation 1449 (2000)
sur la migration clandestine du sud de la Méditerranée vers l'Europe, qui
souligne que l'émigration est un droit de l'homme fondamental. L'Assemblée
attire l'attention sur la contradiction qu'un tel droit n'existe pas pour
l'immigration.
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L'Assemblée
souligne avec force que ceux qui fuient la persécution à la recherche d'une
protection internationale ne devraient en aucune circonstance être refoulés
à la frontière, même s'ils n'ont pas la documentation requise, conformément
aux dispositions de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés
de 1951.
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La
Recommandation 1449
souligne que les restrictions draconiennes mises en
place par les pays européens en matière d'immigration légale accroissent la
probabilité d'entrées illégales en Europe, dans la mesure où elles
encouragent le recours aux services de trafiquants d'êtres humains sans
scrupules, qui utilisent de plus en plus de moyens sophistiqués et inhumains
pour tirer profit des migrations clandestines. L'Assemblée souligne que les
pays européens ne peuvent pas en même temps accroître leurs restrictions à
l'immigration et réduire leur aide au développement. Ils devraient porter
leur aide officielle au développement au niveau fixé sur le plan
international, soit 0,7 % du produit national brut.
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L'Assemblée
est convaincue que, parallèlement au renforcement des mesures de sécurité
et des mécanismes de contrôle aux frontières européennes visant à appréhender
les immigrants clandestins, les Etats membres devraient accroître leur coopération
pour lutter effectivement contre le trafic d'êtres humains et faire tout leur
possible pour trouver des moyens de mettre un terme à cet esclavage moderne
sur leur territoire. Ils devraient également prendre plus au sérieux les
causes premières de l'émigration clandestine et coopérer plus étroitement
avec les pays d'origine des immigrants clandestins.
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L'Assemblée
souligne qu'il convient de créer des possibilités d'immigration légale plus
larges, afin de réduire la pression de l'immigration illégale, et de trouver
des solutions de remplacement aux migrations clandestines. Les possibilités
d'offrir des permis de travail saisonniers ou à durée déterminée doivent
être réétudiées à la lumière de la demande croissante de main-d'?uvre
migrante en Europe.
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L'Assemblée
se félicite de l'engagement d'accroître la coopération dans la lutte contre
le trafic d'êtres humains exprimé dans les déclarations à propos de la
tragédie de Douvres et de la reconnaissance de la nécessité de lutter
collectivement contre le trafic d'êtres humains par le Conseil européen, le
Parlement européen, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe
(OSCE), et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), et
souligne la nécessité, dans ce domaine, d'une coopération
interparlementaire étroite avec le Parlement européen et l'Assemblée
parlementaire de l'OSCE.
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L'Assemblée
recommande par conséquent que le Comité des Ministres:
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engage
une coopération effective entre les Etats membres en vue de réduire
l'immigration illégale et de lutter contre le trafic d'êtres humains:
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en analysant, en collaboration
avec les organisations pertinentes, les causes et les conséquences de
l'immigration illégale en Europe;
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en mettant en commun les informations
et en réunissant des données précises sur chaque aspect des migrations illégales
et du trafic;
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en développant les programmes
de formation et d'aide à destination de ceux qui se trouvent directement en
contact avec les immigrants illégaux;
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en formulant des principes
directeurs en vue d'une politique et d'une législation plus globales et
harmonisées en matière de migrations illégales vers l'Europe;
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en élaborant une convention
visant à lutter contre l'immigration clandestine sous toutes ses formes,
comportant des dispositions destinées à protéger les immigrants illégaux
ainsi qu'à sanctionner les trafiquants et les employeurs d'immigrants illégaux,
et s'inspirant des dispositions de la Résolution 1983/30 du Conseil économique
et social des Nations Unies sur la suppression du trafic de personnes et
l'exploitation de la prostitution d'autrui et de la Résolution 1991/35
sur la suppression du trafic de personnes;
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condamne
la contradiction selon laquelle les Etats membres augmentent leurs
restrictions à l'immigration tout en permettant une stagnation ou une
diminution de leur aide officielle au développement;
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engage
sans délai une coopération effective avec l'Union européenne dans les
domaines susmentionnés, en vue d'élaborer et de mettre en ?uvre une stratégie
paneuropéenne de lutte contre l'immigration clandestine et le trafic d'êtres
humains;
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invite
instamment les Etats membres:
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à respecter dans tous les cas
leurs engagements aux termes de la Convention de Genève relative au statut
des réfugiés de 1951 et de son Protocole de 1967, en particulier
l'article 31 sur les réfugiés en situation irrégulière dans le pays
d'accueil et l'article 33 sur l'interdiction d'expulsion et de
refoulement (« non-refoulement »);
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à accroître les ressources
financières et techniques qu'ils consacrent à la lutte contre le trafic d'êtres
humains;
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en coopération avec
l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), à accroître les
ressources allouées aux programmes d'information et d'éducation sur les réalités
qu'ont de bonnes chances de connaître les migrants clandestins en transit et
au moment d'atteindre le pays choisi;
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de porter leur aide officielle
au développement au chiffre internationalement convenu de 0,7 % du
produit national brut, si ce n'est déjà fait;
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de reconsidérer
leurs propres politiques en matière d'immigration et d'asile, en vue de préserver
l'accès à leur territoire et à leurs procédures d'asile pour les personnes
demandant une protection internationale.
[1] Discussion
par l'Assemblée le 29 juin 2000 (23e séance)
(voir Doc. 8782, rapport de la commission des migrations, des réfugiés et
de la démographie, rapporteur: M. Gross).
Texte adopté par
l'Assemblée le 29 juin 2000 (23e séance).
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