Recommandation
1566 (2002)1
La
coopération culturelle européenne et le rôle futur de lAssemblée
1. LAssemblée
parlementaire a observé de près, depuis ses débuts au Conseil de lEurope,
lévolution de la coopération culturelle européenne. La présente
recommandation fait suite à dautres, dont les plus récentes sont la
Recommandation 1265 (1995) relative à
lélargissement et à la coopération culturelle européenne, et la
Recommandation 1299 (1996) relative à
la coopération culturelle européenne: les activités de lUnion
européenne et les relations avec le Conseil de lEurope.
2. Dans ce contexte, le mot
culture est employé au sens large; il couvre donc (sans ordre de priorité)
les arts, le patrimoine, les médias, la science, léducation, la
jeunesse et le sport.
Les nouveaux défis
3. LAssemblée tient à
reconnaître limportance essentielle de la coopération culturelle
européenne et à réaffirmer la contribution quelle y apporte elle-même
en ce moment au sein du Conseil de lEurope.
4. Dune part, la montée
du terrorisme international a fait mieux prendre conscience de la pertinence
politique des valeurs culturelles, du dialogue interculturel, de léducation
et de la tolérance.
5. Dautre part, la
mondialisation liée notamment au tourisme de masse et aux nouvelles
technologies de linformation fait peser des pressions nouvelles dans
des domaines tels que le patrimoine ou les langues, voire la gastronomie,
appelant des mesures nouvelles pour intégrer loptique culturelle dans la
planification économique du développement durable.
6. En outre, alors que le
processus délargissement du Conseil de lEurope est en voie dachèvement
(il est déjà réalisé en ce qui concerne la Convention culturelle
européenne), le processus délargissement de lUnion européenne ne
fait que commencer, avec les risques quil comporte de créer un nouveau
clivage en Europe sagissant de la culture.
7. On perçoit donc la
nécessité daméliorer la coopération culturelle non seulement au sein
de lEurope (la Grande Europe), mais aussi entre lEurope et les pays
limitrophes, en particulier dans des régions géographiques telles que la
Méditerranée, qui possèdent des liens culturels historiques avec lEurope.
8. Enfin, les changements
inhérents au Conseil de lEurope notamment la dissolution, cette
année, du Conseil de la coopération culturelle (Comité directeur de la
coopération culturelle) nécessitent quon fasse un nouveau bilan de
la coopération culturelle européenne, bilan à létablissement duquel
devra contribuer lAssemblée.
La direction à prendre
9. Léducation et la
culture doivent continuer à occuper une place de premier plan dans la
mission à long terme du Conseil de lEurope. LAssemblée se félicite,
par conséquent, que lon ait inclus la dimension culturelle dans
plusieurs déclarations très importantes adoptées récemment par les plus
hautes autorités de lOrganisation, notamment lors de deux sommets, celui
de Vienne en 1993 et celui de Strasbourg en 1997, et dans la Déclaration de
Budapest pour une Grande Europe sans clivages, que le Comité des Ministres
a adoptée en 1999.
10. LAssemblée nen
regrette pas moins quà limportance de la culture, au sens large du
mot, ne correspondent guère les coupes budgétaires et autres réductions deffectifs
qui ont affecté ce secteur de lactivité de lOrganisation plus que dautres.
11. La culture réapparaît
comme le principal support de la coopération multilatérale depuis les
réajustements occasionnés par lémergence des démocraties en Europe
centrale et orientale, bien que les conflits politiques continuent de se
nourrir des différences culturelles dans certaines régions.
12. Une grande partie de lintérêt
avéré des travaux antérieurs du Conseil de lEurope est à réaffirmer
et à répéter pour ce qui concerne léducation permanente, lapprentissage
des langues et de lhistoire, la conservation intégrée, la participation
des jeunes, la liberté dexpression, la tolérance, le sport pour tous,
etc. La qualité de la vie est un objectif à poursuivre dans lEurope
entière. La coopération culturelle est un moyen de combattre lexclusion
sous toutes ses formes et devrait être poursuivie à très grande échelle.
Léducation (formelle et informelle) demeure la clé à long terme des
progrès économique, social et politique, ainsi que la base de lépanouissement
de lindividu.
13.
De nouveaux défis et objectifs prioritaires sont apparus, doù la
nécessité dune définition permanente des valeurs, que ce soit pour
tenir compte de circonstances sociales, politiques et économiques nouvelles
ou pour y résister. Il ne faut cependant pas tomber dans le travers de
certains gestionnaires, qui pratiquent le changement pour le changement.
14.
Limpact des travaux de lOrganisation souffre dun manque chronique
de suivi. Les principes généraux, les nombreuses recommandations sy
rapportant et les autres propositions faites sont à exprimer en termes plus
clairs, lobjectif étant de les présenter de telle sorte quils soient
efficaces sur le plan local et appréciés par les parlements et les
gouvernements des Etats membres.
Les activités de lAssemblée
au sein du Conseil de lEurope
15. LAssemblée estime
que son apport aux travaux du Conseil de lEurope se caractérise par linitiative,
la complémentarité et linteractivité. Elle se propose:
i. détablir
(quand il nen existe pas) et dentretenir dactives relations de
travail informelles à tous les niveaux des structures du Conseil de lEurope
(ministres, représentants spécialisés des ministres, Congrès des
pouvoirs locaux et régionaux de lEurope, groupes de rapporteurs des
Délégués des Ministres, Secrétariat);
ii. de
réduire en pratique sa participation aux activités institutionnelles
(réunions statutaires et autres) et de la remplacer par des séances dinformation
efficaces et périodiques, avec une participation politiquement plus
pertinente et une planification commune à tous les niveaux appropriés;
iii. de
concentrer ses activités sur des objectifs prioritaires choisis et
complémentaires de ce qui se fait ailleurs dans lOrganisation.
Les activités de lAssemblée
à lextérieur
16. LAssemblée a un
rôle à jouer à lextérieur. Elle sefforcera donc:
i. de promouvoir la
coopération dans le domaine culturel entre les organisations
gouvernementales et les organisations non gouvernementales, par lintermédiaire
des parlements nationaux;
ii. doffrir une
tribune en vue de débats parlementaires sur les activités culturelles
des organisations gouvernementales qui nen possèdent pas (Unesco et
OCDE);
iii. dencourager la
participation de la société civile, et en particulier des jeunes, aux
activités du Conseil de lEurope, sans quil soit nécessaire pour
cela de recourir à des structures formelles.
Le Comité des Ministres
et les activités de coopération culturelle
17. LAssemblée
recommande au Comité des Ministres, au niveau institutionnel:
i. de réexaminer la
représentation de lAssemblée au sein des comités directeurs et de
déterminer, en particulier, sil est approprié de maintenir sa
représentation à part entière au sein des comités créés sur la base
de la Convention culturelle européenne;
ii. de réintroduire, le
cas échéant, la pratique des colloques entre parlementaires et ministres
dans les conférences européennes de ministres spécialisés;
iii. de réexaminer la
suggestion antérieure de lAssemblée, selon laquelle le Comité des
Ministres pourrait se réunir, à loccasion, au niveau des ministres
spécialisés;
et, dune manière plus
générale:
iv. dattribuer un
ordre de priorité élevée dune part à la promotion de la
coopération culturelle européenne dans la totalité des nombreux
domaines concernés (y compris les médias), dautre part à son
intégration dans les principaux domaines daction de lOrganisation
tout entière, de même que de prévoir des ressources appropriées et une
coordination gouvernementale à cette fin;
v. de faire en sorte que
linformation relative aux activités du Conseil de lEurope soit
utilisable au plan national (sous une forme et dans la langue
appropriées);
vi. de poursuivre
activement la coopération avec dautres organisations internationales
(Unesco, OCDE, etc.) comme avec lUnion européenne, en vue détablir
des partenariats effectifs et de mieux partager les ressources
disponibles;
vii. de prendre les
mesures nécessaires pour que lUnion européenne devienne partie à la
Convention culturelle européenne (Conseil de lEurope) et que la Grande
Europe soit incluse dans tout accord de coopération culturelle envisagé
par la Convention européenne (Union européenne);
viii.
de continuer dassocier la société civile, et en particulier les
jeunes, à ces activités.
_________
1.
Discussion par lAssemblée le 24 juin 2002 (17ème
séance) (voir Doc. 9473,
rapport de la commission de la culture, de la science et de léducation,
rapporteur: M. de Puig).
Texte adopté par lAssemblée
le 24 juin 2002 (17ème
séance).