Recommandation
1578 (2002)[1]
Le
Conseil de lEurope face aux nouveaux enjeux de la construction
européenne
1.
Le débat sur lavenir de lEurope, lancé par la Déclaration no 23
annexée au Traité de Nice (décembre 2000) et par la mise en place de la
Convention européenne, lors du Sommet de Laeken, apportera des
modifications majeures à larchitecture institutionnelle européenne.
2.
La multiplication des institutions et des organismes européens depuis la
fin de la seconde guerre mondiale, et lévolution de leurs missions
initiales doivent inciter le Conseil de lEurope à mieux se positionner
sur la scène européenne en précisant clairement le rôle quil entend
jouer dans la construction de lEurope à léchelle du continent.
3.
LAssemblée parlementaire rappelle que le Conseil de lEurope a connu,
depuis le début des années 1990, de profondes modifications dans sa
composition et dans ses objectifs, à la suite de ladhésion de nombreux
Etats de lEurope centrale et orientale. Les deux sommets du Conseil de lEurope
(Vienne en 1993, Strasbourg en 1997), réunissant les chefs dEtat et de
gouvernement, ont renforcé sa dimension politique en développant des
compétences nouvelles en matière de protection des minorités nationales,
de sécurité démocratique, de stabilité politique, et de suivi des
obligations et engagements des Etats membres. Au cours de la dernière
décennie, le Conseil de lEurope a confirmé son expertise dans lélaboration
de normes juridiques et le contrôle de leur application, ainsi que dans lédification
des institutions démocratiques.
4.
LUnion européenne, par la diversification de ses domaines de compétence
(voir le Traité de Maastricht, 1992) et par la signature de la Charte des
droits fondamentaux lors du Sommet de Nice (décembre 2000), intervient de
plus en plus dans des secteurs considérés jusquici de la compétence
statutaire du Conseil de lEurope. De nouveaux rapports de coopération,
entre le Conseil de lEurope, lUnion européenne, et dautres
organisations européennes comme lOrganisation pour la sécurité et la
coopération en Europe (OSCE), doivent être proposés afin déviter des
chevauchements inutiles dactivités.
5.
Au regard de ses principes fondamentaux en matière de démocratie
pluraliste, de respect des droits de lhomme et de prééminence du droit,
le Conseil de lEurope doit réaffirmer sa mission essentielle, qui est de
veiller à lunification pacifique et à la stabilité démocratique de lEurope,
tout en consolidant son rôle de forum politique au niveau paneuropéen. Il
doit continuer à souligner la contribution indispensable de son Assemblée,
qui représente la dimension parlementaire de ce forum pour la Grande
Europe. Il doit continuer à promouvoir les éléments dune identité
démocratique européenne, basée sur la défense des droits de lhomme,
le développement dune culture de paix et de dialogue, dont il est le
porteur et le garant.
6.
LAssemblée rappelle que le Conseil de lEurope constitue un forum
politique privilégié et irremplaçable de contacts entre des pays qui ne
feront probablement pas partie de lUnion européenne et les pays de lUnion.
Il est la seule structure authentiquement européenne et continentale au
sein de laquelle tous les Etats européens coopèrent sur un pied dégalité.
7.
LAssemblée parlementaire évalue positivement laction du Conseil de lEurope
et déplore que ses réalisations ne soient pas davantage connues sur la
scène internationale. Elle regrette en même temps linsuffisance
des moyens accordés au Conseil, qui risque de porter atteinte à lefficacité
de son action.
8.
Afin de promouvoir limage de lOrganisation et de répondre aux
attentes des citoyens, le Conseil de lEurope devrait organiser
régulièrement des manifestations publiques et développer des programmes,
notamment éducatifs, encourageant le respect des droits de la personne
humaine, ledialogue interculturel et interreligieux, et la promotion des
valeurs européennes communes qui façonnent nos sociétés et nos
identités. Dans ce contexte, lAssemblée parlementaire se déclare
prête à organiser un colloque qui définirait, à la lumière des missions
développées jusque-là par le Conseil de lEurope, de nouvelles
perspectives correspondant aux enjeux de la construction européenne.
9.
LAssemblée parlementaire se réfère à son Avis no 208
(1999) «Construire la Grande Europe sans clivages» (rapport du Comité des
sages), selon lequel lUnion européenne doit être considérée comme le
partenaire naturel du Conseil de lEurope. Partageant les mêmes idéaux,
à savoir la construction dune Europe pacifique, stable et prospère, le
Conseil de lEurope et lUnion européenne doivent développer davantage
leur coopération et leurs liens institutionnels.
10.
En conséquence, lAssemblée parlementaire recommande au Comité des
Ministres:
i.
de renforcer la contribution de lOrganisation, en fonction des nouveaux
défis auxquels lEurope doit faire face, et de recentrer ses activités
dans le domaine où sa valeur ajoutée est la plus forte: la sécurité
démocratique. Les activités liées au monitoring, à la
réglementation des élections, à laction judiciaire de la Cour
européenne des Droits de lHomme ou à la protection des minorités
devraient être renforcées en particulier, car elles correspondent à des
domaines dans lesquels le Conseil de lEurope bénéficie dune
expertise reconnue et inégalée;
ii.
de prendre les dispositions nécessaires pour permettre ladhésion de lUnion
européenne au Statut du Conseil de lEurope, ce qui permettrait, à
terme, une répartition des tâches plus opérationnelle et consoliderait
le Conseil de lEurope en tant quOrganisation couvrant la zone
démocratique proche de lUnion européenne;
iii.
de proposer à lUnion européenne/Communauté européenne:
a.
dadhérer à la Convention européenne des Droits de lHomme, afin
dharmoniser les systèmes de protection des droits de lhomme et de
garantir à tout citoyen de lUnion le respect des droits fondamentaux
de la Convention européenne des Droits de lHomme;
b.
douvrir un bureau à Strasbourg pour renforcer sa présence auprès
du Conseil de lEurope et dutiliser plus efficacement ses
possibilités de coopération, en vertu des textes existants;
iv.
dinviter les gouvernements des Etats membres de lUnion européenne
à mieux coordonner leurs politiques, afin, dune part, déviter les
doubles emplois dans les activités développées par lUnion
européenne et le Conseil de lEurope, et profiter au mieux du potentiel
de complémentarité de leurs actions, et, dautre part, de transmettre
aux citoyens des Etats membres des messages cohérents et clairs sur la
politique européenne;
v.
dinstitutionnaliser lorganisation des sommets du Conseil de lEurope,
pour bénéficier des impulsions politiques au plus haut niveau, en vue de
promouvoir les activités de lOrganisation et de réaffirmer sa
spécificité sur la scène internationale. A cet égard, lAssemblée
rappelle sa Recommandation 1568 (2002), sur lavenir
de la coopération entre les institutions européennes, proposant dorganiser
un troisième sommet, consacré à lévaluation de la place du Conseil
de lEurope dans la future architecture institutionnelle de lEurope,
qui devrait être organisé en 2003, à la veille du premier
élargissement de lUnion à lest;
vi. de
renforcer, tout en la rationalisant, la coopération et la coordination
entre le Conseil de lEurope et lOSCE, compte tenu des missions
spécifiques et des avantages comparatifs respectifs des deux
organisations, afin que la communauté internationale puisse adresser des
messages cohérents. Pour ce faire, lélaboration dun accord-cadre
général de coopération et des mémorandums daccord spécifiques
semblent les instruments les plus adéquats;
vii.
détudier la mise en place dune «troïka» comprenant des
représentants de haut niveau du Conseil de lEurope, de lUnion
européenne et de lOSCE, ce qui permettrait aux trois institutions dexaminer
ensemble la contribution que chacune delle envisage dapporter aux
questions spécifiques dintérêt commun, compte tenu de leurs mandats
respectifs.
________
[1].
Discussion par lAssemblée le 24 septembre 2002 (27e
séance) (voir Doc. 9544,
rapport de la commission des questions politiques, rapporteur: M.
Prisàcaru).
Texte
adopté par lAssemblée le 24 septembre 2002 (27e
séance).