Recommandation 1637 (2003)1
Coopération
paneuropéenne en matière denvironnement: le rôle du Conseil de lEurope
après la Conférence ministérielle de Kyiv et le Sommet de Johannesburg
1. La Conférence
des Nations Unies sur lenvironnement et le développement qui sest tenue à
Rio de Janeiro en 1992 a reconnu la nécessité dune démarche régionale dans
lapplication des dispositions de la Déclaration de Rio et de lAgenda 21.
Cette nécessité a été confirmée dernièrement au Sommet mondial sur le
développement durable, qui a eu lieu à Johannesburg en 2002.
2. Guidée par
les changements politiques dans les pays dEurope centrale et orientale et
par louverture de nouvelles perspectives daction commune qui en découlait,
lEurope a été la première à entendre cet appel mondial à la prise
dengagements régionaux, notamment par le biais du processus «Un
environnement pour lEurope» (EPE) qui a été conçu afin de permettre aux
pays en transition de parvenir à un degré de protection de lenvironnement
équivalant à celui des pays développés de la zone paneuropéenne.
3. La 5e
Conférence ministérielle paneuropéenne «Un environnement pour lEurope», qui
sest tenue à Kyiv du 21 au 23 mai 2003, a été le premier rassemblement de
haut niveau organisé sur le thème de lenvironnement et du développement
durable depuis le Sommet mondial de Johannesburg sur le développement
durable, avec la responsabilité particulière dintégrer et dadapter aux
circonstances du paysage européen les objectifs et les moyens définis sur le
plan mondial. LAssemblée parlementaire se félicite que lon ait nettement
perçu, lors de cette importante conférence, la volonté politique dappliquer
les décisions du Sommet de Johannesburg tendant à «renforcer le pilier
environnement du développement durable aux niveaux mondial, régional,
sous-régional et national».
4. LAssemblée
parlementaire sintéresse de près aux conférences ministérielles
paneuropéennes depuis la conception même de linitiative EPE à Dobris, en
1991. Elle na dailleurs cessé dapporter à celle-ci son entier soutien
politique et de convenir de la pertinence dune coopération paneuropéenne
pour garantir la paix, la stabilité et le développement durable, en Europe
comme au-delà. La
Recommandation 1284 (1996)
et la
Résolution 1076 (1986)
ont été adoptées à cette fin par lAssemblée après la 3e Conférence
ministérielle, tenue à Sofia en octobre 1995, qui avait insisté sur la
nécessité dactions concrètes de la part des gouvernements, et souligné en
particulier le rôle des parlements nationaux et des assemblées
parlementaires, ainsi que lutilité de la contribution que ces derniers
peuvent apporter à une protection et à une gestion plus efficaces de
lenvironnement.
5. LAssemblée
note avec satisfaction que, douze ans après la 1re Conférence
ministérielle paneuropéenne «Un environnement pour lEurope», organisée au
château de Dobris (dans ce qui était alors la Tchécoslovaquie), létat de
lenvironnement sest amélioré à plusieurs égards dans lEurope entière et
que lon a assisté à une extension significative de la coopération
européenne pour protéger lenvironnement et promouvoir le développement
durable.
6. Elle se
félicite également que le processus EPE offre aux ministres de lEnvironnement
loccasion de sattaquer aux graves problèmes environnementaux que
connaissent, en particulier, les pays dEurope centrale et orientale, et de
créer des liens entre différents acteurs et initiatives.
7. LAssemblée
se réjouit ainsi que le processus EPE devienne une importante plate-forme de
dialogue et de coopération, non seulement entre gouvernements, mais aussi
pour les organisations internationales, les organisations non
gouvernementales et le secteur privé. Elle apprécie, à cet égard, les
efforts accomplis à Kyiv pour renouveler les structures de coopération en
tenant compte de ces nouvelles possibilités.
8. LAssemblée
salue aussi la publication du rapport dévaluation de Kyiv par lAgence
européenne pour lenvironnement (AEE) et du document intitulé Ten Years
of UNECE Environmental Performance reviews. Elle se félicite également
de la signature de trois protocoles multilatéraux juridiquement
contraignants ayant trait, respectivement, aux inventaires des rejets ou
transferts de polluants (Convention dAarhus), à lévaluation stratégique
environnementale (Convention dEspoo), ainsi quà la responsabilité civile
et à lindemnisation en cas de dommages causés par les effets
transfrontaliers daccidents industriels sur des eaux transfrontalières et
de la Convention-cadre sur la protection et le développement durable des
Carpates.
9. LAssemblée
estime cependant que, malgré les progrès accomplis dans de nombreux pays
pour renforcer leur capacité à élaborer et mettre en uvre des politiques
environnementales efficaces, ainsi quà intégrer les considérations
environnementales dans la politique suivie en dautres matières, de
nombreuses questions et préoccupations subsistent. Apparues durant les dix
années qui ont séparé le Sommet mondial de Rio, en 1992, et celui de
Johannesburg, en 2002, elles exigent des Etats, notamment européens, quils
entreprennent une action politique plus vigoureuse pour sattaquer aux
problèmes environnementaux et créer des sociétés plus durables, dans le
droit-fil des orientations données et des engagements pris lors du récent
Sommet de Johannesburg.
10. A cet égard,
lAssemblée réitère les préoccupations quelle a exprimées dans sa
Recommandation 1594
(2003),
à savoir que la Déclaration de Johannesburg ainsi que le plan dapplication
qui laccompagne accordent fort peu dattention aux problèmes de protection
de lenvironnement et ne fixent aucun but réellement précis en dehors de ce
qui concerne leau.
11. LAssemblée
considère que les déclarations politiques ne suffisent pas, de nos jours, à
garantir une approche du développement durable fondée sur des politiques
environnementale, sociale et économique équilibrées et se soutenant
mutuellement. Ce quil faut, cest que les Etats, les régions, les
collectivités locales et la société civile se fixent des buts précis et
décident dactions concrètes, afin de mettre en uvre les dispositions de la
récente Déclaration de Johannesburg et son plan dapplication, et quils
élaborent un mécanisme de suivi approprié pour amener les Parties
contractantes à honorer les engagements quelles ont souscrits au regard des
processus de lEPE et de Johannesburg.
12. En
conséquence, lAssemblée est persuadée que lEurope doit conserver lélan
quelle a pris et renforcer son rôle dinitiateur et de moteur. Il importe
de faire montre en Europe de la volonté politique qui a fait défaut à
Johannesburg. LEurope a besoin dune politique vraiment paneuropéenne qui
ait pour but dharmoniser la qualité de lenvironnement et les politiques en
la matière sur le continent, ainsi que dy assurer la paix, la stabilité et
le développement durable.
13. De même, les
insuffisances actuelles de la législation, de la mise en uvre et du cadre
institutionnel nécessitent durgence une rationalisation des processus
environnementaux européens et une amélioration de la politique
environnementale paneuropéenne.
14. LAssemblée
reconnaît le travail considérable et important que le Conseil de lEurope a
accompli en trente-cinq ans pour que lenvironnement figure à lordre du
jour politique des Etats membres. Elle soutient pleinement la participation
du secteur intergouvernemental au lancement, dans le cadre de lEPE, de la
Stratégie paneuropéenne de la diversité biologique et paysagère (SPDBP), qui
représente une approche européenne exhaustive de la protection de la
diversité biologique et paysagère, ainsi que de lintégration de celle-ci
dans un contexte mondial de développement durable.
15. LAssemblée
considère aussi quil est important de poursuivre les objectifs de la
Résolution de Kyiv sur la biodiversité en adoptant dun commun accord
lobjectif ambitieux de réduire le volume des pertes de diversité biologique
et paysagère dici à 2011.
16. LAssemblée
prend part également à lélaboration et au perfectionnement des instruments
du Conseil de lEurope concernant lamélioration du patrimoine naturel et
laccroissement de la qualité de la vie, comme la Convention de Berne, et
dautres instruments régionaux de coopération pour la conservation de la
biodiversité.
17. LAssemblée
affirme également son engagement en faveur du processus de «Un environnement
pour lEurope» (EPE) et souligne le rôle que les parlements nationaux et les
assemblées parlementaires jouent dans lamélioration de la protection et de
la gestion de lenvironnement, notamment en promouvant les mécanismes
nécessaires et la coopération avec les organisations de la société civile.
18. Compte tenu
de ce qui précède, lAssemblée recommande au Comité des Ministres:
i. dinviter
les gouvernements des Etats membres à donner suite et à mettre en uvre
les décisions prises au Sommet mondial sur le développement durable de
Johannesburg et à la 5e Conférence ministérielle paneuropéenne
«Un environnement pour lEurope» de Kyiv, à renforcer le pilier
environnemental du développement durable aux niveaux mondial, régional et
sous-régional, ainsi quà promouvoir les partenariats dans la poursuite
des objectifs de la Déclaration de Johannesburg, de son plan dapplication
et de la Déclaration de Kyiv;
ii. de
promouvoir, dans tous les secteurs de lOrganisation, les activités qui
présentent un rapport avec les objectifs du Plan dapplication de
Johannesburg, et détablir ainsi des mécanismes de suivi et de mise en
uvre appropriés;
iii.
dorganiser le secteur intergouvernemental du Conseil de lEurope de
lenvironnement de manière que lOrganisation puisse continuer à jouer
pleinement son rôle dans la mise en uvre de la Stratégie paneuropéenne de
la diversité biologique et paysagère, et à apporter sa contribution au
suivi du Sommet de Johannesburg;
iv. de
demander aux gouvernements des Etats membres quils encouragent la
signature et la ratification des instruments juridiques internationaux et
régionaux pertinents pour la conservation et lutilisation durable du
patrimoine naturel, et en particulier les conventions du Conseil de
lEurope sur la protection de lenvironnement;
v.
dencourager les Etats membres et observateurs à favoriser léthique
environnementale en élaborant une charte européenne de principes généraux
pour la protection de lenvironnement et le développement durable.
1.
Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de lAssemblée,
le 25 novembre 2003 (voir
Doc. 9985,
rapport de la commission de lenvironnement, de lagriculture et des
questions territoriales, rapporteur: M. Meale).