Résolution 1313 (2003)[1]
Coopération culturelle
entre l'Europe et les pays du sud de la Méditerranée
1.
L'Europe est constituée de pays de cultures et de traditions
différentes. Ce qui unit les quarante-quatre pays du Conseil de l'Europe
est leur adhésion à un ensemble de valeurs: la démocratie, le respect des
droits de l'homme et de l'Etat de droit, ainsi que leur volonté de
coopérer sur un projet d'avenir commun, tout en préservant la
spécificité culturelle de chacun.
2.
L'Assemblée parlementaire est convaincue que les valeurs défendues par
le Conseil de l'Europe sont universelles et estime que la meilleure
manière de réagir à la mondialisation est d'utiliser ce phénomène
pour coopérer avec des pays non européens qui partagent certaines de ces
valeurs, en commençant par ceux qui leur sont le plus proche.
3.
Les relations entre l'Europe et les pays du sud de la Méditerranée -
qui ont tous signé la Charte des Nations Unies et la Déclaration
universelle des droits de l'homme - peuvent et doivent être
améliorées. La culture, qui comprend l'éducation, le patrimoine et les
arts, la science, la jeunesse, le sport et les médias, s'y prête plus
particulièrement.
4.
Des tensions existent un peu partout dans le monde, englobant des aspects
économiques, politiques, sociaux, mais aussi culturels. On constate une
certaine incompréhension et des malentendus. L'Assemblée rejette l'explication
facile de ces tensions comme un choc des civilisations. Il y a certes des
différences culturelles importantes entre les peuples, mais ces
différences devraient conduire au dialogue plutôt qu'à la
confrontation.
5.
Considérant la laïcisation des institutions politiques en Europe comme une
conquête, l'Assemblée reconnaît toutefois la contribution positive à
la civilisation européenne des diverses traditions culturelles et
religieuses à savoir le judaïsme, l'islam et notamment le christianisme.
6.
Le Conseil de l'Europe ne prétend pas apporter des solutions globales et
définitives à tous les problèmes. L'Assemblée, quant à elle, est
persuadée qu'une amélioration des relations culturelles entre l'Europe
et les pays du sud de la Méditerranée apporterait un début de solution
aux problèmes plus vastes.
7.
Pour qu'une telle amélioration porte ses fruits, celle-ci doit s'appuyer
sur une forte volonté politique, tant en Europe que dans les pays du sud de
la Méditerranée. Beaucoup de choses restent à changer.
8.
De son côté, l'Assemblée pourrait conclure des accords de coopération
avec les parlements des pays du sud de la Méditerranée, comme première
étape vers l'octroi du statut d'observateur.
9.
L'Assemblée s'engage notamment:
i.
à développer les contacts entre les pays de l'Europe et les pays du
sud de la Méditerranée, dans les domaines de l'éducation, du
patrimoine et des arts, de la science, de la jeunesse, du sport et des
médias;
ii.
à stimuler la coopération culturelle, notamment avec les parlementaires
du sud de la Méditerranée et les organisations internationales telles
que les organisations culturelles de la Ligue arabe (Alecso) et de la
Conférence islamique (Isesco);
iii.
à promouvoir le dialogue et la coopération culturelle avec d'autres
pays et régions proches de l'Europe et partageant son histoire,
notamment le Liban.
10.
L'Assemblée s'adresse simultanément et parallèlement aux autorités
compétentes des Etats membres du Conseil de l'Europe et à celles de l'Algérie,
de l'Egypte, de la Libye, du Maroc, de la Mauritanie et de la Tunisie en
leur demandant de considérer la coopération culturelle entre l'Europe et
les pays du sud de la Méditerranée comme une priorité et notamment:
dans le domaine de l'éducation:
i. de collaborer pour
éliminer les stéréotypes, les préjugés et les contrevérités
réciproques dans les différents systèmes éducatifs, en procédant à
une révision conjointe des manuels scolaires, en particulier des manuels
d'histoire;
ii. de promouvoir l'apprentissage
de la langue arabe en Europe et des langues européennes dans les pays du
sud de la Méditerranée, à tous les niveaux de l'enseignement;
iii. d'encourager la
création de départements de langue et de culture arabes dans les
universités européennes, et de départements de langues et de cultures
européennes dans les universités du sud de la Méditerranée;
iv. d'instaurer les
mécanismes nécessaires pour l'échange des étudiants et des
professeurs, en développant et en élargissant le concept Erasmus, et en
facilitant l'obtention des visas;
v. d'établir les
systèmes nécessaires pour la reconnaissance des qualifications à partir
du niveau secondaire, en se référant - en particulier pour l'enseignement
supérieur - aux principes, objectifs et méthodes du processus de
Bologne ainsi qu'à la Convention Conseil de l'Europe/Unesco sur la
reconnaissance des qualifications relatives à l'enseignement supérieur
de la région Europe (Convention de Lisbonne, STE no 165);
dans le domaine de la
culture:
vi. d'encourager la
traduction et la publication des livres fondamentaux de la culture arabe
en Europe et des cultures européennes dans les pays du sud de la
Méditerranée, y compris les auteurs contemporains, ainsi que des études
concernant les problèmes d'actualité;
vii. de créer et de
développer des contacts et des échanges entre artistes, avec des
expositions mixtes, des festivals de musique, de théâtre, de cinéma;
viii. de faciliter des
contacts et des rencontres de culture populaire (folklore, cuisine et
coutumes traditionnelles);
ix. de
collaborer dans le domaine des politiques de migrations, de manière à ce
que les immigrés en provenance du sud de la Méditerranée deviennent les
vrais intermédiaires entre les cultures des pays d'origine et celles
des pays d'accueil;
dans le domaine de la
religion:
x.
de garantir la liberté de conscience et d'expression religieuse, de
rejeter l'intégrisme, de promouvoir le respect des différences
religieuses, en offrant des conditions de développement équivalentes à
toutes les religions;
xi. d'encourager des
rencontres entre responsables des différentes religions, en favorisant l'?cuménisme
et en ouvrant la voie à un véritable dialogue interreligieux;
xii. de favoriser l'organisation
des débats entre intellectuels et théologiens en ce qui concerne la
compatibilité des pratiques religieuses avec les droits de l'homme (y
compris l'impact sur les femmes) tels qu'ils sont énoncés dans la
Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l'homme
et la Convention européenne des Droits de l'Homme;
xiii. d'assurer que les
systèmes éducatifs prodiguent les connaissances de base concernant les
différentes religions du monde;
dans le domaine des
médias:
xiv. d'encourager les
chaînes de télévision publiques du Nord et du Sud à développer des
programmes concertés et, à long terme, à étudier la création d'une
chaîne de télévision euro-méditerranéenne;
xv. de développer, dans
les médias de responsabilité publique, des programmes d'information
axés sur les réalités politiques, économiques, sociales et
culturelles, afin d'assurer une information objective: dans le Nord sur
les sociétés arabo-musulmanes et dans le Sud sur les sociétés
européennes;
xvi. d'encourager la
coopération entre journalistes d'Europe et des pays du sud de la
Méditerranée en matière de déontologie professionnelle;
xvii. d'inciter le
travail commun sur Internet en créant des sites et des portails mixtes,
et des espaces virtuels (universités, salles de presse, entreprises,
forums culturels), où l'échange serait immédiat et permanent, et en
appuyant les programmes Galileo (de navigation par satellite), et Eumedis,
et en élargissant le programme Eureka;
dans d'autres
domaines:
xviii. d'encourager la
coopération et les rencontres entre les femmes européennes et celles des
pays du sud de la Méditerranée, à propos des libertés, des droits de
la personne et de l'égalité des chances entre les femmes et les
hommes;
xix. de constituer des
réseaux de contacts et de coopération entre jeunes, dans divers secteurs
d'activité, pour les parlementaires, les étudiants de différents
degrés et spécialités, les membres de congrégations religieuses, les
artistes, les sportifs, etc.;
xx. d'étudier les
possibilités d'organiser en commun des événements sportifs amateurs
ou professionnels, par exemple en réadaptant et en relançant les jeux de
la Méditerranée;
xxi. d'encourager la
participation des pays du Sud aux programmes de recherche scientifique
impliquant les gouvernements, les universités, les laboratoires, les
industries et les entreprises, notamment à ceux qui mèneraient à un
transfert de technologie;
xxii. de promouvoir une
politique de jumelages entre les collectivités locales européennes et
celles du sud de la Méditerranée, en établissant une étroite
coopération, surtout dans les domaines culturels;
xxiii. de favoriser la
coopération touristique Nord-Sud, et surtout le tourisme culturel, de
relier les systèmes de promotion touristique des deux côtés et d'encourager
la création d'itinéraires, de programmes et d'échanges culturels;
xxiv. de soutenir les
initiatives du processus de Barcelone, telles que Euro Med Héritage, Euro
Med Audiovisuel, et Culture 2000, ainsi que le développement du Forum
civil, et de créer des instances de coopération plus larges dans ce
domaine, en y associant tous les pays du Conseil de l'Europe aux pays du
sud de la Méditerranée.
[1].
Discussion par l'Assemblée le 28 janvier 2003 (3e
séance) (voir Doc. 9626,
rapport de la commission de la culture, de la science et de l'éducation,
rapporteur: M. de Puig).
Texte adopté par l'Assemblée
le 28 janvier 2003 (3e séance).
|