Recommandation
1666 (2004)1
Interdire le
châtiment corporel des enfants en Europe
1. LAssemblée
parlementaire relève que, pour satisfaire aux exigences de la Charte sociale
européenne et de la Charte sociale européenne révisée, daprès le Comité
européen des Droits sociaux, il convient pour les Etats membres dinterdire
tous les châtiments corporels et toutes les autres formes de châtiment et de
traitement dégradant à lencontre des enfants. Cinq Etats membres ne
satisfont pas à leurs engagements car ils nont pas de fait interdit tous
les châtiments corporels; une procédure de réclamation collective a été
ouverte contre cinq autres Etats membres pour cette même raison.
2. LAssemblée
note également que la Cour européenne des Droits de lHomme en est venue à
conclure, par des arrêts successifs, que les châtiments corporels violaient
les droits de lenfant tels que garantis par la Convention européenne des
Droits de lHomme; ces conclusions ont visé tout dabord les châtiments
corporels dans les établissements pénitentiaires pour jeunes délinquants,
puis à lécole, y compris dans les écoles privées, et, tout récemment, dans
le cadre familial. Par ailleurs, tant la Commission européenne des Droits de
lHomme, jusquen 1998, que la Cour ont souligné que linterdiction de tout
châtiment corporel nétait pas une violation du droit au respect de la vie
privée et familiale ou à la liberté de religion.
3. LAssemblée
constate que tous les Etats membres ont ratifié la Convention des Nations
Unies sur les droits de lenfant; cette convention exige des Etats quils
protègent les enfants contre toutes formes de violence physique ou mentale
infligée par des adultes qui en ont la garde. Le Comité des droits de
lenfant, qui veille à lapplication de la convention, a constamment
interprété cette dernière comme exigeant des Etats membres à la fois
linterdiction de tous les châtiments corporels à légard des enfants, et
des actions de sensibilisation et déducation du public en ce domaine.
4. LAssemblée
se félicite de linitiative mondiale actuellement lancée pour mettre un
terme à tous les châtiments corporels infligés aux enfants; elle souhaite se
joindre au soutien que lui apportent dores et déjà lUnicef, lUnesco, le
haut-commissaire des Nations Unies pour les droits de lhomme, le
commissaire aux droits de lhomme du Conseil de lEurope, le Réseau européen
des médiateurs pour enfants (Enoc), et de nombreuses institutions des droits
de lhomme et des organisations non gouvernementales nationales et
internationales à travers lEurope.
5. LAssemblée
estime que tous les châtiments corporels infligés aux enfants violent leur
droit fondamental au respect de leur dignité humaine et de leur intégrité
physique. Le maintien de la légalité des châtiments corporels dans certains
Etats membres est une violation du droit tout aussi fondamental des enfants
à une protection devant la loi à égalité avec les adultes. Dans nos sociétés
européennes, frapper un être humain est prohibé et lenfant est un être
humain. Il faut casser lacceptation sociale et juridique du châtiment
corporel des enfants.
6. LAssemblée
est inquiète de constater que, jusquà présent, seule une minorité dEtats
sur les quarante-cinq Etats membres a interdit officiellement les châtiments
corporels au sein de la famille et dans tous les autres contextes. Si par
ailleurs tous les Etats membres ont interdit les châtiments corporels à
lécole, y compris dans les écoles privées et dans dautres institutions
éducatives, linterdiction ne sétend pas nécessairement aux foyers
dadoption et à tous les autres systèmes de garde. En outre, cette
interdiction nest pas, toujours et partout, respectée.
7. LAssemblée
invite donc le Comité des Ministres du Conseil de lEurope à lancer, dans
lensemble des Etats membres, une campagne coordonnée et concertée pour
labolition de tous les châtiments corporels infligés aux enfants. LAssemblée
note les succès du Conseil de lEurope quant à labolition de la peine de
mort et elle demande à lOrganisation de satteler de la même façon à faire
de lEurope, sans tarder, une zone exempte de châtiment corporel pour les
enfants.
8. Elle invite
le Comité des Ministres et les autres organes concernés du Conseil de
lEurope à mettre durgence en place des stratégies, y compris une
assistance technique, pour uvrer avec les Etats membres à la réalisation de
cet objectif, et en particulier:
i. pour
garantir une large sensibilisation des enfants, de tous ceux qui vivent et
travaillent avec eux et du public en général à linterdiction de tous les
châtiments corporels et autres humiliations et traitements inhumains ou
dégradants dont sont victimes les enfants;
ii. pour
assurer une large sensibilisation aux droits fondamentaux des enfants,
notamment au droit au respect de leur dignité en tant quêtre humain et de
leur intégrité physique;
iii. pour
promouvoir des formes positives, non violentes, déducation des enfants et
de résolution des conflits auprès des futurs parents, des parents et de
toute autre personne ayant des enfants à charge ainsi quauprès du public;
iv. pour
donner aux enfants et aux adolescents la possibilité dexprimer leur point
de vue et de participer à la conception et à la mise en uvre des actions
visant à éradiquer les châtiments corporels;
v. pour faire
en sorte que tous les parents, et en particulier ceux qui éprouvent des
difficultés à élever leurs enfants, aient accès aux conseils et à laide
dont ils ont besoin;
vi. pour
veiller à ce que les enfants bénéficient, de manière confidentielle,
davis et de conseils, ainsi que dune représentation juridique pour agir
contre les violences dont ils sont lobjet;
vii. pour
garantir des formes effectives et appropriées de protection aux enfants
particulièrement vulnérables aux punitions qui leur portent préjudice et
les humilient par exemple les enfants handicapés et les enfants en
institutions ou en détention;
viii. pour
veiller à ce que les châtiments corporels et autres formes dommageables et
humiliantes de discipline infligés aux enfants soient incorporés dans la
définition des violences domestiques ou familiales et à sassurer que les
stratégies de suppression des violences punitives contre les enfants
soient intégrées aux stratégies de lutte contre les violences domestiques
ou familiales.
9. LAssemblée
invite enfin le Comité des Ministres à recommander aux Etats membres:
i. de se doter
dune législation appropriée qui prohibe les châtiments corporels aux
enfants, notamment au sein de la famille;
ii. de
contrôler leffectivité de labolition au moyen denquêtes régulières sur
lexpérience de la violence des enfants chez eux, à lécole et ailleurs,
ainsi que lefficacité des services de protection infantile, et
lexpérience et le comportement des parents face aux violences infligées
aux enfants;
iii.
de veiller à lapplication effective des arrêts de la Cour européenne des
Droits de lHomme en la matière et à celle des conclusions pertinentes du
Comité européen des Droits sociaux.
1
Discussion par lAssemblée
le 23 juin 2004 (21e séance) (voir
Doc. 10199,
rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la
famille, rapporteuse: Mme Bargholtz).
Texte adopté par lAssemblée le 23 juin 2004 (21e séance).