Recommandation 1681 (2004)1
Campagne pour lutter contre la
violence domestique à lencontre des femmes en Europe
1. LAssemblée
parlementaire est extrêmement préoccupée par lampleur et la progression de
la violence domestique à lencontre des femmes, et constate que ce grave
phénomène concerne lensemble des Etats membres du Conseil de lEurope.
2. Lurgence de
ce phénomène doit obliger les Etats membres du Conseil de lEurope à
considérer le problème de la violence domestique comme une priorité
politique nationale et à le traiter dans un cadre politique élargi, en
associant les gouvernements, les parlements et la société civile. Les Etats
membres sont tenus en vertu du droit international de prendre, avec la
diligence voulue, des mesures efficaces pour mettre fin à la violence à
lencontre des femmes, notamment à la violence domestique, et pour protéger
ses victimes/survivantes. Sils ne veulent pas avoir à en porter eux-mêmes
la responsabilité, les Etats doivent prendre des mesures efficaces pour
prévenir et punir les actes de ce genre commis par des acteurs privés, afin
de protéger les victimes/survivantes.
3. Dans sa
Recommandation 1582 (2002)
relative à la violence domestique à lencontre des femmes, lAssemblée avait
proposé différentes mesures pour combattre cette violence. Elle avait
préconisé la condamnation pénale des actes de violence domestique, une
meilleure protection judiciaire, psychologique et financière aux victimes,
et le lancement dune année européenne contre la violence domestique afin
que ce phénomène ne demeure plus tabou.
4. LAssemblée
constate que, lorsque des Etats mènent des campagnes de sensibilisation
nationale et adoptent des mesures législatives, judiciaires et financières
appropriées, la lutte contre la violence domestique progresse car les
victimes sont mieux informées de leurs droits et lopinion publique prend
davantage conscience de la gravité de ce phénomène. Pour cette raison, elle
ne peut que regretter que le Comité des Ministres, dans sa réponse à la
Recommandation 1582 (2002), nait pas donné suite à la demande de lancer une
campagne européenne contre la violence domestique.
5. Elle reste
convaincue que lorganisation dune campagne paneuropéenne contre la
violence domestique incitera les Etats membres à prendre les mesures
urgentes qui simposent. Cette campagne, qui pourrait être menée en étroite
coopération avec la Commission européenne, le Parlement européen et les
organisations non gouvernementales (ONG), devrait sarticuler autour de
trois axes essentiels: la prévention, lassistance aux victimes et
linformation du grand public.
6. LAssemblée
se félicite des différentes initiatives actuellement en cours au sein de
plusieurs parlements nationaux et se déclare dores et déjà prête à prendre
les mesures nécessaires afin de contribuer au succès de ces initiatives.
Elle décide également de sengager dans lorganisation et dans la mise en
uvre dune campagne paneuropéenne pour lutter contre la violence domestique
en 2006.
7. LAssemblée
recommande, en conséquence, au Comité des Ministres:
i. de traiter
le phénomène de la violence domestique dans le cadre du 3e
Sommet des chefs dEtat et de gouvernement du Conseil de lEurope;
ii. de
sengager à mener en 2006 une campagne paneuropéenne de lutte contre la
violence domestique, en coopération avec les acteurs européens et
nationaux tels que la Commission européenne, le Parlement européen, les
associations et les ONG;
iii. de
constituer au sein du Conseil de lEurope un groupe ad hoc ayant pour
tâche:
a.
de définir et dharmoniser les différents paramètres de cette campagne
paneuropéenne;
b.
de mettre en place un mécanisme de suivi pour évaluer les progrès
accomplis par les Etats;
c.
détablir des instruments permettant de quantifier lévolution de la
violence domestique à léchelle paneuropéenne;
d.
de formuler des propositions dactions à chaque Etat membre en vue, sur
le plan national:
dorganiser une campagne de sensibilisation nationale, au plan des
ministères et du grand public, en coopération étroite avec les
parlements nationaux, les acteurs locaux, les associations et les ONG;
de
renforcer les mesures de protection et dassistance aux victimes, en
leur proposant notamment une aide durgence sur les plans juridique,
médical, psychologique et financier, et en assurant une formation
adaptée aux forces de police et de justice, et de renforcer également
le soutien aux ONG travaillant auprès des victimes de la violence
domestique;
dadopter des sanctions pénales à lencontre des auteurs dactes
domestiques violents, y compris en matière de viol marital, et de
prévoir un accompagnement psychologique pour prévenir toute récidive;
de
sinspirer des bonnes pratiques mises en uvre dans dautres Etats
membres, tels quen Autriche où la loi fédérale de 1997 permet, entre
autres, à la police dinterdire à lauteur dacte de violence laccès
au domicile familial, et assure doffice une protection et un soutien
aux victimes;
de
développer des instruments permettant de mesurer, sur les plans
quantitatif et qualitatif, lévolution de cette violence et
lefficacité des mesures pour la prévenir et la combattre;
de
soumettre des rapports réguliers aux organismes de défense des droits
de lhomme sur lévolution de la violence domestique à lencontre des
femmes et sur les mesures prises pour la prévenir et la combattre.
1.
Discussion par lAssemblée
le 8 octobre 2004 (32e séance) (voir
Doc. 10273,
rapport de la commission sur légalité des chances pour les femmes et les
hommes, rapporteur: M. Branger).
Texte adopté par lAssemblée
le 8 octobre
2004 (32e séance).