Recommandation 1688 (2004)[
Cultures de diaspora
1. Les cultures
de diaspora résultent de la dispersion de communautés dans le monde entier;
le plus souvent cette dispersion est forcée ou est due à des raisons
historiques. Les communautés diasporiques représentent et entretiennent une
culture différente de celle des pays où elles se trouvent, et, afin de
sauvegarder leur culture, elles conservent souvent des liens étroits avec
leur pays dorigine (réel ou perçu comme tel) ainsi quavec dautres
communautés de même origine. Cest là un phénomène essentiellement culturel
qui nest pas forcément en rapport avec les migrations.
2. On connaît
bien certaines cultures de diaspora dont lorigine est claire et qui ont
fait lobjet dune dispersion forcée, par exemple celle des Juifs, celles
des Arméniens, des Grecs, des Irlandais, des Italiens et, plus récemment,
celle des peuples balkaniques. Cependant, la majorité des pays du monde et,
par conséquent, la plupart des Etats membres du Conseil de lEurope,
reconnaissent en fait leur propre culture diasporique. En outre, bien que
certaines cultures de diaspora soient relativement méconnues, la majorité
des Etats membres «accueillent» un grand nombre de cultures de diaspora
différentes.
3. LAssemblée
parlementaire se rend bien compte que ces cultures sont dutiles réseaux
pour les échanges intellectuels, culturels et pédagogiques à travers toute
lEurope et dans le monde entier. Elles occupent une place essentielle dans
la promotion de la diversité culturelle, de la compréhension interculturelle
et de la tolérance.
4. LAssemblée
est convaincue que les cultures de diaspora peuvent profiter à la fois aux
pays dorigine et aux pays dinstallation. Elle se félicite donc si la
politique des migrations séloigne de lassimilation et atteint un point
déquilibre entre lintégration et le maintien de liens avec les pays
dorigine. Elle estime que les institutions du Conseil de lEurope et des
Etats membres ont un rôle à jouer dans lamélioration des relations entre
les cultures de diaspora et les gouvernements des pays dorigine et
dinstallation.
5. LAssemblée
souligne aussi, inversement, la nécessité pour les communautés de diaspora
de se conformer à la législation des pays dinstallation, de reconnaître la
langue et lenseignement de ces derniers et de respecter leur culture.
6. Bien que lon
ait prêté beaucoup dattention à la situation des communautés migrantes et à
leurs relations avec le pays hôte, lon sest relativement peu penché sur
les relations entre ces communautés et celles que chacune entretient avec
son pays dorigine. LAssemblée rappelle, à cet égard, ses
Recommandations 1410 (1999)
et
1650 (2004)
relatives aux liens entre les Européens vivant à létranger et leur pays
dorigine. Une politique plus dynamique simpose, toutefois, pour promouvoir
les cultures des communautés diasporiques.
7. Cest
pourquoi lAssemblée recommande que le Comité des Ministres demande aux
gouvernements et aux autorités compétentes des Etats membres:
i. de
reconnaître que les cultures de diaspora font partie intégrante de la
culture et de la civilisation européennes modernes, et que les communautés
de diaspora font partie intégrante à la fois de la société de leur pays
dorigine et de leur pays dinstallation;
ii. de
chercher à améliorer les relations culturelles que les communautés
diasporiques entretiennent avec leur Etat dorigine et leur Etat
dinstallation, en examinant la manière dont les cultures diasporiques
sont représentées dans la culture et la société de ces Etats, ainsi que
les politiques gouvernementales à légard des cultures en question;
iii. dengager
activement le dialogue avec les communautés diasporiques afin de
comprendre et de satisfaire leurs besoins particuliers en matière de
culture, de langue et denseignement;
iv. de
faciliter les relations entre communautés diasporiques dans les pays
dinstallation aussi bien quentre ces pays, afin daccroître la
compréhension et les échanges culturels entre les communautés considérées
(par exemple au moyen de la radiodiffusion par satellite, de lécrit,
dexpositions dans les musées ou de programmes déchanges culturels);
v. de saisir
les occasions déchanges supplémentaires, par exemple en utilisant les
représentations diplomatiques (ambassades et consulats), les installations
des pouvoirs locaux et dautres infrastructures publiques, ainsi quen
faisant un usage efficace du secteur privé;
vi. de
promouvoir la compréhension des cultures diasporiques dans la société
européenne moderne, par lenseignement, les médias et la culture, en
ciblant les individus qui vivent dans les Etats membres et en couvrant
tous les aspects des cultures de diaspora, y compris les faits consécutifs
aux récents événements terroristes et nationalistes.
8. LAssemblée
recommande également au Comité des Ministres:
i. de
reconnaître le rôle du Conseil de lEurope dans la promotion des relations
entre les différentes composantes culturelles du réseau diasporique: les
cultures de diaspora, les communautés appartenant à une diaspora, les pays
dorigine (réels ou perçus) et les pays dinstallation;
ii. dexaminer
le rôle d«intermédiaire» culturel que le Conseil de lEurope pourrait
jouer au sein dun tel réseau pour identifier les moyens dencourager,
dans le domaine culturel, linteraction entre les pays dorigine, les pays
hôtes et les communautés diasporiques;
iii. de
veiller à ce que toutes les diasporas présentes dans laire couverte par
le Conseil de lEurope jouissent des mêmes conditions de liberté et de
tolérance, et soient traitées conformément à des instruments tels que la
Convention européenne des Droits de lHomme, la Convention-cadre pour la
protection des minorités nationales et la Charte européenne des langues
régionales ou minoritaires;
iv.
daccroître le rôle des organisations gouvernementales et non
gouvernementales dans la protection et létude des cultures de diaspora;
v. détudier
les nouvelles voies techniques à suivre pour soutenir et développer les
liens culturels entre communautés diasporiques en ce qui concerne la
protection et la promotion des cultures diasporiques.
1.
Texte adopté par la Commission permanente,
agissant au nom de lAssemblée, le 23 novembre 2004
(voir
Doc. 10342,
rapport de la commission de la culture, de la science et de léducation,
rapporteur: Mme Petrova-Mitevska).