Recommandation
1704 (2005)1
Référendums:
vers de bonnes pratiques en Europe
1.
Dans un certain nombre dEtats membres du Conseil de lEurope,
la pratique du référendum sinscrit dans une longue tradition politique;
dans dautres, la participation des citoyens au processus de décision
par la voie référendaire est une acquisition plus récente, coïncidant
avec leur passage au pluralisme et à la démocratie représentative.
2.
LAssemblée parlementaire considère le référendum comme un des instruments
permettant aux citoyens de participer à la prise de décision politique;
elle reconnaît également la contribution essentielle de la société civile
organisée dans le cadre de la démocratie participative.
3.
Indépendamment des différences dans lévolution historique, la portée,
la fréquence et limpact, depuis quelques années, le recours au
référendum dans lensemble des Etats membres du Conseil de lEurope
tend à progresser. Cela tient en partie au nombre élevé de référendums
organisés lors de ladoption de modifications constitutionnelles
dans les pays dEurope orientale depuis la fin des années 1980.
La principale explication de cette progression est toutefois liée à lorganisation
de référendums dans le cadre du processus dintégration de lUnion
européenne: entre 1972 et 2003, les citoyens de 23 pays ont exprimé leur
opinion sur les grandes étapes de lélargissement de lUnion,
lors de 41 référendums nationaux.
4.
Cette tendance se poursuivra dans les deux années qui viennent. En fait,
les référendums nationaux organisés dans le contexte de la ratification
du Traité constitutionnel de lUnion pourraient être loccasion
du plus grand scrutin populaire européen de tous les temps: 250 millions
de personnes dans 10 pays au moins seront appelées à dire leur accord
ou leur désaccord avec le plus ambitieux projet dintégration européenne
jamais conçu à ce jour. Le poids politique de ce vote populaire sera
lui aussi sans précédent, puisque la prise de position négative de lélectorat
dun pays pourra avoir une incidence sur la ratification du traité dans
tous les autres. De même, la position des membres de lUnion concernant
la candidature dun nouveau pays sera déterminée, dans certains
cas, par des référendums nationaux.
5.
Convaincue de la complémentarité de la démocratie directe et de la démocratie
représentative, lAssemblée parlementaire recommande le recours
au référendum en tant que moyen dancrer solidement la légitimité démocratique
des décisions politiques, de renforcer la responsabilité des institutions
représentatives, daccroître louverture et la transparence
de la prise de décision, et de stimuler la participation directe du corps électoral
au processus politique. La complémentarité entre démocratie directe et
démocratie représentative implique que les référendums ne devraient pas être
considérés comme une alternative à la démocratie parlementaire et ne
devraient pas être utilisés abusivement pour miner la légitimité et la
primauté des parlements en tant quorganes législatifs.
6.
Dans ce contexte, lAssemblée rappelle les activités du projet intégré «Les
institutions démocratiques en action» et plus particulièrement la Conférence
sur lavenir de la démocratie en Europe (Barcelone, 17-19 novembre
2004), qui a défini la participation du citoyen comme un secteur prioritaire
pour le Conseil de lEurope et qui a exprimé son appui au développement
dinnovations dans le domaine de la démocratie directe, notamment
du référendum. En outre, le Livre vert réalisé à la demande du Secrétaire
Général du Conseil de lEurope dans le cadre du même projet recommande
la rédaction par le Conseil de lEurope dun manuel sur le
référendum et linitiative populaire.
7.
LAssemblée souscrit pleinement à cette triple démarche. Tout dabord,
réaffirmant la position exprimée dans sa Résolution
1353 (2003) «Lavenir
de la démocratie: renforcer les institutions démocratiques», lAssemblée
estime que le recours au référendum devrait être encouragé comme moyen
de renforcer le processus démocratique dans les Etats membres du Conseil
de lEurope et de réduire la distance entre les électeurs et les
décideurs.
8.
En second lieu, consciente du fait que, même dans des démocraties, en
certaines occasions, les référendums ont été utilisés pour légitimer
des politiques antidémocratiques, lAssemblée considère que le Conseil
de lEurope devrait promouvoir de bonnes pratiques en matière de
référendum, afin de réduire tout abus possible, y compris le risque dun
usage de cet instrument pour contourner le principe de la primauté du
droit ou pour miner la légitimité dinstitutions représentatives.
9.
La promotion de bonnes pratiques en matière de référendum devrait comporter
lélaboration de principes directeurs destinés aux Etats membres
du Conseil de lEurope, ainsi que la diffusion dexemples des
meilleures pratiques, lassistance technique et la mise en uvre
dactivités de coopération. A ce propos, lAssemblée rappelle
que le Conseil de lEurope a déjà produit des lignes directrices
sur les référendums au niveau local, jointes en annexe à la Recommandation
no R (96) 2 du Comité des Ministres aux Etats membres
concernant les référendums et les initiatives populaires au niveau local,
ainsi que sur les référendums constitutionnels, avec les lignes directrices
adoptées par la Commission européenne pour la démocratie par le droit
(Commission de Venise) lors de sa 47e réunion plénière (6-7
juillet 2001). La Commission de Venise travaille actuellement à lélaboration éventuelle
de principes directeurs généraux pour les référendums.
10.
LAssemblée rappelle également certains instruments du Conseil de
lEurope, qui devraient être pris en considération pour lélaboration
de lignes directrices et la promotion de bonnes pratiques, notamment
la Recommandation
1516 (2001) de lAssemblée
relative au financement des partis politiques, la Recommandation Rec(2003)4
du Comité des Ministres aux Etats membres sur les règles communes contre
la corruption dans le financement des partis politiques et des campagnes électorales,
ainsi que les lignes directrices adoptées par la Commission de Venise
sur le financement des partis politiques (2001) et sur la législation
relative aux partis politiques: questions spécifiques (2004).
11.
Enfin, lAssemblée partage la conviction que, en uvrant à la
promotion de bonnes pratiques en matière de référendum, le Conseil de
lEurope aidera ses Etats membres à mieux répondre aux défis de
la démocratie participative dans les sociétés modernes. A cet égard,
deux innovations ressortent par leur urgence: dune part, lextension
du droit de vote lors des référendums locaux aux immigrés résidant légalement
dans les Etats membres du Conseil de lEurope, dans le droit-fil
des efforts déployés par le Conseil de lEurope pour amener ses
Etats membres à accorder le droit de vote aux élections locales aux immigrés
en situation régulière, conformément à la Convention de 1992 sur la participation
des étrangers à la vie publique au niveau local; dautre part, lintroduction
de la possibilité de tenir des référendums à tous les niveaux où se prennent
des décisions déterminant laction des pouvoirs publics, que ce
soit au plan local, régional ou national.
12.
Confirmant ses prises de position antérieures, lAssemblée souligne
que la participation populaire directe au processus de décision exige
que les électeurs soient adéquatement informés des questions sur lesquelles
porteront les décisions, ainsi que du processus de décision démocratique
en général. Ayant à lesprit ces considérations, le Conseil de lEurope
devrait intensifier ses activités concernant la sensibilisation aux médias
et léducation à la citoyenneté démocratique, également dans le
contexte de lélaboration de bonnes pratiques en matière de référendum.
13.
L Assemblée recommande, en conséquence, au Comité des Ministres:
i.
en prenant en considération le travail antérieur du Conseil de lEurope
en ce domaine ainsi que le travail en cours de la Commission de Venise,
de rédiger une recommandation adressée aux Etats membres comportant des
lignes directrices relatives aux référendums, qui devraient mentionner:
a. la
nécessité dun cadre juridique national clair pour la tenue de
référendums;
b. qui
peut prendre linitiative dun référendum, en indiquant clairement
que linitiative populaire devrait toujours être possible;
c. la
campagne référendaire, y compris les modalités dinscription des
candidats, le financement de la campagne référendaire et les garanties
du pluralisme;
ii.
de rassembler et diffuser des exemples de bonnes pratiques en matière
de référendum, mettant particulièrement en lumière la reconnaissance
du droit de vote des immigrés légalement et habituellement résidents
dEtats membres du Conseil de lEurope pendant une période
donnée et la promotion de la pluralité des niveaux auxquels les référendums
peuvent être organisés;
iii.
de donner la priorité, parmi ses activités, à la sensibilisation aux
médias et à léducation à la citoyenneté démocratique, et de faire
figurer ces questions dans ses exemples de bonnes pratiques en matière
de référendum;
iv.
si nécessaire, de mettre en place des programmes dassistance et
de coopération pour aider un ou plusieurs des Etats membres à mettre
en uvre les bonnes pratiques en matière de référendum;
v.
de continuer à encourager le recours au vote électronique, conformément à ses
Recommandations Rec(2004)11 sur les normes juridiques, opérationnelles
et techniques relatives au vote électronique, et Rec(2004)15 sur la gouvernance électronique
(«e-gouvernance»);
vi.
dinviter les Etats membres du Conseil de lEurope:
a. à signer
et à ratifier la Convention du Conseil de lEurope sur la participation
des étrangers à la vie publique au niveau local;
b. à introduire
la possibilité de tenir des référendums aux niveaux local, régional
et national, et à informer les électeurs de cette possibilité par des
moyens appropriés;
c. à accorder
le droit de vote lors des référendums locaux aux étrangers qui résident
légalement dans leur pays depuis cinq ans, par analogie avec les dispositions
sur la participation aux élections locales contenues dans la Convention
sur la participation des étrangers à la vie publique au niveau local;
d. à assurer
que leur électorat ait les moyens de prendre une décision éclairée
et pondérée, et quil soit conscient de limportance politique
de son vote dans tous les référendums qui lui seront proposés, y compris
les référendums à venir sur le Traité constitutionnel de lUnion
et sur la question de lélargissement de cette dernière;
vii.
dinviter lUnion européenne à faire plus largement usage des
instruments de la démocratie directe dans son processus de décision et,
dans ce contexte, à mener une étude de faisabilité sur linstitution
dun référendum au niveau de lUnion.
1. Discussion
par lAssemblée le 29 avril 2005 (16e séance) (voir Doc.
10498, rapport de
la commission des questions politiques, rapporteur: M. Elo).
Texte adopté par lAssemblée le 29 avril 2005 (16e séance).