Résolution 1449 (2005)1
Lenvironnement et les objectifs du
Millénaire pour le développement
1. En septembre 2000, lAssemblée générale
des Nations Unies a adopté à lunanimité la Déclaration du Millénaire. Les
objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) font partie de la
feuille de route relative à la mise en uvre de la Déclaration du Millénaire
en relevant le défi mondial le plus important pour le développement. Un
sommet sur les suites données à la Déclaration du Millénaire se tiendra en
septembre 2005 pour évaluer les progrès accomplis entre-temps et émettre des
directives quant à la réalisation des OMD. Le développement durable est au
cur des OMD, ce que devraient refléter les décisions à prendre lors de la
réunion des Nations Unies de septembre 2005.
2. LAssemblée parlementaire rappelle,
dune part, sa
Résolution 1318 (2003)
sur la mondialisation et le développement durable où sont mis en lumière
les liens entre la mondialisation, les risques planétaires et les
responsabilités partagées, liens qui nécessitent une action concertée de la
communauté internationale et, dautre part, sa
Résolution 1319 (2003)
sur le suivi du Sommet mondial sur le développement durable: un défi commun,
dans laquelle lAssemblée expose les manières dont laction parlementaire
peut contribuer utilement au développement durable sur le plan mondial.
3. LAssemblée se réjouit de lengagement
pris par les chefs dEtat et de gouvernement des Etats membres du Conseil de
lEurope datteindre les OMD définis dans la Déclaration et le Plan daction
du Sommet de Varsovie du 17 mai 2005, et en particulier à la mention du
«droit de chacun de vivre dans un environnement sain et équilibré» (Plan
daction, IV-3) et de «Promouvoir le développement durable» (Plan daction,
II-7).
4. Lobjectif consistant à assurer un
environnement durable (OMD 7) comprend des buts précis qui sont dintégrer
les principes denvironnement durable dans les politiques et programmes
nationaux, de renverser la tendance à la perte des ressources
environnementales, de réduire de moitié, avant 2015, la proportion de
personnes nayant pas accès à leau potable ni à des installations
sanitaires de base, ainsi que daméliorer sensiblement, dici à 2020, les
conditions de vie dau moins 100 millions de personnes qui habitent à
lheure actuelle dans des taudis.
5. Les buts sinscrivant dans lOMD 7 sont
loin dêtre atteints et il reste beaucoup à faire pour tenir compte des
impératifs environnementaux. Outre limportance dassurer un développement
durable partout dans le monde, lenvironnement est aussi crucial pour
atteindre les autres OMD; en effet, un environnement propre et sain est une
condition nécessaire pour pouvoir atteindre les OMD relatifs à
lamélioration de la santé humaine ainsi quà léradication de la pauvreté
et de la faim.
6. Les politiques sectorielles nationales
en rapport avec lenvironnement, lagriculture, la pêche, lénergie et
léducation peuvent exercer une influence considérable sur les politiques
daide et de développement des pays industrialisés, donc aussi sur la
réalisation des OMD. Plusieurs pays, y compris ceux de lUnion européenne,
étudient à lheure actuelle les manières dont des politiques autres que
celle de laide peuvent contribuer à accélérer la réalisation des OMD.
7. Lévaluation des écosystèmes pour le
Millénaire, publiée en mars 2005, a montré que 60 % des éléments
décosystème favorables à la vie sur terre, tels que leau douce, lair pur
et un climat relativement stable, sont dégradés ou utilisés de manière non
durable. Il est possible de réduire les pressions que lhomme exerce sur les
ressources naturelles, mais cela exige quon traite la nature dune manière
radicalement différente à tous les niveaux de décision et quon élabore des
modes de coopération nouveaux entre les gouvernements, les industriels et la
société civile.
8. Les OMD sont très ambitieux, mais ils
pourront encore être atteints dici à 2015, grâce à leffort intensif de
toutes les parties pour améliorer la gouvernance, assurer la participation
de la société civile, mobiliser les ressources nationales, accroître laide
dans une mesure substantielle et procéder à des réformes politiques
appropriées au niveau mondial, par exemple dans le domaine du commerce.
9. LAssemblée reconnaît le grand impact
que les choix et décisions personnelles prises en Europe ont dans dautres
parties du monde. Elle reconnaît aussi le défi pour lEurope de sattaquer
aux incidences de ses propres schémas de production et de consommation sur
lenvironnement mondial, et souligne la nécessité de découpler la croissance
économique de la dégradation de lenvironnement.
10. LAssemblée souligne limportance de
mettre en balance le coût de linaction avec laccroissement du coût de
laction future. Elle rappelle sa Recommandation 1653 (2004) sur la
«comptabilité environnementale» en tant quinstrument pour le développement
durable, dans laquelle elle soulignait que ladoption dun tel système de
comptabilité à tous les niveaux de gouvernement permettrait aux décideurs
politiques de connaître les incidences environnementales des mesures quils
prennent, ainsi que dintégrer la variable «environnement» dans leurs
processus de prise de décision, rendant ainsi plus perceptibles les effets
environnementaux de la politique gouvernementale.
11. LAssemblée soutient pleinement les
plans de lUnion européenne qui ont pour objet d«en faire davantage» afin
datteindre les OMD en insistant sur la nécessité daccroître laide
officielle, daccélérer les réformes consistant à améliorer la qualité de
laide, de repenser la manière dont lUnion européenne influe sur les
conditions du développement et de faire en sorte que lAfrique soit le
principal bénéficiaire de ces nouvelles approches, tout en saisissant les
nouvelles possibilités de partenariat entre les deux continents.
12. LAssemblée juge inacceptable que,
dans le monde, 1,2 milliard dhumains naient pas accès à leau potable et 2,6
milliards à des installations sanitaires de base. Elle reconnaît que les
gouvernements de lUnion européenne versent chaque année 1,4 milliard
deuros pour lapprovisionnement en eau et lévacuation des eaux usées dans
les pays en voie de développement, outre les ressources supplémentaires
fournies par des associations de la société civile.
13. Elle se félicite de la tenue de la
Journée mondiale de leau, le 22 mars 2005, qui inaugurait la Décennie
internationale daction des Nations Unies «Leau, source de vie»
(2005-2015). Elle se réjouit aussi de lorganisation dune Semaine
européenne de solidarité sur les questions de leau à Strasbourg, du 17 au
21 octobre 2005, avec la participation du Conseil de lEurope et la tenue
dun colloque conjoint de lAssemblée et du Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux du Conseil de lEurope. Cette manifestation sera une contribution
au 4e Forum mondial de leau qui aura lieu à Mexico en mars 2006
sur le thème des «Actions locales pour relever un défi mondial».
14. Les pays membres du Conseil de
lEurope occupent une position favorable pour ce qui est de laccès à de
meilleures sources dapprovisionnement en eau, mais la qualité de leau
potable y est souvent inférieure aux normes de base, ce qui fait courir un
risque grave à la santé publique. Le taux daccès aux installations
sanitaires de base y est élevé, mais lentretien des égouts pose un problème
dans beaucoup de pays. Le but consistant à intégrer les principes de
développement durable dans les politiques et programmes nationaux appelle
des améliorations dans tous les pays, et les Etats membres du Conseil de
lEurope ont besoin dintensifier leurs efforts tendant à rendre leurs
politiques sectorielles plus écologiques.
15. Compte tenu de ces éléments, lAssemblée
recommande aux Etats membres:
i. dassurer laccès de tous à leau et
aux installations sanitaires, qui doit être considéré comme un droit de
lhomme fondamental;
ii. de faire face au fardeau qui pèse
sur les pouvoirs locaux en ce qui concerne lapprovisionnement en eau et
les installations sanitaires , ainsi que daccroître les capacités des
collectivités territoriales (dans les domaines technique, technologique et
financier) pour parvenir à ce but;
iii. daméliorer la gouvernance relative
à leau et de faciliter la décentralisation des processus de décision en
matière deau et dinstallations sanitaires;
iv. délaborer des plans intégrés pour
la gestion et lefficacité des ressources en eau, y compris en établissant
les cadres législatifs et institutionnels nécessaires à cette fin;
v. de soutenir, par leur engagement
total, lInitiative de lUnion européenne pour leau, qui doit contribuer
à atteindre les objectifs globaux relatifs à leau potable et aux
installations sanitaires en mobilisant un large éventail de partenaires
afin daccroître à tous les niveaux la coordination et la coopération
relatives aux questions concernant leau, dans le cadre dune politique
générale de gestion intégrée des ressources en eau, axée sur les bassins
hydrographiques;
vi. dintensifier les efforts visant à
réduire les modes de production et de consommation non durables par la
réglementation, des incitations financières, des réformes fiscales
écologiques, linformation du public et léducation;
vii. dintégrer les questions
environnementales dans le dialogue avec les pays partenaires et de les
soutenir dans le respect de leurs obligations découlant daccords
environnementaux;
viii. dinclure la gestion durable des
ressources naturelles, y compris la biodiversité, dans les programmes de
coopération;
ix. de coopérer et duvrer davantage
encore à lélaboration dun cadre mondial pour faire face au changement
climatique après 2012 en promouvant la mise en uvre du Protocole de
Kyoto, sur la base des responsabilités communes, mais différenciées, des
pays et selon leurs capacités respectives;
x. de tout mettre en uvre pour
atteindre lobjectif daffecter 0,7 % de leur PIB à laide officielle au
développement et, sils ne lont pas encore fait, dadopter un calendrier
pour atteindre cet objectif, qui, fixé en 1970, na été atteint que par
cinq Etats membres jusquà présent (Danemark, Luxembourg, Pays-Bas,
Norvège et Suède), six autres Etats membres (Belgique, France, Finlande,
Irlande, Espagne et Royaume-Uni) ayant adopté des calendriers pour
parvenir à cet objectif avant 2015;
xi. de travailler avec les agences des
Nations Unies en vue de mettre au point des systèmes de suivi et de
monitoring permettant dévaluer efficacement les progrès accomplis
vers les OMD et de déterminer les actions qui simposent;
xii. dunir leurs efforts à ceux des
donateurs internationaux en vue de relever les principaux défis identifiés
par les Etats membres:
a. renforcer
les institutions et lapplication de la loi;
b. élaborer
des cadres juridiques adéquats;
c. mettre
au point des stratégies sectorielles, notamment en ce qui concerne la
qualité de leau et de lair;
d. accroître
les ressources financières;
e. sensibiliser
lopinion publique et stimuler la participation des citoyens;
f. se
donner les moyens de collecter et danalyser des données;
g. développer
les capacités locales;
h. intégrer
les objectifs prioritaires dordre écologique et social dans les
réformes quentreprennent actuellement les pays dEurope centrale et
orientale;
xiii. de mettre en place des politiques
agricoles multifonctionnelles permettant ainsi de préserver les éléments
essentiels à la vie: leau, lair et le sol;
xiv. détablir des règles du commerce
international, dans les négociations du cycle de Doha à lOrganisation
mondiale du commerce, qui tiennent compte de façon significative des
effets non économiques de lagriculture sur lenvironnement dans le but de
préserver leau, lair et le sol.
16. LAssemblée lance un appel aux
parlements nationaux pour quils maintiennent la priorité politique sur les
OMD au-delà du sommet des Nations Unies de septembre 2005. Elle leur
demande, en outre, de prendre linitiative pour faire en sorte que les
gouvernements des Etats membres veillent à honorer leurs engagements à
légard des OMD.
17. Elle recommande que les autorités
nationales, régionales et locales prennent pleinement part, dans leurs
domaines de juridiction et de compétence respectifs, aux activités visant à
atteindre les OMD, afin que lEurope assume sa part des responsabilités
mondiales envers dautres régions et pays, ainsi quà légard des
générations présentes et futures.
18. LAssemblée prie instamment les
dirigeants mondiaux, en particulier ceux des cinq Etats membres du Conseil
de lEurope appartenant au G8, de montrer leur engagement à légard des OMD
notamment en entreprenant une action urgente pour lutter contre le
changement climatique lors du sommet du G8 quils tiendront en Ecosse du 6
au 8 juillet 2005.
1.
Discussion par lAssemblée
le 20 juin 2005 (17e séance) (voir Doc.
10566, rapport de la commission de
lenvironnement, de lagriculture et des questions territoriales,
rapporteur: M. Dupraz).
Texte adopté par lAssemblée le 20 juin 2005 (17e séance).