Recommandation
1740 (2006)1
Place de la
langue maternelle dans lenseignement scolaire
1. LAssemblée
parlementaire estime que des considérations dordre différent influencent la
place de la langue maternelle dans lenseignement scolaire. Il y a le droit,
aussi bien le droit à léducation que le droit à une identité culturelle. Il
y a la sauvegarde du patrimoine linguistique, européen et mondial, il y a la
promotion du dialogue et des échanges par la diversité linguistique et il y
a les considérations pédagogiques, sans compter lutilisation politique qui
est souvent faite de cette question.
2. De par le
passé, lAssemblée sest souvent occupée de questions linguistiques. Les
Recommandations
814 (1977)
relative aux langues vivantes en Europe,
928
(1981)
relative aux problèmes déducation et de culture posés par les langues
minoritaires et les dialectes en Europe,
1203
(1993)
relative aux Tsiganes en Europe,
1291
(1996)
relative à la culture yiddish, 1333
(1997)
relative à la langue et à la culture aroumaines,
1353
(1998)
relative à laccès des minorités à lenseignement supérieur,
1383
(1998)
relative à la
diversification linguistique,
1521
(2001)
relative à la
culture de la minorité csango en
Roumanie, 1539
(2001)
relative à lAnnée européenne des langues et
1688
(2004)
relative aux cultures de diaspora, ainsi que la
Résolution 1171 (1998)
(1998) sur les cultures minoritaires ouraliennes en danger
sont
pertinentes.
3. Dans ce contexte, lAssemblée
rappelle limportance des instruments adoptés par le Conseil de lEurope
tels que la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (STE
no 148),
ainsi que ceux adoptés par dautres instances, tels que la Convention de
lUNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions
culturelles.
4. Il serait souhaitable
de favoriser, dans la mesure du possible, lapprentissage par les jeunes
Européens de leur langue maternelle (ou langue principale), quand celle-ci
nest pas une langue officielle de lEtat dont ils sont ressortissants.
5. Parallèlement, tout
jeune Européen a le devoir dapprendre une langue officielle de lEtat
dont il est citoyen.
6. La langue
dans laquelle lenseignement est prodigué joue un rôle essentiel dans la
mesure où la maîtrise de cette langue est la clé pour les processus de
communication en classe et, par conséquent, pour lacquisition des
connaissances par les élèves. De nombreuses recherches ont confirmé que des
formes denseignement fondées sur la langue maternelle augmentent
significativement les chances de réussite scolaire, voire donnent de
meilleurs résultats.
7. Dans
les sociétés européennes, la pratique courante de la langue officielle est
la principale condition préalable à lintégration des enfants dont la langue
principale diffère de la langue officielle du pays ou de la région. De
nombreuses recherches aboutissent pourtant au même résultat: la
scolarisation immédiate de ces enfants dans une langue quils maîtrisent
insuffisamment, ou pas du tout, compromet sérieusement leur réussite
scolaire. Un enseignement bilingue, axé sur la langue maternelle, constitue
au contraire la base dun succès à long terme.
8. Des études
récentes ont démontré que les idées selon lesquelles chaque langue est liée
à une culture particulière et que le bilinguisme finit par exclure la
personne des deux cultures à la fois sont fausses. Lidée selon laquelle le
bilinguisme ou le plurilinguisme est une charge pour les élèves est, elle
aussi, fausse, il sagit plutôt dun atout.
9. Il existe
différentes formes de soutien du bilinguisme enfantin par les systèmes
éducatifs. Elles se distinguent par leurs objectifs politiques: maintenir
une langue minoritaire, revitaliser une langue de moindre diffusion ou
intégrer des enfants alloglottes dans la société dominante. Dans tous ces
cas, des modèles denseignement bilingue appropriés existent. Leur choix
dépendra dune réflexion préalable et dune décision transparente, négociée
avec les personnes concernées, sur les objectifs visés.
10. Les modèles
forts denseignement bilingue, qui visent à faire bénéficier le futur adulte
dune véritable compétence bi/plurilingue, présentent de nombreux avantages
par rapport aux modèles faibles, qui considèrent le bilinguisme non pas tant
comme un but en soi que comme un stade intermédiaire entre le monolinguisme
en langue maternelle et le monolinguisme en langue officielle. Ces avantages
concernent aussi bien les personnes qui bénéficient de ces modèles que les
sociétés qui les offrent. Mais, dans tous les cas, la condition de réussite
est que les programmes denseignement bilingue durent plusieurs années.
11. Il convient
dêtre particulièrement attentif au cas de langues régionales parlées
exclusivement dans un pays à langue officielle différente, ou parlées dans
plus dun pays, mais sans être langue officielle dans aucun deux, ainsi que
dans le cas de langues déterritorialisées ou de la diaspora. Un soutien
important par les systèmes éducatifs peut être la condition même de la
survie de ces langues.
12. Par
conséquent, lAssemblée recommande au Comité des Ministres:
12.1. de
répertorier les différents modèles et formes denseignement bilingue en
Europe;
12.2. de
promouvoir les échanges et les rencontres des professionnels impliqués
dans lenseignement bilingue;
12.3. de
rédiger une recommandation à lintention des gouvernements des Etats
membres les invitant:
12.3.1. à
développer lenseignement bilingue et plurilingue en se basant sur les
principes exposés ci-dessus;
12.3.2. à
favoriser le développement de répertoires enfantins plurilingues et à
soutenir de façon cohérente toutes les langues du répertoire enfantin;
12.3.3. à
proposer, chaque fois que cela est approprié et utile, un soutien fort
dans la langue maternelle aux enfants dont celle-ci nest pas la langue
officielle de lEtat;
12.3.4. à
valoriser les langues menacées auprès des parents et des communautés
afin de soutenir et de renforcer leur volonté de soutenir la langue;
12.3.5. à
élaborer et à mettre en uvre des politiques relatives à lusage des
langues dans léducation, dans un dialogue ouvert et une concertation
permanente avec les groupes linguistiques concernés;
12.4.
dinviter les Etats membres qui ne lont pas encore fait à signer ou à
ratifier les instruments pertinents adoptés par le Conseil de lEurope et
par lUNESCO.
1
Discussion par lAssemblée le 10 avril 2006 (9e séance)
(voir Doc.10837,
rapport de la commission de la culture, de la science et de léducation,
rapporteur: M. Legendre).
Texte adopté par lAssemblée le 10 avril 2006 (9e séance).
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