RÉSOLUTION 624 (1976)[1]
relative au renouveau démocratique des arts du
spectacle
L'Assemblée,
1. Ayant examiné le rapport de sa commission de la culture et de
l'éducation sur le renouveau démocratique des arts du spectacle
(Doc. 3766) ;
2. Prenant acte du Colloque sur l'avenir des arts du spectacle
organisé par ladite commission à Athènes du 1er
au 3 mars 1976 :
3. Rappelant sa Directive n° 341 (1973) et le Colloque
consacré antérieurement à la liberté d'expression
et au rôle de l'artiste dans la société européenne
(Florence, 29-30 juin 1973) ;
4. Ayant également tenu compte, dans ce contexte, des travaux du
CCC sur la question plus large de l'animation socio-culturelle,
5. Souscrit, en ce qui concerne le renouveau démocratique des
arts du spectacle, aux principes généraux énoncés
ci-après, et estime notamment :
a. que les arts du spectacle devraient être plus
accessibles, plus faciles à connaître, et davantage liés
aux mouvements créateurs de la société ;
b. que le public devrait être encouragé à
jouer un rôle plus actif dans ce domaine ;
c. que des moyens doivent être recherchés afin de
développer la participation des artistes du spectacle dans l'examen de
toutes les questions relatives à leur profession ;
d. que l'Etat doit entreprendre d'urgence une action pour la
survie de la liberté d'expression culturelle en Europe occidentale, en
tenant compte à la fois de l'art et du public ;
e. que la perpétuation des arts du spectacle
dépend particulièrement de cette aide de
l'Etat ;
6. Invite tous les intéressés à examiner les
principes ci-dessous et à contribuer avec la commission de la culture et
de l'éducation à la poursuite du dialogue ;
7. Charge le Secrétaire Général, en sa
qualité de Secrétaire de la Conférence ad hoc des
ministres européens responsables des Affaires culturelles, de soumettre
la présente résolution aux ministres, lors de leur réunion
à Oslo du 15 au 17 juin 1976, ainsi que la déclaration de
principes ci-après :
PRINCIPES GÉNÉRAUX APPLICABLES AU RENOUVEAU
DÉMOCRATIQUE DES ARTS DU SPECTACLE
Les arts du spectacle dans le contexte global de la participation
culturelle
(1.) Un examen réaliste des arts du spectacle traditionnels (ou
« arts majeurs » - qui englobent approximativement le
théâtre, l'opéra, la danse et la musique) ne peut que
s'insérer dans le contexte plus vaste de la participation des individus
aux activités culturelles (arts communautaires, groupes d'amateurs,
théâtre expérimental et marginal).
(2.) Ces arts et ces valeurs culturelles ne doivent pas être
imposés au public, mais il est essentiel, eu égard à leur
importance, que l'égalité des chances permette à tous de
s'engager dans de telles activités s'ils le souhaitent.
(3.) Les arts du spectacle traditionnels ne sauraient survivre dans la
société démocratique que si cette dernière
reconnaît leur intérêt et accepte une contribution
substantielle à leur protection.
Nécessité de faciliter l'accès aux arts du
spectacle
(4.) Des mesures pratiques devraient être prises pour venir
à bout des nombreux obstacles qui s'opposent au libre exercice du choix
culturel et en particulier :
- en englobant les arts du spectacle et les autres modes
d'expression culturelle dans les programmes de formation et dans
l'éducation des adultes ;
- en facilitant l'accès aux arts du spectacle
grâce à l'utilisation de locaux-relais provisoires, et en tenant
compte, lors de la conception de théâtres permanents, autant du
public que des arts eux-mêmes ou du prestige social ou
national ;
- en incitant le public à participer à des
activités culturelles vivantes (arts communautaires) au lieu de le
laisser se distraire passivement ;
- en donnant une plus grande souplesse aux systèmes
d'abonnement et de location.
Rôle général de l'Etat, de l'artiste du
spectacle et de l'individu
(5.) L'Etat a le devoir de tenir compte autant du bien-être
culturel et extra-matériel des citoyens que de leur situation
matérielle.
(6.) Il y a lieu d'entreprendre sérieusement
l'élaboration de politiques réalistes ayant pour but d'encourager
la créativité artistique individuelle, la prise de conscience et
l'auto-expression culturelle, et les arts du spectacle ont un rôle
important, mais non pas exclusif, à jouer dans de telles politiques.
(7.) Bien entendu, l'Etat se montrerait présomptueux s'il
tentait de planifier ou de diriger l'expression artistique mais cet argument ne
doit pas faire oublier la nécessité de rendre cette expression
possible.
(8.) Il serait bon que tous les intéressés (depuis les
auteurs et les artistes jusqu'au public et au commanditaire) participent
à la planification et à la gestion des productions ; cette
formule s'est déjà révélée très
satisfaisante tant au niveau des festivals que sur le plan local et pourrait
raisonnablement être appliquée également à la
définition des politiques culturelles.
(9.) L'intervention de l'Etat devrait donc être aussi souple et
diversifiée que possible, mais il ne faut pas oublier que ses liens avec
la population, par le truchement des assemblées parlementaires, en font
l'unique instrument capable de faire échec aux manipulations
commerciales, dictées par des motivations totalement différentes,
auxquelles sont soumises les aspirations culturelles du public.
Aspect financier
(10.) De nos jours, seul l'Etat est en mesure d'apporter aux arts
majeurs une aide financière et législative suffisante au maintien
du niveau culturel, et lui seul détient les moyens d'appliquer des
politiques de stimulation culturelle générales destinées
à assurer une plus grande participation du public dans son ensemble.
(11.) Dans la crise économique actuelle, les gouvernements
rencontrent des difficultés croissantes à affecter aux politiques
culturelles des ressources réalistes, et les arts du spectacle
traditionnels sont particulièrement vulnérables à des
restrictions financières fondées uniquement sur des
considérations quantitatives.
(12.) Il est donc essentiel et urgent d'agir afin qu'en cas d'une
éventuelle suppression du soutien financier adéquat des pouvoirs
publics, la survie indépendante des valeurs culturelles des arts du
spectacle soit assurée, grâce à une tradition suffisamment
implantée dans la jeunesse et parmi des groupes d'amateurs.
(13.) Il est regrettable que les dépenses culturelles soient
relativement faibles dans les budgets de la plupart des Etats membres.
(14.) Les gouvernements doivent reconnaître qu'il leur appartient
toujours de patronner les arts majeurs et que deux aspects demandent à
être pris en considération dans toute politique d'aide
financière à des modes d'expression culturelle : l'art
proprement dit et le public.
(15.) Cet appui financier aux arts du spectacle ne doit pas être
considéré comme un don (qui serait onéreux et inviterait
surtout à la passivité), mais plutôt comme un stimulant
(pour encourager la participation et la contribution).
(16.) Dans beaucoup de pays, les arts du spectacle ne se maintiennent
d'ores et déjà qu'au prix de sacrifices considérables pour
les artistes eux-mêmes, en termes de conditions de travail et
d'emploi ; il y aurait lieu de remédier à cet état de
choses en tenant compte de la situation générale des artistes
dans la société européenne.
(17.) Les artistes du spectacle en chômage temporaire ou en
retraite constituent une mine d'expérience qui devrait être
exploitée immédiatement dans les écoles et les
activités communautaires, pour développer la compréhension
des professions du spectacle et rapprocher ainsi le public de ces arts sans
dépense supplémentaire importante.
(18.) Les organes culturels commerciaux devraient être tenus
à injecter une proportion croissante de leurs bénéfices
dans les arts du spectacle vivants, où ils trouvent l'essentiel de leur
matériel de base.
Action au niveau européen et international
(19.) La libre circulation des arts du spectacle, des artistes et des
représentations en Europe est un moyen direct de développer la
conscience européenne, et c'est aussi la manifestation de l'esprit de la
Conférence sur la sécurité et la coopération en
Europe.
(20.) On ne peut qu'approuver l'initiative du Festival international
des orchestres de jeunes, et d'autres efforts seront nécessaires pour
obtenir une participation plus large encore à de telles manifestations
dans tous les Etats membres du Conseil de l'Europe.
(21.) Une coopération internationale aussi large que possible
est nécessaire afin de réduire les rémunérations
exorbitantes payées à certains artistes.
(22.) L'expérience des sociétés internationales ou
européennes et des séminaires de formation professionnelle, ainsi
que les échanges bilatéraux de productions devraient être
encouragés en Europe.
(23.) Le Conseil de l'Europe ayant pour mission de préserver le
patrimoine commun des Etats membres, l'Assemblée souligne la
signification unique des arts du spectacle qui relient, dans une tradition
vivante, ce patrimoine culturel et l'aptitude à l'apprécier de
nos jours, et le fait que ces arts peuvent contribuer à transcender les
barrières politiques, nationales et linguistiques.
[1]. Discussion par l'Assemblée les 3 et
4 mai 1976 (1re et 3e séances) (voir Doc. 3766,
rapport de la commission de la culture et de l'éducation).
Texte adopté par l'Assemblée le 4 mai 1976
(3e séance).
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