RECOMMANDATION 834 (1978)[1]
relative aux dangers qui menacent la liberté de la presse
et de la télévision
L'Assemblée,
1. Rappelant sa Recommandation 747 (1975), relative aux
concentrations de presse ;
2. Réaffirmant sa conviction que la liberté de la presse et de
la télévision, élément fondamental de la liberté d'expression,
est l'une des conditions indispensables à tout système
politique démocratique, et que le Conseil de l'Europe doit
donc contribuer à la sauvegarde de cette liberté ;
3. Considérant que les problèmes de monopole, d'ingérence
gouvernementale et d'abus du pouvoir patronal ou syndical
posent des questions si graves pour la défense de la liberté
des moyens de communication de masse qu'il y a lieu
d'encourager les gouvernements et les parlements d'Europe à
étudier et à mettre en oeuvre des politiques conçues pour
garantir à la presse et à la télévision un maximum de liberté
dans le commentaire des événements ;
4. Eu égard à la nécessité urgente d'adapter la législation à
l'évolution technologique dans le domaine des moyens de
communication de masse, notamment en ce qui concerne les
télécommunications par satellite ;
5. Notant que les concentrations de presse et les monopoles
réduisent le nombre de journaux et de groupes d'édition, et de
ce fait, particulièrement dans la présente conjoncture
économique défavorable, diminuent la pluralité d'expression ;
6. Constatant que les ingérences gouvernementales (par
opposition à l'intervention de l'Etat requise pour sauvegarder
et promouvoir la liberté d'information dans une société
démocratique) aboutissent à un traitement inéquitable pour les
media d'opposition, et détruisent l'objectivité de
l'information ;
7. Considérant que, dans un système de libre entreprise, il
faut trouver un équilibre, jugé satisfaisant de part et
d'autre entre les intérêts des syndicats et ceux des
employeurs, en ce qui concerne l'introduction de technologies
nouvelles qui réduisent le nombre d'emplois disponibles pour
les travailleurs de l'imprimerie ;
8. Estimant que les syndicats de journalistes, dont la
première tâche est de défendre les intérêts professionnels de
leurs membres, devraient s'acquitter de leurs fonctions en se
préoccupant tout spécialement de sauvegarder la liberté
d'expression individuelle des journalistes ;
9. Soulignant aussi l'influence possible des annonceurs et des
propagandistes sur la liberté d'expression et, en particulier,
sur le contenu des articles de presse et des émissions ;
10. Se félicitant qu'un comité d'experts soit spécialement
chargé, dans le cadre du programme intergouvernemental du
Conseil de l'Europe, des questions relatives aux moyens de
communication de masse ;
11. Consciente, cependant, de la diversité des situations
nationales dans le domaine des moyens de communication de
masse, et donc de la difficulté d'élaborer des instruments
juridiques généraux au niveau européen,
12. Préconise l'adoption de législations nationales
restrictives sur les monopoles et concentrations de presse,
reconnaissant que la liberté de la presse ne peut être
garantie seulement par les règles de la libre entreprise, et
établissant notamment la publicité de la propriété et des
bilans des journaux ;
13. Reconnaît que des mesures d'aide économique publique à la
presse pourraient être nécessaires pour assurer la viabilité
financière de tous les journaux et la survie même des plus
faibles, et qu'à cet égard, sans préjudice des législations
existant dans certains Etats membres du Conseil de l'Europe,
toute forme d'aide sélective ne devrait être attribuée que par
un organisme indépendant ;
14. Estime qu'il y aurait lieu de favoriser une approche
pluraliste de la diffusion électronique de l'information en
établissant davantage de canaux indépendants, cassant ainsi
les monopoles ;
15. Se déclare convaincue que l'indépendance des programmes et
de la gestion de la télévision d'Etat peut être renforcée par
la création de commissions parlementaires spécialisées et
d'organes consultatifs représentant différents groupes
sociaux, comme les organisations patronales et syndicales, les
associations de téléspectateurs, les institutions
intellectuelles, les auteurs, artistes, acteurs et
consommateurs ;
16. Demande l'adoption, dans les cas où elles font encore
défaut, de législations nationales régissant les émissions par
satellite et par câble, ainsi que par stations de radio et de
télévision locales ;
17. Est d'avis que des statuts du personnel de rédaction des
moyens de communication de masse tant écrits qu'audiovisuels,
à élaborer au plan national sur la base de lignes directrices
définies par le Conseil de l'Europe, pourraient contribuer à
garantir la liberté d'expression et d'information, en ce qui
concerne notamment les tentatives de la propriété ou des
syndicats visant à restreindre la liberté de commentaire des
journalistes ;
18. Recommande au Comité des Ministres :
i. d'inviter le Comité d'experts sur les moyens de
communication de masse à examiner les propositions ci-dessus,
en vue d'en poursuivre l'étude dans le cadre de son programme ;
ii. de tenir l'Assemblée régulièrement informée des progrès et
des résultats des travaux dudit comité d'experts ;
iii. tant que n'est pas rédigé un statut sur les moyens de
communication de masse, d'inviter ceux des gouvernements qui
les contrôlent à prendre toutes mesures nécessaires afin d'en
garantir l'accès, dans des conditions justes et équitables, à
toutes les forces politiques, sociales et culturelles.
[1]. Discussion par l'Assemblée les 27 et 28
avril 1978 (7e et 8e séances) (voir Doc. 4090, rapport de la
commission des questions politiques).
Texte adopté par l'Assemblée le 28 avril 1978 (8e séance).
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