RÉSOLUTION 800 (1983) [1]
relative aux principes de la démocratie
L'Assemblée,
1. Rappelant ses efforts permanents en faveur de la démocratie,
et notamment ses conférences et colloques sur l'évolution des
institutions démocratiques (1976), sur le rôle des partis
politiques (1978), et sur la technologie et la démocratie (1981), ainsi
que ses prises de position vis-à-vis des menaces contre la
démocratie telles que la résurgence des idéologies
fascistes et racistes (1980) et le terrorisme (1982) ;
2. Notant que le Comité des Ministres a également
beaucoup contribué à la définition de la
démocratie, notamment en adoptant des déclarations sur
l'intolérance (1981), la liberté d'expression et le
développement de la participation des citoyens à la gestion des
affaires locales (1982) ;
3. Considérant les résultats du Colloque sur la notion de
démocratie organisé par ses commissions des questions politiques
et des questions juridiques (Strasbourg, 23-25 mars 1983) ;
4. Notant que la notion de démocratie, qui dérive de la
croyance à la dignité inaliénable et à la valeur
égale de tous les êtres humains, signifie que le citoyen doit se
voir reconnaître la possibilité d'influer, par une participation
volontaire, sur la vie sociale et professionnelle aussi bien que politique,
dans un esprit de solidarité, et que le principe démocratique a
également des conséquences pour les relations
internationales ;
5. Convaincue que, si importants et indispensables que soient les
critères de la primauté du droit et de l'égalité
devant la loi, les mécanismes de la démocratie doivent avant tout
refléter une éthique vivante, respectueuse de la pluralité
des croyances et du droit d'opposition,
6. Proclame les principes suivants, qui prennent une importance accrue
en un temps où la récession économique encourage les
réflexes égoïstes des individus et des nations :
A. Vie sociale et professionnelle
i. L'éducation pour la démocratie, à
l'école et ultérieurement, est nécessaire pour assurer la
conscience, notamment chez les jeunes, sur qui repose l'avenir de la
démocratie, qu'ils sont les héritiers d'un noble idéal qui
prend ses racines profondément dans la culture gréco-romaine et
judéo-chrétienne de l'Europe, mais ne contient pas
d'élément de supériorité ethnique ou culturelle, ni
d'exclusivité, étant au contraire essentiellement universel et
fondé sur la dignité humaine ;
ii. L'éducation en matière de droits de l'homme est
également nécessaire, pour que l'on comprenne bien en particulier
que la jouissance des droits est inséparable de la
responsabilité ;
iii. Des véhicules d'information (mass média)
pluralistes et libres ont un grand rôle éducatif à
jouer ;
iv. Dans la vie professionnelle, comme ailleurs, l'individu ne peut
devenir pleinement responsable et capable d'exercer des libertés de
choix démocratique que s'il a accès à la plus
complète information sur sa propre situation et celle de son entreprise
ou organisme ;
v. Les principes démocratiques exigent un libre consentement et
non la contrainte, bien que la loi doive protéger le faible qui ne
possède pas le pouvoir de négociation nécessaire pour
défendre ses intérêts.
B. Vie politique et institutionnelle
i. Des élections libres, au vote secret et au suffrage
universel, à des intervalles raisonnables, pour la constitution de
parlements jouissant d'un haut degré de souveraineté et
composés de représentants de partis politiques libres de
s'organiser et de s'exprimer, demeurent le noyau irremplaçable de la vie
politique démocratique ;
ii. De telles élections, bien qu'indispensables, ne sont pas en
elles-mêmes suffisantes, car les droits politiques du citoyen ne peuvent
se limiter au dépôt d'un bulletin dans l'urne à des
intervalles de quelques armées. La démocratie s'atrophie au
contraire sans la participation fréquente des citoyens, qui doivent,
autant que possible, être consultés, par des mécanismes
appropriés, sur les questions qui les touchent de près ;
seule une pleine participation politique permet à la démocratie
d'atteindre à cette adaptabilité à des conditions
changeantes, qui justifie notre foi en sa supériorité
matérielle aussi bien que morale ;
iii. Les élections ne doivent pas aboutir à une
concentration excessive du pouvoir (doctrine de la séparation des
pouvoirs, ou bien partage de pouvoir entre gouvernement et opposition). Ce
principe s'applique également à tous les pouvoirs
hiérarchisés ou autonomes dans les pays dans lesquels existe un
régime fédéral ou décentralisé ;
iv. Les représentants élus perdent toute créance
auprès des électeurs si, dans la situation actuelle
(caractérisée par le poids croissant des tâches qu'imposent
la portée et la complexité de l'action de l'Etat), ils semblent
déléguer leurs compétences à une bureaucratie
dépersonnalisée et informatisée ;
v. La tendance des citoyens à s'organiser en groupes de pression
parfois très militants, et en groupes d'intérêts
particuliers en dehors des partis politiques, est un avertissement -
pleinement compatible avec le principe démocratique de la liberté
- aux partis qu'ils ne doivent pas faillir à leur tâche
essentielle d'expression des préoccupations réelles de leurs
électeurs ;
vi. La responsabilité des représentants élus est
sensiblement accrue par le fait qu'en raison de la science et de la technique
modernes, leurs décisions peuvent avoir des conséquences
irréversibles sur le milieu humain et naturel, pour les
générations futures et l'humanité entière.
C. Relations internationales
i. Les démocraties perdront inévitablement le respect
dont elles jouissent à l'échelle internationale et parmi leurs
propres jeunes, qui méprisent l'hypocrisie, si elles soutiennent des
régimes dictatoriaux oppressifs et se montrent complaisantes devant le
fossé grandissant qui sépare Nord et Sud, et le fléau de
la faim dans le monde. Les hommes politiques ne doivent pas négliger
leur rôle éducatif, et ils doivent faire confiance à leur
électorat en lui présentant franchement les faits et les options
afin que les décisions nécessaires (dont l'impopularité
doit être assumée plutôt que jaugée) puissent
être prises avant que l'humanité n'ait à subir de nouvelles
tragédies ;
ii. Tout comme on ne doit pas refuser aux travailleurs migrants les
droits politiques appropriés dans les pays d'accueil, à la
prospérité desquels ils contribuent, on doit aider les
éléments défavorisés de l'humanité à
bénéficier d'une distribution plus juste des ressources de la
planète, et à atteindre ainsi et à dépasser le
niveau minimal de bien-être matériel compatible avec la
dignité humaine, dont l'expression et le renforcement sont la raison
d'être de la démocratie.
D. Les normes juridiques dans la démocratie
i. La démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple. La
prééminence du droit et la séparation des pouvoirs en sont
des principes essentiels. Dans un régime démocratique, la
règle du droit régit le fonctionnement du gouvernement et de
l'administration. Elle confère aux juges le pouvoir de contrôler
si l'administration s'est soumise à cette règle ;
ii. Il appartient au régime démocratique d'établir
un juste équilibre entre l'efficacité de l'action du
gouvernement, ainsi que de l'administration, et la sauvegarde des droits et des
libertés des citoyens. Il doit être capable de maintenir notamment
un tel équilibre entre les exigences de l'intérêt
général de la communauté et les impératifs de la
sauvegarde des droits fondamentaux de chaque individu tels qu'ils ont
trouvé leur expression dans la Convention européenne des Droits
de l'Homme. Ceci implique le respect des droits de la minorité par la
majorité. Tout en sauvegardant les droits civils et politiques, il
devrait s'attacher à assurer aux citoyens le plein exercice des droits
économiques, sociaux et culturels fondamentaux. Il devrait
également faire preuve d'esprit d'ouverture en faveur de nouvelles
dispositions plus protectrices des droits de l'homme ;
iii. Face à des situations de crise ou à un état
d'exception, il devrait employer tous les moyens relevant du droit commun avant
de recourir à des mesures dérogatoires. S'il devait se
résoudre à cette extrémité, ce ne devrait
être que dans la stricte mesure où la situation l'exige. En aucun
cas il ne devrait porter atteinte au « noyau dur » des droits de
l'homme. Si possible, il devrait s'étendre au-delà des seuls
droits protégés par l'article 15 de la Convention
européenne des Droits de l'Homme ;
7. Décide de formuler des propositions au Comité des
Ministres au sujet du Programme de travail du Conseil de l'Europe, dont le
Statut lui impose d'intensifier son action pour servir les principes
précités, à la lumière de ses efforts actuels pour
la coopération européenne dans les années 80, et des
résultats de la première Conférence de Strasbourg sur la
démocratie parlementaire (4-6 octobre 1983) avec la participation de
démocraties non européennes.
[1]. Texte adopté par la Commission
Permanente, agissant au nom de l'Assemblée, le 1er
juillet 1983.
Voir Doc. 5086, rapport de la commission des questions politiques.
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