RÉSOLUTION 848 (1985)[1]
relative au son et la vie privée et à la liberté
individuelle de choix en musique
L'Assemblée,
1. Ayant pris connaissance des travaux du Symposium sur le son
et la vie privée, organisé en mai 1985 à Cork par sa
commission de la culture et de l'éducation, avec le concours
du Comité européen d'organisation de l'Année européenne de la
musique, dans le cadre du programme officiel de l'Année ;
2. Soucieuse de défendre la musique, tant pour sa valeur
intrinsèque qu'en tant que moyen d'expression, comme lien
entre la nature et la culture et comme stimulateur biologique
au pouvoir thérapeutique ;
3. Reconnaissant que le son fait partie du cadre de vie ;
4. Estimant que toute personne a le droit d'écouter la musique
ou autres sons de son choix pour autant qu'elle ne les impose
pas à autrui ;
5. Inquiète, toutefois, de la sursaturation croissante du
paysage sonore par la musique et par d'autres sons, et de leur
intrusion toujours plus envahissante dans la vie privée des
individus ;
6. Attirant l'attention sur les effets nocifs directs, en
particulier en cas d'exposition prolongée à la musique
artificielle excessivement amplifiée qui peut être une cause
potentielle de lésions cérébrales ;
7. Notant par ailleurs les dangers psychologiques possibles
tels que :
— nuisances,
— appréciation émoussée (conséquence d'une consommation
passive, et en particulier de la musique répétitive),
— manipulation subliminale (que ce soit dans un contexte
commercial ou par le biais de la musique de fond dans les
médias),
— atteinte aux fondements de la communication sociale ;
8. Constatant que, si l'évolution des techniques de
communication a contribué à diffuser plus largement la
musique, elle a aussi provoqué et multiplié les abus dans ce
domaine ;
9. Soulignant que la musique et les sons exercent leurs effets
avant même la naissance, forgeant à un stade extrêmement
précoce le goût musical et les aptitudes sociales ;
10. Soulignant par conséquent l'importance d'initier les
enfants et les adultes à une expérience musicale aussi
diversifiée que possible, en créant un lien entre la musique
contemporaine et la tradition historique, que ce soient des
musiques européennes, locales ou autres ;
11. Prenant note des travaux du Conseil de la coopération
culturelle relatifs à la musique contemporaine et aux
industries culturelles,
En ce qui concerne la recherche
12. Apporte son soutien à la coordination des travaux de
recherche menés en Europe dans des domaines tels que la
thérapie musicale, la psychoacoustique ou le design sonore ;
13. Préconise des études plus approfondies de l'esthétique
musicale et du problème de la désaffection du public pour la
musique contemporaine ou nouvelle ;
En ce qui concerne la gestion et les industries
culturelles
14. Invite les responsables de la diffusion de musique dans
les lieux publics à prendre mieux conscience de la nocivité
potentielle de cette musique pour le public, ainsi que pour
les employés concernés ;
En ce qui concerne le design
15. Engage les concepteurs de projets à se soucier davantage
de l'environnement sonore ;
En ce qui concerne les pouvoirs publics
16. Exhorte les pouvoirs publics à se montrer plus sensibles
aux problèmes de la musique et des sons et à leur volume
excessif ou non désiré, et à recourir davantage à des mesures
telles que :
— législation en matière de nuisances,
— obligation d'un permis d'exploitation pour les locaux
susceptibles d'être bruyants (bars, discothèques, etc.),
— contrôles d'urbanisme et incitation à l'insonorisation,
— interdiction de toute musique audible dans certains endroits
(tels que parcs publics, plans d'eau ou plages),
— aménagement de zones de silence (dans certains wagons de
chemin de fer, par exemple) ;
17. Renouvelle ses recommandations pour l'éducation musicale
pour tous, tel qu'il ressort de la Recommandation 929 (1981),
tout en soulignant davantage la nécessité d'assurer une
première connaissance de tous les genres de musique, en vue
d'élargir les goûts et développer une attitude critique ;
En ce qui concerne l'éducation et l'information
18. Invite les parents et les éducateurs à bien saisir
l'importance de la musique dès le plus jeune âge, à encourager
la diversité musicale et à faire comprendre les rapports tant
conscients qu'inconscients qui se transmettent de la musique à
l'individu ;
19. Affirme l'importance du service public de diffusion en
tant que moyen d'assurer une diversité et une pluralité de la
musique diffusée et contribuer ainsi à l'élargissement de
l'expérience musicale ;
20. Lance un appel aux médias et autres organes responsables
pour qu'ils informent le public, éventuellement par le biais
de campagnes :
— des risques d'ordre physiologique et psychologique d'une
suramplification de la musique,
— de l'importance pour l'individu d'être conscient à la fois
de la qualité de son environnement sonore et des nuisances
sonores dont il pourrait être la source.
[1]. Discussion par l'Assemblée le 28
septembre 1985 (14e séance) (voir Doc. 5458, rapport de la
commission de la culture et de l'éducation, et Doc. 5478, avis
de la commission des questions sociales et de la santé).
Texte adopté par l'Assemblée le 28 septembre 1985 (14e
séance).
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