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RECOMMANDATION
1059 (1987)
[1]
relative à l'économie de la culture
L'Assemblée,
-
Considérant que le poids croissant de la culture dans
l'économie apporte une justification économique à l'intervention publique et privée
dans la gestion et le financement de la culture ;
-
Constatant que des forces économiques ont également
permis l'essor de nouvelles formes et dimensions culturelles par l'application et la
commercialisation des résultats du progrès scientifique et technique ;
-
Rappelant sa
Recommandation 1051 (1987) relative à la
flexibilité du marché du travail dans une économie en transformation et soulignant
l'intérêt croissant notamment du point de vue de l'emploi de l'activité culturelle dans
une société où le temps de non-travail est en augmentation ;
-
Considérant que la culture
est, comme l'éducation, un
important secteur d'investissement national et que par conséquent les gouvernements ont
la charge constante de créer les meilleures conditions possible à l'épanouissement
culturel ;
-
Sachant toutefois que les problèmes relatifs à
l'« économie » d'une part et à la « culture » d'autre part se
posent partout en Europe et concernent à la fois ceux qui exercent leur talent de
créateurs et ceux qui les financent dans le secteur public ou privé ;
-
Appelant l'attention sur le fait que la survie de
certains domaines de la création et de la production culturelles - par exemple
l'industrie du cinéma ou la littérature - peut être mieux assurée s'ils bénéficient
d'un soutien public approprié sur le plan réglementaire et financier et si, le cas
échéant, ils sont gérés plus efficacement afin de susciter davantage d'intérêt de la
part du grand public ;
-
Considérant qu'une attention particulière doit être
accordée aux domaines majeurs de la culture populaire, comme le sport, les moyens de
communication de masse, la musique et la presse écrite, en raison de la vulnérabilité
de ces secteurs face aux grands investisseurs et aux forces du marché ;
-
Consciente de ce
que, si l'intérêt économique devient
la principale justification des arts, les arts et les manifestations culturelles à haut
rendement économique risquent d'attirer l'essentiel des fonds, et qu'il incombe donc aux
gouvernements de créer les conditions d'une création et d'une production artistiques
exemptes de contraintes économiques ;
-
Considérant que la culture prend une importance
croissante dans la production des pays industriels, et que l'interaction de la culture, de
l'économie et surtout du monde industriel est l'une des principales caractéristiques de
l'évolution de nos sociétés ;
-
Notant la réponse du Comité des Ministres à la
Recommandation 1018 relative au mécénat privé et la culture, approuvant l'idée de
l'Assemblée selon laquelle il est possible d'accroître les moyens de financement
culturels en conjuguant les efforts de l'État et du secteur privé ;
-
Approuvant le développement de l'investissement
pluraliste dans les activités culturelles et l'expansion de l'emploi et de l'économie
dans le secteur culturel, mais soulignant que le financement ne doit pas souffrir des
fluctuations économiques ou des déficits de l'État, et que par conséquent l'essentiel
de la responsabilité incombe aux gouvernements ;
-
Convaincue que le mécénat privé doit apporter un
financement complémentaire pour les activités culturelles et non pas se substituer aux
ressources existantes, et qu'il devrait être développé ;
-
Consciente,
cependant, que le parrainage de la culture
par le secteur privé doit intervenir dans des conditions acceptables par
tous, et servir
de lien entre le monde des affaires et celui des arts dans l'intérêt de toute la
collectivité ;
-
Regrettant que le Comité des Ministres n'ait pas cru
pouvoir élaborer des directives ou un code de conduite concernant le financement des arts
et des activités culturelles par le mécénat, alors que le Conseil de l'Europe est
particulièrement bien placé pour le faire,
-
Recommande au Comité des Ministres d'inviter les
gouvernements des États membres du Conseil de l'Europe :
-
à maintenir et à assumer leur responsabilité dans la création des
conditions de développement des activités culturelles et de l'expression artistique au
bénéfice du grand public ;
-
à
élaborer des mesures de préservation et de création d'emplois dans
les secteurs culturels non seulement en accordant une assistance
directe aux artistes qui ne bénéficient pas d'un soutien économique
suffisant pour leur production, mais surtout en imaginant une
politique sociale et économique où la production, la distribution et
la consommation des arts puissent se développer ;
-
à
promouvoir le développement des activités culturelles, tout en
préservant la liberté de l'artiste, par un financement mieux
structuré sous forme d'investissement national majeur, et/ou par
l'adoption de lois et de mesures fiscales et autres, destinées à
promouvoir le mécénat d'art ;
-
à
intensifier les efforts pour améliorer les relations entre les
multiples sources d'investissements artistiques et la gestion des
fonds, et pour assouplir les instruments de la politique de
financement ;
-
à
inviter les autorités compétentes :
-
à encourager l'étude des aspects économiques de la
culture dans les établissements d'enseignement supérieur et de
recherche, pour la
formation des administrateurs du domaine culturel ;
-
à donner aux étudiants en histoire de l'art les moyens
d'effectuer des recherches sur l'influence des facteurs économiques sur la production
artistique ;
-
à promouvoir un meilleur enseignement pour les
étudiants en art et en art appliqué dans le domaine de l'interaction entre la culture et
l'économie ;
-
Recommande au Comité des Ministres :
-
d'élaborer des directives ou un code de conduite sur les modalités
de financement des arts et des activités culturelles par le mécénat dans des conditions
mutuellement acceptables et garantissant la liberté des arts et de la culture, notamment
l'indépendance de l'artiste ;
-
d'établir des statistiques sur le financement des arts au niveau
national et européen, et sur l'importance économique directe et indirecte des
arts ;
-
de promouvoir la coopération des
États membres pour préserver les
domaines de l'expression et de la création culturelles qui sont menacés ;
-
de donner suite à la proposition du rapport Colombo de
prendre, en
coopération avec la Communauté européenne, des mesures qui favorisent l'augmentation
des moyens matériels mis à la disposition de la culture, notamment la constitution d'un
fonds européen des arts et, conformément à la Recommandation 1018 (1985), des mesures
fiscales destinées à développer le mécénat et à encourager toutes initiatives
privées en faveur de la culture ;
et en outre :
-
d'examiner les moyens par lesquels le Conseil de l'Europe pourrait
encourager lui-même directement le parrainage des activités culturelles au niveau
européen, par exemple en élaborant une convention européenne relative aux aspects
fiscaux internationaux du parrainage qui pourrait en particulier faciliter le transfert de
dons ou de contributions d'un pays à l'autre ;
-
d'élaborer des instruments financiers appropriés pour encourager
la mise en uvre de projets régionaux d'intérêt européen axés sur la
coopération des régions de différents pays.
[1]
Texte adopté par la Commission Permanente, agissant au nom de
l'Assemblée, le 1er
juillet 1987. Voir Doc. 5749, rapport de la commission des questions
économiques et du développement, et Doc. 5750, avis de la commission de la culture et de
l'éducation.
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