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RECOMMANDATION
1286 (1996)[1]
relative à une
stratégie européenne pour les enfants
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Dans sa Résolution 1011 (1993) relative à la situation des femmes et des enfants
dans l'ex-Yougoslavie, l'Assemblée invitait déjà de façon pressante tous les Etats
réunis au sein du Conseil de l'Europe à souscrire au principe: «les enfants d'abord»,
à reconnaître les droits des enfants, leur universalité et indivisibilité, et à
répondre à leurs besoins essentiels tant en Europe que dans le reste du monde.
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L'Assemblée décidait, dans la
Directive no 491 (1993), d'élaborer, en coopération
avec l'Unicef, une stratégie pour les enfants jusqu'à 18 ans, qui, à l'échelle de
l'Europe, puisse inspirer et guider les responsables politiques et tous ceux qui
s'attachent à la cause des enfants dans leurs actions respectives. Elle tient à rendre
un hommage mérité à l'Unicef sans l'expérience et l'expertise de laquelle une telle
stratégie n'aurait pas vu le jour.
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L'Assemblée constate que les droits de l'enfant sont encore loin d'être une
réalité dans notre Europe riche et développée, et que les enfants sont souvent les
premières victimes des conflits armés, de la récession économique, de la pauvreté et
en particulier des restrictions budgétaires.
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Il importe donc à l'Assemblée d'aider à la traduction, dans les réalités
nationales, des engagements souscrits en vertu des dispositions de la Convention des
Nations Unies sur les droits de l'enfant, de promouvoir le changement du regard porté sur
l'enfant, sujet de droit, et également de favoriser sa participation active et
responsable au sein de la famille et dans la société.
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L'enfant est un citoyen de la société actuelle et de celle de demain. La société
a une responsabilité à long terme à l'égard des enfants et doit reconnaître les
droits de la famille dans l'intérêt de l'enfant. La prise en compte des droits, des
intérêts et des besoins de l'enfant doit être une priorité politique. L'Assemblée est
convaincue que le respect des droits de l'enfant et une plus grande égalité entre
enfants et adultes aideront à préserver le pacte entre les générations et serviront la
démocratie.
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L'Assemblée recommande au Comité des Ministres d'encourager les Etats membres du
Conseil de l'Europe:
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à ratifier la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant, dans la
mesure où ils ne l'ont pas encore fait, à éliminer les réserves éventuellement
apportées et à assurer la mise en application de cette convention, dans sa lettre et
dans son esprit, par la révision et l'adaptation de leurs dispositions législatives et
réglementaires;
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à ratifier toutes les conventions pertinentes du Conseil de l'Europe en faveur des
droits et de la protection de l'enfant, en particulier la toute récente Convention
européenne sur l'exercice des droits des enfants.
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L'Assemblée recommande également que le Comité des Ministres invite les Etats
réunis au Conseil de l'Europe à faire des droits de l'enfant une priorité politique:
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par l'adoption aux niveaux national et local d'une politique dynamique de l'enfance
qui tende à la pleine mise en uvre de la Convention sur les droits de l'enfant, qui
fasse de l'intérêt supérieur de l'enfant un principe directeur de toute action et qui
anticipe au lieu de répondre à des situations d'urgence ou déjà bien installées;
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en donnant une meilleure représentativité aux enfants par la collecte
systématique d'informations, notamment des statistiques détaillées (par âge et sexe),
fiables et comparables, qui permettent d'identifier leurs besoins et les questions
demandant une action politique prioritaire;
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en retenant une approche globale, cohérente et coordonnée de la politique de
l'enfance, qui favorise à tous les niveaux de réflexion et de décision la mise en place
de structures pluridisciplinaires, en particulier au niveau ministériel, et la création
de coalitions nationales regroupant tous les partenaires concernés;
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en instituant un médiateur (ombudsman) pour les enfants ou toute autre structure
qui présente les garanties d'indépendance et les compétences requises à une réelle
promotion de la condition de l'enfant, et qui soit accessible au public notamment par des
relais locaux;
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en assurant, notamment au niveau de la décision politique, que les intérêts et les
besoins des enfants sont toujours dûment considérés et pris en compte, par exemple en
introduisant des pratiques telles que celle de «l'évaluation des incidences sur les
enfants» («child impact statement») qui permet de prévoir les conséquences probables
sur eux de toute mesure envisagée, législative, réglementaire ou autre, quel qu'en soit
le domaine, par exemple en matière d'assistance judiciaire;
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en investissant dans les enfants et en en faisant une priorité budgétaire par
l'octroi, à tous les niveaux (national, régional et local), de ressources qui soient
équitables et adéquates par rapport à celles consacrées aux besoins des autres groupes
de la population;
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en garantissant le niveau actuel de leurs contributions et subventions aux
différentes organisations nationales et internationales s'occupant de la protection de
l'enfant.
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Le Comité des Ministres devrait inviter instamment ces Etats:
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à garantir, par une reconnaissance explicite dans leurs textes constitutifs ou leur
droit interne, les droits civils et politiques des enfants ainsi que leurs droits
économiques, sociaux et culturels, tels qu'inscrits dans la Convention des Nations Unies
sur les droits de l'enfant;
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à garantir le droit de tous les enfants à une éducation gratuite et de qualité
pour l'enseignement préscolaire, primaire et secondaire;
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à informer les enfants, et également leurs parents, de leurs droits par une large
diffusion du texte de la Convention sur les droits de l'enfant, par tout moyen possible, y
compris le recours aux médias, et par l'introduction, dans le cursus scolaire dès le
primaire, d'un enseignement portant sur les droits et les responsabilités de l'enfant;
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à encourager les médias, visuels notamment, à favoriser le droit de l'enfant à
un développement sain et équilibré, et, en particulier dans les productions destinées
aux enfants, à éliminer la violence et à illustrer les valeurs positives de la
société;
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à donner aux enfants des informations sur les moyens et les voies de recours qui
sont à leur portée, en cas de violation de leurs droits fondamentaux et, par exemple, à
généraliser la pratique de la ligne téléphonique gratuite, d'avocats spécialisés et
d'un système judiciaire et administratif favorable aux enfants, qui fassent droit à la
demande de protection de chaque enfant contre toute forme de mauvais traitement;
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à prévoir une formation spécifique aux droits de l'enfant pour tous les
professionnels en contact avec eux, y compris les enseignants, les différents
professionnels de la justice, les travailleurs sociaux, etc.;
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à permettre aux enfants de faire entendre leur point de vue dans toutes les
décisions les concernant, et à leur permettre une participation effective, responsable
et appropriée à leurs capacités, à tous les niveaux de la vie sociale - au sein de la
famille, des communautés locales, à l'école et dans les autres institutions, dans les
procédures judiciaires et au niveau du gouvernement central;
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à enseigner aux enfants comment agir en citoyens responsables, à les encourager
à s'intéresser aux affaires publiques et à reconsidérer l'âge auquel les adolescents
peuvent bénéficier du droit de vote;
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à promouvoir l'éducation à la prévention du racisme, de l'intolérance politique
et religieuse, et de la violence, ainsi que l'apprentissage de la tolérance et de la
solution pacifique des conflits;
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à accorder une attention particulière au sort et aux besoins spécifiques des
enfants immigrés ou réfugiés, ainsi que des enfants marginalisés ou issus de groupes
minoritaires;
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à insister sur le lien, dans toute société civilisée, entre, d'une part, les
droits et les avantages et, d'autre part, les responsabilités et les obligations, auprès
des parents, des familles, des enseignants et tous ceux en contact direct ou indirect avec
les enfants, au fur et à mesure de leur développement vers l'âge adulte.
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L'Assemblée recommande également au Comité des Ministres d'inviter ces Etats à
donner crédibilité et cohérence à ce discours sur les droits de l'enfant en lui
donnant une réalité hors d'Europe:
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par l'engagement d'uvrer au respect des dispositions de la Convention sur les
droits de l'enfant partout dans le monde, par le biais de toutes mesures unilatérales ou
multilatérales appropriées pour lutter contre l'exploitation des enfants et les
protéger des conflits armés;
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par la promotion de la coopération internationale, notamment en portant leur aide
aux pays en voie de développement à au moins 0,7 % de leur PNB et en consacrant au moins
20 % de leur aide aux services sociaux élémentaires indispensables au développement de
l'être humain;
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en adoptant une attitude commune plus compréhensive quant au remboursement par ces
pays de la dette contractée auprès des organisations mondiales d'aide au
développement.
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L'Assemblée recommande enfin au Comité des Ministres:
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de constituer, au sein du Conseil de l'Europe, une structure permanente
intergouvernementale à composition multidisciplinaire, habilitée à traiter toutes les
questions relatives aux enfants;
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de lui attribuer, entre autres mandats, celui d'élaborer un rapport annuel sur la
situation des enfants en Europe, qui dresse un état des lieux exhaustif, donne un aperçu
des réalisations positives et permette de mesurer les progrès encore à faire pour
répondre aux exigences de la Convention sur les droits de l'enfant, et de soumettre ce
rapport à l'Assemblée parlementaire; ce rapport fera l'objet d'une discussion annuelle
par la commission compétente de l'Assemblée parlementaire;
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d'associer, dans des formes appropriées, aux travaux de cette structure les autres
organisations internationales compétentes, en particulier le Comité des Nations Unies
sur les droits de l'enfant, le Parlement européen, l'Unicef, les différentes
organisations non gouvernementales spécifiques, voire les enfants eux-mêmes;
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de transmettre la présente recommandation aux Etats réunis au Conseil de l'Europe,
aux organismes précités et à la conférence de clôture du projet multidisciplinaire
sur l'enfance qui aura lieu à Leipzig au printemps 1996.
[1] Discussion par l'Assemblée le 24 janvier 1996 (4e séance) (voir
Doc. 7436, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille,
rapporteur: M. Cox; et Doc. 7473, avis de la commission des questions juridiques et des
droits de l'homme, rapporteuse: Mme Err).
Texte adopté par l'Assemblée le 24 janvier 1996 (4e séance).
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