RECOMMANDATION 1321 (1997) 1 relative à
lamélioration de la situation des femmes dans la société rurale
1. LAssemblée rappelle sa Recommandation 1296 (1996) relative à
une Charte européenne de lespace rural et sa Recommandation 1269 (1995) relative à
un progrès tangible des droits des femmes à partir de 1995, ainsi que le Sommet mondial
sur le développement social (Copenhague, 9-13 mars 1995), et la Déclaration de Beijing
et le programme daction adoptés par la 4e Conférence mondiale sur les femmes
(Beijing, 4-15 septembre 1995).
2. La société en général et les femmes des zones rurales
elles-mêmes sous-évaluent grandement et souvent ignorent complètement le rôle des
femmes dans la conservation et le développement dune campagne vivante,
caractérisée par un patrimoine et des traditions riches et diversifiés.
3. Les femmes dans la société rurale, notamment dans
lagriculture, ont toujours constitué une «main-duvre invisible». Trop
peu est fait pour reconnaître pleinement le rôle des femmes dans les exploitations
agricoles et les communautés rurales - dans les domaines juridique, économique,
technologique et statistique.
4. La reconnaissance pleine et entière du rôle des femmes dans le
développement rural contribuerait grandement à la prospérité des zones rurales et
aiderait, en particulier, à promouvoir un développement rural durable dans les pays et
les régions les plus pauvres du monde.
5. Le travail accompli par les femmes en matière déducation des
enfants et de gestion dun foyer (rural) devrait être pleinement reconnu pour sa
valeur et comme une qualification pour dautres emplois, et être pris en compte dans
les statistiques. Il devrait être rémunéré.
6. Pour renforcer la famille et le ménage rural, les parents devraient,
lorsque leurs enfants sont à lâge préscolaire, avoir la faculté de choisir
librement entre le placement des enfants en garderie et la perception dune
allocation mensuelle par enfant correspondant au coût de la garde dans le régime public.
7. Les politiques incitant les femmes et les jeunes filles à demeurer
à la campagne doivent être encouragées, car celles qui favorisent leur départ
aboutiront en définitive à une désertification des zones rurales.
8. Dans les économies européennes en transition, la situation des
femmes des régions rurales est un problème particulièrement grave, en raison du
démantèlement des anciennes structures sociales et économiques.
9. En conséquence, lAssemblée recommande au Comité des
Ministres:
i. dinclure dans son programme de travail intergouvernemental des
activités spécifiques relatives aux femmes des zones rurales;
ii. dengager ce travail en convoquant une conférence pour
analyser la situation des femmes dans les zones rurales, invitant des représentants des
organisations ayant des intérêts spécifiques ou des connaissances dans ce domaine, avec
lobjectif didentifier les domaines prioritaires où des actions positives sont
nécessaires. LAssemblée parlementaire et le Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux de lEurope doivent être associés à ce travail;
iii. dexhorter les gouvernements des Etats membres et des Etats
jouissant du statut dinvité spécial ou dobservateur auprès de
lAssemblée, lUnion européenne, lOrganisation de coopération et de
développement économiques et les Nations Unies à:
A. Améliorer les données statistiques et les informations
i. améliorer la collecte, lanalyse et la diffusion de données en
précisant le sexe et le lieu de résidence, en ce qui concerne tant les pays
dEurope occidentale que ceux dEurope centrale et orientale, dans le cadre des
principaux systèmes dinformation statistique (comme Eurostat);
ii. mettre au point des concepts, définitions et modèles nouveaux (et
comparables) dindicateurs économiques, afin daccroître la visibilité et de
favoriser la compréhension des contributions économiques apportées respectivement par
les femmes et les hommes aux secteurs formel et informel des économies rurales au travers
de leurs activités rémunérées et non rémunérées;
iii. organiser des programmes de formation sur les questions de
disparité entre les sexes à lintention des statisticiens et des autres
utilisateurs ou producteurs de statistiques, insistant particulièrement sur la nature et
le contexte des activités des femmes vivant dans les zones rurales (activités
ménagères diverses, soins des enfants, activités agricoles, etc.);
iv. réaliser des études pour déterminer à quels égards les
réformes économiques, politiques et sociales touchent de manière différente les
diverses couches de la population (en fonction du lieu de résidence, du sexe, de
lâge, de la situation économique, de la race, de lappartenance ethnique,
etc.);
v. promouvoir les méthodologies participatives détude et de
collecte dinformations dans les régions rurales afin de combler les lacunes des
données statistiques.
B. Accroître la participation des femmes aux décisions
i. mettre en place un environnement qui favorise la participation des
femmes des régions rurales aux instances de décision, en organisant des services
daide maternelle au moment des réunions et en tenant les réunions à des heures
compatibles avec un emploi du temps familial;
ii. créer et promouvoir des stages de développement personnel
destinés aux femmes des zones rurales, portant sur lart de diriger, sur
lexpression en public, sur la prise de décision et sur laffirmation de soi;
iii. établir de nouvelles voies permettant aux femmes de contribuer aux
processus décisionnels, en favorisant les approches participatives et en faisant
intervenir les groupes et associations de femmes dans ces processus à tous les niveaux;
iv. encourager le dialogue et les relations entre les associations et
réseaux locaux de femmes, et les organisations et autorités compétentes pour le
développement rural;
v. développer des politiques daction positive dans les
ministères techniques comme ceux de lAgriculture et du Développement rural.
C. Placer lapproche intégrée de légalité au
cur des préoccupations
i. veiller à ce que les mandats et les activités des organismes
traduisent un souci dégalité entre les sexes au travers de plans daction et
de programmes concrets;
ii. diffuser, parmi les organismes/institutions, des informations sur la
condition féminine en milieu rural, sur les préoccupations des femmes et sur les
stratégies à appliquer pour améliorer leur situation;
iii. mettre au point des méthodologies permettant de tenir compte des
spécificités de chaque sexe et des besoins des femmes des régions rurales dans les
processus de planification à tous les niveaux;
iv. mener, à lintention des décideurs et du personnel des
ministères/organismes gouvernementaux soccupant des questions rurales, des actions
de formation et de sensibilisation sur les expériences et les besoins des femmes des
régions rurales ainsi que sur limportance de tenir compte des spécificités de
chaque sexe dans les politiques et les plans de développement rural.
D. Assurer légalité pour laccès aux services sociaux
et le renouveau culturel
i. veiller à légalité daccès des femmes des régions
rurales et des villes aux institutions et aux services sociaux;
ii. promouvoir et faire connaître le patrimoine culturel rural dans sa
richesse et sa diversité, et le rôle des femmes dans le maintien de ce patrimoine, parmi
les communautés rurales et entre celles-là et les centres urbains;
iii. favoriser les initiatives offrant aux jeunes filles et aux femmes
des régions rurales des activités de loisirs intéressantes et enrichissantes.
E. Accroître la participation des femmes à léconomie
1. Emploi
i. élargir la gamme des emplois générateurs de revenus offerts aux
femmes des zones rurales, notamment aux jeunes femmes, en apportant un soutien plus
équilibré aux activités rurales, y compris le travail à temps partiel, et en
exploitant pleinement les possibilités offertes par les nouvelles technologies de la
communication pour le plus grand nombre possible de métiers pouvant être exercés dans
le monde rural (voir la Recommandation 1122 (1990) de lAssemblée relative au
renouveau rural par la télématique);
ii. encourager les femmes chefs dentreprise en proposant des
formations adéquates et en assurant laccès aux ressources. Il faut faciliter et
développer la vente directe de produits de la ferme par lagriculteur/trice et son
conjoint;
iii. mettre au point des mesures législatives pour accroître
légalité dans le système des salaires, y compris dans le cadre de formules de
travail souples, et améliorer la condition féminine dans lagriculture, les
entreprises familiales, les professions à dominante féminine et le secteur informel. Les
revenus retirés dune exploitation agricole familiale ou dune entreprise
familiale devraient être partagés également entre les conjoints;
iv. mettre en place un véritable statut social du conjoint «aidant»,
lui assurant une sécurité sociale et une retraite propres;
v. faciliter laccès des femmes des zones rurales aux emplois
rémunérés en améliorant les infrastructures des communautés rurales, notamment en
renforçant dans les régions rurales les services sociaux et autres, tels que les
services daide maternelle et de soins aux personnes âgées, les centres sanitaires,
les moyens dinformation et les bibliothèques, les transports publics et les
commerces;
vi. mettre davantage dinformations et de conseils en matière
demploi et de formation à la disposition des femmes vivant en milieu rural, par le
biais des médias locaux (télévision, radio, journaux, etc.);
vii. promouvoir un meilleur partage des responsabilités domestiques et
familiales entre les femmes et les hommes par lintermédiaire de lécole et de
campagnes de formation communautaire, ainsi que par des mesures législatives prévoyant
des formules de travail souples aussi bien pour les femmes que pour les hommes sans
quil en résulte une perte de salaire ou de statut professionnel.
2. Formation générale et professionnelle
i. mettre en place des établissements et des programmes de formation
locaux dans les régions rurales et développer des modèles de formation originaux,
adaptés aux horaires quotidiens des femmes, en particulier les formations à temps
partiel, les initiatives communautaires, les cours par correspondance et
lenseignement à distance à tous les niveaux, en utilisant pleinement les nouvelles
technologies de linformation (voir Recommandation 1122 (1990) de lAssemblée);
ii. développer les stages à lintention des femmes des régions
rurales dans les domaines suivants: création dentreprise, tourisme au village et à
la ferme, agri-sylviculture, pisciculture, méthodes de production intégrées comme
lagriculture biologique, gestion prévisionnelle, comptabilité, moyens de
financement et demprunt, questions relatives à la fiscalité et à la
commercialisation, etc., mais aussi dans les domaines dactivité qui ne sont pas
liés traditionnellement au monde rural mais sont délocalisables grâce aux nouvelles
technologies de la communication (architecture, traduction, etc.);
iii. instaurer et développer, au niveau local, des programmes de
conseil, des services de vulgarisation et des structures de formation de base et de
formation supérieure destinés aux femmes des zones rurales, afin de leur faire prendre
conscience des possibilités de carrière et dactivités lucratives moins
traditionnelles, et de leur en faciliter laccès.
3. Terres
i. entreprendre des réformes législatives et administratives afin que
les femmes des zones rurales, spécialement les femmes mariées, bénéficient pleinement
et équitablement des droits à la propriété foncière;
ii. réexaminer les programmes de redistribution des terres en vue de
protéger les ménages dont le chef est une femme et de garantir les droits des femmes
mariées à être copropriétaires de biens.
4. Crédit
i. modifier les réglementations fiscales relatives aux exploitations
agricoles et aux entreprises de manière à prendre en compte les particularités des
entreprises rurales;
ii. développer des programmes spéciaux de crédit visant à faciliter
la création de petites entreprises par des femmes dans les zones rurales;
iii. examiner les possibilités daccès au crédit financier
ouvertes aux femmes mariées.
__________
1. Texte adopté par la Commission Permanente, agissant
au nom de lAssemblée, le 19 mars 1997.
Voir Doc. 7735, rapport de la commission de lagriculture et du
développement rural, rapporteurs: Mme Johansson et M. Korkeaoja.
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