RECOMMANDATION 1336 (1997)1 relative à la
priorité à la lutte contre lexploitation du travail des enfants
1. LAssemblée note la préoccupation croissante que suscite au
plan mondial lexploitation économique des enfants. Cette exploitation, bien que
plus fréquente et plus grave dans nombre de pays dAsie, dAfrique et
dAmérique latine, pose aussi un important problème social dans toute
lEurope.
2. LAssemblée note, par ailleurs, la complexité de cette
question et la nécessité pour les pouvoirs publics den tenir compte dans
lélaboration des mesures à prendre. Les diverses formes de travail des enfants
couvrent tout le spectre allant dactivités tout à fait bénéfiques pour leur
santé et leur développement jusquà lexploitation caractérisée. Il faut
sattacher en priorité à mettre fin immédiatement aux formes les plus
intolérables du travail des enfants esclavage et pratiques assimilées à
lesclavage, travail forcé ou obligatoire, y compris lasservissement et le
servage, lemploi des enfants dans la prostitution, la pornographie et le trafic de
stupéfiants, et leur emploi dans tout type de travail susceptible de nuire à leur
santé, à leur sécurité ou à leur moralité. Les filles doivent bénéficier
dune protection spéciale et le travail des très jeunes enfants doit être
totalement interdit.
3. Dans les pays en développement et dans certains pays dEurope,
les principales causes du travail des enfants sont la pauvreté et lexclusion
sociale. Les formes que revêt la pauvreté et les stratégies adoptées par les pauvres
pour y faire face varient considérablement dun pays à lautre. Seule une
démarche adaptée à chaque pays permettra donc de sattaquer efficacement à ces
problèmes. Il convient dapprouver explicitement les objectifs de la Convention no
138 de 1973 de lOrganisation internationale du travail (OIT) sur lâge minimal
dadmission à lemploi afin dabolir effectivement le travail des enfants
et délever progressivement lâge minimal dadmission à lemploi ou
au travail à un niveau conforme au développement physique et mental complet des jeunes.
Lâge minimal dadmission à lemploi ne devrait pas être inférieur à
lâge dachèvement de la scolarité obligatoire et, en tout cas, ne doit pas
être inférieur à 15 ans.
4. Linstruction joue un rôle important dans la promotion comme
dans la prévention du travail des enfants. Linaccessibilité ou
linadéquation de linstruction peut pousser les enfants précocement sur le
marché du travail. Inversement, un enseignement qui permet dacquérir des
compétences utilisables par la suite pour un emploi encouragera les enfants à rester à
lécole, réduisant ainsi les formes les plus graves dexploitation. Malgré
les difficultés que cela implique, de nombreux enfants combinent lécole et le
travail. Il faut assurer à ces enfants au travail une forme denseignement adéquate
et souple. Tout enfant doit bénéficier dune éducation gratuite et appropriée
qui, entre autres, lui permette daccéder plus tard à un emploi productif.
5. Les campagnes de sensibilisation ont, à long terme, un rôle crucial
à jouer dans la prise de conscience du travail des enfants par la société. Le problème
est souvent masqué et passe inaperçu au point que le public peut être persuadé
quil nexiste plus. Les syndicats, les médias et les organisations non
gouvernementales peuvent se rendre très utiles en détectant des problèmes de
lenfance exploitée et en attirant lattention du public. Il est possible par
ce biais de renforcer la volonté politique dagir.
6. Le travail des enfants est une question dampleur
paneuropéenne. Dans les pays dEurope, les formes de travail des enfants jugées
intolérables comprennent lexploitation sexuelle à des fins commerciales, les
mauvais traitements physiques et dordre sexuel des enfants employés,
lexploitation des jeunes employés de maison, la traite des enfants, lemploi
des enfants à des travaux dangereux et le problème des enfants des rues.
7. Les minorités rom et tsiganes, les migrants légaux ou illégaux et
les réfugiés sont particulièrement touchés par la pauvreté et le travail des enfants.
Dans les pays dEurope centrale et orientale, en particulier, le passage à
léconomie de marché, la paupérisation et la restructuration du système de
protection sociale ont multiplié les risques dexploitation économique des enfants,
et des cas ont été signalés dans nombre de ces pays.
8. Le travail des enfants en Europe na pas été suffisamment
étudié. Une première étape doit consister à définir correctement les questions
prioritaires concernant le travail des enfants dans chacun des pays européens et à
identifier par une évaluation adéquate les secteurs prioritaires pour laction.
LOIT offre une grande expérience de la méthodologie permettant de mener rapidement
ces évaluations qui pourraient constituer la première étape du volet «travail des
enfants» de la stratégie européenne pour les enfants telle quelle a été
proposée par lAssemblée dans sa Recommandation 1286 (1996).
9. Là où des modes de travail intolérables pour les enfants auront
été identifiés, il faudra mettre en uvre des plans visant leur élimination par
le biais dune stratégie intégrée de prévention, de réglementation et de
réhabilitation. LUnicef dispose de lexpérience nécessaire du fait de son
travail sur la survie et les droits des enfants, et dispose également de capacités en
Europe grâce à son réseau de comités nationaux et à ses programmes dassistance.
10. La politique en matière de travail des enfants doit être conforme
au principe de lintérêt supérieur de lenfant. La réglementation du travail
des enfants par la législation et linspection est importante dans nombre de pays
afin de fixer des normes pour lemployeur et de renforcer les moyens de superviser et
de promouvoir le respect de ces normes.
11. En ce qui concerne les sanctions commerciales, lAssemblée
reconnaît limportance suprême des droits de lhomme fondamentaux énoncés
dans les conventions de lOIT sur le travail des enfants; elle demande à lOIT
de fournir les indications nécessaires sur lapplication pratique, notamment par la
coopération technique et dautres mesures appropriées. LAssemblée approuve
donc la proposition de lOIT de faire adopter par tous les Etats une déclaration
préconisant des principes et des droits fondamentaux universellement reconnus, qui
devrait être contraignante pour tous les Etats membres, quils aient ou non ratifié
ces conventions.
12. Les sanctions commerciales sont efficaces en dernier recours
seulement dans la lutte contre lexploitation de la main-duvre enfantine,
si elles sont appliquées sur une base multilatérale (plutôt quunilatérale) et
combinées avec dautres mesures.
13. Bien conçus et suivis, les codes de conduite peuvent contribuer
utilement à améliorer les pratiques en matière demploi sans nuire aux intérêts
des enfants concernés. Pour les pays européens, un des meilleurs moyens de lutter contre
le travail des enfants hors dEurope passe par les programmes de coopération
internationale destinés à aider les enfants exploités par le biais de programmes de
réhabilitation et de réformes bien pensés.
14. En conséquence, lAssemblée recommande au Comité des
Ministres de lancer un appel à chacun des Etats membres pour résolument lutter contre
lexploitation économique des enfants en Europe:
i. par ladoption dune politique nationale claire, à ces
fins, et dun programme daction à échéances déterminées, détaillés,
cohérents et coordonnés, interdisciplinaires et préventifs, ainsi que par
lallocation des ressources nécessaires;
ii. par un développement systématique de la recherche visant à des
plans daction dans tous les domaines concernant le travail des enfants;
iii. par la révision de la législation nationale afin
daméliorer la protection des enfants et en particulier de répondre aux normes
sociales retenues par le Conseil de lEurope, la Convention des Nations Unies sur les
droits de lenfant et les conventions pertinentes de lOIT, en particulier la
Convention de lOIT sur lâge minimal dadmission à lemploi;
iv. par lamélioration de lefficacité des services de
linspection du travail et de linspection scolaire;
v. par une implication plus étroite et une consultation de tous les
partenaires intéressés, en particulier les syndicats, les employeurs, les organisations
non gouvernementales, les enfants eux-mêmes et leurs parents;
vi. par la sensibilisation de la société tout entière aux
conséquences du travail précoce des enfants et par léducation des consommateurs
à la prise en compte des droits fondamentaux du travail lors de lachat des biens.
15. LAssemblée invite également le Comité des Ministres à
démontrer, au niveau européen, sa volonté politique de lutter contre
lexploitation des enfants:
i. en donnant, dans le cadre du suivi de la Stratégie européenne pour
les enfants, la priorité:
a. à une évaluation dans chaque Etat membre de la situation de la
main-duvre enfantine, afin den identifier les formes les plus
intolérables, den analyser les causes et de formuler des propositions quant aux
meilleurs moyens de lutter contre ces formes dexploitation;
b. à la définition dune politique européenne globale sur le
travail des enfants, compte tenu des normes sociales du Conseil de lEurope et, pour
y satisfaire, en coopération avec lOIT, lUnicef, les organisations non
gouvernementales concernées et les partenaires sociaux, et en consultation avec les
enfants qui travaillent, de manière que leur point de vue soit dûment pris en compte;
ii. en développant des programmes de coopération et dassistance
techniques, notamment pour les Etats membres dEurope centrale et orientale, afin de
mettre en place et daméliorer leur législation et leur politique nationales, et
dorganiser ou de renforcer le système dinspection du travail;
iii. en demandant régulièrement aux Etats membres concernés de revoir
leurs législations aux fins de ratification de la Charte sociale européenne et de la
Charte sociale révisée du Conseil de lEurope, et du Protocole additionnel
prévoyant un système de réclamations collectives qui ainsi donnera le droit de porter
plainte, en cas de manquements, aux organisations non gouvernementales et aux associations
pour la protection des enfants.
16. En ce qui concerne le travail des enfants hors dEurope,
lAssemblée invite instamment le Comité des Ministres à recommander aux Etats
membres:
i. dappliquer les sanctions commerciales multilatérales, en
dernier recours seulement, contre des pays connaissant des pratiques intolérables en
matière de travail des enfants;
ii. de soutenir, unilatéralement ou par le biais de la coopération
internationale, des programmes intégrés visant à lutter contre les formes les plus
intolérables du travail des enfants dans les pays en développement, par exemple grâce
à loctroi par les Etats membres du Conseil de lEurope de ressources accrues
au Programme international de lOIT pour lélimination du travail des enfants
(IPEC);
iii. de définir et dintroduire dans les accords de
lOrganisation mondiale du commerce des mesures sociales incitatives positives afin
dencourager les pays en développement à respecter certaines conventions
fondamentales de lOIT sur les normes minimales, comme celle contre le travail forcé
et lâge minimal dadmission à lemploi pour les enfants.
17. LAssemblée invite également le Comité des Ministres à
demander aux Etats membres de participer activement à lélaboration et à la mise
en uvre de la nouvelle convention de lOIT contre les formes les plus
intolérables du travail des enfants.
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1. Discussion par lAssemblée le 26 juin 1997 (22e
séance) (voir Doc. 7840, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et
de la famille, rapporteur: Mme Belohorská).
Texte adopté par lAssemblée le 26 juin 1997 (22e séance).
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