Résolution 1150 (1998)1
Avant-projet de convention européenne du paysage
1. Dans le cadre de sa Résolution 256 (1994), lancienne Conférence des pouvoirs
locaux et régionaux de lEurope a invité le Congrès des pouvoirs locaux et
régionaux de lEurope (CPLRE) linstance layant remplacée
à élaborer une convention-cadre sur la gestion et la protection du paysage naturel et
culturel de toute lEurope.
2. Afin de répondre à cette invitation, le Congrès a mis en place un groupe de
travail, au sein duquel lAssemblée était représentée, chargé de préparer un
projet de convention européenne du paysage. La version définitive de ce projet sera
soumise à ladoption du Congrès à loccasion de sa 5e session plénière
(25-28 mai 1998), et transmise au Comité des Ministres afin que celui-ci ladopte et
louvre à la signature des gouvernements en tant que convention internationale.
3. Dans cette perspective, lors de sa 4e session plénière (3-5 juin 1997), le
Congrès a adopté un projet préliminaire dans le cadre de sa Résolution 53 (1997) et,
par sa Recommandation 31 (1997), a aussi demandé à lAssemblée parlementaire
dexaminer ce projet préliminaire et de lui faire connaître son avis avant
lélaboration du projet final.
4. Par ailleurs, avant dadopter le projet final de la convention, le Congrès a
décidé de consulter les représentants des ministères nationaux concernés et
dorganiser une conférence de consultation qui se tiendra à Florence du 2 au 4
avril 1998 et qui réunira ces représentants ainsi que ceux des principales organisations
internationales et non gouvernementales "techniquement qualifiées" dans le
domaine du paysage.
5. Par son initiative et en sa qualité dinstance représentative des intérêts
des collectivités territoriales, le Congrès témoigne quil est conscient de
limportance que les citoyens européens donnent à leur cadre de vie, et du souhait
de ceux-ci de voir toutes les politiques ayant un impact sur le territoire tenir compte de
cette composante. Or, la qualité du cadre de vie repose, entre autres, sur le sentiment
issu de la perception, notamment visuelle, de lenvironnement, à savoir le paysage,
et force est de constater que la qualité et la diversité de nombreux paysages se
réduisent sous leffet de facteurs aussi nombreux que variés et que ce phénomène
porte atteinte à la qualité de leur vie de tous les jours.
6. Le Congrès sefforce donc de répondre à ce souci et de pallier
labsence à léchelle européenne dune référence spécifique et
complète consacrée à la protection, à la gestion et à laménagement du paysage
européen dans les instruments juridiques internationaux en matière denvironnement,
daménagement du territoire et de patrimoine culturel. Le Congrès a ainsi affirmé
sa volonté politique doffrir aux citoyens européens une garantie juridique
internationale en vue de leur bien-être individuel et social, et de leur épanouissement
à léchelle locale.
7. La réalisation de cet objectif constitue sans doute une tâche difficile. Les
activités de sauvegarde du paysage de par son lien, dune part, avec la
sensibilité et limagination humaines, et, dautre part, avec les disciplines
relatives à lidentification des éléments qui le composent représentent un
domaine daction politique particulièrement complexe.
8. Le Congrès a relevé ce défi en proposant des règles communes à léchelle
internationale et des solutions particulièrement appropriées, à la fois sur les plans
technique et juridique, notamment en ce qui concerne les définitions, le champ
dapplication, la participation, lidentification, lévaluation,
lintervention et la coopération internationale.
9. LAssemblée se félicite du fait que le champ dapplication de
lavant-projet de convention couvre aussi bien les paysages remarquables que les
paysages ordinaires. En effet, tous les paysages conditionnent la qualité du cadre de vie
des populations en Europe et des mesures de protection paysagère ne doivent pas être
réservées uniquement aux sites et paysages de qualité exceptionnelle. Dans cet esprit,
le choix du CPLRE constitue une démarche conforme aux valeurs démocratiques et sociales
défendues par le Conseil de lEurope.
10. Par ailleurs, lAssemblée parlementaire partage lidée du Congrès
quune convention sur le paysage européen doit être conçue comme un instrument
juridique flexible; linstrument conventionnel à mettre en place devra pouvoir se
référer à des paysages qui, selon leurs caractéristiques spécifiques, nécessiteront
des interventions diversifiées qui vont de la plus stricte conservation à la véritable
création en passant par la protection, la gestion, et laménagement.
11. LAssemblée apprécie également lapport innovant de
lavant-projet de convention en ce qui concerne la rupture avec la dichotomie
traditionnelle entre "paysage naturel" et "paysage culturel". Il
nest pas souhaitable de séparer au niveau conceptuel et opérationnel les paysages
modifiés par les êtres humains de ceux qui ne lont pas été. Les activités de
protection, de gestion et daménagement des paysages doivent tenir compte des
différents éléments qui les composent sans pour autant créer des séparations
artificielles.
12. En vue de la mise en place des activités de protection, de gestion et
daménagement du paysage, lavant-projet de convention propose des moyens
dintervention consistant en des mesures juridiques et/ou financières. Toutefois,
afin de tenir compte de la diversité des paysages et des différentes traditions
nationales visant leur sauvegarde, lavant-projet se limite très raisonnablement à
offrir, dans le cadre dune annexe, un éventail de solutions différentes dont les
futures Parties à la convention pourront sinspirer en fonction de leurs besoins
particuliers.
13. En ce qui concerne les mesures de portée internationale, lavant-projet de
convention propose des solutions qui complètent les mesures qui devraient être adoptées
par les Etats à léchelle nationale. A cette fin, une liste des paysages
dintérêt européen devrait être établie en vue de mieux préserver les paysages
dont la valeur constitue un des fondements de lidentité culturelle européenne. Par
ailleurs, les pouvoirs locaux et régionaux pourraient être reconnus par
lattribution dun prix international, le Label paysager européen, pour les
efforts quils ont accomplis pour entretenir leurs paysages. Cette reconnaissance
soulignerait une fois de plus lesprit de la convention qui veut, à raison,
sadresser à lensemble de la dimension paysagère du territoire européen.
14. Compte tenu de ce qui précède, lAssemblée parlementaire:
i. félicite le Congrès pour avoir pris linitiative délaborer un projet
de convention européenne du paysage et souligne limportance et la nécessité
dune telle initiative qui témoigne de limportance que les élus locaux et
régionaux donnent à la qualité de vie des populations européennes, et contribue à la
consolidation de lidentité culturelle européenne;
ii. estime que cet avant-projet de convention européenne du paysage a le mérite
didentifier avec clarté les problèmes du paysage en Europe et de proposer des
remèdes innovateurs qui se distinguent par ailleurs par leur caractère démocratique,
leur flexibilité et leur rigueur scientifique;
iii. exprime son soutien à linitiative du Congrès, à laquelle elle souhaite
continuer de contribuer en vue du projet final sur lequel elle sexprimera
également.
__________
1. Texte adopté par la Commission Permanente, agissant au nom de
lAssemblée, le 18 mars 1998.
Voir Doc. 8030, rapport de la commission de lenvironnement, de
laménagement du territoire et des pouvoirs locaux, rapporteur: M. Ruffy.
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