Recommandation 1474 (2000)1
Situation des lesbiennes et des gays dans les Etats
membres du Conseil de l?Europe
(Extrait
de la base de données OffICE du Conseil de l'Europe - septembre 2000)
1. Il y a près de
vingt ans, dans sa Recommandation 924 (1981) relative à la
discrimination à l?égard des homosexuels, l?Assemblée a dénoncé les
différentes formes de discrimination dont étaient victimes les homosexuels
dans certains Etats membres du Conseil de l?Europe.
2.
Aujourd?hui encore, les homosexuels sont trop souvent l?objet de
discrimination ou de violence à l?école ou dans la rue, par exemple. Ils
sont perçus comme un danger pour le reste de la société, comme si
l?homosexualité, une fois reconnue, risquait de s?étendre. Or, il est
clair que lorsque l?homosexualité n?est pas visible dans un pays cela
n?est que le signe infaillible d?une oppression à l?égard des
homosexuels.
3. Une telle
homophobie est parfois relayée par certains politiciens ou leaders
religieux, justifiant ainsi l?existence de législations encore
discriminatoires et surtout d?attitudes agressives ou méprisantes.
4. Dans le
cadre des procédures d?adhésion des nouveaux Etats membres, l?Assemblée
veille à poser comme condition que les actes homosexuels entre adultes
consentants ne figurent plus comme un délit dans les codes pénaux.
5. L?Assemblée constate que
l?homosexualité est toujours un délit dans certains Etats membres du
Conseil de l?Europe et que dans une grande partie des autres des
discriminations entre homosexuels et hétérosexuels existent en ce qui
concerne l?âge du consentement.
6. L?Assemblée se félicite de ce
que la Cour européenne des Droits de l?Homme, dès 1981 dans son arrêt
Dudgeon c. Royaume-Uni, ait estimé que l?interdiction d?actes sexuels
entre hommes consentants violait l?article 8 de la Convention européenne
des Droits de l?Homme et que, plus récemment, en 1999, elle se soit
prononcée contre toute discrimination d?ordre sexuel dans ses arrêts
Lustig-Prean et Beckett c. Royaume-Uni, et Smith et Grady c. Royaume-Uni.
7. Elle se réfère à son
Avis nº 216
(2000) sur le projet de protocole nº 12 à la Convention européenne
des Droits de l?Homme, dans lequel elle a recommandé au Comité des
Ministres d?inclure l?orientation sexuelle parmi les motifs de
discrimination, estimant qu?il s?agissait de l?une des formes les plus
odieuses de discrimination.
8. En matière d?emploi, si les législations
ne prévoient aucune restriction concernant les homosexuels, dans la
pratique, ils en sont parfois exclus et l?accès à l?armée fait
l?objet de restrictions non justifiées.
9. L?Assemblée constate toutefois
avec satisfaction que certains pays ont non seulement aboli toute
discrimination, mais encore ont adopté des législations reconnaissant le
partenariat entre homosexuels et reconnaissant l?homosexualité comme un
motif pour accorder l?asile lorsqu?il existe un risque de persécution
en raison de l?orientation sexuelle.
10. Elle est toutefois consciente du
fait que la reconnaissance de ces droits se heurte, pour l?instant, à des
difficultés liées aux mentalités qui devront encore évoluer.
11. L?Assemblée recommande donc au
Comité des Ministres:
i. d?ajouter
l?orientation sexuelle aux motifs de discrimination prohibés par la
Convention européenne des Droits de l?Homme, comme elle l?avait demandé
dans son Avis nº 216 (2000);
ii.
d?élargir le mandat du Comité européen contre le racisme et l?intolérance
(Ecri) pour y inclure l?homophobie fondée sur l?orientation sexuelle,
et de placer auprès du commissaire européen des droits de l?homme une
personne chargée spécialement des questions de discrimination fondée sur
l?orientation sexuelle;
iii. d?inviter
les Etats membres:
a. à inclure
l?orientation sexuelle parmi les motifs de discrimination prohibés dans
leur législation nationale;
b. à supprimer de leur
législation toute disposition rendant passibles de poursuites pénales les
actes homosexuels entre adultes consentants;
c. à remettre immédiatement
en liberté ceux qui sont emprisonnés en raison d?actes sexuels entre
homosexuels adultes consentants;
d. à appliquer le même
âge minimal de consentement pour les actes homosexuels et pour les actes hétérosexuels;
e. à prendre des
mesures positives pour combattre les attitudes d?homophobie, en
particulier à l?école, dans le corps médical, dans l?armée, dans la
police, dans la magistrature et au barreau, ainsi que dans le sport, par une
formation initiale et continue;
f. à
se concerter pour lancer au même moment dans un maximum d?Etats membres
une vaste campagne d?information du grand public;
g. à
prendre des mesures disciplinaires à l?encontre de ceux qui
discrimineraient les homosexuels;
h. à
assurer l?égalité de traitement en matière d?emploi pour les
homosexuels;
i. à
adopter une législation prévoyant le partenariat enregistré;
j. à reconnaître comme
motif d?asile la persécution des homosexuels;
k. à
inclure dans les structures de protection des droits fondamentaux et de médiation
existantes ou à mettre en place une personne experte en matière de
discrimination fondée sur l?orientation sexuelle.
1.
Discussion par l?Assemblée le
30 juin 2000 (24e séance)
(voir Doc. 8755, rapport de la commission des questions juridiques et des
droits de l'homme, rapporteur: M. Tabajdi).
Texte adopté par l?Assemblée
le 26 septembre 2000 (27e séance).
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