29.02.2012

DISCOURS DE MONSIEUR JEAN-CLAUDE MIGNON,

PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE

LORS DE LA REUNION PARLEMENTAIRE A L’OCCASION DE LA SESSION DE LA COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME,

ORGANISEE PAR L’UIP ET L’ONU FEMMES :

L‘ EMANCIPATION DES FEMMES RURALES :

LE ROLE DES PARLEMENTS

(New York, 29 Février 2012)

Mesdames, Messieurs,

Chers collègues, chers amis,

Je me réjouis d’être avec vous aujourd’hui à New York à l’occasion de la 56ème session de la Commission de la condition de la femme. Cette réunion parlementaire organisée par l’Union interparlementaire et l’ONU femmes aborde un thème qui nous est cher au Conseil de l’Europe et qui est au cœur des préoccupations de notre Assemblée Parlementaire depuis plusieurs années : la promotion et la protection des droits des femmes dans le monde.

Comme vous le savez tous, les inégalités et la discrimination à l’égard des femmes perdurent aux quatre coins du monde et dans différents domaines de la vie quotidienne, mais nous sommes réunis aujourd’hui pour parler d’un des aspects les plus problématiques de ce sujet : la situation des femmes en milieu rural où les conditions socio-économiques sont beaucoup plus difficiles qu’ailleurs. En effet, la pauvreté, le chômage, l’insuffisance de transports, l’accès difficile à l’éducation, à la santé, aux soins, ainsi que la persistance de mentalités plus ‘patriarchales’, aggravent les inégalités entre les hommes et les femmes.

Les femmes de ces zones rurales sont donc confrontées à des défis majeurs ralentissant une pleine réalisation de l’égalité entre les sexes. Elles font face à des discriminations graves et multiples, à des violations de leurs droits, et sont particulièrement vulnérables à la violence, notamment à la violence domestique. De plus, dans ces zones où le chômage et la pauvreté sont généralisés, elles sont la cible principale de la traite des êtres humains, que l’on retrouve sous la forme d’exploitation sexuelle ou de travail forcé.

De plus, ces femmes n’ont généralement pas de revenu indépendant vu qu’elles travaillent dans des exploitations familiales. Elles sont souvent dépendantes de leur conjoint ou de leurs proches, sont exclues des prises de décisions et rencontrent de nombreux obstacles dans l’accès aux droits de propriété et de succession.

Cette situation est grave. Et elle continue de s’aggraver avec les effets de la mondialisation et de la crise économique et financière. A cause de leurs conditions de vie médiocres et humiliantes, beaucoup de femmes en Europe, surtout des jeunes, se sentent forcées de quitter le milieu rural pour rejoindre la ville, ce qui mène à une dépopulation croissante des campagnes.

Chers collègues,

Nous ne pouvons pas laisser cette situation se détériorer et nous devons redoubler d’efforts pour faire progresser les droits de ces femmes dans le monde.

Bien sûr, la situation des femmes rurales en Europe n’est pas comparable à la situation des femmes rurales dans les pays en développement ou en Afrique par exemple. Cependant, cette réunion est l’occasion de partager nos expériences et nos bonnes pratiques afin de travailler et trouver des solutions ensemble pour promouvoir l’autonomisation et l’émancipation de ces femmes.

En Europe, on ne se rend pas toujours compte de l’ampleur des enjeux auxquels elles doivent faire face car on a tendance à considérer que leurs droits sont acquis. Cependant, il reste encore beaucoup de progrès à faire et cette réunion doit favoriser la prise de conscience et nous pousser à redoubler d’efforts en tant que législateurs et parlementaires. Il est de notre devoir et de notre responsabilité de porter cette question à l’attention de nos parlements et d’élaborer des législations dans ce domaine.

Pour cela, je propose que les Etats membres qui ne l’ont pas encore fait, signent et ratifient la Convention du Conseil de l’Europe sur la traite des êtres humains et la Convention sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, qui est ouverte à la signature depuis le 11 mai 2011. Pour le moment seule la Turquie l’a ratifiée et 18 pays l’ont signée. Il y a donc encore beaucoup de progrès à faire.

J’aimerais préciser et insister sur le fait que ces Conventions sont aussi ouvertes aux Etats non-membres du Conseil de l’Europe et je les encourage fortement à y adhérer pour faire avancer les choses.

Mesdames et Messieurs,

Ces problématiques sont au cœur des travaux de notre Assemblée Parlementaire depuis plusieurs années. Dès 1997, nous avons adopté une Recommandation sur l’amélioration de la situation des femmes dans la société rurale.

Notre Commission sur l’égalité et la non-discrimination est aussi très active dans ce domaine et travaille sans relâche pour prévenir la violence à l’égard des femmes et faire progresser l’égalité des chances pour les femmes et les hommes. De nombreux rapports et résolutions ont été adoptés. Je voudrais particulièrement féliciter Madame Quintanilla Barba qui est aujourd’hui dans la salle avec nous, pour son excellent rapport sur les femmes en milieu rural en Europe, rédigé l’année dernière, et sur lequel je me base. Elle vous donnera plus de détails lors de la discussion qui va suivre.

Notre Assemblée s’est engagée depuis de nombreuses années dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes. Le « Réseau parlementaire pour le droit des femmes de vivre sans violence » constitue également une initiative très intéressante et ne peut que renforcer les liens entre notre Assemblée Parlementaire et les Parlements nationaux.

Durant notre dernière session parlementaire en janvier, nous avons eu l’honneur d’accueillir Madame Bachelet et nous avons tenu un débat sur le droit des femmes dans le monde. Notre Assemblée félicite la création en 2010 de l’ONU femmes et soutient fermement ses activités. J’espère et je suis convaincu que cette agence pourra donner un nouvel élan à cette cause et fera avancer le droit des femmes dans le monde, en renforçant leur poids et leur visibilité. Notre Assemblée continuera à coopérer sérieusement avec cette entité des Nations Unies.

J’invite toutes les organisations présentes ici à unir leurs forces afin de prévenir et de lutter contre toutes les formes de violences à l’égard des femmes.

Chers amis,

J’espère donc sincèrement que la coopération entre l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, l’Union interparlementaire et l’ONU femmes pourra continuer à se développer et à porter ses fruits.

Merci de votre attention.