04.04.2013

Discours de Monsieur Jean-Claude Mignon,

Président de l’APCE à l’occasion de la

10e Conférence des Ministres de la Culture

(Moscou, 15-16 avril 2012)

Thème : « La gouvernance de la culture – promouvoir l’accès à la culture »

Session 1 : Rôle de gouvernements : nouveaux défis et opportunités

Messieurs et Mesdames les Ministres, Excellences, Chers/chères Collègues, Mesdames et Messieurs

C’est avec beaucoup de plaisir que je participe à la Conférence des Ministres de la Culture à Moscou. Je tiens à remercier les autorités russes de leur accueil chaleureux, dans le cadre prestigieux d’une somptueuse salle du Théâtre Bolchoï, symbole éclatant de l’expression culturelle.

Aujourd’hui, j’ai le grand honneur de présider la première séance de travail, qui porte sur le rôle des gouvernements et, en particulier – des ministères de la Culture – dans la promotion de l’accès à la culture. Le titre de la session lui-même nous donne une piste de réflexion précise : nouveaux défis et opportunités.

Défis, bien sûr, car nos gouvernements sont pris en tenaille entre les contraintes budgétaires et les impératifs sociaux, qui ôtent toute marge de manœuvre dans la mise en œuvre de politiques culturelles ambitieuses. J’ajouterais, en tant que Président de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, que le défi budgétaire se pose également à nos parlements et à nous-mêmes, en tant qu’élus – aussi bien sur le plan national, régional, que local.

Opportunités : cela peut paraître optimiste et cependant, l’élargissement de l’accès à la culture, trésor inestimable dont le partage enrichi tous ceux qui y participent, ne pourrait-il pas être en effet une clé de réponse à la nécessité de réveiller nos systèmes économiques, de redonner de l’espoir, de la force et davantage de cohésion à nos sociétés, et de relancer l’Europe?

Je l’avoue volontiers, c’est avec un soupçon d’optimisme que notre Assemblée Parlementaire, à Strasbourg, a abordé la question de l’accès et du droit de chacun de participer à la vie culturelle et transmis un certain nombre de recommandations au Comité des Ministres du Conseil de l’Europe, ainsi qu’aux gouvernements et parlements des pays membres (Recommandation 1990(2012)), démontrant ainsi un optimisme non pas dans l’état actuel des choses, mais dans le potentiel d’action existant, et dans la capacité de nos Etats de ne pas le gâcher.

Il est important de souligner que le droit d’accès à la culture, et le droit de chacun de participer à la vie culturelle, s’inscrivent au cœur des droits de l’homme, puisqu’ils conditionnent la possibilité de chacun de prendre pleinement conscience de son identité et d’exercer de façon responsable ses autres droits.

Mais alors : comment améliorer concrètement la jouissance de ce droit fondamental ? En effet, nous constatons que par-delà les discours constants en faveur de la démocratisation culturelle, les politiques nationales ne permettent pas, en termes de moyens humains et financiers, de traduire de façon effective, et équitable dans les faits, l’accès et la participation de chacun à la vie culturelle, et ce, en dépit de la richesse des initiatives et des projets.

A cet égard, notre Assemblée Parlementaire propose plusieurs pistes de réflexion.

Tout d’abord, le rôle des pouvoirs publics est primordial, en ce sens qu’ils détiennent la maîtrise des politiques globales sur le territoire. Ils doivent veiller à un dosage équitable entre l’obligation d'action, pour favoriser une juste participation à la vie culturelle, et l’obligation d’abstention, pour observer une neutralité respectueuse des libertés de choix de chacun, artistes et public.

Parallèlement, trois leviers devraient être renforcés.

Premièrement, il faudrait encourager les synergies pour décloisonner les différents secteurs d’activité humaine : d’une part, entre les différents secteurs gouvernementaux – éducation, culture, jeunesse, recherche, numérique – d’autre part, entre opérateurs publics et privés, et enfin, entre nos Etats, par le renforcement de la dimension transfrontière de la culture. Il s’agit de mettre en place des réseaux de partenariats, par le partage, bénéfique pour la diversité culturelle, et la mutualisation des moyens, qui en réduit les coûts.

Deuxièmement, les modalités de financement public sont à revoir : concrètement, il conviendrait de cesser d’utiliser le financement de la culture en tant que variable d'ajustement budgétaire, comme c’est trop souvent le cas. Il faudrait également assurer la pérennité des soutiens financiers aux opérateurs publics, que ceux-ci consacrent à des projets concluants, par-delà les clivages et alternances politiques, qui sont le propre de nos démocraties.

En même temps, on ne peut plus se permettre de financer de façon éparpillée des activités qui n’auraient pas d’impact significatif. Il faudrait donc conditionner les financements publics des opérateurs culturels aux résultats obtenus, en particulier, en ce qui concerne leur contribution à la démocratisation culturelle, et au développement de partenariats nationaux et internationaux, avec une attention particulière à l’égard de leur aptitude à adapter leur médiation artistique et culturelle, en fonction des publics, plus ou moins jeunes, s’adressant à tous les publics éloignés de la culture en raison de leurs conditions de vie socio-économiques, géographiques ou de leur handicap. La culture du résultat doit être au cœur du financement public.

Troisièmement, les Etats devraient assurer un système de protection de la création, en particulier sur internet.

La révolution numérique a un effet bénéfique sur la démocratisation culturelle, mais les atteintes aux droits de propriété intellectuelle font peser une menace grave sur la création de demain. Il s’agit de continuer à donner aux jeunes créateurs les moyens de pouvoir envisager une activité professionnelle artistique économiquement viable. Cela est essentiel pour préserver la pérennité et la diversité du monde culturel.

Messieurs et Mesdames les Ministres, Chers/chères Collègues,

Je propose maintenant de conclure mon introduction, le temps qui nous est imparti étant compté, sachant qu’il reste encore cinq intervenants sur la liste des orateurs.

Tout d’abord, je vais donner la parole à notre conférencier M. Pier Luigi SACCO, Professeur d’Economie et de la Culture à l’Université de Milan, en Italie, qui ne manquera pas de nous éclairer davantage sur les défis et opportunités qui s’offrent à nos gouvernements en vue de favoriser l’accès et la participation à la culture.

M. Pier Luigi SACCO, vous avez la parole…

(voir le programme à jour pour la suite des orateurs)