ALLOCUTION D’OUVERTURE

MONSIEUR LLUÍS MARIA DE PUIG

PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE

CONFERENCE DES PRESIDENTS DE PARLEMENTS

(Strasbourg, 22 mai 2008, 16h00)


Mesdames et messieurs les présidents, chers collègues,

Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui ici, dans l’ hémicycle du Conseil de l’Europe, pour notre Conférence européenne des présidents de parlements. Le Conseil de l’Europe est la maison de la démocratie ; vous êtes donc tous chez vous.

C’est la 19ème conférence de ce genre. Suivant notre pratique, cette fois nous nous réunissons à Strasbourg. La précédente conférence s’est tenue à Tallinn, en Estonie, en 2006, et je tiens à saluer la présidente du parlement estonien, Mme Ergma, avec qui j’aurai l’honneur de co-présider cette conférence.

Je suis également très heureux d’annoncer que nous avons déjà une invitation pour notre prochaine conférence. Elle provient du Président du parlement chypriote, M. Garoyian, que je remercie vivement, et j’espère que nous pourrons accepter sa proposition de nous réunir à Chypre en 2010.

Chers collègues, notre présence ici aujourd’hui n’a pas simplement pour but d’honorer une belle tradition. Nous avons tous des agendas politiques chargés dans nos capitales; si nous nous sommes déplacés pour être à Strasbourg aujourd’hui, c’est pour débattre des sujets qui sont importants pour nos sociétés démocratiques et donc pour nos parlements. Des sujets auxquels nous devons réfléchir ensemble.

Mesdames et messieurs,

Les questions auxquelles nous nous efforcerons de répondre lors cette conférence sont: d’abord, quelles devraient être les relations entre les parlements et la société civile et, ensuite, quel rôle peuvent jouer les parlements pour promouvoir les valeurs fondamentales que partagent nos 47 Etats membres : démocratie, droits de l’homme, prééminence du droit.

Ce ne sont pas des questions faciles, même si à première vue la réponse pourrait sembler évidente.

Il s’agit de trouver des équilibres très complexes. Pour ce qui est de la première, entre ce qui est politique et ce qui est citoyen. Pour ce qui est de la deuxième, entre la politique au niveau national et la politique au niveau européen.

Je commencerai par le lien entre ce qui est politique et ce qui est citoyen.

Au cours des 30 dernières années, la notion même de politique a énormément changé. Les idéologies politiques incompatibles avec la démocratie qui déchiraient notre continent n’existent presque plus. La « normalité » de la vie politique dans la plupart de nos pays fait en sorte que l’opinion publique est parfois plus intéressée par la notion de qualité de vie que par les controverses idéologiques ou par les différences classiques entre gauche et droite.

La médiatisation sans précédent de nos sociétés a aussi un grand impact sur l’opinion publique. Dans la masse de messages écrits, verbaux et visuels à laquelle nous sommes confrontés tous les jours, il devient de plus en plus difficile de distinguer l’information et la désinformation.

Le discours politique a aussi beaucoup changé Même si son sérieux n’est pas remis en question, surtout lors des débats parlementaires, ce qui sort à la surface, par exemple lors des campagnes électorales, ressemble plutôt à un exercice de marketing qu’à un vrai débat publique.

Nous sommes tous conscients qu’il y a un certain désenchantement et désintéressement de la part des citoyens vis-à-vis de la vie politique traditionnelle. Mais ceci ne veut pas dire que les gens ne sont plus intéressés à ce qui se passe dans la société et qu’il ne veulent plus participer, au contraire. L’intérêt pour la bonne politique est toujours présent ; on le voit à travers les taux de participation lors d’élections décisives ou même à travers les attitudes citoyennes critiques.

Dans ce contexte, la société civile est une force puissante au sein des démocraties pluralistes.

Elle enrichit le débat public avec de nouvelles idées ; elle contribue à la prise de conscience de réalités et de problèmes pressants ; enfin, elle est aussi capable de provoquer de nombreux changements réels en participant à la définition des politiques et les processus décisionnels.

L’action de la société civile est aussi un complément utile aux actions et politiques des pouvoirs publics.

Mais à côté de ces formes d’actions « classiques » de la société civile, il y a toute une nouvelle dimension de l’organisation sociale qui résulte du développement des nouvelles technologies. Pensons aux forums de discussion sur internet ; aux blogs ; aux sites qui permettent de se faire de nouveaux amis partout dans le monde, de partager des informations, des idées et même des espaces de vie virtuels…

Ces nouvelles formes de communication et de rassemblement dépassent les frontières, les langues et les cultures. Leur potentiel est énorme et il me semble que nous n’avons pas encore pleinement réalisé leur impact sur nos sociétés.

Où est la place de la politique dans cette société en pleine mutation ?

La seule réponse viable se place au niveau de l’échange et de l’interaction. Bien sûr, les responsabilités doivent rester clairement délimitées. Nous, en tant qu’élus, avons un mandat et sommes redevables devant nos électeurs, alors que la société civile restera l’expression libre des aspirations et de l’énergie créative des citoyens. C’est à nous, en tant que responsables politiques, d’assurer que les droits de la société civile – notamment le droit d’assemblée et d’expression – soient pleinement respectés ; et c’est à la société civile d’en faire un usage responsable pour participer pleinement au processus démocratique.

Le Conseil de l’Europe a donné l’exemple dans ce domaine, puisque de nombreuses organisations internationales non gouvernementales (OING) ont un statut consultatif auprès de l’organisation.

Depuis 1949, l’Assemblée coopère étroitement avec des ONG dans de nombreux domaines, et surtout avec celles qui œuvrent à la défense et à promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales, à la consolidation des processus de transition démocratique et au développement de la bonne gouvernance. Des rencontres et des consultations ont par exemple lieu dans le cadre de réunions des commissions, de visites sur place de rapporteurs sur des sujets spécifiques ou lors de colloques et conférences. A partir de 2009, l’Assemblée décernera également un prix aux ONG qui ont contribué de façon significative à la promotion et à la protection des droits de l’homme.

Ceci m’amène au deuxième lien que j’ai mentionné au début, celui entre la politique au niveau national et au niveau européen.

Désormais, nous vivons dans un monde multi-relationnel, multi-culturel et multi-religieux. Les défis auxquels nos sociétés doivent faire face sont, non seulement, de plus en plus complexes mais, ils nous concernent tous, que ce soit le réchauffement climatique, la lutte contre le terrorisme, la cohésion sociale ou le dialogue entre civilisations..

A l’ère de la globalisation, de la médiatisation et des hautes technologies, l’Europe doit poursuivre sa voie tout en restant une Europe humaine. Pour être à l’avant-garde de la modernité, de la concurrence et de la prospérité, mais aussi du développement social et culturel, elle doit être avant tout à l’avant-garde de la démocratie, des droits de l’homme et de la prééminence du droit : les valeurs fondamentales du Conseil de l’Europe.

Le parlementarisme est né en Europe et il demeure l’une des composantes essentielles de la démocratie. Il est donc normal de débattre de la contribution que les parlements peuvent apporter pour consolider ces valeurs dans l’ensemble du continent européen.

Le Conseil de l’Europe a instauré et développé plusieurs mécanismes qui permettent d’aller de l’avant et de consolider la construction d’une Europe plus juste et plus démocratique. Il a mis en place les normes juridiques européennes fondamentales et il a établi des mécanismes de suivi particulièrement efficaces pour s’assurer de leur mise en œuvre.

L’Assemblée parlementaire participe activement à ce processus. C’est pourquoi nous comptons tellement sur l’engagement actif de nos membres et sur le lien fort avec les parlements nationaux. Il s’agit surtout d’assurer la ratification et la mise en œuvre des conventions du Conseil de l’Europe dans les pays respectifs ; condition essentielle pour créer un espace juridique pan-européen. Le rôle des parlements est aussi primordial pour mettre pleinement en œuvre les arrêts de la Cour européenne des Droits de l’Homme dans l’ordre juridique des Etats membres.

Je voudrais mentionner les programmes de coopération et d’assistance très efficaces que nous organisons avec les parlements nationaux. Une coopération très réussie entre l’Assemblée et les parlements nationaux s’est instaurée ces dernières années dans le domaine des enquêtes, au niveau national, de violations présumées des droits de l’homme sur le territoire des Etats membres.

Même si la liste n’est pas exhaustive, je mentionnerai également le potentiel puissant de la diplomatie parlementaire que nous développons au sein de l’Assemblée. Nombreuses sont les questions controversées qui peuvent trouver une solution grâce à la présence simultanée et les bonnes relations collégiales entre les parlementaires ici à Strasbourg.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe est l’expression politique de la volonté de nos parlements nationaux de contribuer à la construction d’une Europe des citoyens et pour les citoyens. Elle est donc l’émanation des parlements nationaux ; c’est pourquoi il est tellement important que les délégations nationales que vos parlements envoient à Strasbourg vous représentent de la façon la plus active possible, avec un engagement fort envers une cause commune.

Chers collègues,

En vous réunissant ici, l’Assemblée souhaite promouvoir le dialogue, autour des valeurs communes qui sont à la base du Conseil de l’Europe. La coopération avec les autres organes internationaux est tout aussi importante dans ce processus. Je salue par conséquent la présence parmi nous des présidents des nombreuses assemblées parlementaires européennes ou régionales avec lesquelles nous avons une excellente coopération.

Récemment l’Assemblée a également pris la décision d’intensifier le dialogue, d’un côté, avec les pays du Maghreb (l’Algérie, le Maroc et la Tunisie) et de l’autre, avec les républiques de l’Asie Centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan). Dans ce contexte, je voudrais vous proposer d’associer les présidents des parlements de ces pays à nos prochaines conférences. Bien entendu, il faudrait définir clairement les modalités de leur participation à nos travaux. J’aimerais connaître votre avis sur cette question au cours de la conférence.

La Conférence Européenne des Présidents de Parlement constitue une occasion pour échanger, au plus haut niveau, nos vues, nos idées et nos expériences. Elle nous permet aussi de nous familiariser avec les bonnes pratiques existantes ou avec les projets en voie de réalisation.

Alors profitons-en. Je vous souhaite à vous tous des débats dynamiques et un travail fructueux.