24.05.2008 (revisé)

ALLOCUTION DE MONSIEUR LLUÍS MARIA DE PUIG

PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE

A L’OCCASION DE LA CONFERENCE DU MOUVEMENT EUROPEEN

(LA HAYE, PAYS-BAS, 24 mai 2008)


Je voudrais remercier le Mouvement Européen pour l’invitation de participer à cette célébration. Mon rôle lors du panel de ce matin est de parler du Conseil de l’Europe, qui est le premier grand résultat de la Congrès de la Haye en 1948 et de l’institutionnalisation du Mouvement Européen. Je suis là pour rappeler que, au-delà de l’Union Européenne, il y a l’Europe entière, la grande Europe, qui fait partie du Conseil de l’Europe.

 L’anniversaire que nous fêtons aujourd’hui est spécial. C’est l’anniversaire d’un rêve revenu réalité. Et c’est également l’anniversaire de 800 millions de femmes et d’hommes à la fois, tous ceux qui s’appellent Européens. Car l’Europe dans laquelle nous vivons est le fruit de l’Europe imaginée par le Congrès de la Haye il y a 60 ans.

Le résultat le plus concret et immédiat de ce congrès fut la création du Conseil de l’Europe un an plus tard, et d’ailleurs l’année prochaine nous allons fêter aussi notre 60ème anniversaire.

Grâce aux idées du Mouvement Européen et à la détermination politique des pères fondateurs de la construction européenne, le Conseil de l’Europe a mis en place des normes fondamentales et des mécanismes de concertation uniques.

Je parle du Comité des Ministres des Affaires Etrangères, de l’Assemblée parlementaire que j’ai l’honneur de présider, et surtout, de la Convention Européenne des Droits de l’Homme et la Cour qui veille à son application dans tous les Etats membres.

Le Congrès de la Haye a également déclenché tout le processus de construction européenne qui a abouti à la création de l’Union Européenne.
 
Je mesure l’importance de l’ouvre de ces pères fondateurs non seulement en tant que homme politique. En tant que Espagnol, je célèbre l’action du Mouvement Européen avec la reconnaissance de l’aide extraordinaire qu’il a prêtée aux démocrates espagnols dans leur lutte contre la dictature. Quelques unes des actions les plus importantes contre le régime de Franco ont été inspirées par le Mouvement Européen.

Finalement, en tant que historien, j’ai suivi dans une de mes recherches le parcours extraordinaire d’un compatriote, Enrique Gironella, qui était parmi les participants au Congrès de la Haye en 1948 et est devenu membre de l’exécutif du Mouvement Européen. Je voudrais mentionner dans le même contexte le parcours remarquable d’autres Espagnols comme Salvador de Madariaga et le Dr Josep Trueta.

A 60 ans, nous avons une Europe encore jeune, mais riche d’expérience. Elle n’est pas parfaite. La question c’est de savoir si c’est une Europe suffisamment mûre pour éviter les erreurs terribles du passé et pour envisager sereinement un avenir commun.

Pour essayer de voir quelle sera l’Europe dans 20 ans, il faut être visionnaire, mais il faut en même temps être réaliste. Etre réaliste, ça signifie d’abord de reconnaître que l’Europe entière, c’est l’ensemble des pays européens, avec aussi les pays de l’Est, la Turquie, la Russie et le Caucase. Il est difficile de prédire combien de ces pays dans 20 ans feront partie de l’Union Européenne. Aujourd’hui par exemple nous avons le débat sur l’intégration de la Turquie à l’Union Européenne. Je ne voudrais pas entrer dans ce débat, mais simplement rappeler que la Turquie est membre du Conseil de l’Europe depuis 1949 et que nous travaillons ensemble dans notre institution paneuropéenne.

Certains pays membres du Conseil de l’Europe comme la Russie, n’adhérerons peut-être jamais à l’Union Européenne – dans ce cas précis, je ne pense pas que ce soit envisageable.
Mais ces pays sont déjà – là, maintenant - membres du Conseil de l’Europe. Et ceci, avec toutes les différences culturelles et les différents stades d’avancement dans les domaines politique et économique.

Malgré ces différences, les pays membres du Conseil de l’Europe et ceux membres de l’Union Européenne sont unis autour des mêmes valeurs – de démocratie, droits de l’homme et prééminence de droit.
Ils en ont fait leur choix libre et responsable, car en même temps ils sont légalement liés par des mécanismes de suivi de leurs obligations très stricts.

Nous considérons cette diversité dans l’unité non comme un obstacle à une intégration future, mais comme une source de richesse et surtout comme une chance. Car, lorsque je parlais de réalisme, je voulais aussi dire se rendre compte à l’évidence que dans notre monde multi-relationnel, multi-culturel et multi-religieux, nous somme tous interdépendants. Nous ne pouvons plus chercher des solutions individualistes à des défis qui sont d’envergure planétaire et qui nous concernent tous, absolument tous.

Pensons au réchauffement climatique ; à la lutte contre le terrorisme ; aux problèmes de migration ; au développement durable face à la folie des marchés financiers et les crises d’approvisionnement énergétique ; à la cohésion sociale ; aux questions de droits et éthique humains face aux progrès de la biomédecine ; au dialogue entre les civilisations…

Mesdames et messieurs, chers collègues,

Il est sans doute important de débattre de l’avenir de l’Europe institutionnelle et de sa « capacité d’absorption ». J’espère que l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne nous permettra d’avancer beaucoup sur cette voie. Mais à mon avis, la base et l’objectif final de nos réflexions sur l’avenir de l’Europe devrait être l’Europe humaine, l’Europe des citoyens et pour les citoyens. C’est la seule Europe dans laquelle nos citoyens se reconnaissent - autrement ils ne font même pas la distinction entre nos institutions !

Alors, l’unité européenne doit commencer par nous, les responsables de toutes ces institutions qui font partie de l’architecture européenne. Merci aux Mouvement Européen de nous avoir réunis, comme ce fut le cas il y a 60 ans, pour continuer à travailler ensemble.