18 mai 2009

Final

ALLOCUTION DE M. LLUÍS MARIA DE PUIG,

PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE,

LORS DE LA CÉRÉMONIE COMMÉMORANT

LE 60e ANNIVERSAIRE DU CONSEIL DE L’EUROPE ET

LE 20e ANNIVERSAIRE DE L’ADHÉSION DE LA FINLANDE

AU CONSEIL DE L’EUROPE

Eduskunta – Parlement de Finlande, Helsinki, 18 mai 2009


 

Madame la Présidente de la République,

Excellences,

Chers collègues parlementaires, Mesdames et Messieurs,

J’ai le plaisir et l’honneur d’être votre invité quelques semaines après la visite de la Présidente de la République, Madame Halonen, à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe à Strasbourg. Pendant sa visite Madame Halonen a délivré un fort message de soutien pour les travaux du Conseil de l’Europe.

Je tiens à remercier nos hôtes finlandais de nous avoir conviés à participer à la cérémonie d’Helsinki pour commémorer deux événements étroitement liés: le 60e anniversaire du Conseil de l’Europe et le 20e anniversaire de l’adhésion de la Finlande au Conseil de l’Europe.

En jetant un regard sur les origines du Conseil de l’Europe et les années qui ont précédé l’adhésion de ce pays à l’Organisation, nous avions tous des inquiétudes. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la réconciliation et l’intégration européennes ont progressé lentement, non sans hésitation parfois, dans le contexte de la «guerre froide». Les tensions Est-Ouest ont été plus ou moins marquées au fil des années, atteignant leur paroxysme avant la chute du rideau de fer.

La Finlande n’a pas échappé à ce tourbillon et a dû trouver un compromis délicat avec son immense voisin oriental. Les Finlandais ont cependant su transformer le climat d’antagonisme en une stratégie de désescalade progressive, contribuant ainsi aux efforts multilatéraux qui ont mené à l’effondrement du mur de Berlin.

Il est hautement symbolique que l’adhésion de la Finlande au Conseil de l’Europe en 1989 ait été suivie de celle de la Hongrie, qui est ainsi devenu le premier pays de l’ancien «bloc de l’Est» à rejoindre notre Organisation. Connaissant ensuite une expansion rapide, nous avons continué d’œuvrer – ensemble – à la construction d’une Europe plus unie et plus cohérente.

Je voudrais à cette occasion rappeler que, bien avant son adhésion, la Finlande a adopté plusieurs conventions du Conseil de l’Europe – à commencer par la Convention culturelle en 1970 – et ses parlementaires ont assisté régulièrement aux débats de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe depuis 1977.

Aujourd’hui, nous pouvons, avec fierté, souligner les nombreux succès du Conseil de l’Europe, parmi lesquels - pour n’en citer que quelques uns: un espace démocratique et juridique commun pour 800 millions d’Européen, une Cour des Droits de l’Homme pour l’ensemble du continent, l’abolition de la peine de mort dans toute l’Europe et une autorité morale largement reconnue. Notre Organisation, ne l’oublions pas, a créé le drapeau européen (en 1955) et adopté l’hymne européen (en 1972), qui sont deux grands symboles de notre unité.

A Strasbourg, un journaliste m’a demandé la semaine dernière quelles seraient les deux grandes actions du Conseil de l’Europe depuis sa création. Je lui ai répondu que, puisqu’il ne me demandait que deux actions, parmi les événements les plus marquants des 60 ans du Conseil de l’Europe, je citerais d’abord la mise en marche de tout le système des Droits de l’Homme sur la base de la signature de la Convention européenne des Droits de l’Homme – traité international d’une importance sans précédent – avec ses 14 protocoles et la Cour européenne des Droits de l’Homme, ainsi que toutes les actions et institutions associées à l’idée des droits fondamentaux: la Charte Sociale européenne, la Commission de Venise pour la démocratie par le droit, le Commissaire aux droits de l’homme, le Comité européen pour la prévention de la torture et toutes les nombreuses résolutions et recommandations adoptées. Dans ce domaine, l’apport du Conseil de l’Europe a été vraiment formidable.

La deuxième action transcendantale du Conseil de l’Europe a été son ouverture à l’Est, l’accueil des pays de l’Europe centrale et orientale après la chute du mur de Berlin et leur intégration à notre grande institution paneuropéenne. Aucune autre organisation ne pouvait s’occuper du processus de démocratisation de ces nouveaux états, qui demandaient de l’aide pour se joindre aux pays libres et démocratiques. Ni l’Union européenne, ni l’OSCE, ni les Nations Unies ne pouvaient assumer cette tâche. C’est le Conseil de l’Europe qui a pris la responsabilité d’intégrer ces pays et de les conduire vers la démocratisation. Je souhaite souligner l’importance de l’élargissement de notre Organisation vers ces pays durant les deux dernières décennies. Espérons que le dernier pays encore en dehors de notre enceinte – le Bélarus – va bientôt nous rejoindre.

Nous devons cet immense acquis européen au sens du devoir, à la volonté politique et à la persévérance de nos Etats membres. Ces Etats sont représentés par les élus du peuple et je tiens à souligner le rôle de ces représentants dans la défense de nos valeurs communes et dans la formulation d’idées novatrices pour aider la société européenne à relever de nouveaux défis. En tant que parlementaires, nous contribuons au progrès de la démocratie et de la paix sur l’ensemble du continent, en stimulant le dialogue, la participation citoyenne et la coopération entre nos pays à tous les niveaux.

Nos valeurs cristallisent les aspirations de millions d’Européens en quête d’un progrès et d’une dignité authentiques, tant sur le plan matériel que spirituel. L’Europe a toujours été à la pointe de cet effort complexe et nous devons aller de l’avant en montrant l’exemple. Je me félicite par conséquent de la réflexion engagée par notre Assemblée sur la nécessité de donner une interprétation plus large aux droits de l’homme. Aux droits civiques et politiques fondamentaux énoncés expressément dans la Convention européenne des droits de l’homme, il convient d’ajouter les droits économiques, sociaux, environnementaux et culturels, qui sont indispensables au développement humain et à la vie humaine en dignité.

Il n’est sans doute pas facile de songer à étendre la protection des droits de l’homme dans nos Etats membres en ces temps de restrictions budgétaires. Par ailleurs, les pressions engendrées par la mondialisation rendent nos pays plus vulnérables et leur action individuelle plus difficile. Cela étant, cette même réalité oblige nos pays à rechercher une plus grande solidarité et une synergie dans leurs efforts.

Le Conseil de l’Europe et son Assemblée parlementaire, j’en suis convaincu, offrent aux Etats-membres un cadre idéal pour coopérer à la réalisation de cet objectif ambitieux – l’extension de la protection des droits de l’homme au sens large – dans la Grande Europe. Nous devons avoir davantage confiance en nos propres capacités et trouver un nouvel élan vers la réalisation de l’idéal qui anime notre action depuis la création du Conseil de l’Europe, à savoir l’avènement d’une Europe plus unie et plus solidaire.

Nous sommes loin d’avoir achevé notre tâche. Il nous reste encore beaucoup à accomplir et de nombreux défis à relever. Sans renier nos principes, nous devons chercher des idées nouvelles pour stimuler le progrès et le développement humain en Europe et au-delà. Nous devons trouver de nouvelles voies qui permettront au Conseil de l’Europe de mieux se faire entendre dans les Etats membres et sur la scène internationale.

Au Conseil de l’Europe, nous disposons d’un pouvoir dont nous n’avons pas toujours pleinement conscience. Il y a soixante ans, les pères fondateurs de notre organisation avaient le pouvoir de leurs rêves. Aujourd’hui, notre pouvoir est bien réel: c’est le pouvoir et l’énergie créatrice de 47 pays réunis. Sachons les utiliser pleinement.

Permettez-moi de saisir l’occasion qui m’est donnée de remercier tous les parlementaires – de notre Assemblée parlementaire et de la Finlande, qui s’emploient avec dévouement et persévérance à faire avancer l’Europe et améliorer le bien-être des Européens.