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Commissions > Egalité des chances

Disparition et meurtre de femmes et de jeunes filles au Mexique

A l’issue d’une mission d’information au Mexique du 9 au 13 août, Ruth-Gaby Vermot-Mangold (Suisse, SOC), qui prépare un rapport sur "la disparition et le meurtre d’un grand nombre de femmes et de jeunes filles au Mexique" pour la Commission sur l’égalité des chances de l'APCE, a cité, lors d’une conférence de presse au Sénat mexicain le 13 août, deux cas concrets de ce qu’il faudrait qualifier, selon elle, de "féminicides".  

"Le 28 février 2002, Clara Hernández Martines et ses quatre enfants sont morts dans un incendie allumé par un oncle, à Ciudad Juárez. Il déclare avoir mis le feu car elle l’avait traité d’homosexuel. Le 22 septembre 2002, le corps d’Erika Pérez Escobedo est retrouvé sur le bord d’une route, à Ciudad Juárez. Bien que le cadavre présente des marques d’abus sexuel et de strangulation, le procureur affirme que le décès est dû à une overdose et classe l’affaire.
Ce ne sont là que deux des plus de 300 meurtres ou disparitions de femmes et de jeunes filles qui se sont produits à Ciudad Juárez et Chihuahua (Mexique) depuis 1993, et qui ont fait l’objet de ma mission d’information. Ces meurtres peuvent être qualifiés de "féminicides" , a expliqué Mme Vermot-Mangold. 

"Ces femmes ont été tuées parce qu’elles étaient des femmes. Dans cette région, les femmes sont souvent traitées comme des objets ; elles peuvent être utilisées, abusées, violées, battues et finalement tuées et 'jetées' en toute impunité. Pendant des années, personne n’a enquêté efficacement sur ces crimes, ce qui a considérablement entamé la confiance de la population locale dans le système de justice pénale", a déclaré Mme Vermot-Mangold. 

"Toutefois", a poursuivi la rapporteuse, "sous la pression insistante des ONG, des familles des victimes et des organisations nationales et internationales de défense des droits de l'homme, le traitement de ces affaires s’est beaucoup amélioré sur le plan technique et humain. Le Procureur fédéral spécial, Mme Lopez Urbina, et ses services procèdent à un examen approfondi de toutes les affaires de meurtres de femmes à Ciudad Juárez ; selon les premiers résultats de cet examen, 81 des 167 fonctionnaires chargés de 50 de ces affaires pourraient être coupables de négligence grave dans la conduite de leurs enquêtes. La Commissaire spéciale, Mme Guadeloupe Morfín, et la Commission nationale des droits de l'homme (CNDH) ont publié des rapports détaillés qui tentent d’apporter des éclaircissements et comportent des recommandations essentielles pour combattre l’impunité et la discrimination à l’égard des femmes."

Mme Vermot-Mangold, qui a rencontré au Mexique des familles de victimes et des ONG demandant toujours justice, a reconnu que les progrès en matière d’enquête, d’aide aux familles des victimes et de prévention de nouveaux crimes étaient entravés par un certain manque de coordination et de coopération entre l’Etat et la société civile, et par le manque de compétence des principales institutions.

A titre d’exemple, la rapporteuse a déclaré que "le Procureur spécial devrait être autorisé à donner suite aux affaires de Chihuahua, et la Commissaire spéciale devrait avoir accès à tous les dossiers, comme une commission de "vérité". » Elle a ajouté : "Il faut que les trois niveaux de gouvernement cessent enfin de se renvoyer la responsabilité des enquêtes sur les 'féminicides'. En mémoire des victimes, l’Etat mexicain se doit de suivre les recommandations qui lui ont été adressées et de mener à bien la nécessaire réforme du système judiciaire ; il lui incombe de veiller à ce que les coupables soient punis (à la fois les auteurs des crimes et les personnes ayant entravé la bonne marche de la justice), à ce que toute la lumière soit faite sur les allégations de torture concernant les accusés, et à ce que soit mis fin au harcèlement et à l’intimidation des ONG et des familles de victimes qui demandent justice. »

"Je recommanderai que le Conseil de l'Europe établisse un programme de coopération technique avec le Mexique, qui a le statut d’observateur auprès de l’Organisation, afin de mettre à la disposition des autorités les compétences du Conseil en matière de droits de l'homme et d’égalité", a conclu Mme Vermot-Mangold.

 

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