1.
Le conflit décennal sur le territoire de lex-Yougoslavie a eu des effets
particulièrement négatifs sur les enfants puisque 20 000 dentre
eux sont morts (16 000 pour la seule Bosnie-Herzégovine) et que de
nombreux autres sont restés orphelins dun seul ou de leurs deux parents.
Le problème des réfugiés dans la région a pris des proportions
considérables et nest toujours pas résolu puisquil y a plus de 2
millions de réfugiés et de personnes déplacées à lintérieur de la
région. Le retour et lintégration des familles déplacées, en
particulier celles appartenant à des minorités ethniques, continuent dêtre
entravés par la limitation des ressources financières destinées à
reconstruire les habitations et à trouver dautres logements, par les
problèmes de reprise de propriété et de logement, par la complexité des
procédures administratives et les vicissitudes des systèmes de prestations
sociales, qui contribuent à entretenir des pratiques discriminatoires dans
certaines zones.
2.
La très récente explosion de violence dans «lex-République yougoslave de Macédoine»
a chassé de leur foyer plus de 140 000 personnes. La catastrophe
humanitaire na été évitée de justesse que grâce à laccord-cadre
daoût 2001. Depuis lors, près de 100 000 personnes sont
rentrées chez elles, mais la situation reste extrêmement précaire.
3.
Ces événements tragiques ont eu un impact fort et direct sur les droits
des enfants tels que définis par la Convention des Nations Unies relative
aux droits de lenfant, sagissant notamment des droits à la vie, à un
logement, à la non-discrimination, à la nationalité, à ne pas être
séparé de ses parents contre sa volonté, à la liberté de penser, de
conscience et de religion, à la protection contre les atteintes illégales
à lintimité familiale, à un accès gratuit à la santé, à une
éducation qui respecte les droits de lhomme, et à un niveau de vie qui
ne mette pas en cause son intégrité ni son développement physique,
mental, spirituel, moral et social. Par ailleurs, les enfants de la guerre
paraissent particulièrement exposés au trafic et à lexploitation,
notamment sexuelle, et aux comportements déviants tels que la dépendance
à la drogue et la délinquance.
4.
Bien que les pays de la région aient signé et ratifié la Convention des
Nations Unies relative aux droits de lenfant, létendue des mesures de
promotion des droits de lenfant que chaque pays met en uvre varie en
fonction du contenu de son plan national daction, des structures et des mécanismes
établis pour réaliser ce plan, et de lampleur du dialogue instauré
avec les parties intéressées. La mise en uvre de la convention devrait
constituer, pour les politiques nationales, une excellente occasion de développer
une nouvelle approche davantage axée sur lenfant et basée sur la
communauté.
5.
La création de bureaux du médiateur en Croatie et en Bosnie-Herzégovine a
commencé à porter ses fruits à la fois en attirant lattention des
organes administratifs et politiques concernés sur les graves problèmes de
violation des droits de lenfant et en contribuant à régler les
problèmes au cas par cas. Le Conseil national pour lenfance, organe
consultatif auprès du Gouvernement de la Croatie, est également un exemple
réussi de coordination et de dialogue entre divers organismes
gouvernementaux, organisations non gouvernementales et experts, afin de
régler les nombreuses et graves difficultés que rencontrent les enfants.
6.
Limpact de la guerre sur les services de protection et de promotion des
droits de lenfant sest avéré complexe à identifier. Les moyens dune
scolarisation efficace, les services de santé, les garderies, laide
sociale aux familles et tous les autres facteurs susceptibles de contribuer
au développement dune enfance saine ont été gravement affectés. Les
enfants réfugiés, déplacés, appartenant à des minorités ethniques, y
compris les Roms, apparaissent particulièrement vulnérables à cet égard.
De façon générale, limportance et la qualité des services ont été
fondamentalement réduites avec, pour conséquence immédiate, une
dégradation de la qualité des prestations fournies.
7.
Le montant des allocations familiales conçues pour éviter lexclusion
sociale a baissé globalement. Ainsi, dans certaines régions de
Bosnie-Herzégovine, les prestations versées à quelque 100 000 enfants natteignent
pas 2 euros par mois et par enfant.
8.
Même si les enfants ont un droit juridiquement reconnu à des soins
gratuits, dans la pratique, lexercice de ce droit est souvent limité. La
raison doit en être partiellement recherchée dans la complexité des
régimes dassurance, mais, dun point de vue médical, la réalité se
traduit essentiellement par labsence de centres de soins, déquipements
et de personnels formés ainsi que par une carence grave de financements.
9.
Lassistance psychosociale aux enfants traumatisés par la guerre a été
assurée dans lurgence. Alors que de nombreuses organisations non
gouvernementales et agences gouvernementales ont acquis de lexpérience
dans ce domaine, il ny a pas dévaluation des résultats obtenus, ni
de suivi systématique. Il faut maintenant consolider et suivre ce travail
avec une approche davantage holistique de la santé mentale et fournir une
prestation dassistance à long terme à plus dun million denfants
et de jeunes qui ont eu à souffrir des conséquences des hostilités.
10.
LAssemblée parlementaire est préoccupée par la persistance de tensions
sociales et ethniques, qui se manifestent particulièrement dans le
fonctionnement des systèmes éducatifs. La formation à la paix et léducation
à la citoyenneté sont toujours des concepts davantage présents dans les
systèmes éducatifs informels, pilotés par les organisations non
gouvernementales, que dans les systèmes éducatifs nationaux. Ladoption
de ces approches met en évidence la nécessité dune plus ample réforme
des programmes dans les écoles, à la fois en termes de contenu et de
processus denseignement et dapprentissage.
11.
LAssemblée considère que les phénomènes de marginalisation et dexclusion
sociale des enfants et des adolescents sont des risques sérieux, auxquels
il est important de répondre par une politique dynamique de prévention.
Une attention particulière doit être portée aux mères et aux enfants
isolés ainsi quaux adolescents isolés.
12.
LAssemblée reconnaît le rôle crucial des organisations non
gouvernementales qui se sont engagées dans des initiatives dordre social
en rapport avec les enfants et les jeunes, avec la santé, laide
humanitaire, les droits de lhomme, et de tous ceux qui se sont impliqués
dans dautres initiatives basées sur la communauté (assistance,
solidarité, entraide, etc.).
13.
LAssemblée recommande au Comité des Ministres:
i.
de soutenir les activités engagées par les Gouvernements de
Bosnie-Herzégovine, de Croatie, de «lex-République yougoslave de
Macédoine» et de la République fédérale de Yougoslavie, afin:
a. daccorder
une priorité politique aux droits de lenfant et de mettre pleinement
en uvre la Convention des Nations Unies relative aux droits de lenfant;
b. de
mettre en place le bureau du médiateur pour lenfance, en
coopération avec le Réseau européen des médiateurs pour lenfance
(Enoc), et de mettre en uvre les recommandations formulées par ce
bureau;
c. dentreprendre
les réformes nécessaires à la rationalisation du système de
protection sociale, sans compromettre laccès aux droits sociaux de
base, qui font partie intégrante des outils de protection sociale
élaborés par le Conseil de lEurope;
d. de
soutenir les organisations non gouvernementales et dadopter une
législation nationale sans ambiguïté, qui définisse les
prérogatives et les responsabilités des organisations non
gouvernementales ainsi que les mécanismes de coopération, tout en
réaffirmant la responsabilité de lEtat à légard de la
protection sociale et en veillant à une mise en uvre efficace des
droits de lenfant;
e. de
veiller à assurer, à chaque enfant, laccès à un logement, à une
alimentation saine et à des vêtements;
f. de
veiller à assurer, à chaque enfant, laccès à des soins gratuits;
g. de
veiller à ce que, dans chaque pays, les services sociaux destinés aux
enfants soient équitablement répartis;
h. détablir,
pour chaque enfant, des papiers didentité ou de reconnaître ceux quil
possède;
i. de
veiller à assurer lapplication de mesures antidiscriminatoires en
matières déducation, de santé, de politique sociale et, plus
largement, de développer et de renforcer, à cette fin, un corps dinspecteurs
dûment formés;
j. de
développer une approche holistique de la santé mentale et de prévoir
à plus long terme des services de conseils psychosociaux pour les
enfants et leur famille, qui ont eu à souffrir des conséquences de la
guerre;
k. de
favoriser léducation non formelle pour répondre aux besoins
spécifiques des enfants affectés par la guerre telle la
réintégration progressive grâce à léducation spécialisée et à
laide psychosociale et, chaque fois que cela est possible, de
développer des passerelles vers le système éducatif général;
l.
dentreprendre une réforme profonde en faveur de la modernisation de
léducation nationale, fondée sur la tolérance et la diversité
culturelle, afin de garantir ses missions dintégration et de
développement de lenfant, et dintégrer, dans cette réforme, lenseignement
professionnel;
ii.
de recommander aux Gouvernements de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, de
République fédérale de Yougoslavie et de «lex-République
yougoslave de Macédoine», en coopération avec les organisations
internationales et les organisations non gouvernementales compétentes, dintensifier
leurs efforts dans la lutte contre le trafic, lexploitation et la
criminalité qui touchent les enfants (prostitution, drogues,
délinquance, etc.);
iii.
de recommander aux Gouvernements de Bosnie-Herzégovine et de République
fédérale de Yougoslavie de suivre les initiatives de la Croatie et de
«lex-République yougoslave de Macédoine», qui ont demandé au
Conseil de lEurope à pouvoir bénéficier dune assistance technique
pour développer leurs systèmes de protection sociale en tenant compte
des principes et des normes du Conseil de lEurope;
iv. en
ce qui concerne les activités du Conseil de lEurope:
a. de
renforcer le soutien à long terme aux activités du secteur
intergouvernemental, en vue de réaffirmer les principes de la
démocratie, de la société civile, de la tolérance, du respect de la
loi et des droits de lhomme dans lEurope du Sud-Est, grâce à léducation,
aux initiatives en faveur de la démocratie locale, à des activités
axées sur lenfant, la jeunesse et les organisations non
gouvernementales, mais également en tenant compte du cadre de
coopération récemment institué dans le domaine de la cohésion
sociale;
b. de
sinspirer des travaux pour lélaboration dune politique de lenfance
au sein du Conseil de lEurope, qui pourront servir de fondement à un
programme pour lenfance dans lEurope du Sud-Est, en coopération
avec les pays concernés, avec lUnion européenne et avec lUnicef.
c. de
demander au Groupe Pompidou de prolonger les contacts informels avec «lex-République yougoslave de Macédoine»,
la Bosnie-Herzégovine et la République fédérale de Yougoslavie pour
aider lun et lautre pays à développer une politique efficace en
matière de drogue;
v.
à propos du Pacte de stabilité pour lEurope du Sud-Est, de sefforcer:
a. de
veiller à ce que les droits des enfants fassent partie intégrante des
travaux mis en uvre, et, en particulier, daxer la priorité sur la
modernisation des systèmes scolaires;
b. dassurer
le financement de la coordination des régimes de sécurité sociale
dans le cadre de lInitiative pour la cohésion sociale de la table de
travail II du Pacte de stabilité;
14. LAssemblée
encourage les Etats membres et les pays non membres qui ont légalement
accès à la Banque de développement du Conseil de lEurope à faire
usage de cet instrument dans le but daméliorer les conditions du retour
et de lintégration des réfugiés et des personnes déplacées dans lEurope
du Sud-Est.
15.
LAssemblée invite la communauté internationale et les pays donateurs,
à titre individuel, à accroître leur soutien à la reconstruction et à
intensifier leur aide humanitaire dans les régions de lEurope du Sud-Est
les plus gravement affectées par la guerre, en veillant, en particulier, à
ce que leurs actions bénéficient équitablement à lensemble des
communautés.
16.
LAssemblée accueille favorablement les travaux conjoints de lUnion
européenne et de la Banque mondiale en vue dorganiser un soutien
financier aux pays de lEurope du Sud-Est et recommande aux organisations
internationales de prendre en compte les besoins spécifiques des enfants
dans leurs activités.
__________
1.
Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de lAssemblée,
le 29 mai 2002 (voir Doc. 9454,
rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la
famille, rapporteuse: Mme Biga-Friganovic, et Doc. 9457,
avis de la commission des migrations, des réfugiés et de la démographie,
rapporteuse: Mme Vermot-Mangold).