Résolution
1307 (2002)[1]
Exploitation
sexuelle des enfants: tolérance zéro
1.
Depuis 1996 surtout, la communauté internationale sest mobilisée pour
lutter contre lexploitation sexuelle des enfants. LAssemblée
parlementaire tient à rappeler limportance de la Convention des Nations
Unies de 1989 relative aux droits de lenfant ratifiée par tous les
Etats membres du Conseil de lEurope dans la lutte en faveur du droit,
pour les enfants, de grandir dans un monde sans exploitation. Toutes les
organisations internationales concernées, gouvernementales ou non
gouvernementales, ont travaillé et ont élaboré un arsenal de mesures et
de propositions pour tenter déradiquer ce fléau.
2. LAssemblée
doit, cependant, constater que lexploitation sexuelle (à travers la
traite, la prostitution et la pédopornographie) des mineurs ne connaît pas
de répits ni de frontières, quelles soient géographiques, culturelles
ou sociales, et que son expansion est loin dêtre jugulée. La
pédopornographie en elle-même constitue une violence sexuelle des enfants
et provoque dautres sévices.
3. Le
problème des violences sexuelles à légard des enfants est aggravé par
le recours à lInternet, du fait du nombre croissant de ses utilisateurs,
de son anonymat, de sa facilité demploi et des contacts quil permet.
4. LAssemblée
croit inutile de créer de nouveaux instruments juridiques. Il reste, pour
les Etats membres du Conseil de lEurope, à souscrire à ceux qui
existent déjà tout particulièrement la récente Recommandation du
Comité des Ministres Rec(2001)16 sur la protection des enfants contre lexploitation
sexuelle et à les appliquer. Il faut, en effet, passer des
déclarations aux actes et afficher clairement la volonté de dire non à lexploitation
sexuelle des enfants sous toutes ses formes.
5. LAssemblée
invite donc tous les Etats membres du Conseil de lEurope:
i.
à adopter des législations alignées pour le moins sur les prescriptions
de la Recommandation Rec(2001)16 et, pour ce faire, den appeler à laide
du Groupe de spécialistes sur la protection des enfants contre lexploitation
sexuelle (PC-S-ES), mis sur pied au sein du Conseil de lEurope;
ii.
à déclarer la lutte contre lexploitation sexuelle, sous toutes ses
formes, cause nationale et, si un choix des priorités doit intervenir
dans cette lutte, à donner la priorité à léradication des dangers,
pour les enfants, que recèle lInternet, compte tenu de son impact
présent et futur;
iii.
à ratifier la récente Convention du Conseil de lEurope sur la
cybercriminalité qui vise, en particulier, la pornographie infantile sur
lInternet.
6.
LAssemblée demande aux Etats dappliquer la tolérance zéro pour les
crimes commis contre les enfants, en adoptant une politique dynamique:
i.
qui ne laisse aucun crime ou tentative de crime impunis;
ii.
qui privilégie les droits de lenfant victime et sa parole, et qui ait
pour objectif la recherche active et lidentification des victimes aux
fins de leur réhabilitation et dune juste indemnisation;
iii.
qui vise à larrestation des criminels sans la moindre possibilité
pour eux notamment procédurale ou territoriale déchapper à
la justice et qui applique des sanctions sévères à la mesure des crimes
commis;
iv.
qui lutte contre la récidive par tout moyen, y compris par lobligation,
pour le criminel, dêtre soigné et linterdiction dexercer
certaines professions en contact avec les enfants, en cas de condamnation.
7. LAssemblée
demande aux Etats membres de développer, à lécole, linformation et
la formation préventives en ce qui concerne lexploitation sexuelle des
enfants.
8. LAssemblée
prie instamment les Etats membres, par le biais des organes compétents, de
sattaquer au problème des violences sexuelles infligées par des
personnes qui se trouvent en situation dautorité, telles que des
parents, des gardiens, des enseignants, des membres des forces de police ou
du clergé. Le problème de la diffamation, qui peut résulter daccusations
portées par vengeance ou de lhystérie de la presse, doit également
être pris en compte.
9. LAssemblée
demande à chacun des Etats membres de se donner les moyens de lutter contre
la criminalité informatique et, tout particulièrement, la
pédopornographie et, pour ce faire, de créer un corps de police
spécifique, formé aux droits de lenfant et aux nouvelles technologies,
et suffisamment doté en hommes et en matériel. Parallèlement, la
coopération avec les professionnels de lInternet devrait être
améliorée aux niveaux national et international, afin délaborer les
moyens techniques et législatifs appropriés de protection des enfants
contre les contenus illicites et pernicieux, liés à lexploitation
sexuelle.
10. LAssemblée
invite les Etats membres à secouer lindifférence de la société qui
doit, tout entière, être appelée à se mobiliser contre ce fléau et:
i.
à prôner et à valoriser le devoir citoyen de signalement des crimes et
des abus sexuels contre les enfants;
ii.
à généraliser les numéros durgence gratuits (hotlines);
iii.
à aider, notamment financièrement, les organisations non
gouvernementales déjà actives dans leur action dinformation et de
prévention à lintention des enfants et des parents, en particulier
dans lutilisation des nouvelles technologies comme lInternet.
11. LAssemblée
appelle les Etats à créer, au niveau national, un observatoire des crimes
et des abus sexuels à lencontre des enfants, chargé, entre autres, de
développer et daméliorer la compilation des données et dinitier la
recherche afin, notamment, de connaître le nombre et lorigine des
enfants victimes; de comprendre les causes de ce fléau et délaborer des
réponses adéquates, afin également dassurer le suivi des victimes et
de trouver les moyens appropriés de lutter contre la récidive.
12.
LAssemblée rappelle également son invitation répétée, faite aux
Etats membres, dinstituer impérativement, à chaque niveau national, un
défenseur des droits des enfants (médiateur ou commissaire aux droits de lenfant).
13.
LAssemblée invite les Etats membres ou les futurs membres de lUnion
européenne à saisir lopportunité de la Convention sur lavenir de lEurope,
qui doit réviser les institutions de lUnion européenne, pour faire des
propositions afin de combler les déficits quant aux droits des enfants et den
faire progresser la cause.
14.
LAssemblée demande aux Etats membres du Conseil de lEurope daccroître
la surveillance de toutes les structures daccueil pour enfants.
15. LAssemblée
demande aux Etats membres dEuropol:
i.
de soutenir Europol dans sa mission de lutte contre la traite des êtres
humains, y compris la pornographie infantile;
ii.
de soutenir et de sinvestir dans le système dinformations Europol,
en ce qui concerne, en particulier, les mauvais traitements à lencontre
des enfants, en inscrivant notamment les noms des personnes condamnées
pour ces crimes dans un registre prévu à cet effet.
16.
Enfin, lAssemblée demande instamment à lUnion européenne douvrir
la Convention Europol, par un amendement à cette convention, à la
collaboration dautres Etats que les Etats membres de lUnion
européenne sur les questions spécifiques de la traite des êtres humains
et de la pornographie infantile et, quelle que soit lissue de cette
demande, invite instamment les Etats membres du Conseil de lEurope à
pleinement coopérer avec Europol sur ces questions.
__________
[1].
Discussion par lAssemblée le 27 septembre 2002 (32e
séance) (voir Doc. 9535,
rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la
famille, rapporteur: M. Provera; Doc. 9573,
avis de la commission des questions juridiques et des droits de lhomme,
rapporteur: M. Piscitello; et Doc. 9575,
avis de la commission de la culture, de la science et de léducation,
rapporteuse: Baroness Hooper).
Texte
adopté par lAssemblée le 27 septembre 2002
(32e séance).